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De brefs articles qui reviennent sur une thématique, une notion, un événement illustrés par des films étudiés sur MedFilm…

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Joel Danet, 15 May 2024

"Les médecins ont l'habitude de confier au psychiatre les patients qui leur cassent les pieds".

Le Dr. Grivois, pionner en France de la psychiatrie des urgences
Les pièges de l'urgence, Laboratoire Delagrange, 1978, 00:34'
En 1978, le Dr. Henri Grivois publie Les pièges de l'urgence. Son sous-titre affiché sur la couverture résume son propos qui vise à ancrer la pratique hospitalière dans la réalité sociale des malades : "Un psychiatre à l'Hôtel-Dieu. Son rôle, les questions qu'il se pose, sa rencontre quotidienne avec la pathologie de la grande ville." Son ouvrage défend la nécessité d'associer un psychiatre dans le service des urgences de l'hôpital général. Cette présence permet d'identifier si le malade qui sollicite ce service est affecté ou non d'un trouble psychologique qui nécessite une intervention d'ordre psychiatrique, si un comportement qui parait d'ordre psychiatrique ne masque pas une affection organique. Il écrit : "La violence, la confusion et le silence de certains patients cachent parfois une urgence médicale, hypoglycémie, intoxication par oxyde de carbone, accident vasculaire cérébral. Le psychiatre évite les transferts et les hospitalisations inutiles." Par ailleurs, une telle initiative contribuerait à réintroduire la psychiatrie à l'hôpital et, de ce fait, à amoindrir la distance, par la géographie et dans la pratique, de la médecine avec celle-ci.

La même année, il participe à la réalisation d'un film réalisé par Eric Duvivier sur le sujet. Son dispositif est original, caractéristique de la démarche de Duvivier qui combine immersion et théorisation dans ses récits filmiques. Les pièges de l'urgence - agitation et confusion consiste en une alternance de tournages de séances d'urgences à l'Hôtel Dieu et de séquences de visionnement par le Dr. Henri Grivois des images qui en résultent. Il arrête de temps à autre les rushes pour expliquer, dans chaque scène, les raisons qui ont déterminé le comportement du psychiatre qui y est en jeu. De cette façon, le film se présente comme un espace de laboratoire où l'analyse des prises de vues est incluse dans sa narration.

En avril 1979, dans l'émission de plateau Parlons de médecine, produite et présentée par le Pr. Jean-Paul Escande, le Dr. Henri Grivois aborde le sujet avec la Dr. Catherine Dolto. Il insiste sur deux aspects. D'une part, la grande villes offre aux patients psychiatriques un incognito socialement protecteur : "Une ville comme Paris draine toute une quantité d'individus qui trouvent dans son grand anonymat un abri temporaire et un espoir. Quelquefois, ils terminent une trajectoire pathologique, plus ou moins désespérée, à l'hôpital." D'autre part, il déplore que les médecins se déchargent sur la psychiatrie des malades "qui leur cassent les pieds : ceux qui ne parlent pas bien, les vieillards qui ont oublié leur dentier, les étrangers...".

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Joel Danet, 10 May 2024

"Je n'ai pas à me préoccuper de savoir si le patient peut se permettre les soins que je lui apporte".

Au coeur du National Health Service
Towards a better life, 1986, 23:16.
En 1948, le gouvernement travailliste institue le National Health Service. Ses principes fondateurs sont : l’universalité, la gratuité, l’égalité d’accès en matière de soins et de couverture géographique, le haut niveau de qualité de soins pour tous, la sélection sur la base du besoin, le service non lucratif et le financement par l’impôt progressif. Plusieurs films diffusés à la télévision s'emploient à l'expliquer et le promouvoir. Il ne s'agit pas d'exposés généraux qui s'appuieraient sur des cartographies et des discours de spécialistes, mais de reportages qui sondent la manière dont ce système s'applique sur le terrain en s'adaptant à sa réalité. Aux images recueillies dans les salles d'hôpitaux, au domicile des patients, sur la route que le médecin doit parcourir, se combinent des commentaires qui expliquent en quoi ces situations reflètent une pratique déterminée à l'échelle du pays.

Les premières minutes de The British way of health, réalisé en 1973, montrent un homme extrait d'une voiture accidentée, amené dans une ambulance. Le commentaire explique que c'est un exemple d'interventions d'urgences qui peut s'enclencher sans vérifier si le blessé peut la payer. Plus loin, dans le même film, un médecin explique que le système de santé lui offre cette "merveilleuse" liberté de soigner un patient sans se préoccuper de savoir si celui-ci peut se le permettre économiquement. Dans Towards a better life, réalisé en 1986, la Dr. Iona Heath qui exerce dans Kentish town, affirme qu'elle apprécie la mixité sociale qui caractérise son secteur. Les deux films insistent sur les innovations structurelles du NHS. Pour autant, leurs portraits de médecins généralistes s'inscrivent dans la tradition du "family doctor". Ainsi celui du Dr. Lester dans Towards a better life. Exerçant dans le Somerset, à deux ans de l'échéance de la retraite, il incarne, par "son attitude paternelle, la figure du médecin de campagne traditionnelle." Selon le Dr. Lester, le médecin doit être "un ami du peuple". Par son élégance sans défaut, son attitude imperturbablement aimable quelles que soient les situations qui l'impliquent, il se présente comme l'héritier du Dr. Manning, héros de Family doctor réalisé quarante ans plus tôt. Il est intéressant de noter que Family doctor répondait à une commande de la British Medical Association. La MBA s'était opposée avec vigueur contre le projet du NHS parce que celui-ci prévoyait que les médecins deviennent des employés de l'État et soient rémunérés par un salaire fixe.

Innovation et tradition, modernisation sans rupture... Deux intentions déterminent ainsi The British way of health comme Towards a better life : promouvoir un système de soins plus juste et plus performant, conforter l'image d'une médecine ancrée dans la diversité des territoires, au plus près de leurs habitants. De même, par leur principe d'enquête, leur souci d'actualiser la représentation d'une société devenue plus diverse ethniquement, ces films reprennent les principes du documentaire social britannique initié après guerre par le GPO Film Unit de John Grierson.

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Élisabeth Fuchs, 14 March 2024

"My name is Old Nick O'Teen."

Le dessin animé : un format inattendu au service de la prévention chez l'adulte
Dying for a Smoke, 1967, Wellcome collection, 06:15
Dans les productions audiovisuelles médico-sanitaires, l'usage de l'animation ne se limite pas à l'insertion dans un film de courtes séquences permettant aux spectateurs de visualiser des processus ou des entités généralement invisibles à l’œil nu. Des studios d'animation parmi les plus prestigieux comme Walt Disney, UPA et Halas & Batchelor produisent des dessins animés entiers consacrés à un thème médico-sanitaire, souvent de prévention. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ils s'adressent fréquemment aux adultes dont ils souhaitent attirer l'attention par un format inoffensif et ludique. Leurs commanditaires sont extrêmement divers : ministère français de la Santé publique, United States Navy, OMS, American Cancer Society, British Ministry of Health, etc. Certains de ces dessins animés sont produits à bas prix, ce qui leur donne un style épuré et un peu statique tandis que d'autres témoignent d'une recherche esthétique poussée, ce qui contribue à leur succès (nomination aux Oscars, projection dans le monde entier pendant des années, etc.)

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Joel Danet, 13 March 2024

Adapter le matériel aux périlleuses conditions du front

Les dispositions sanitaires pour les soldats blessés pendant la Première Guerre Mondiale
Hôpital militaire : infirmière installant une perfusion, 1917, ECPAD, 01:21.
En 1914, dans l’urgence de la mobilisation générale, et en réaction à la propagande par l’image engagée par l’Allemagne, le gouvernement français initie, au printemps 1915, la création des sections photographique et cinématographique de l’armée (SPA et SCA), unies en janvier 1917 sous le sigle de SPCA. L'ensemble de ses archives sont aujourd'hui sous la responsabilité de l'ECPAD, Etablissement public administratif sous la tutelle du ministre de la Défense. Un ensemble important de films concerne les dispositions sanitaires prises en temps de guerre : mises en place d'hôpitaux, de centres de rééducation, d'ambulances chirurgicales, de postes de secours... Ces films ne consistent pas uniquement en un inventaire d'équipements et de bâtiments dédiés. Il montre les gestes de soins prodigués aux blessés, il rappelle l'importance du rôle joué par le personnel infirmier. L'un d'eux, Hôpital militaire : infirmière installant une perfusion, comporte une séquence qui correspond exactement au titre : il révèle, par le sourire et la délicatesse de chaque mouvement, un souci du care auquel le soldat se montre sensible. La présence d'un bouquet de fleurs derrière la tête de lit attendrit encore davantage ces images rares, comme un répit au coeur de cette succession de vues sur des ruines et des corps meurtris.

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Joel Danet, 06 March 2024

Au front et après le front

Les actions d'urgences du CICR auprès des prisonniers et des familles après la 1ère Guerre Mondiale
Comité International de la Croix-Rouge - Rapatriement des prisonniers de guerre, 1921, CICR, 03:09.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le CICR ouvre l'Agence internationale des prisonniers de guerre à Genève afin de rétablir les liens entre les soldats capturés et leurs familles. En 1918, le CICR visite pour la première fois des prisonniers politiques, en Hongrie, puis il rayonne dans l'Europe de l'Est et en Russie. Plusieurs films témoignent des actions d'urgence mises en place dans la confusion et la détresse de la fin de guerre. Les vues de catastrophe voisinent les vues de réconfort. Les paysages de villes détruites côtoient les tableaux d'enfants se rassasiant dans un réfectoire aménagé. De film en film, le CICR témoigne l'affligeante pauvreté qui frappe les familles et la terrible condition des soldats harassés par les épreuves du front. Ces films montrent aussi les équipements et les méthodes d'organisation d'une institution qui se mobilise pour secourir, soulager, réconforter.

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Joel Danet, 05 March 2024

" Mesdames et messieurs! Le meilleur moyen pour éviter ces dangers est de les connaître! "

Fictions contre les maladies vénériennes dans l'Allemagne de Weimar.
Fausse honte - Falsche Scham, 1926, UFA, 04:28
En Allemagne comme dans le reste de l'Europe, la syphilis est devenue une maladie courante dans l'entre-deux guerres. Elle cause une forte mortalité dont une part importante est infantile. L'intervention des pouvoirs publics par la surveillance sanitaire des marins, des soldats et des prostituées, ainsi que les progrès de la médecine, par l'introduction de nouvelles thérapeutiques ne suffit pas à juguler le fléau. Le problème des médecins face à cette maladie reste cependant l'ignorance de la population, et ceci malgré la répétition de campagnes nationales d’informations. Les talents du cinéma allemand se sont réunis pour servir la cause prophylactique. Le baiser mortel, diffusé en 1925, est un des nombreux "films socio-hygiéniques" réalisé par Richard Oswald, militant pour la cause homosexuelle, interprété par le légendaire acteur expressionniste Conrad Veidt. Le scénario Fasche Scham, produit en 1926 par l’UFA et réalisé par Rudolf Briebach,a été écrit par Curt Thomalla et Nicholas Kauffmann, un tandem qui a révolutionné l’approche du cinéma scientifique. L’ennemi dans le sang, production suisse-allemande de 1931, a été réalisé par Walter Ruttmann, artiste d'avant-garde, responsable en 1926 de l'audacieuse symphonie urbaine Berlin symphonie d'une grande ville.

Ces films ont recours à la fiction : c'est le moyen pour ancrer la lutte antisyphilitique dans la réalité d'une société allemande marquée par l'urbanisation et l'industrialisation, féconde en mouvements artistiques innovateurs, ouverte à l'évolution des moeurs.

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Joel Danet, 28 February 2024

« La fermeture des écoles ou des piscines, la protection contre les mouches ne suffit pas. »

La lutte contre la poliomyélite en France
Diagnostic et traitement de la poliomyélite, Insititut Pasteur, 1958, 48:27.
Après un second pic durant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague épidémique de poliomyélite s’est étendue en différentes régions du globe entre 1945 et 1956, semant une véritable psychose. En France, où la déclaration de la maladie avait été rendue obligatoire depuis 1916, ce sont 1 500 à 2 000 cas qui ont été dénombrés chaque année, avec un pic à 4 000 en 1957.

Diagnostic et traitement de la poliomyélite, produit en 1958 par l'Institut Pasteur, explique la maladie et expose ses modes de prise en charge par des images de laboratoire et des prises de vues dans les lieux de soins. D'autres films sont davantage orientés sur la nécessité de mettre en place des campagnes de vaccination à l'échelle nationale. Dans La poliomyélite, une émission pour la télévision scolaire diffusée la même année 1958, explique, son animateur explique et rassure : « Heureusement, aujourd’hui, on peut se protéger contre cette maladie. Le docteur Salk aux États-Unis, et le professeur Lépine en France ont trouvé un vaccin très efficace. » Réalisé par Pierre Thévenard, médecin et cinéaste, spécialisé en films biologiques et chirurgicaux, La fin d'une angoisse explique le mode de préparation et d'administration du vaccin. Dix ans plus tard, il faut cependant insister : Polio, un autre film scolaire, rappelle que la rééducation implique des contraintes lourdes et que le suivi vaccinal s'impose : « On n’oubliera pas le rappel tous les cinq ans, après le premier au bout d’un an. » Tous ces films comportent des vues poignantes d'enfants gravement atteints qui luttent et, quelquefois, sourient.

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Voir aussi le podcast sur Apothicast : "La poliomyélite et ses vaccins" par Baptiste Baylac-Paouly (https://apothicast.fr/la-poliomyelite-et-ses-vaccins-avec-baptiste-baylac-paouly-ep-6/)




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Joël Danet, 11 September 2023

"Il ne faut pas y aller pour le prestige de l'uniforme"

Enquête de la télévision française des années soixante sur un métier en crise.
"Les infirmières - la province", 1964, Première chaîne, 11:13.
L'émission "L'avenir est à vous", orientée sur des sujets de société, est diffusée mensuellement de 1960 à 1965. Sa productrice, Françoise Dumayet, souhaitait confier la réalisation des entretiens à des jeunes puisque c'est à eux qu'elle est adressée. Elle a cependant estimé devoir les remplacer pour suppléer à leur manque d'audace. "On parle de l'impertinence de la jeunesse mais ce n'est pas vrai. Il faut avoir assez de solidité pour être impertinent ", affirme-t-elle.

Les deux volets de la série consacrée au métier d'infirmière, diffusés en 1964, témoignent cependant d'une grande franchise de la part des jeunes élèves ou professionnelles interrogées. "On est jeunes, on pense à l'avenir, on voudrait se marier", dit une élève de l'école de l'Assistance Publique, se plaignant de la longue durée qu'imposent les études et l'engagement d'exercer deux ans dans l'établissement qui les a financés. La vocation? " Moi, je crois encore au dévouement des jeunes et à leur amour du métier", explique une surveillante générale de l'Hôpital de la Croix-Rousse. Cependant, une jeune infirmière considère que si elle n'imagine pas faire un autre métier, l'exercer n'est pas une affaire de vocation : "C'est une profession comme une autre".

Précise et prosaïque, cette double émission soulève tous les aspects du métier qui posent problème : horaires, répartition des tâches, rémunération, conditions d'études... pour en débattre avec les responsables des établissements hospitaliers et des écoles. Au moment où les effectifs du personnel infirmier diminuent, il s'agit de stimuler une génération qui cherche à combiner épanouissement et intérêt pour le métier. Un "métier" justement, non plus une vocation qui exige le sacrifice de soi auquel les générations précédentes d'infirmières ont consenti.

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Joël Danet, 25 August 2023

"Catherine, cette fois encore, est repartie. Catherine, médecin de campagne en ce fin fond du Jura..."

Figures du médecin de campagne dans la télévision française depuis les années 50.
Le médecin de campagne, 1981, réal. Jérôme Habans, 10:04
Des années cinquante aux années quatre-vingt, la télévision française a régulièrement traité de la médecine en milieu rural en proposant des portraits de médecins de campagne. Ils nous les montrent sillonnant en voiture des paysages marqués par la nature et l'activité agricole pour se rendre d'une habitation à l'autre. Figure familière des populations locales, le médecin de campagne incarne auprès d'elles l'institution médicale, et plus largement, le service public. Les médecins suivis, femmes et hommes, font part de leur passion intacte pour leur métier, de leur attachement pour leurs patientes et patients, mais aussi de leur sentiment d'épuisement.

Dans Haut-Ariège, le portrait d'un médecin de campagne, réalisé en 1973, le médecin explique : "Il y a quinze ans que je suis médecin dans mon canton de montagne. J'ai 27 communes. Et il est six heures du soir. Et j'en suis à ma quatorzième visite. Je connais toutes les familles. Je suis le seul médecin dans le coin. Je fais 70000 kms chaque année." Sa voix basse et sourde trahit sa lassitude. Dans La médecine rurale, réalisé en 1975 en Bourgogne, le médecin réclame des conditions qui lui permettent de s'extraire régulièrement d'un milieu de pauvreté, particulièrement exposé aux soucis de santé : "dans un environnement de maladie qui quelquefois est pénible moralement, nous avons besoin d’aller recharger nos batteries, de prendre des vacances, d’avoir des loisirs où la misère, la maladie, la tristesse soient un peu absentes." Dans Le médecin de campagne, réalisé en 1981, le médecin est une femme. Prénommée Catherine dans le film, elle exerce dans le Jura. Si elle a gardé sa passion pour son métier, elle se ménage des échappées régulières à Paris. « J’apprécie l’air pur, mais de temps en temps, la pollution, j’en ai besoin » explique-t-elle en riant.

Cette production télévisuelle, quoique centrée sur un sujet de santé, est l'occasion d'interroger régulièrement et en profondeur sur l'avenir de la ruralité.

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Voir aussi sur le site de l'Université de Strasbourg la vidéo de la conférence donnée le 12.11.20 par Christian Bonah et Joël Danet (SAGE UMR7363 - Université de Strasbourg) : "On the road again. Car travel, the televisual narrative of medical practices in rural regions"

https://pod-prod.app.unistra.fr/video/36245-christian-bonah-joel-danet-on-the-road-again-car-travel-the-televisual-narrative-of-medical-practices-in-rural-regions-locating-medical-television-conference/

Cadre : The Locating Medical Television. The Televisual Spaces of Medicine and Health in the 20th Century. An International Conference organised by ERC BodyCapital & the Science Museum Dana Research Centre, with the support of the Max Planck Institute for Human Development, Berlin. Held on 11-13 November 2020.




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Joël Danet, 28 July 2023

"Rien ne remplace la qualité, le dévouement du personnel soignant"

La télévision scolaire explique l'hôpital
L'hôpital au XIXe siècle, prod. CNDP, 1969, 01:31
"Certains ou certaines d'entre vous ont connu son ambiance... Souvenez-vous. La visite du docteur, l'opération est décidée. Voici l'hôpital. Vous vous sentez tout petit - ou petite. Vous n'êtes plus Patrick ou Arlette, mais le lit ou la chambre 5 ou 46..." Ainsi Jacques Terrasson, journaliste pour la télévision scolaire, introduit en 1964 sa présentation de l'hôpital aux élèves qui regardent son émission. Pendant les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale, l'hôpital fait régulièrement l'objet de reportages ou de documentaires initiés par le le Centre National de Pédagogie. Des programmes comme L'hôpital au XIXe siècle (1969) ou L'hôpital au Moyen Age (1975) rappellent l'histoire des bâtiments hospitaliers et retracent l'évolution de leur vocation - d'abord le lieu d'accueil et de refuge, et progressivement centre de soins de plus en plus modernisé. D'autres programmes abordent les problématiques que rencontre l'institution hospitalière contemporaine : quelles missions, quels financements, quelle place pour la technologie, comment y penser la relation patient-soignant? Ils font intervenir des experts comme le Dr. Henri Péquignot (Les hôpitaux, 1964), ou proposent des immersions dans ses locaux : se frayant un passage entre civière et respirateur artificiel, la caméra saisit les soignants en action, mais aussi dans leurs moments de doute et de fatigue (L'hôpital aujourd'hui, 1974).

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Pour aller plus loin : le Réseau Canopé, partenaire de Medfilm (plus de 70 films de la télévision scolaire ont été mis à disposition) a édité une page de son site dédié aux archives de la télévision scolaire (archivesaudiovisuelles.reseau-canope.fr) aux émissions éducatives sur l'hôpital : https://archivesaudiovisuelles.reseau-canope.fr/app/photopro.sk/CANOPE/publi?docid=102332.




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Joël Danet, 25 July 2023

"Suis-je dans un hôpital ou dans un commissariat?"

Les films prophylactiques contre la syphilis en URSS
"Chemin dangereux", 1966, prod. Ministère de la Santé de l'URSS, 10:35
La syphilis prolifère dans l'URSS des années soixante et soixante-dix. Plusieurs films sont commandés par le Ministère de la Santé pour mettre en garde la population : il faut éviter les aventures qui exposent à la maladie ; se soigner soi-même aux antibiotiques est inutile et fausse les examens. Ces films valorisent cependant un système de santé soviétique qui s'appuie sur une administration efficace qui permet de mettre au jour les chaînes de contamination. Réalisé en 1966, Chemin dangereux prend l'allure d'un conte fantastique dont le héros est un sosie de Jean Marais. Le séducteur inconséquent de Passion éphémère, réalisé en 1979, passe du bal du samedi soir à la chambre d'hôpital. Dans "Reportage sans héros", fiction déguisée en reportage réalisée en 1979, les patients sont soumis à l'interrogatoire implacable des médecins qu'ils viennent voir ou qui les convoquent. Réalisé la même année, le film sobrement intitulé Syphilis montre comment un médecin de dispensaire joue au détective pour enquêter dans les villes où des agents de contamination ont été identifiés.

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Nathan Kraemer, 10 July 2023

"Nous sommes une organisation pilote" - Daniel Defert (dans "AIDES", 1987)

AIDES et les films de lutte contre le SIDA dans les années 80
SIDA, vivre avec, prod. CNAM-AIDES, 1987, 06:10
Au milieu des années 1980, l’association AIDES se positionne comme l’un des précurseurs de la prévention du SIDA en France. Après avoir édité les premières brochures d’information ciblées sur la maladie, le collectif réalise une série de clips de promotion du préservatif en 1986, avant même la levée de l’interdiction de cette publicité par la ministre de la santé Michèle Barzach.

En 1987, l’association est en passe de devenir la référence nationale de la lutte contre le sida. En collaboration avec EDF et la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, l’association passe commande aux Films d’Ici et au réalisateur Fabrice Rouleau pour une série de prévention de trois épisodes destinés à des publics divers. Chacun des volets de Le sida, un syndrome à connaître aborde la maladie sous un angle complémentaire, de l’information médicale (Virus, quel virus ?) au quotidien de la maladie (Le sida, vivre avec) en passant par les propositions associatives (AIDES).

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Joël Danet, 20 March 2023

« Je ne vois pas, madame ! »

Les films sur la prise en charge des enfants atteints de troubles visuels.
Des enfants comme les autres, 1955, prod. La Banque française des yeux, 12:46.,
Pendant une grande partie du XXe siècle, l'enseignement des aveugles est du ressort du ministère de la Santé (et non pas de l'Instruction publique). Quelques classes pour "amblyopes" sont ouvertes au sein d'écoles primaires de la Ville de Paris mais la plupart des aveugles restent cantonnés aux établissements spécialisés. Deux films rendent compte de cette prise en charge publique des enfants concernés, qui implique leur instruction et leur formation professionnelle.

Produit en 1954 par le Ministère de l’Education Nationale, Clarté dans la nuit promeut les méthodes pédagogiques qui, grâce aux travaux de Louis Braille, permettent aux jeunes aveugles d'avoir accès à la diversité des disciplines de l'enseignement classique, à la culture artistique et la formation professionnelle. Produit en 1955 par la Banque des yeux, avec le concours des Laboratoires Rhône-Poulenc, Des enfants comme les autres décrit le fonctionnement d'une classe d'élèves amblyopes dans une école parisienne, puis évoque les différentes orientations professionnelles que leur permet cette instruction adaptée. Leurs réalisateurs, respectivement Pierre Neurisse et Pierre Zimmer, sont actifs dans le milieu du documentaire utilitaire et traitent de sujets divers par leurs films. Leurs choix de réalisation sont déterminés par les intentions du commanditaire. Ici, ils rassurent le public en montrant des enfants entourés, guidés, conseillés par un personnel enseignant. Dans la plupart des plans, ceux-ci apprennent auprès d’un référent adulte qui surveille le progrès de leurs gestes. De même, les deux films euphémisent la mise en scène du handicap. Les attitudes des élèves pendant un cours de sport ou une leçon de musique sont voisines de la normalité. Dans L’enfant aveugle qu’il tournera dix ans plus tard sur le même sujet, le documentariste Johan Van der Keuken s’attachera au contraire à souligner la spécificité plastique des jeunes corps mus sans regard.


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Joël Danet, 17 March 2023

« Dans des rires ambigus, elle semble réclamer : "Fais-moi peur!.." »

Les films d’étude pédiatrique de Julian de Ajuriaguerra
Jeux de coucou (1980), 06:20.
Julian de Ajuriaguerra (1911-1993), neuropsychiatre et psychanalyste français s’est intéressé au film comme outil d’étude sur le développement de l’enfant. Il en réalise plusieurs durant ses années d'enseignement au Collège de France où il tient la Chaire de Neuropsychologie du développement de 1976 à 1982. Ces réalisations régulières, selon Julian de Ajuriaguerra, « doivent permettre de mettre en évidence les perspectives évolutives et comparatives du développement. »

Elles se présentent de la façon la plus simple : une succession de rushes montrant l’enfant observé, entrecoupés de cartons sous forme de textes manuscrits ou tapuscrits sur une feuille blanche : « Emilie 19 mois, cache spontanément un jouet derrière son dos » ; « Julien 7 mois 21 jours, peut se débarrasser du foulard en posture assise ; chaque fois surpris, il partage ensuite le rire de l'adulte... ». Les tournages ont lieu dans des locaux pédiatriques ou dans l'intimité de la maison comme dans Jeux de coucou. Les plans sont toujours centrés sur l'enfant, y compris lorsqu'il est en interaction. Dans la bande son, pas de commentaire, mais les bruits ambiants et les voix des personnes présentes. Une expérience d’immersion au plus près du développement de l’individu enfant.

Ces archives filmiques sont détenues par l'Hôpital Sainte-Anne qui les a mises à disposition de Medfilm.

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A voir aussi sur Medfilm, une production du CNRS avec le concours de René Zazzo :




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Christian Bonah, Joël Danet, 15 March 2023

« C'est un bruit râpeux, avec une sensation de raclement et de craquement de cuir neuf. »

La série « Cœur et vaisseaux » produite par les Laboratoires Boehringer-Ingelheim
Coeur et vaisseaux 3 d'Eric Duvivier, 1974, prod. Laboratoires Boehringer et Ingelheim
Réalisés en 1974 par Eric Duvivier, les trois volets de la série « Cœur et vaisseaux » sont des exposés didactiques sur l’étude des bruits anormaux du cœur. Ils en établissent une typologie et en expliquent les origines, les caractéristiques acoustiques, la localisation. Cette série est destinée à actualiser les connaissances des professionnels de santé à un moment où la cardiologie tend à se développer en discipline à part entière. La réalisation de « Cœur et vaisseaux » reprend la tradition du genre du film didactique qui s’est épanoui dans les années 20 par les productions pionnières de Jean Brérault et Marc Cantagrel pour le compte de l’école, Jean Painlevé pour celui de la recherche scientifique.

L’originalité de « Cœur et vaisseaux » réside dans son approche acoustique. Ses films sont ponctués d’enregistrements cliniques de bruits cardiaques correspondant aux différentes anomalies inventoriées. Ce choix de réalisation permet l’écoute approfondie, répétée et collective d’un son extrait de l’habitacle du corps. Elle le rend accessible au public au-delà du rapport direct et exclusif par le stéthoscope (aux résultats incertains pour les débutants). Le commentaire emprunte à la littérature pour imager les effets produits par les sons cardiaques. Le bruit dit « systolique » est « sourd, grave, prolongé » ; le bruit diastolique est « bref, sec, claqué ». A propos du frottement péricardique : « C'est un bruit superficiel râpeux, avec une sensation de raclement et de craquement de cuir neuf. » Une reprise des termes employés par Laennec lui-même.

Sur MedFilm : série Cœur et vaisseaux




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Joël Danet, 24 January 2023

"Remarquons le calme et la sérénité de cette fermière…"

L'accouchement sans douleur et l’œuvre du Dr. Ploquin
Tu n'enfanteras plus dans la douleur, 1961, prod. Max Ploquin, 01:46
Plusieurs archives Medfilm témoignent de l’action du Dr. Ploquin pour promouvoir sa méthode d’accouchement sans douleur auprès du plus grand nombre, hommes et femmes confondus. Max Ploquin, médecin gynécologue accoucheur, a débuté sa carrière comme médecin généraliste de 1959 à 1964. Avec l'aide de sa première épouse Nicole, alors sage-femme, il a incité les femmes enceintes du Boischaut à suivre une préparation théorique et pratique destinée à leur rendre la maîtrise de l'accouchement. Le Dr. Max Ploquin a ensuite exercé à la clinique Montaigne de Châteauroux. Sa devise était : « Accoucher ici comme à la maison ». La liberté de la mère était respectée, comme ses désirs : liberté de mouvement, de choix, de présence et d’accompagnement d’amis et familiers, de mode d’accouchement, d’alimentation, etc.

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Joël Danet, 23 January 2023

Louis Pasteur : mémoire, héritages

La démarche et les méthodes de Pasteur vues par les chercheurs d’aujourd’hui
Pasteur, Jean Benoit-Lévy, 1922 (02:57)
Depuis le centenaire de sa naissance, le cinéma institutionnel célèbre son œuvre scientifique et la création de son Institut. Le film Pasteur, réalisé en 1922 par Jean Benoit-Lévy, avec le concours des figures du cinéma impressionniste Jean et Marie Epstein, retrace la vie du scientifique en insistant sur les bénéfices de son travail sur l’économie et la médecine. Il s’agit d’une adaptation du livre La vie de Pasteur, publié la même année, rédigé par René Vallery-Radot, gendre de Pasteur. L’émission pour la télévision scolaire diffusée en 1963, Louis Pasteur (avec la participation de Jacques Monod), ou bien le film L’Institut Pasteur aujourd’hui, produit en 1982 par l’Institut Pasteur, s’attachent à montrer comment la recherche actuelle reste tributaire de l’approche et des méthodes qui furent propres à Louis Pasteur.

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Joël Danet, 22 January 2023

Ne plus parler des jeunes, leur parler

le SIDA et la communication orientée sur la jeunesse
Attention SIDA, réal. Paul Boujenah, 1987, Fonds CIRDD, 05:53.
Dans Attention Sida, le comédien humoriste Michel Boujenah est montré dans son propre rôle, interviewé sur un plateau de télévision à propos du SIDA. Des jeunes, rassemblés devant un poste qui diffuse l’entretien, discutent entre eux, inattentifs à ses propos. Impatienté, Boujenah les interpelle : « Oh ! Le sexe, ça vous intéresse ? Et le SIDA, ça vous intéresse ? » Les jeunes, surpris, se taisent et leurs regards convergent vers le poste. Les voilà disposés à recevoir le message. Humour, présence de vedettes, langage décontracté, habillage clip… Tout est réuni pour parler aux jeunes selon leurs codes (registre de l’absurde, reprise de leur mode de paraître, registre de proximité du ton), et en tant qu’individus (« vous devez vous informer parce que vous êtes responsables »). De manière moins sophistiquée, d’autres spots et programmes contemporains sur le SIDA cherchent aussi à parler directement aux jeunes, avec le registre qui leur est approprié.

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Joël Danet, 09 November 2022

" Today, the world of doctors remains terrifying and fascinating "

 Igor Barrère and Étienne Lalou's medical programme: from surgical prowess to the doctor's everyday life
Une autre médecine : le médecin généraliste (Médicales, 1974, 02:47)
The medical program is the first health program on Radio Télédiffusion Française. Its life on the small screen is remarkably long: broadcast from 1956, it lasts until 1984. The intention of its creator, Igor Barrère, is to democratize medical discourse, open medicine to patients, hospital staff, professionals, show the progress of medicine and surgery. The first shows focus on surgical firsts and technological innovations. Over time, the inspiration of the content evolves, new themes appear: psychoanalysis, mental illness, birth control, family medicine (with the figure of the country doctor). The subjects resonate with new concerns within society. Returning to the adventure of the Mediales, Igor Barrère said in 1989: “Medical programs have become an institution. We started when medicine was still seen as witchcraft. Today, the world of doctors remains terrifying and fascinating. We have respected this myth, we have also helped to demystify it. »

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