Marguerite Auzias (17/06/1926 - 17/06/2011)
Née en 1926 à Tunis, Marguerite Auzias quitte la Tunisie à l'âge de 19 ans pour faire ses études en France, de littérature française tout d'abord, puis de psychologie à Paris. Elle rencontre Julian de Ajuriaguerra lors d'une conférence, donnée à l'hôpital des Enfants Malades, sur la dyslexie, en 1952. En 1955, stagiaire de psychologie à l'hôpital Henri Rousselle/Sainte-Anne, elle assiste aux consultations du Pr Julian de Ajuriaguerra. Les enfants sont examinés au Laboratoire de Psychologie de René Zazzo. Elle commence à pratiquer les examens d'écriture avec Hélène de Gobineau, initiatrice des bases de la rééducation de l'écriture1. Dans les années 1957-1958, ces bases sont posées. Julian de Ajuriaguerra lui confie des recherches sur l'écriture de l'enfant, puis la responsabilité d'un service de rééducation de l'écriture.
Elle a ainsi été l'élève, puis la collaboratrice du Pr Julian de Ajuriaguerra de 1958 à 1988. Ses travaux de recherche ont porté sur le développement de l'écriture de l'enfant, sur la latéralisation, et sur la thérapie graphomotrice des perturbations possibles de l'écriture; enfin, sur l'évolution de la motilité spontanée du nourrisson, et sur les rythmes posturaux, principalement avant huit mois. Elle a été responsable des Services de rééducation de l'écriture de l'enfant, au Centre Alfred Binet, (ASM13), dirigé à ses débuts par le Pr Serge Lebovici, puis, à l'hôpital Henri Rousselle/Sainte-Anne, à la consultation du Pr Julian de Ajuriaguerra et de René Diatkine, intitulée « consultation pour les troubles du langage, de la motricité et de l'affectivité », reprise ensuite par le Dr Jean Bergès, et actuellement Unité de Psychopathologie de l'Enfant et de l'Adolescent, centre référent pour les troubles du langage et des apprentissages, dirigé par le Docteur Evelyne Lenoble.
Elle a fondé une école de Thérapie graphomotrice de l'écriture de l'enfant basée sur la méthode de relaxation Schultz, adaptée par J. de Ajuriaguerra. Celle-ci conduira plus tard à la Graphothérapie clinique, sous l'impulsion de Marie Alice du Pasquier, psychologue et psychanalyste.
De 1976 à 1982 Marguerite Auzias a dirigé une équipe de recherche INSERM, affectée au laboratoire de la chaire de Neuropsychologie du développement du Collège de France, sous la direction du Pr J. de Ajuriaguerra, puis, à partir de 1982, siégeant à la crèche municipale du 2, rue Cabanis, 75014, Paris, et rattachée au laboratoire du Dr Catherine-Gabrielle Lairy, à Sainte- Anne. Selon ses propres mots, « ce furent des années magnifiques de travail en collaboration fructueuse et chaleureuse avec beaucoup d'autres psychologues. »
(...)
Marguerite Auzias a décrit l'atmosphère stimulante et passionnée qui accompagnait la réalisation de leurs films [tournés avec Julian de Ajuriaguerra]. « Grand était le plaisir de réaliser avec « Ajuria », des films scientifiques, à partir de séquences recueillies, à l'aide d'une petite caméra super-8, à la crèche Cabanis, 75014 Paris, ou au domicile des parents des bébés observés », écrit-elle. Elle poursuit : « Les séquences sur lesquelles nous travaillions étaient de deux types. Certaines étaient tournées dans des situations « tout venant », de « free field », sans préparation spéciale, le bébé allant et venant, selon son bon plaisir, les parents lui parlant, le câlinant, l'embrassant, le nourrissant,
le baignant, l'habillant, l'endormant, ou jouant avec lui, selon l'heure. Pour certaines recherches cependant, des situations standardisées étaient aménagées en fonction d'un sujet délimité, comme les déplacements, les mouvements spontanés avant sept mois, les comportements de tendresse,
l'étude du pattern « tendre les bras », mais, à l'intérieur de ce cadre, les bébés pouvaient se comporter de façon tout à fait spontanée, répondant à leur manière à certaines stimulations ou sollicitations à distance. Ces situations standardisées-aménagées, étaient toujours organisées dans le milieu habituel de l'enfant, sa salle de crèche ou son domicile. De plus, les bébés étaient, de longue date, familiarisés avec les membres de l'équipe et les séances de filmage, et finissaient par ignorer la caméra et le caméraman. Cela permettait d'éviter tout effet de sidération.
J. de Ajuriaguerra avait comme but de développer «l'histoire naturelle de l'enfant» et de «créer une sémiologie propre à l'enfant». On recueillait, avec la caméra, ce que les bébés donnaient à voir, constituant tout un stock de documents filmiques très précieux. De retour au laboratoire, après les avoir développés, nous visionnions ces rushs avec une impatiente curiosité. C'était alors une fête, on regardait attentivement, on commentait, le film constituant une observation « à disposition ». Ces documents étaient ensuite analysés dans le détail. C'était le matériau d'élaborations patientes à l'aide de grilles d'analyse. Puis, venait le temps de « la discussion », et de l'élargissement de celle-ci à des problèmes connexes ou plus vastes englobant le thème étudié. Au cours de ces discussions théoriques, J. de Ajuriaguerra aimait nous rappeler que « les théories évoluent, mais les descriptions restent », rappelant souvent l'importance d'une bonne sémiologie riche et précise. Ce travail préliminaire une fois accompli, l'article projeté était alors écrit, réécrit; mais souvent aussi, un film résumant ou illustrant la recherche était monté ensuite ou parallèlement. De nouveau, c'était de longs moments de visionnements, de décisions à prendre, pour lesquelles J. de Ajuriaguerra nous aidait beaucoup. Venait ensuite le long travail de montage. On coupait, on collait dans le laboratoire même. Les échéances des cours hebdomadaires imposaient un certain rythme de travail. Le film projeté, servait d'illustration, et apportait son langage propre et irremplaçable. Ces films sont d'une qualité particulière. Ce ne sont pas des films à thèse cherchant à faire passer un message, ni des films pédagogiques. Ce sont des films d'observation, imparfaits du point de vue technique, mais montrant des bébés dans des situations bien définies, et qui se comportent, en fonction de leur âge, selon leur penchant naturel et leur humeur du moment. Ils ont la fraîcheur de leurs comportements spontanés. »
(...)
Source : Auzias, Viviane, Archives Julian de Ajuriaguerra - Marguerite Auzias, Films d'observation et de recherche, 2 mai 2016.
Les archives de Marguerite Auzias, ont été données à la Bibliothèque Henri Ey de l'hôpital Sainte-Anne, par ses filles, Monique Liberman et Viviane Auzias, qui s'en sont trouvées dépositaires après son décès en octobre 2011.
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