Orthophoniste, prends soin de lui (2002)
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Sommaire
Générique principal
(générique de fin)
Réalisation : Isabelle Doumenc ; Laurence Serfaty / Journaliste : Stéphanie Malphette / Montage : Raynald Lelouche ; Pascale Deleule / Image : Guillaume Comtet ; Stéphane Villeneuve / Son : Marie-Madeleine Larigaldie ; Franck Dubosc / Habillage : Alain Charrier / Musique : Yann Béguin / Conformation : Stéphanie Sorlot / Mixage : Philippe Ottone / Direction de Production : Isabelle Fuhrmann ; Agnès Divoux / Producteur Exécutif : Jean-Paul Billault / Producteur Délégué : Hervé Chabalier/CAPA / Une coproduction France 5/CAPA avec le soutien du Centre National de la Cinématographie / France 5 / Unité Parents Enfance ; Fabienne Barollier ; Inès Castro /
© France 5 - CAPA 2002
Contenus
Sujet
Présentation du métier d’orthophoniste illustrée par l’exemple de professionnels prenant en charge des enfants présentant des troubles de l’apprentissage du langage oral et écrit.
Genre dominant
Résumé
Être orthophoniste, c’est accompagner les enfants pour leur permettre de gagner en autonomie et de prendre soin d’eux-mêmes. Ce documentaire souligne l’importance de la prise en charge orthophonique, à l’aide d’une étroite collaboration entre plusieurs corps professionnels, ainsi que la famille, afin de leur permettre de s’intégrer pleinement dans le système scolaire, et dans la vie de tous les jours. D’un côté, les enfants développent leurs capacités et interactions lors d’ateliers de groupe ; de l’autre, les parents sont amenés à dédramatiser sur le sujet des troubles orthophoniques. L’objectif de ce reportage est de montrer que la rééducation orthophonique peut se faire individuellement ou en groupe, et qu’une intégration scolaire et sociale est possible, surtout lorsqu’ils sont mis en confiance entre eux.
Contexte
Dans les années 2000, le nombre de places limitées, notamment en raison des capacités d’accueil restreintes dans les centres de formation, dépendant des Facultés de Médecine, rend la formation en orthophonie, en France, très sélective. En effet, la profession reste très méconnue du grand public. Certains parents hésitent à reconnaître les difficultés de leurs enfants ou à engager des démarches de dépistage, exprimant une certaine forme de retenue, par manque d’information ou par crainte du regard extérieur. Malgré une prise en charge par la Sécurité Sociale sur prescription médicale, l’accès aux soins orthophoniques reste limité : en effet, les places attribuées chaque année dans les écoles sont recalculées en fonction des besoins, rendant le nombre de professionnels disponibles insuffisant. C’est donc dans ce contexte, qu’une évolution majeure intervient en mai 2002, avec six articles issus du décret n°2002-721, qui vient actualiser un cadre jusque-là défini par le décret de 1983. Ainsi, la liste des actes orthophoniques, ainsi que leurs conditions de mise en œuvre, sont réajustées, en corrélation avec les besoins de la société. Le rôle de l’orthophoniste est précisé dans l’article 2 du décret : ce dernier se doit d’établir un bilan comprenant un diagnostic orthophonique, la définition d’objectifs thérapeutiques, ainsi qu’un plan de rééducation adapté. Cette évolution contribue à mieux structurer la pratique orthophonique et à renforcer la qualité de la prise en charge des patients
Béatrice Sauvageot est une orthophoniste française, qui s'est fait connaître pour son approche alternative, voire « révolutionnaire » de la dyslexie. Elle découvre ce trouble pendant son enfance à Abidjan, par le biais de son baby-sitter burkinabé, qui ne parvient ni à lire, ni à écrire. Cette rencontre la dirige vers des études d'orthophonie, avec l'envie d'aider les dyslexiques et, étant attirée par les sons, les langues et les musiques.
L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estime qu’entre 8 et 12% de la population mondiale présente une dyslexie ou des troubles de la constellation « dys ». Après obtention de son diplôme, elle pratique en cabinet libéral ; cependant, rapidement, elle prend ses distances avec les méthodes classiques traitant la dyslexie, voyant que ces dernières fonctionnent mal. C'est ainsi, qu'en 1992, après avoir eu un déclic grâce à une collègue : « au lieu de changer de métier, change le métier », elle fonde l'association Puissance Dys avec l’écrivain, neurologue, linguiste, poète et docteur Jean Métellus. Cette structure, où intervient une équipe pluridisciplinaire composée d’artistes, d’enseignants mais aussi de neurologues, vise à dépister la dyslexie et à la rééduquer, tout en redonnant confiance aux enfants dyslexiques, en mêlant musique, chant, danse et rire. Pour cela, elle a imaginé une méthode, qui porte son nom, de sorte à s'affranchir au mieux de la dyslexie. L'objectif, tel qu'elle le définit, est de réinjecter le bonheur dans l'apprentissage de l'écrit, en aidant les enfants à prendre pleinement conscience de leurs potentialités et de la richesse de leur personnalité. C'est donc en proposant des stages intensifs, comprenant des exercices ludiques en groupe, et en mobilisant le corps, qu'elle parvient à réconcilier les dyslexiques avec leurs difficultés. L’approche de l’orthophoniste consiste à valoriser les capacités des enfants, plutôt que de faire ressortir leurs difficultés, le tout étant basé sur un travail en collaboration avec des scientifiques, artistes, enseignants, thérapeutes... Chaque thérapie est adaptée à la personnalité de l’enfant, et à ses besoins. Elle va directement à la rencontre des parents, qui se retrouvent souvent démunis et ne savent pas comment accompagner leur enfant dans ce parcours difficile. Ce dialogue permet d’assurer un véritable suivi : les parents lui expriment d’ailleurs leur grande satisfaction quant à l’accompagnement mis en œuvre et aux progrès observés chez leurs enfants. Dans ce cas de figure, on peut établir un parallèle avec le film Mot à mot, filmé en 1979. Ce dernier est une émission consacrée au travail de Suzanne Borel-Maisonny, pionnière de l’orthophonie. En 1979 déjà, à travers les témoignages de parents, le documentaire met en évidence l’importance de la prise en charge orthophonique et de l’accompagnement proposé. Les familles y expriment leur reconnaissance face aux progrès réalisés par leurs enfants, mais aussi le soulagement d’être écoutées, comprises et guidées dans leurs démarches. Ainsi, malgré l’écart temporel entre les deux documents, on retrouve une même valorisation du rôle de l’orthophoniste et de la relation établie avec les familles. Béatrice Sauvageot s'implique davantage en imaginant un alphabet et une langue neurologique adaptés aux dyslexiques : la Bilexie. Au travers de deux ouvrages, Vive la dyslexie (2002) et Adieu la dyslexie (2015), elle réaffirme, une fois de plus, son engagement à aider les dyslexiques. Elle a également créé l'application DysPlay, version digitale de sa méthode de dépistage, aidant adultes et enfants à avoir accès à la rééducation. Celle-ci, composée d’une centaine de questions, permet de ne plus trier les enfants/adultes « en retard » et ceux touchés par la dyslexie. En 2023, elle apparaît à nouveau dans l'émission Les Maternelles pour évoquer comme outil de détection de la dyslexie, le jeu vidéo Minecraft. Elle ne cesse donc d'intégrer une approche moderne à la dyslexie.
Nous avons mené des recherches sur une possible inspiration du travail de la deuxième orthophoniste de France, Claire Dinville, qui était également l’une des premières collaboratrices de Suzanne Borel-Maisonny, et les méthodes utilisées par Béatrice Sauvageot. On peut observer une certaine proximité dans les approches concernant l’usage de la musique et du rythme en orthophonie : Claire Dinville travaillait notamment la voix chantée et proposait des exercices rythmés au piano, tandis que Béatrice Sauvageot intègre également la musique et l’expression corporelle dans sa méthode. Cependant, aucune source ne permet d’affirmer qu’elle se soit directement inspirée des travaux de Claire Dinville.
Alain Bentolila, lui, est professeur de linguistique à l’Université de Paris-Descartes, spécialiste du langage, de l’apprentissage, ainsi que de la lecture, et s’intéresse depuis longtemps aux difficultés que rencontrent les enfants dans le système scolaire. Il intervient régulièrement dans les débats éducatifs pour discuter des conséquences de ces difficultés sur leur réussite à l’école. Il s’est également et particulièrement intéressé à la question de l’illettrisme, ce qui l’a conduit à créer un dispositif de prévention déployé en France et, à l’étranger : le ROLL (Réseau des Observatoires Locaux de la Lecture).
Il s’est, par ailleurs, penché sur les difficultés rencontrées par les enfants dans le système éducatif français. Concernant la dyslexie, il défend une position nuancée : selon lui, il existe souvent une confusion entre trouble médical, et difficulté pédagogique. Il critique ainsi certaines méthodes d'enseignement, ainsi que le manque d'exigence linguistique à l'école. Il indique alors qu’une organisation plus flexible de l’école permettrait aux enseignants d’adapter leurs pratiques avec toute la classe lorsque l’activité s’y prête, mais aussi avec des petits groupes d’élèves lorsqu’un accompagnement individualisé est nécessaire.
Il a publié plusieurs ouvrages, traitant de ces sujets, tel que Le Verbe contre la barbarie, Parle à ceux que tu n'aimes pas, Tout sur l'école ou encore Nous ne sommes pas des bonobos.
Depuis 2010, il est président du Centre de Formation à Distance des Maîtres. Son engagement et ses travaux ont été reconnus par sa nomination dans l'ordre de la Légion d'Honneur.
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Oui.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Oui.
- Animateur : Non.
- Voix off : Oui.
- Interview : Oui.
- Musique et bruitages : Oui.
- Images communes avec d'autres films : Oui. Série « Prends soin de lui », concept imaginé par l’émission « Les Maternelles »
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Le film oriente le regard du spectateur vers l’enfant et le métier d’orthophoniste : l’approche se veut bienveillante, notamment à travers des plans rapprochés, comme celui d’Andrew qui regarde la caméra, ou encore grâce à la mise en valeur des différentes séquences. Celles-ci montrent que l’enfant est toujours entouré, ce qui permet de souligner les bénéfices de la rééducation orthophonique.
Ce film-documentaire se centre ainsi sur l’intégration sociale des enfants présentant des difficultés, en montrant qu’ils développent une confiance en eux, et qu’ils ne sont plus seuls. Le défilement des images met en lumière la diversité des séances orthophoniques, allant de la rééducation du souffle et de la différenciation de certains sons (/s/ et /k/, /s/ et /z/, ou encore /ʃ/), jusqu’à la réalisation d’un bilan pour une dyslexie, en passant par des entretiens collectifs avec les parents.
De même, cette production propose une présentation du rôle de l’orthophoniste, en mettant en avant ses missions, ses modalités d’intervention ou encore la diversité des publics accompagnés. Le documentaire contribue ainsi à rendre la profession plus accessible et compréhensible pour le grand public.
Orthophoniste, prends soin de lui, présente le métier à travers deux orthophonistes : il est intéressant de constater qu’environ un tiers du documentaire est consacré à Zélie Romer, et les deux tiers restants sont, eux, consacrés à Béatrice Sauvageot. Ce choix semble avoir été réfléchi afin de mettre en avant des pratiques différentes et de souligner que le métier ne se limite pas à une prise en charge classique, mais peut également être innovant, voire « révolutionnaire ». Cette alternance met en évidence l’existence d’approches variées : tout d’abord, un aspect plus scolaire, notamment illustré par le passage avec Zélie Romer, exerçant dans un cabinet “classique” ; puis d’autres modalités, comme des activités de groupe, des jeux et une dynamique plus interactive, dans laquelle les enfants semblent pleinement investis, comme le montrent les séances menées par Béatrice Sauvageot. Le film-documentaire diffuse une image très positive de la profession, pourtant encore méconnue du grand public au début des années 2000. Cette représentation particulièrement valorisante, met en avant des activités ludiques, des séances de groupe et des témoignages de parents très enthousiastes, qui décrivent les effets de la prise en charge de manière presque idéale. Tout ceci tend donc à “vendre du rêve”, en mettant en lumière et en valeur le métier, comme à la fois efficace, accessible et épanouissant. Cette profession apparaît ainsi comme susceptible de rassurer les parents et de les encourager à entreprendre des démarches pour leur enfant.
Enfin, la séquence où Alain Bentolila apparaît à l’écran apporte un éclairage complémentaire : la caméra ne se focalise sur aucun point de vue en particulier, mais les nombreux livres présents sur son bureau, ainsi que les étagères en arrière-plan, témoignent de son expertise. Son intervention face caméra, comme s’il s’adressait directement au public, vient appuyer son idée que l’accompagnement des élèves en difficulté ne repose pas uniquement sur les orthophonistes, mais relève également de la responsabilité de l’Éducation Nationale, qui doit être en mesure de s’adapter aux besoins de tous les élèves.
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
À travers ce documentaire, le spectateur et public découvrent le métier d’orthophoniste, appartenant au domaine paramédical. La dimension médicale n’est pas présentée de manière directe au téléspectateur, mais est tout de même mise en valeur à travers la pratique orthophonique et les différentes activités mises en place. La méthode de Béatrice Sauvageot fait notamment appel à la musique, au chant, ainsi qu’à l’expression corporelle, en collaboration avec des artistes. Cette dernière apparaît donc comme innovante et efficace.
Cependant, cette présentation n’est pas uniquement visible sous cet aspect : le documentaire présente une seconde approche, qualifiée de « révolutionnaire », reposant sur des activités de groupe, des jeux, ainsi qu’une dynamique collective, qui semblent s’éloigner du cadre traditionnel du cabinet. Pour le début des années 2000, où le métier d’orthophoniste, ainsi que le domaine de soins orthophoniques, reste encore peu connu, cette mise en scène renforce l’idée d’une pratique moderne.
Néanmoins, d’autres points restent peu abordés : nous pouvons notamment citer les déplacements importants effectués par certaines familles, pour accéder à ces ateliers, qui impliquent des contraintes matérielles et financières (transport, hébergement), et qui ne sont pas évoquées durant tout le reportage. De plus, le format des séances de groupe, parfois très nombreuses, interroge par rapport aux modalités de prise en charge et de remboursement : en effet, selon la NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels) en orthophonie, la limite maximale de patients pour qu’une séance de rééducation en groupe soit remboursée par l’Assurance Maladie est de 2 à 4 personnes.
Ainsi, derrière l’image très positive et innovante de la prise en charge orthophonique diffusée à l’écran dans cette émission, la question de l’accessibilité à ces soins pour tous, même pour les familles plus défavorisées, se pose.
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Le film a été projeté sur France 5, le 24 octobre 2002. C’est un concept proposé dans l'émission Les Maternelles.
Communications et événements associés au film
Public
Tous publics.
Audience
Descriptif libre
Introduction
Orthophoniste, prends soin de lui est un documentaire structuré en plusieurs parties, que nous allons analyserons ci-dessous. Le film s’ouvre sur une séquence introductive, qui semble commune à l’ensemble de la série Prends soin de lui. La page d’ouverture animée est construite autour d’un logo circulaire, épais, et placé au centre du cadre. Ce cercle fonctionne comme un espace de circulation visuelle : dans l’épaisseur du logo défilent successivement les différents métiers du champ médico-social, chacun correspondant à un reportage et à un documentaire distinct de la collection (kinésithérapeute, pédopsychiatre, assistante maternelle, animateur, infirmière puéricultrice, auxiliaire de puériculture, orthophoniste, psychomotricien). Cette circulation interne au logo crée un effet de continuité et d’unité entre les différents épisodes, tout en inscrivant chaque profession dans un ensemble consacré à l’accompagnement de l’enfant.
Puis, dans un second temps, les métiers disparaissent progressivement dans le cercle. Ils défilent de la droite vers la gauche, comme une bande continue : ce mouvement donne l’impression d’un flux visuel ininterrompu. Le titre de l’émission Prends soin de lui accompagné de l’intitulé du métier au coeur du documentaire : « orthophoniste ». Cette transition graphique marque l’entrée dans le sujet principal du reportage. C’est à partir de ce fondu visuel que s’ouvre la première partie du documentaire.
Orthophoniste, prends soin de lui (00:16 à 2:26)
Dans cette première séquence, nous sommes au sein du cabinet orthophonique de Zélie Romer, que l'on voit en séance avec un enfant. Elle lui fait travailler le souffle ainsi que le bon placement de la langue pour réaliser, ici, deux sons : /s/ et /k/, grâce à un bout de tissu devant la bouche. Il est intéressant de noter que la caméra, via une focalisation interne, est positionnée au même niveau que l'enfant, montrant ainsi la figure orthophonique telle que la voit l'enfant. Ce qui accentue cette sensation, c'est aussi le fait que la caméra se trouve au plus près de l'enfant, tout en nous laissant voir, grâce au champ, ce qu'il fait. Lors d’une séance, le patient essaye de reproduire ce que l'on lui montre : par ses efforts et les réussites en résultant, il s'intégrera plus facilement dans la sphère sociale, tout comme dans ses apprentissages.
De même, l'orthophoniste peut être amenée à prendre en charge diverses pathologies ou troubles. Comme nous le révèle la deuxième séquence, où nous découvrons un deuxième enfant, Andrew, ayant une dysphasie d'origine neurologique. Le trouble développemental du langage, dit dysphasie (qui se nomme aujourd'hui « TDL »), signifie que l'enfant a un cerveau fonctionnant différemment pour l'apprentissage du langage et qu'il vivra avec toute sa vie. Cependant, la nature et l'ampleur de ses difficultés ne resteront pas nécessairement les mêmes durant toute la vie, surtout si l'orthophoniste le suit. La vidéo précise que la dysphasie affecte ou peut affecter la prononciation, la compréhension du langage, la construction de phrases et l'utilisation de vocabulaire. Andrew, lui, aura un suivi qui durera quatre à cinq ans, d'après la voix off. Ses difficultés à prononcer correctement les mots amènent son orthophoniste à lui faire des jeux, grâce auxquels il parvient à prendre conscience des différents sons et phonèmes. A l’aide de sa phoniatre, Zélie Romer, il pratique différents exercices de répétition, dont celui du son /ʃ/, et progresse à chaque séance. En effet, la dysphasie n'est pas liée à un manque d'intelligence : avec bienveillance, l'orthophoniste exprime, au caméraman, ce qu'elle a pu percevoir et observer chez Andrew. D'ailleurs, étant curieux, ce dernier se rapproche de la caméra, la touche, la regarde, plaçant ainsi son visage enfantin en gros plan, le mettant, par conséquent, en valeur. Nous comprenons ainsi que l'enfant est au cœur du suivi orthophonique, étant la priorité absolue pour son orthophoniste. Cette impression est renforcée par la posture de l’orthophoniste, assise au sol à son niveau (mise en scène horizontale), ce qui efface toute forme de hiérarchie. Elle s’ajuste pleinement à ses envies, sans imposer de cadre rigide, créant ainsi un espace en dehors des normes habituelles, favorable à l’épanouissement du patient.
La première séquence de la vidéo montre ainsi que l’orthophoniste prend soin de son patient et l'accompagne sur tout le chemin qu'il emprunte, pour avancer et vivre pleinement sa vie.
Son rôle (2:26 à 5:34)
La prochaine séquence, intitulée « son rôle », présente le rôle de l'orthophoniste dans le quotidien. Il est pertinent de noter que la partie est filmée avec des séquences superposées, formant un montage, et par une voix off didactique qui nous explique certains détails du métier. Cette voix donne en effet des précisions sur la prise en charge d'enfants présentant des troubles oraux et/ou écrits.
Cette dernière commence par exposer les pré-requis dont nécessite un(e) orthophoniste : maîtrise de la linguistique, pour mener à bien les rééducations liées au langage ; connaître la phonétique, afin de différencier les sons entre eux, passant également par la connaissance du lieu d’articulation des sons ainsi que leurs modes articulatoires… Il est donc expliqué que bon nombre de patients ont des difficultés et/ou spécificités liées à une atteinte neurologique, comme Andrew, et que la maîtrise parfaite de tous ces domaines aiderait à une prise en charge de qualité.
C’est sur ce point que la caméra quitte le cabinet de Zélie Romer, pour se rendre dans celui de Béatrice Sauvageot. Elle est sur le point d’accueillir un enfant afin de réaliser un bilan orthophonique, axé sur la dyslexie. La voix off décrit ainsi ce qu’est un bilan et en quoi il est essentiel dans la prise en charge orthophonique (2:56) : « il permet de déterminer la nature des problèmes ». L’orthophoniste explique alors à son jeune patient, comme le montre la vidéo, comment un cerveau de dyslexique fonctionne et procède, en réalisant notamment des « écritures invisibles » dans l’air, et dessinant un cerveau « normal » aux côtés d’un cerveau « de dyslexique ». Dans cette séquence, les téléspectateurs comprennent que l’orthophoniste est compétente, attentive, encourageante et bienveillante, qu’elle place son patient au centre de l’attention et prend le temps de lui expliquer sa spécificité.
La caméra fait un arrêt sur image ainsi qu’un gros plan sur la pancarte accrochée à la porte du cabinet : il est indiqué « Ne pas déranger. Travail en cours…! ». L’émission valorise et met en valeur, aux yeux des téléspectateurs, le travail fourni par chaque patient en orthophonie. Ce film-documentaire nous montre donc que l’orthophoniste possède de très nombreuses compétences, qu’il(elle) met à disposition de chacun de ses patients, pour les placer au centre des objectifs.
Eclairage (5:34 à 9:33)
Cette séquence s’ouvre sur un carton informatif : une série de chiffres clé, illustrant la situation de la profession sur l’ensemble du territoire français en 2001. On y retrouve notamment, en premier lieu, le nombre d’orthophonistes, s’élevant à 13 000 praticiens ; en 2026, on compte le double. Une voix off indique que le mode de travail le plus répandu s’effectue au sein de cabinets libéraux privés ; cette situation, en 2026, est toujours d’actualité. Cependant, on retrouve également des orthophonistes au sein d’hôpitaux, de CMPP (Centres Médico-Psycho-Pédagogiques) ou encore d’établissements spécialisés.
En 2001, le coût d’une consultation s’élève entre 11 et 38 euros. Ce coût, depuis, a augmenté, mais les tarifs conventionnels restent fixés au préalable, variable tout de même selon le motif de consultation et le lieu d’exercice. Ces tarifs sont pris en charge à hauteur de 60% par la Sécurité Sociale.
Un nouveau carton explicatif défile à l’écran : il porte sur la formation. Le diplôme nécéssaire à la pratique s’intitule « Certificat de Capacité » et résulte de 4 ans d’études après le baccalauréat, d’après la voix off.
Cette dernière poursuit ses explications : la formation d’orthophoniste est proposée par 13 écoles en 2001, dépendantes de la Faculté de Médecine, au titre d’un concours sélectif, puisque seuls 5 à 10% des candidats sont reçus. Nous apprenons également que le nombre de place est défini chaque année, en fonction des besoins : en 2001, il s’élève à 524 places. Cet effectif a presque doublé en 2026.
Nous poursuivons la vidéo en entrant dans les coulisses des séances et ateliers pour enfants dyslexiques, proposés et imaginés, par l’orthophoniste Béatrice Sauvageot. Elle nous apprend que la dyslexie est un trouble du langage écrit, concernant plus spécifiquement les difficultés d’apprentissage chez l’enfant concernant la lecture. La vidéo présente différents métiers, intervenant à ses côtés : des artistes, des enseignants, des neurologues… L’objectif, tel que l’énonce Béatrice Sauvageot, est de réinjecter le plaisir dans l’apprentissage de l’écrit. La vidéo souligne la nécessité pour les enfants dyslexiques de prendre conscience de leurs forces et de composer avec leur fonctionnement cérébral spécifique. Nous voyons donc, à travers un écran, la manière dont elle informe les participants des ateliers pour dyslexiques, en leur expliquant que ces derniers ne respectent jamais les règles établies : elle cherche à les déculpabiliser et à mettre en avant leur fonctionnement propre. Ces enfants imaginent eux-mêmes leurs règles, explicitent ce qui leur est propre et, ainsi, prennent conscience de leur différence pour apprendre à s’en servir de manière pertinente.
La voix off intervient à nouveau, pour proposer un aperçu des travaux de Béatrice Sauvageot, mis en place après plusieurs années d’aide aux dyslexiques. Elle explique privilégier les travaux de groupes pour dé-diaboliser la dyslexie, et introduire l’écriture par le corps. Nous voyons ainsi un groupe d’enfants former les lettres à l’aide de leur corps, tandis que les autres, en cercle, doivent énoncer de laquelle il s’agit. La vidéo ne cache pas, au contraire, les perturbations environnantes : loin d’un atelier calme, elles ne dérangent pourtant pas. L’orthophoniste invite à s’encourager et à se solidariser au cours de ce stage, pour tendre vers plus de progrès. Elle nous indique que l’ambiance bruyante et animée permettent de s’axer vers l’organisation même des perceptions des dyslexiques, d’où les multiples stimulations simultanées, qui permettent une structuration convenable pour les dyslexiques. Elle revoit le modèle traditionnel, pour s’adapter au mieux aux dyslexiques. Le caméraman décide alors de filmer, via une mise en valeur par le cadrage, et pour mettre en valeur les déroulés de séances, une activité d’équilibre durant laquelle les jeunes épellent un mot, et arrivent à le reconstituer (7:45). La voix off clôt le chapitre en indiquant que ces ateliers sont accompagnés de chant, de poésie et de mime, afin de capter l’attention des enfants. Elle précise également que ces ateliers ont lieu une fois par mois, et qu’il revient aux enfants de les poursuivre à la maison.
Des questions : (9:33 à 11:06)
Cette séquence s’ouvre sur Alain Bentolila, professeur de linguistique, spécialiste du langage, de l’apprentissage, et de la lecture, assis à son bureau. A travers une prise de parole, face caméra, il explique que certains enfants arrivent dans le système scolaire avec un vocabulaire très limité, qui peut ainsi les mettre en difficulté dans les apprentissages. Il souligne donc, face aux téléspectateurs, l’importance d’une organisation plus flexible de l’école, qui permettrait aux enseignants d’adapter leurs pratiques aux besoins des élèves. D’après les propos du linguiste, un enseignant devrait pouvoir travailler parfois avec toute la classe lorsque l’activité s’y prête, mais aussi avec de petits groupes d’élèves lorsqu’un accompagnement plus individualisé est nécessaire. Il évoque alors une « flexibilité pédagogique » (10:10), afin de mieux prendre en compte l’hétérogénéité des classes et la « singularité » de chaque enfant. Ainsi, à travers cette séquence, on comprend que l’adaptation de l’enseignement aux besoins spécifiques des élèves est indispensable pour leur apprentissage.
Dialogue : (11:06 à la fin)
La dernière séquence de cette vidéo s’ouvre, à nouveau, sur l’orthophoniste Béatrice Sauvageot. Elle organise, avec les parents des jeunes ayant participé aux ateliers, des temps d’échange afin d’aborder les difficultés de leurs enfants, leurs progrès et leurs retours. Les parents sont ainsi pleinement inclus dans le parcours de leur enfant et impliqués dans leur accompagnement. Le caméraman s’attarde sur certains parents en train de s’exprimer, avec un plan rapproché : ils expriment leur envie de « rire » des difficultés de leurs enfants, à tel point qu’ils se sentent soulagés (11:32). De nombreuses familles témoignent également venir parfois de très loin pour rencontrer cette orthophoniste, Béatrice Sauvageot, être écoutées et surtout comprises. L’image se fige ensuite sur une pancarte indiquant : « l’art mature devient une armature ». Ainsi, le téléspectateur, à travers son écran, les parents présents et toute personne voyant cet affichage comprennent que lorsqu’un enfant rencontre de grandes difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, mais qu’il découvre et développe ses talents, ceux-ci peuvent devenir une force et un soutien pour surmonter ses difficultés. Elle affirme : « quand les DYS arrivent chez moi, je ne pointe pas leurs défaillances, mais je fais un bilan de leurs compétences et de leurs points forts, sur lesquels la rééducation va s’appuyer ». L’objectif de cette séquence est donc de dédramatiser sur les troubles, d’aider l’enfant à reprendre confiance en lui, et lui faire savoir qu’il n’est pas seul (« j’ai vu des gamins, ils étaient tous comme moi », 12:00).
Conclusion
Ce film-documentaire résume ainsi, à travers différentes séquences organisées entre elles, en quoi consiste le métier d’orthophoniste : écoute, conseil, prise en charge, créativité, patience… Tous ces éléments, présentés au grand public à la télévision, permettent de faire connaître le domaine de l’orthophonie, de valoriser ses effets positifs et d’encourager les parents à faire suivre leurs enfants si ces derniers en éprouvent le besoin.
Notes complémentaires
Références et documents externes
Sitographie
Bentolila, Alain (26/09/2024). A propos
https://www.alainbentolila.fr/a-propos/
ORA-VisioConsultations (17/08/2022). Orthophonie : la méthode Béatrice Sauvageot
https://ora-visio.fr/orthophonie-la-methode-beatrice-sauvageot
Kerchouche, Dalila (28/01/2019, mis à jour le 13/02/2019 & 13/02/2019). Béatrice Sauvageot, l’orthophoniste qui révolutionne l’approche de la dyslexie
Puissance Dys (sans date). Présentation de l’association, des stages en présentiel, de la méthode
https://www.puissancedys.org/puissance-dys
Équipe Naître et Grandir (03/2025) ; révision scientifique par Tupula Kabola, Agathe. Le trouble développement du langage (dysphasie)
https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/langage/trouble-primaire-langage-dysphasie/
UNCAM (2024). Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP)
https://fno.fr/wp-content/uploads/2024/10/NGAP-13072024.pdf
Fischer, Elisabeth (sans date). Orthophonie (général)
https://medfilm.unistra.fr/wiki/Crp:Corpus-2
France Télévisions (sans date), présenté par Lecaron, Agathe. Les Maternelles XXL : le jeu Minecraft, outil de détection de la dyslexie
AG2R La Mondiale (sans date). Remboursement orthophoniste mutuelle : Le guide complet pour bien couvrir vos séances
Ghesquière, Anne (25/02/2021), podcast #50 pour FémininBio. Béatrice Sauvageot : la méthode révolutionnaire pour les DYS, enfants et adultes
LégiFrance (arrêté du 26/07/2001). Arrêté du 26 juillet 2001 relatif au nombre maximum d'étudiants admis à entrer en première année d'études préparant au certificat de capacité d'orthophoniste
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000394142
LégiFrance (texte n°29, JORF n°67 du 19/03/2004). Avenant à la convention nationale des orthophonistes
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000001090433
Ministère de l’Education nationale & Ministère de la recherche (7/02/2002). Mise en œuvre d’un plan d’action pour les enfants atteints d’un trouble spécifique du langage oral ou écrit
https://www.education.gouv.fr/bo/2002/6/encart.htm
Veber, Florence & Ringard, Jean-Charles (03/2001). Pour les enfants atteints d’un trouble spécifique du langage
SIOB (2024). Le livret FNO ; pour vous accompagner tout au long de votre carrière ; édition 2024
https://siob.fr/wp-content/uploads/2024/06/Livret-FNO-Edition-2024.pdf
Bibliographie
Sauvageot, Béatrice, Vive la dyslexie, 2002
Sauvageot, Béatrice, Adieu la dyslexie, 2015
Bentolila, Alain, Le Verbe contre la barbarie, 2007
Bentolila, Alain, Parle à ceux que tu n’aimes pas, 2010
Bentolila, Alain, Tout sur l’école, 2004
Bentolila, Alain, Nous ne sommes pas des bonobos, 2021
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Sohanne Robillard, Pauline Zanin, Julie Jakobi

