La 500.000ème (1978)

De Medfilm



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Titre :
La 500.000ème
Année de production :
Pays de production :
Réalisation :
Durée :
18 minutes
Format :
Parlant - Couleur - U-Matic
Langues d'origine :
Sous-titrage et transcription :
Sociétés de production :
Commanditaires :
Archives détentrices :

Générique principal

Le Comité Français d'Éducation pour la Santé présente "La 500.000 ème"

Un film de ROGER LOUIS produit par SCOPCOLOR

- - - - - Générique de fin - - - - -

Images : D. Debauve, J.L. Bachofen, E. De Grammont

Son : N. Cheyer / Mixage : J. Dufour

Montage : C. Lambert / Assistante à la réalisation : A. Grimaldi

Production SCOPCOLOR

Nous remercions Messieurs les Professeurs FRITSCHE, et SCHOEPPE - BUNDESZENTRALE FUER GESUNDHEITLICHE AUSKLÄRUNG

Contenus

Sujet

Le tabagisme : les proportions qu'il prend au cours de l'existence d'un fumeur normal, les risques auxquels il expose.

Genre dominant

Documentaire

Résumé

Après avoir constaté l'intensité de son propre tabagisme, le journaliste Roger Louis interroge différentes personnes sur leur relation à la cigarette.

Contexte

La législation relative à la consommation de tabac
1999
· Arrêté du 30 novembre 1999 : délistage (passage du statut de médicament de prescription médicale obligatoire à celui de médicament de prescription médicale facultative) de la délivrance des substituts nicotinique en officine.
Les instructions
· Circulaire DRT 99/8 du 18 juin 1999 relative à la lutte contre le tabagisme sur les lieux de travail (modifie la circulaire DRT 92/23 du 9 novembre 1992).
· Circulaire DG/DH n° 330 du 8 juin 1999 relative à l a lutte contre le tabagisme dans les établissements de santé.
1994
· Arrêté du 4 juillet 1994 modifiant l'arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d'analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes de vérification de l'exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités d'inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
1993
· Arrêté du 22 mars 1993 fixant la liste des publications professionnelles spécialisées pouvant diffuser de la publicité pour les produits du tabac.
· Loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d'ordre social dont l’autorisation de la publicité en faveur du tabac dans les revues professionnelles de ce secteur.
1992
Les textes législatifs et réglementaires
· Arrêté du 31 décembre 1992 fixant les caractéristiques des affichettes relatives à la publicité en faveur du tabac dans les débits de tabac.
· Décret n° 92-478 du 29 mai 1992 fixant les conditio ns d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif et modifiant le code de la santé publique.
Instructions
· Circulaire DAGPB/92/n° 352 du 29 octobre 1992 relat ive aux conditions d’application dans l’administration centrale de l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif.
1991
· Décret n° 91-410 du 26 avril 1991 fixant au 31 mai la date de la manifestation annuelle intitulée "Jour sans tabac ".
· Arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d’analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes de vérification de l’exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités d’inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
· Loi n°91-32 du 10 janvier 1991 (dite « loi EVIN ») relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme : pivot du dispositif légal de lutte contre le tabagisme et contre l'alcoolisme.
Ses principales dispositions :
- Améliorer l’information et la protection du consommateur par l’obligation de faire figurer et la teneur moyenne en nicotine et le message sanitaire « Nuit gravement à la santé » et par la création d’une manifestation annuelle « Jour sans tabac », fixée au 31 mai.
- Réduire l’offre et l’incitation au tabagisme par l’interdiction de toute propagande, publicité et opération de parrainage en faveur du tabac ou des produits du tabac (tous les médias sont concernés), et par la sortie du prix du tabac du calcul de l’indice des prix (cette sortie rend possible l’augmentation du prix du tabac en tant que mesure de santé publique. Depuis cette disposition, le prix du tabac est libéré des contraintes de la lutte contre l’inflation.
- Protéger les non fumeurs : dans la loi Veil, le principe est l’autorisation de fumer dans les lieux publics sauf là où cela est interdit. Avec la loi Evin : on inverse ce principe, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif fait office de principe général. Il est également interdit de distribuer gratuitement du tabac ou des produits du tabac.
1977
· Décret n° 77-1042 du 12 septembre 1977 sur les interdictions de fumer dans les lieux publics et dans les transports de voyageurs.
1976
· Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976 (dite « loi Veil ») : première loi française de lutte contre le tabagisme. Les principales dispositions de cette loi :
- Interdiction de la publicité sur certains supports (ex. : TV, cinéma, radio, affichage, presse pour enfants). A contrario, la publicité dans la presse écrite est autorisée (leur lobby est important).
- Interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif « où cette pratique peut avoir des conséquences dangereuses pour la santé » (ex. : bâtiments publics, hôpitaux, écoles, salles de spectacles, trains, avions, bus…).
- Apposition d’un message sanitaire « abus dangereux ».

Les campagnes anti-tabac
Deux dates, coïncidant avec d’importants changements de la législation et de la réglementation, vont être déterminantes dans les stratégies de communication : 1976 et 1991. Elles marquent le vote de la loi Veil et celui de la loi Évin. En 1976, un Français sur deux fume, 46 % des 12-18 ans fument. La presse magazine, craignant de perdre une source de revenus publicitaire significative nie les méfaits du tabagisme et Simone Veil, alors ministre de la Santé est prise à partie par les travailleurs de l’industrie du tabac. C’est dans ce contexte que le CFES élabore une succession de campagnes. Elles sont fortement inspirées du modèle anglo-saxon de l’époque et abordent l’ensemble des thèmes liés au tabac : les jeunes, les femmes enceintes, le tabagisme passif, etc. En 1976, l’élément fédérateur est le slogan « Sans tabac, prenons la vie à pleins poumons ». L’affiche correspondante prend pour emblème une colombe. Il s’agit de jouer sur le registre de l’affectif et de faire réfléchir sur les conséquences du tabac, aussi bien pour les fumeurs que pour leur entourage. La campagne concernant spécifiquement la protection des non-fumeurs met en scène un non-fumeur interpellant les fumeurs en leur demandant « Ça ne vous dérange pas si je ne fume pas ? » En septembre 1979, le ministre de la Santé Jacques Barrot lance une campagne nationale intitulée « L’éducation pour la santé à l’école » dans l’idée d’obtenir une génération de « non-fumeurs ». Au cours de l’année scolaire, un million d’enfants (en priorité entre 11 et 12 ans) sont concernés car « c’est à cet âge que se prend ou ne se prend pas l’habitude de fumer ».
Entre 1978 et 1988, la communication est ainsi centrée sur le tabagisme des jeunes en travaillant autour de deux valeurs essentielles : la liberté, avec la campagne « Une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée » (1978), et la séduction, avec la campagne « Le tabac c’est plus ça » (1988), spot et affiche. Simone Veil témoignera de ces communications : « Nous jouions toujours sur l’affectif. Plutôt que d’insister sur les conséquences du tabac sur la santé, nous voulions faire passer un message fort auprès des jeunes : "On n’a pas besoin de fumer pour s’amuser ni pour séduire." Ou encore : "Sport et tabac ne font pas bon ménage." Le but était de toucher les jeunes avant qu’ils aient commencé à fumer. Les publicités mettaient en scène des jeunes dans des situations où ils seraient amenés à fumer leur première cigarette. Les jeunes déclinaient alors l’invitation et écrasaient la cigarette, balayant d’un revers de la main les images valorisantes associées à la consommation de tabac. La cible que nous avons également privilégiée est celle des jeunes femmes qui à l’époque avaient tendance à fumer pour se donner une contenance : elles fumaient souvent plus que les hommes ». Cf. L’efficacité de ces premières campagnes repose sur le fait qu’elles s’accompagnent de le mesures législatives et règlementaires efficaces, d’avancées sanitaires significatives (formation des professionnels de santé, apparition de substituts nicotiniques) et d’actions de terrain pérennes (interventions en milieu scolaire, dans les entreprises, diffusion d’outils pédagogiques, etc.).
Cf.Benoit J.-M., Scale J. Bleu Blanc Pub. Trente ans de communication gouvernementale en France. Édition spéciale. Service d’information du Gouvernement. Le cherche midi, 2008.

Les organismes de lutte
Le Comité National Contre le Tabagisme est la plus ancienne association de prévention du tabagisme en France. Apparue en 1868, l’association a, dès son origine, mobilisé des personnalités aux compétences et horizons divers et complémentaires, non seulement du monde de la médecine, mais aussi de l’éducation, de la justice et du journalisme. Tout au long de son histoire, le CNCT a joué un rôle de fer de lance en impulsant et en accompagnant les grandes avancées de la lutte contre le fléau du tabagisme en France.
1868 : Fondation de l’association sous le nom d’Association française contre l’abus du tabac. Le docteur Henry Blatin (1806-1869), vice-président de la Société protectrice des animaux (SPA) et de la Société protectrice de l’enfance, en est le fondateur et le premier président.
1877 : Refondation de l’association par Emile Decroix (1821-1901) sous le nom de « Société contre l’abus du tabac ».
1939 : La Société contre l’abus du tabac devient la « Ligue contre le tabac ».
1959 : L’association est rebaptisée Prévention du Tabagisme (Comité national du droit à l’air pur)
1968 : L’association prend son nom actuel de « Comité National Contre le Tabagisme »
1976 : Adoption de la loi Veil, premier texte de loi relatif au contrôle du tabac.Les associations comme le CNCT peuvent désormais se constituer partie civile pour défendre les intérêts de la santé publique en matière de prévention du tabagisme.
1977 : Le CNCT est reconnu d’utilité publique
1989 : Le CNCT joue un rôle majeur dans les propositions remises à Claude Evin par le groupe des 5 sages (constitué des Professeurs Hirsch et Dubois, tous deux présidents du CNCT entre 1991 et 2003, ainsi que des Professeurs Tubiana, Got et Grémy) pour améliorer la loi Veil.

La couverture médiatique des dispositions anti-tabac
Le 01.04 1972, le JT de 20 heures diffuse un reportage canular consacré à la décision prise par le ministère de la Santé publique d'interdire le tabac dans tous les lieux publics. Le journaliste René Caron, présenté comme un certain Jean Conrad, délégué du ministère, explique les raisons et applications de cette mesure : "La pollution a atteint un tel degré".

Éléments structurants du film

  • Images de reportage : Non.
  • Images en plateau : Non.
  • Images d'archives : Non.
  • Séquences d'animation : Non.
  • Cartons : Oui.
  • Animateur : Non.
  • Voix off : Oui.
  • Interview : Non.
  • Musique et bruitages : Oui.
  • Images communes avec d'autres films : Non.

Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?

La réalisation combine des témoignages sur le tabagisme (adolescents, hommes et femmes) avec des représentations oniriques qui symbolisent l'intensité excessive qu'il peut atteindre au cours d'une existence normale : l'accumulation des cigarettes, jetées en pluie dans le champ, ensevelissant le sujet, concentre en un instant et quelques images leur consommation étalée sur les années successives qui la composent.
En dernière séquence, Roger Louis se tient devant les affiches des récentes campagnes anti-tabac, collées l'une sur l'autre de manière désinvolte. On reconnaît, en plus d'une affiche au slogan en allemand, les affiches commandées par le Comité National contre le Tabagisme, dessinées par Obrad Nicolitch, avec les slogans : "alcool et tabac fanent votre beauté", "enchaîné par le tabac", "la fumée s'en va, les goudrons restent". Louis tient une cigarette à la main et regarde la caméra. Cette mise en scène provocatrice montre que la personne qui enquête sur les méfaits du tabagisme ne s'est pas elle-même défait de son accoutumance à la consommation de tabac. Il ne s'agit pas d'une instance désincarnée qui jette anonymement ses recommandations injonctives, mais d'un individu qui se met lui-même en cause et va interroger d'autres individus qui partagent son problème de dépendance au tabac. Le film qui en résulte communique au public le constat collectif qu'ils livrent. "J'ai 50 ans, explique-t-il à son tour, j'en suis à plus de 500 000 cigarettes et je n'éprouve même plus de plaisir à fumer." Il continue pourtant, ajoute-t-il, quoiqu'il essaie régulièrement de s'arrêter en essayant toutes les méthodes qui le permettraient. Zoom sur son visage qui continue de dévisager le public. "C'est le piège biologique", assène-t-il. Il ajoute qu'il "éprouve tout ce que disent ces affiches". Il ne dément pas leur discours, mais propose de le compléter par l'outil du témoignage documentaire.

Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?

Pas de représentation directe.

Diffusion et réception

Où le film est-il projeté ?

Comités d’entreprises, sections syndicales, foyers socio-éducatifs, maisons de jeunes, associations de quartier

Communications et événements associés au film

Public

Tout public (dans la sphère de l'éducation populaire)

Audience

Descriptif libre

Musique jazz. Carton rouge : "le comité français d'éducation pour la santé présente". Cut. Le titre du film est écrit sous la partie inférieure d'une mâchoire de squelette qui tient une cigarette allumée. Carton sur fond violet : "un film de Roger Louis produit par Scopcolor".

La prise de conscience

Un homme (on reconnaît Roger Louis) à son bureau en train de lire. Il fume une cigarette. Une voix off intervient : "au-delà de 500 000 cigarettes, le risque de cancer devient non négligeable". Ce qu'elle dit est apparemment ce que l'homme lit au même moment. Se mettant à calculer le nombre de cigarettes qu'il a fumées, sachant qu'il a commencé sa consommation de tabac, à raison de 2 paquets par jour, à l'âge de 14 ans et qu'il a maintenant 50 ans, il réalise qu'il a atteint le nombre fatidique. Musique électronique tendue, montage de plans saturés de cigarettes et de paquets de Gauloises en séries, avec zooms et dézooms, puis apparition de l'homme, étendu dans un amas de cigarettes qui lui font matelas. La voix de Roger Louis : "lorsque je me suis livré à ce calcul, ça m'a fait un choc." Affirmant qu'il aurait dû arrêter depuis longtemps, il compare sa consommation à "une cataracte qui finit par vous submerger". A l'image, des cigarettes pleuvent sur lui. Première apparition d'un plan qui fait un leitmotiv évolutif tout au long du film : un mannequin à l'effigie d'un homme, vêtu d'une chemise déboutonnée qui fait apparaître deux sachets plastiques représentant ses poumons, l'un des sachets se contactant et brunissant. (03:14)

La tabagie adolescente : les débuts du processus

Roger Louis s'interroge sur le début du processus : "comment peut-on se transformer en une espèce de robot qui fume?". Il se filme en conversation avec sa fille de trois ans, tous les deux installés sur un canapé dans un salon. En présence de son père qui fume, la petite fille se met à tousser puis à tapoter sa poitrine en disant : "ça fait mal ici". Mais déjà, elle joue à imiter son père en fumant facticement une cigarette. Dans le plan suivant, deux adolescents s'essaient à fumer, l'un d'eux tousse en riant : un jeu, et déjà une habitude qui se prend. Plusieurs adolescents réunis comptent les cigarettes qu'ils ont fumés à l'invitation du journaliste. L'un d'eux dit : "je compte m'arrêter, c'est la dernière celle-là". En off, la voix d'un de ses copains intervient : "c'est la dernière jusqu'à la prochaine". Reprise de la musique électronique tendue, succession de gros plans sur des adolescents qui fument. Leurs visages a une expression soucieuse. Interrogé par le journaliste, l'un d'eux estime que sa consommation équivaut à une centaine de paquets. (06:53)

Parcours de fumeuses et fumeurs

Succession et croisement de quatre témoignages (deux hommes, deux femmes) sur le vécu du tabagisme. Roger Louis se positionnant à gauche de l'opérateur, le regard de chaque personne interrogée qui leur fait face se dirige vers le bord cadre droit et non pas vers le centre de la caméra : le public sent de cette façon qu'elle répond à une présence en off, et ne lui parle pas directement.
Premier témoignage : une jeune femme à son bureau, derrière une machine à écrire. Elle est vive, sourit souvent, se raconte avec franchise et recul. La caméra alterne entre son visage et ses mains qui tripotent nerveusement un paquet de cigarettes. Questionnée par Roger Louis, elle lui répond qu'elle a commencé à fumer à 14 ans et qu'elle en a 21 aujourd'hui. Elle a contracté l'habitude de fumer en ayant rencontré des "jeunes gens" qui, au contraire d'elle, "avalaient la fumée". Essayant à son tour, elle a apprécié la sensation d'"être un peu ivre" qui en résulte. En commençant de fumer, elle a estimé qu'il ne fallait pas le faire plus de dix ans, parce qu'au-delà de cette durée, des "complications" surviendraient. Aujourd'hui, elle se jure chaque soir d'arrêter, s'y emploie "deux fois par semaine", mais n'y parvient pas. (08:47)
Second témoignage : une autre jeune femme, également à son bureau. Derrière elle, une machine à écrire professionnelle. Elle constate que c'est "une manie". Depuis qu'elle a arrêté de fumer, elle constate que le geste de prendre une nouvelle cigarette lui vient quand elle a fini de taper une lettre. Sa main se porte en l'air pour saisir une cigarette fantôme. Le problème, selon elle, est que l'habitude de fumer devient une "manie", davantage qu'une source de "plaisir".
Retour au premier témoignage, la main de la jeune femme écrase longuement la cigarette dans le fond d'un cendrier posé devant elle. "Je ne peux plus respirer à fond, alors ça commence à m'inquiéter un petit peu", avoue-t-elle. Elle ajoute que les discours sur les maladies liées à la cigarette "l'affolent un petit peu" également, et que sa consommation de tabac gêne sa "coquetterie" parce que "ça jaunit les dents" et que ça défraîchit le teint.(10:00)
Troisième témoignage : un homme d'une quarantaine d'années, assis derrière une table de montage audiovisuel. Il a commencé à fumer vers treize ans, raconte-t-il, "pas par besoin". A présent, il se sent "pris au piège". Il fume "régulièrement", c'est-à-dire "un paquet". Il en fume davantage s'il festoie la nuit, avec des amis. Tapotant sa poitrine avec son pouce, avec une grimace, il ajoute "qu'il y a des matins où c'est un peu bouché là-dedans". Découvrant que son rapport à la cigarette était devenu "machinal", il a essayé d'arrêter de fumer : "j'ai trouvé que c'était vraiment trop dur". Retour au mannequin à l'effigie d'un homme, un des deux sachets plastiques représentant ses poumons a davantage bruni, s'est rétréci, et palpite avec difficulté.
Quatrième témoignage : en voix off, légèrement réverbérée, un homme affirme qu'il fume depuis vingt-quatre ans. Raccord sur un homme, sa voix en in fait comprendre que c'était lui qui parlait en off. Il fume trente à quarante cigarettes, "et quand je travaille très tard la nuit, ça peut dépasser". Ayant été asthmatique dans son enfance, commencer à fumer était alors, selon lui, "une manière de vaincre la nature". Selon les indications médicales dont il a pris connaissance, il a compris qu'il aurait dû arrêter de fumer à l'âge de trente ans - "ce que je n'ai pas fait". (14:07)

"J'éprouve tout ce que disent ces affiches"

Musique anxiogène, battements de coeur dans la bande son. Roger Louis se tient devant les affiches des récentes campagnes anti-tabac, collées l'une sur l'autre de manière désinvolte. On reconnaît, en plus d'une affiche au slogan en allemand, les affiches commandées par le Comité National contre le Tabagisme, dessinées par Obrad Nicolitch, avec les slogans : "alcool et tabac fanent votre beauté", "enchaîné par le tabac", "la fumée s'en va, les goudrons restent". Louis tient une cigarette à la main et regarde la caméra. Cette mise en scène provocatrice montre que la personne qui enquête sur les méfaits du tabagisme ne s'est pas elle-même défait de son accoutumance à la consommation de tabac. Il ne s'agit pas d'une instance désincarnée qui jette anonymement ses recommandations injonctives, mais d'un individu qui se met lui-même en cause et va interroger d'autres individus qui partagent son problème de dépendance au tabac. Le film qui en résulte communique au public le constat collectif qu'ils livrent. "J'ai 50 ans, explique-t-il à son tour, j'en suis à plus de 500 000 cigarettes et je n'éprouve même plus de plaisir à fumer." Il continue pourtant, ajoute-t-il, quoiqu'il essaie régulièrement de s'arrêter en essayant toutes les méthodes qui le permettraient. Zoom sur son visage qui continue de dévisager le public. "C'est le piège biologique", assène-t-il. Il ajoute qu'il "éprouve tout ce que disent ces affiches". Il ne dément pas leur discours, mais propose de le compléter par l'outil du témoignage documentaire.
Gros plan sur leurs visuels : une cigarette qui transperce un coeur, une mâchoire de squelette refermée sur une cigarette. "J'ai effectivement des troubles pulmonaires, je crois que le cancer peut être proche. J'ai des troubles de mémoire, j'ai des tremblements dans la main comme ont dit tous ceux qui fument". Puisque la "peur même ne joue pas", il interroge : que faire, que dire? Il "maudit" le jour où il a commencé : "je ne me suis pas rendu compte". Dézoom. Ses mains se portent à ses tempes, il prend un air interloqué et interroge : "comment se fait-il que la première revendication de liberté des lycéens en 1968 a été la revendication du droit de fumer? Ils se rendent pas compte? En fait, c'est la revendication du droit de tomber dans un piège!". Le bruit cardiaque se fait de nouveau entendre dans la bande son. Roger Louis croise ses bras, regarde vers le sol, respire fortement. Ses yeux reviennent vers la caméra, il esquisse un léger sourire. "Je crois qu'il faut arrêter dès la première, dès la seconde si vous voulez. C'est le meilleur moyen d'éviter ce piège que tout le monde regrette après. C'est pas une question de morale, c'est : 'est-ce qu'à 50 ans, vous avez envie de vous poser ces problèmes-là?'". Retour de la musique anxiogène, travelling descendant qui va rejoindre un cendrier plein à ras bord de cigarettes écrasées. Cartons de générique.


Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Joël Danet