Jouer avec le feu (1979)
Espaces de noms
Plus
- Plus
Actions de la page
Pour voir ce film dans son intégralité veuillez vous connecter.
Si vous rencontrez un problème d'affichage du film ou des sous-titres , veuillez essayer un autre navigateur.
Sommaire
Générique principal
C'était JOUER AVEC LE FEU / Un film de Igor BARRERE et Étienne LALOU / présenté par LE COMITÉ FRANÇAIS D'ÉDUCATION POUR LA SANTÉ / Chef opérateur : Raymond GROSJEAN / assisté de : Pierre VANNONI / Ingénieur du son : Georges MEAUME / mixage : Bernard LEROUX / Assistant de réalisation : Jean-Pierre FLEURY / Montage : Brigitte DORNES / Production : Editel-Edimav
Contenus
Sujet
Le tabagisme : la manière de le contracter, les proportions qu'il prend au cours de l'existence d'un fumeur normal, les risques auxquels il expose.
Genre dominant
Résumé
Une enquête sur le tabagisme qui combine plusieurs approches : une saynète montrant comment un garçon est encouragé à fumer par un aîné, un débat entre une fille et sa mère à propos du tabagisme de cette dernière, un entretien avec un médecin sur les conséquences à long terme de la consommation régulière de tabac, des vues de reportage sur l'affichage public qui promeut le tabac. Ces séquences sont entrecoupées d'images symboliques du tabagisme comme addiction et anomalie comportementale.
Contexte
La législation relative à la consommation de tabac
1999
· Arrêté du 30 novembre 1999 : délistage (passage du statut de médicament de prescription médicale obligatoire à celui de médicament de prescription médicale facultative) de la délivrance des substituts nicotinique en officine.
Les instructions
· Circulaire DRT 99/8 du 18 juin 1999 relative à la lutte contre le tabagisme sur les lieux de travail (modifie la
circulaire DRT 92/23 du 9 novembre 1992).
· Circulaire DG/DH n° 330 du 8 juin 1999 relative à l a lutte contre le tabagisme dans les établissements de
santé.
1994
· Arrêté du 4 juillet 1994 modifiant l'arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d'analyse des teneurs en nicotine
et en goudron et les méthodes de vérification de l'exactitude des mentions portées sur les conditionnements,
ainsi que les modalités d'inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les
unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
1993
· Arrêté du 22 mars 1993 fixant la liste des publications professionnelles spécialisées pouvant diffuser de la
publicité pour les produits du tabac.
· Loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d'ordre social dont l’autorisation de la publicité en
faveur du tabac dans les revues professionnelles de ce secteur.
1992
Les textes législatifs et réglementaires
· Arrêté du 31 décembre 1992 fixant les caractéristiques des affichettes relatives à la publicité en faveur du
tabac dans les débits de tabac.
· Décret n° 92-478 du 29 mai 1992 fixant les conditio ns d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux
affectés à un usage collectif et modifiant le code de la santé publique.
Instructions
· Circulaire DAGPB/92/n° 352 du 29 octobre 1992 relat ive aux conditions d’application dans l’administration
centrale de l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif.
1991
· Décret n° 91-410 du 26 avril 1991 fixant au 31 mai la date de la manifestation annuelle intitulée "Jour sans
tabac ".
· Arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d’analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes
de vérification de l’exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités
d’inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de
conditionnement du tabac et des produits du tabac.
· Loi n°91-32 du 10 janvier 1991 (dite « loi EVIN ») relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme : pivot
du dispositif légal de lutte contre le tabagisme et contre l'alcoolisme.
Ses principales dispositions :
- Améliorer l’information et la protection du consommateur par l’obligation de faire figurer et la teneur moyenne
en nicotine et le message sanitaire « Nuit gravement à la santé » et par la création d’une manifestation
annuelle « Jour sans tabac », fixée au 31 mai.
- Réduire l’offre et l’incitation au tabagisme par l’interdiction de toute propagande, publicité et opération de
parrainage en faveur du tabac ou des produits du tabac (tous les médias sont concernés), et par la sortie du
prix du tabac du calcul de l’indice des prix (cette sortie rend possible l’augmentation du prix du tabac en tant
que mesure de santé publique. Depuis cette disposition, le prix du tabac est libéré des contraintes de la lutte
contre l’inflation.
- Protéger les non fumeurs : dans la loi Veil, le principe est l’autorisation de fumer dans les lieux publics sauf là
où cela est interdit. Avec la loi Evin : on inverse ce principe, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage
collectif fait office de principe général. Il est également interdit de distribuer gratuitement du tabac ou des
produits du tabac.
1977
· Décret n° 77-1042 du 12 septembre 1977 sur les interdictions de fumer dans les lieux publics et dans les transports de voyageurs.
1976
· Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976 (dite « loi Veil ») : première loi française de lutte contre le tabagisme.
Les principales dispositions de cette loi :
- Interdiction de la publicité sur certains supports (ex. : TV, cinéma, radio, affichage, presse pour enfants). A
contrario, la publicité dans la presse écrite est autorisée (leur lobby est important).
- Interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif « où cette pratique peut avoir des
conséquences dangereuses pour la santé » (ex. : bâtiments publics, hôpitaux, écoles, salles de spectacles,
trains, avions, bus…).
- Apposition d’un message sanitaire « abus dangereux ».
Les campagnes anti-tabac
Deux dates, coïncidant avec d’importants changements de la législation et de la réglementation, vont être déterminantes dans les stratégies de communication : 1976 et 1991.
Elles marquent le vote de la loi Veil et celui de la loi Évin. En 1976, un Français sur deux fume, 46 % des 12-18 ans fument. La presse magazine, craignant de perdre une source de revenus publicitaire significative nie les méfaits du tabagisme et Simone Veil, alors ministre de la Santé est prise à partie par les travailleurs de l’industrie du tabac. C’est dans ce contexte que le CFES élabore une succession de campagnes. Elles sont fortement inspirées du modèle anglo-saxon de l’époque et abordent l’ensemble des thèmes liés au tabac : les jeunes, les femmes enceintes, le tabagisme passif, etc. En 1976, l’élément fédérateur est le slogan « Sans tabac, prenons la vie à pleins poumons ». L’affiche correspondante prend pour emblème une colombe. Il s’agit de jouer sur le registre de l’affectif et de faire réfléchir sur les conséquences du tabac, aussi bien pour les fumeurs que pour leur entourage. La campagne concernant spécifiquement la protection des non-fumeurs met en scène un non-fumeur interpellant les fumeurs en leur demandant « Ça ne vous dérange pas si je ne fume pas ? » En septembre 1979, le ministre de la Santé Jacques Barrot lance une campagne nationale intitulée « L’éducation pour la santé à l’école » dans l’idée d’obtenir une génération de « non-fumeurs ». Au cours de l’année scolaire, un million d’enfants (en priorité entre 11 et 12 ans) sont concernés car « c’est à cet âge que se prend ou ne se prend pas l’habitude de fumer ».
Entre 1978 et 1988, la communication est ainsi centrée sur le tabagisme des jeunes en travaillant autour de deux valeurs essentielles : la liberté, avec la campagne « Une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée » (1978), et la séduction, avec la campagne « Le tabac c’est plus ça » (1988), spot et affiche. Simone Veil témoignera de ces communications : « Nous jouions toujours sur l’affectif. Plutôt que d’insister sur les conséquences du tabac sur la santé, nous voulions faire passer un message fort auprès des jeunes : "On n’a pas besoin de fumer pour s’amuser ni pour séduire." Ou encore : "Sport et tabac ne font pas bon ménage." Le but était de toucher les jeunes avant qu’ils aient commencé à fumer. Les publicités mettaient en scène des jeunes dans des situations où ils seraient amenés à fumer leur première cigarette. Les jeunes déclinaient alors l’invitation et écrasaient la cigarette, balayant d’un revers de la main les images valorisantes associées à la consommation de tabac. La cible que nous avons également privilégiée est celle des jeunes femmes qui à l’époque avaient tendance à fumer pour se donner une contenance : elles fumaient souvent plus que les hommes ». Cf.
L’efficacité de ces premières campagnes repose sur le fait qu’elles s’accompagnent de le mesures législatives et règlementaires efficaces, d’avancées sanitaires significatives (formation des professionnels de santé, apparition de substituts nicotiniques) et d’actions de terrain pérennes (interventions en milieu scolaire, dans les entreprises, diffusion d’outils pédagogiques, etc.).
Cf.Benoit J.-M., Scale J. Bleu Blanc Pub. Trente ans de communication gouvernementale en France. Édition spéciale. Service d’information du Gouvernement. Le cherche midi, 2008.
Les organismes de lutte
Le Comité National Contre le Tabagisme est la plus ancienne association de prévention du tabagisme en France. Apparue en 1868, l’association a, dès son origine, mobilisé des personnalités aux compétences et horizons divers et complémentaires, non seulement du monde de la médecine, mais aussi de l’éducation, de la justice et du journalisme. Tout au long de son histoire, le CNCT a joué un rôle de fer de lance en impulsant et en accompagnant les grandes avancées de la lutte contre le fléau du tabagisme en France.
1868 : Fondation de l’association sous le nom d’Association française contre l’abus du tabac. Le docteur Henry Blatin (1806-1869), vice-président de la Société protectrice des animaux (SPA) et de la Société protectrice de l’enfance, en est le fondateur et le premier président.
1877 : Refondation de l’association par Emile Decroix (1821-1901) sous le nom de « Société contre l’abus du tabac ».
1939 : La Société contre l’abus du tabac devient la « Ligue contre le tabac ».
1959 : L’association est rebaptisée Prévention du Tabagisme (Comité national du droit à l’air pur)
1968 : L’association prend son nom actuel de « Comité National Contre le Tabagisme »
1976 : Adoption de la loi Veil, premier texte de loi relatif au contrôle du tabac.Les associations comme le CNCT peuvent désormais se constituer partie civile pour défendre les intérêts de la santé publique en matière de prévention du tabagisme.
1977 : Le CNCT est reconnu d’utilité publique
1989 : Le CNCT joue un rôle majeur dans les propositions remises à Claude Evin par le groupe des 5 sages (constitué des Professeurs Hirsch et Dubois, tous deux présidents du CNCT entre 1991 et 2003, ainsi que des Professeurs Tubiana, Got et Grémy) pour améliorer la loi Veil.
La couverture médiatique des dispositions anti-tabac
Le 01.04 1972, le JT de 20 heures diffuse un reportage canular consacré à la décision prise par le ministère de la Santé publique d'interdire le tabac dans tous les lieux publics. Le journaliste René Caron, présenté comme un certain Jean Conrad, délégué du ministère, explique les raisons et applications de cette mesure : "La pollution a atteint un tel degré".
L'équipe de réalisation de Jouer avec le feu'
L'assistant réalisateur est Jean-Pierre Fleury : assistant, journaliste sur des magazines d’actualité, réalisateur de documentaires historiques et scientifiques pour TF1, Antenne 2, France 3, Arte, Planète. A partir de 1981, Jean-Pierre Fleury collabore avec Igor Barrère pour Histoires naturelles, série qui comptera plus de 300 épisodes (de 1982 à 1985, 54 émissions de 26 minutes, puis de 1985 à 2009, 260 émissions de 52 minutes).
Le chef opérateur est Raymond Grosjean : il a travaillé comme opérateur pour des grands reportages à l'étranger et le tournage de courts métrages de fiction.
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Oui.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Oui.
- Animateur : Oui.
- Voix off : Oui.
- Interview : Oui.
- Musique et bruitages : Oui.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Jouer avec le feu s'apparente à un documentaire d'information qui traite de son sujet par plusieurs approches complémentaires : scientifique (intervention d'un médecin, séquences de chirurgie) et sociétal (un débat au sein d'une famille), avec des images informatives (l'état d'un poumon de fumeur) et symbolique (un enfant lance un jouet contre un mur, pulsion de destruction analogue à celle de l'addiction).
Le propos est structuré par la métaphore de l'"engrenage" qui induit une issue fatale. En plus d'être invoquée par le commentaire, elle est suggérée par des bruits de machines insérés dans la bande son.
Igor Barrère et Etienne Lalou, auteurs de ce film, sont les responsables de l'émission "Les médicales". Ils y reprennent certains codes : entretiens avec des spécialistes, commentaire informatif et "méditatif" (interrogeant la société contemporaine à travers le traitement du sujet). Ainsi, Jouer avec le feu se conclut par une longue réflexion sur l'exposition massive de la jeunesse au tabac. Elle résonne avec celle que Roger Louis développe à la fin de La 500 000e cigarette. Les deux films confrontent les jeunes fumeurs aux contradictions de leurs discours avec leurs comportements : leur addiction généralisée au tabac fait perdre sa crédibilité à leur revendication de liberté. C'est le climat idéologique de l'après 68 qui est ici mis en jeu : vouloir rompre avec la la société de consommation implique de ne plus agir en consommateurs, ici de cigarettes.
Jouer avec le feu inclut également une séquence où des parents débattent avec leurs enfants de la bonne marche éducative qui permettrait aux plus anciens de convaincre les plus jeunes de ne pas fumer : ne pas se satisfaire de beaux discours, donner soi-même l'exemple. Le film, finalement, paraît s'adresser avant tout aux personnes en âge d'avoir des enfants qui ont atteint l'âge de commencer à fumer.
Autre raison pour rapprocher Jouer avec le feu de La 500 000e cigarette : une mise en scène qui assume la laideur et l'ingratitude de son sujet, avec des plans de poumons cancéreux, de plans d'eau polluée, de crapaud mort d'avoir fumé. Ils contrastent vivement avec les images fraîches, gaies, caustiques d'une jeunesse qui s'émancipe de la cigarette dans les spots télévisuels.
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
La santé et la médecine sont directement représentées pendant une séquence entière (10:01 > 14:12). Elle montre un examen endoscopique, une opération chirurgicale et une analyse de planches microscopiques. Le médecin agit et commente : il explique les conséquences du tabagisme sur la santé, opposant les réalités scientifiques aux mythes véhiculés par les médias, la publicité, au sein des familles.
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Communications et événements associés au film
Public
Tout public
Audience
Descriptif libre
Hostilité des enfants, fascination des plus grands
Des enfants rassemblés autour de quatre tables jointes ensemble. Ils dessinent. Hors champ, une voix de femme : "Vous avez terminé? Mettez vos noms sur les dessins!" Elle entre bord cadre gauche pour examiner leurs travaux. Succession de dessins d'enfants commentés par eux-mêmes en hors champ. Le premier montre une voiture avançant sous la pluie, avec l'habitacle rempli de fumée. Une voix de jeune fille explique que la femme qui est au volant fume une cigarette. Comme il pleut, il n'est pas possible pour les enfants assis à l'arrière d'ouvrir les fenêtres pour aérer. Autre dessin, divisé en deux : d'abord un garçon propose des cigarettes à une jeune fille en moto, "pour la frime", puis "vingt ans plus tard", la même jeune fille est alitée parce que son tabagisme lui a causé un cancer des poumons. Autre dessin, aussi divisé en deux : d'abord une tête d'homme qui fume, avec une chaîne de cadenas enroulée autour de son crâne : "il fume et puis ça l'enchaîne" ; ensuite une tête d'homme à la fenêtre d'une cellule de prison, avec des cigarettes qui figurent ses barreaux. En ombre chinoise, détachée sur un fond blanc, une femme en gros plan se met à fumer, alors que les voix d'enfants continuent d'intervenir hors champ. Apparition duc carton avec le titre du film.
Ext. jour, des jeunes rassemblés devant la grille d'un collège. Commentaire, voix d'homme : "les très jeunes enfants sont hostiles au tabac, mais plus ils grandiront, moins les choses seront simples." Plusieurs plans de jeunes en conversation sur plusieurs sujets concernant la cigarette. Premier sujet, le conformisme. Une voix de jeune fille en off : "Tout le monde fumait, je n'osais pas refuser : la contenance..." Une voix de jeune homme : "au début, je prenais des lattes. Je trouvais que la cigarette, ça faisait bien..." Second sujet, le rapport à l'interdit. Un garçon explique que ses parents toléraient qu'il fume parce qu'ils savaient qu'il le ferait en cachette s'ils le lui interdisaient. Un autre jeune affirme que plus on le lui interdit, plus il est stimulé pour fumer. (02:41)
Pourquoi fumer
La séquence suivante établit la généalogie de l'attachement que le fumeur éprouve pour sa pratique. Succession de plans montrant le rapport originel au geste de succion. Un nourrisson tête le sein de sa mère, un enfant en bas âge porte une sucette à sa bouche, deux petites filles lisent un livre en suçant leur pouce. Commentaire : "Il y a tellement de ressorts conscients ou inconscients derrière le simple geste de prendre une cigarette, de la porter à ses lèvres et d'en tirer une bouffée." Plans d'eau versée dans une bassine, de détritus jetés dans une poubelle. "Mais tout aussi primitif est le plaisir de l'évacuation, de l'excrétion." Pour expliciter l'association de ce plaisir avec le geste de fumer, composition image/son qui propose une analogie : en gros plan, la fumée qui sort d'une bouche de fumeur, en bande son le bruit d'une eau qui coule. Nouvelle explication avec le plaisir de détruire. En perspective d'un plan de cigarette écrasée dans un cendrier, celui d'un enfant qui casse ses jouets, et celui d'un autre enfant qui piétine et disperse un nid d'insectes. Nouvelle explication : le plaisir de manipuler un objet "pour rien, pour occuper les doigts". En perspective d'un plan montrant un homme allumant un cigare qu'il roule entre ses doigts, les plans d'une main qui manipule un stylo ou tordant un trombone. Autre source du plaisir de fumer, celui de s'offrir un cadeau comme le bonbon qu'on recevait enfant.
Nouvelles explications, qui posent le geste de fumer non plus comme un plaisir mais comme une ressource. Un jeune homme s'est réfugié aux toilettes pour fumer, alors qu'en hors champ des éclats de voix sont perceptibles. La cigarette, explique le commentaire, lui permet "de s'enfermer dans un nuage pour fuir un entourage bruyant et agressif". Autre explication du même ordre : sur le plan d'un homme plongé dans ses réflexions, assis devant des rayonnages de livres, le commentaire explique que la cigarette donne au fumeur l'impression que "grâce à elle, sa pensée deviendra plus aigüe, son imagination plus créatrice." Autre explication, toujours pour situer la cigarette comme ressource : la possibilité d'en faire un outil d'entregent pour développer ses relations sociales. Plan d'adolescents en train d'échanger tout en fumant. Le "fumeur qui pense cela n'aura pas entièrement tort", admet le commentaire. Il ajoute cependant : "Seulement voilà, il a mis le doigt dans l'engrenage."
Conformisme, repli, séduction
Entretien avec un jeune homme filmé dans un escalier, cigarette à la main. L'espace est sombre, filmé en contreplongée. La voix du garçon est basse et traînante, son allure est soignée. Le regard dirigé vers le bord cadre droit, en direction d'un interlocuteur hors champ, il explique qu'il a commencé à fumer quand il a été inscrit en pension, pour imiter tous ses camarades. Fumer lui permettait de faire "comme les autres" et de "faire plus homme, plus viril, plus grand, plus adulte". Il fournit ensuite d'autres raisons de son tabagisme. L'ennui l'a poussé à fumer : "je me préoccupais de ma cigarette, pas de ce qui se passait autour de moi". Il a aussi vu dans la cigarette un moyen de séduction : il y a une certaine manière de fumer". Il avoue enfin que sa pratique est devenue un "besoin", pour s'endormir, pour paraître en société : "je parle mieux quand j'ai une cigarette ; quand je n'ai pas de cigarette, je ne me sens pas moi". Pour la première fois, la bande son fait intervenir un bruit mécanique, à la fois pour suggérer l'appareil médical auquel on va avoir recours quand la santé du fumeur réclamera une intervention, et le mécanisme fatal d'addiction et d'intoxication dans lequel il est engagé. (08:22)
Promotion dans l'espace public : la pression sociale
Séquence sur la place de la promotion de la cigarette dans l'environnement communicationnel. Le bruit mécanique continue d'intervenir dans la bande son. Des supports de communication sont montrés tels qu'ils apparaissent dans l'espace public, avec, en plan de coupe, des passants qui fument dans la rue avec un air préoccupé. Affiche de film avec l'actrice Hedy Lamarr qui pose en robe de soirée et avec une cigarette (I take this woman de W.S. Van Dyke, 1940, avec Spencer Tracy, sc. Ben Hecht), puis images de réclames anciennes et actuelles pour des marques de cigarettes. Deux d'entre elles sont affichées derrière une vitrine qui reflète les passants, l'une d'elles figure sur la quatrième de couverture d'un magazine dont une pile d'exemplaires est déposée devant un kiosque de presse. Commentaire : "Cet engrenage, le monde dans lequel nous vivons contribue à le créer. Pendant des dizaines d'années, des intérêts économiques puissants ont sous-tendu des campagnes publicitaires envahissantes. A chaque page de magazine, sur chaque mur dans la rue, la cigarette a été représentée comme un plaisir, comme un secours, presque comme une nécessité sociale". En plus d'une orientation de réalisation qui combine les images symboliques, les entretiens, les vues de reportage, Jouer avec le feu est caractérisé par un commentaire de registre analytique, qui emploie des tournures propres au discours des sciences sociales. "L'adolescent, poursuit-il, n'est presque plus libre de choisir tant les pressions qui s'exercent sur lui sont puissantes." (09:20)
Les recherches, la prise en charge : le discours médical
Vue d'un crapaud dans la bouche duquel on a introduit une cigarette. Il se retourne sur le dos et agonise. Le commentaire rappelle la toxicité du tabagisme : "on s'empoisonne à petits feux". Vue sur "une machine fumer" mise au point au Laboratoire National d'Essais pour analyser la composition des "mille produits" contenus dans une cigarette, "dont certains comme l'oxyde de carbone, la nicotine, le goudron sont responsables de maladies cancéreuses et cardiovasculaires. Séquence d'examen d'une femme non fumeuse. Vues fibroscopiques de ses poumons. Le médecin en hors champ commente : "la muqueuse est rosée, normale, on voit très bien les os cartilagineux des bronches... " Autre image endoscopique, cette fois d'une personne fumeuse. Commentaire du même médecin : "quand on voit un tel aspect de la bronchite chronique, avec la muqueuse épaissie, et sécrétions très abondantes, on peut être certain qu'il s'agit d'un gros fumeur." Un autre médecin explique que cette nouvelle imagerie permet de déceler "des réactions inflammatoires dépendantes du tabagisme chronique" qui ne sont pas perceptibles par l'examen clinique. Cette innovation permet "d'observer des tumeurs à leurs débuts, et ainsi d'élaborer des diagnostics plus précoces, et partant, des thérapeutiques rapides et efficaces." Le même médecin ajoute cependant que le cancer du poumon reste "extrêmement grave" (5 à 10 % de survie au-delà de 5 ans). Sur des vues chirurgicales en bloc opératoire, il précise que l'intervention doit être la plus précoce possible "d'où l'intérêt d'identifier cette tumeur dès son début". La séquence de l'opération montre alternativement le champ opératoire avec les visages et les mains de l'équipe chirurgicale. Vue d'une ablation de poumon, "possible chez des personnes de bonne condition respiratoire". Vue sur un lobe rempli de pus (sécrétion blanche que le gros plan et l'étalonnage couleur mettent en évidence) dont la présence explique la décision d'enlever le poumon. (13:20)
"Des faits éloignés des mythes : le positionnement critique du médecin
Le médecin dont on entendait la voix apparaît à l'écran, dans une pièce obscure où des images sont projetées. Devant des vues, prises au fibroscope, sur la coupe d'une muqueuse bronchique, il explique que le cancer a rendu "anarchique" la disposition des cellules, avec des "noyaux très irréguliers". La réalisation fait intervenir une saynète montrant un repas de communion où, au moment de l'arrivée de la pièce montée, parmi les bouteilles à moitié vides, un adulte de la famille pousse le communiant à fumer. Devant les récriminations de sa mère, l'adulte se justifie, affirmant qu'il a commencé à la même occasion et qu'il ne s'en "porte pas plus mal". Retour sur le médecin. Les images projetées ne sont plus des vues anatomiques mais des portraits d'hommes célèbres (Humphrey Bogart, André Malraux, Jacques Brel), tous posant avec une cigarette à la main. "Ces faits, avec leurs représentations anatomiques souvent dramatiques, sont bien éloignés de tous les mythes qui conduisent à assimiler le fumeur à une sorte de vedette". De ce monde qui "tente la jeunesse" adviennent des "catastrophes pathologiques" telles qu'elles ont été montrées par la séquence chirurgicale. Il n'est pas anodin que la séquence se termine par le portrait de Jacques Brel, décédé le 9 octobre 1978, c'est-à-dire un an avant la diffusion de ce film. (16:07)
La cellule familiale : un espace de débat?
Réunies sur un canapé Louis Philippe, une femme d'âge mûr avec son fils et ses deux filles, tous trois adolescents. Leurs habits répondent aux codes de la classe moyenne supérieure. La mère affirmant qu'elle ne veut pas que "ces demoiselles fument" (le garçon n'est donc pas concerné), une de ses deux filles lui répond qu'elle n'est pas en mesure de leur lui interdire parce qu'elle la voit fumer chaque soir. La mère se défend comme elle peut : elle refuse de se positionner comme modèle moral, alors qu'elle se donne la charge de donner des directives qu'elle-même ne respecte pas (ne fumez pas même si je fume). Les deux jeunes filles ont beau jeu de la confronter à ses contradictions. L'une d'elles va plus loin en se plaignant de l'intoxication qu'elle leur cause en les enfumant pendant les trajets en voiture qu'elles font ensemble : "c'est dégoûtant ce que tu fais! Non seulement vous vous abîmez, mais vous abîmez les autres!". Cette anecdote fait écho au récit de l'enfant au début du film, par dessin interposé. Autre séquence, versant mettant en jeu un père avec ses enfants. Il affirme devant le journaliste qu'il a d'abord interdit à ses enfants de fumer, et qu'à présent qu'ils ont atteint l'âge de seize ans, il le leur déconseille. Il est satisfait de ne pas fumer lui-même puisqu'il ne peut pas "dépanner" ses enfants si jamais ils sont en demande de cigarettes... pendant tous ces échanges, la réalité sanitaire de la consommation n'est jamais évoquée. Le commentaire intervient, affirmant que pour convaincre les adolescents du danger de la cigarette, "c'est dans la cellule familiale qu'on peut agir le plus efficacement..." Il ajoute, par allusion aux vaines injonctions et justifications de la mère qu'on vient d'entendre : "... et par l'exemple, beaucoup plus que par les beaux discours." (19:05)
"Pourquoi est-ce que tu ne fumes pas?"
Plan général sur un jeune homme sportif qui pratique intensément le kayak. Il est filmé au moment où il rejoint la berge. Sa voix en off explique pourquoi il a choisi de ne pas fumer :"je fais du sport et j'ai envie de respirer, j'ai envie de vivre, voilà, c'est simple". Au journaliste qui lui demande si les "fumeurs sont des esclaves", il répond par l'affirmative et ajoute : "Faut fumer, ça fait bien, sinon t'auras pas de copine... et ça fait grand pour les jeunes." Filmé en in pendant la suite de l'entretien, il ajoute qu'il a été tenté par "la publicité, les copains qui fument" mais il se garde de commencer à fumer parce qu'il a peur de ne pas pouvoir s'arrêter. La fin de la séquence le montre en train de gravir l'escalier qui relie la berge au quai en portant son kayak. Retour du bruit mécanique dans la bande son. Raccord avec des cheminées d'usines puis un paysage industriel entier filmé par un spectaculaire mouvement de caméra qui commence par un travelling vertical et finit en panoramique latéral. Voix de Lalou, faisant allusion aux précédents propos du jeune homme : "Il a raison : les jeunes d'aujourd'hui dénoncent volontiers toutes les formes de pollution. Ont-ils songé que le tabagisme représentait l'exemple type de ce que l'on pourrait appeler 'l'autopollution'? Vouloir vivre dans un environnement sain c'est commencer par vivre soi-même dans un corps sain. Ils ne supportent pas les contraintes, réclament l'indépendance, mais se rendent-ils compte qu'en commençant à fumer, ils mettent le doigt dans un engrenage qui fera d'eux des aliénés, des dépendants? Alors pourquoi cet engrenage même s'il prend sa source dans des instincts profonds, même s'il est lié à la société où nous vivons, même s'il est favorisé par des pressions extérieures puissantes... Pourquoi serait-il fatal, cet engrenage?" Comme le film de Roger Louis, La 500 000e cigarette, Jouer avec le feu se conclut par un discours qui met en cause les jeunes en les confrontant aux contradictions de leurs discours avec leurs comportements : leur addiction généralisée au tabac fait perdre sa crédibilité à leur revendication de liberté. C'est le climat idéologique de l'après 68 qui est mis en jeu : vouloir rompre avec la la société de consommation implique de ne plus agir en consommateurs, ici de cigarettes. Dernière séquence sur le fond d'eau d'un bassin industriel où des bouts de papier s'accrochent à la végétation de la berge, avec le même bruit mécanique dans la bande son. Images ingrates, comme auparavant celles du crapaud intoxiqué qui gît sur le sol, ou celles du poumon cancéreux qu'une intervention chirurgicale a mise au jour. Mais la caméra qui continue son mouvement rejoint la rivière qui communique avec le bassin où une barque est amarrée, alors que des chants d'oiseaux dominent la bande son où le bruit mécanique s'est amenuisé. Le film s'achève ainsi sur une note d'espoir, quoique strictement symbolique.
Notes complémentaires
Le film fait partie d'une compilation de 4 films, produite ou diffusée en avril 1986 sous le titre "MEDEC" (Production : Ciné vidéo CIM). La compilation contient les films suivants : "Jouer avec le feu", "Barbefumante et Archibald le magichien", "La famille Lapoche", "Dis madame pourquoi tu fumes ?". Chacun de ces films est par ailleurs diffusé de façon autonome. Ils sont disponibles sur MedFilm.
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Joël Danet

