Eyes that hear (1946)
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Sommaire
Générique principal
SCREEN PLAY BY STUART D. LUDLUM
PRODUCTION ASSISTANT BERNARD HABER
PHOTOGRAPHED AND DIRECTED BY NAT CAMPUS
Contenus
Thèmes médicaux
- Système nerveux. Organes des sens
- Troubles des fonctions et du métabolisme
- Aspects divers de la maladie, du patient et de l'intervention médicale
- Personnes et caractéristiques personnelles en pathologie. Caractéristiques du patient
- Corrective and protective appliances, aids etc.
- Machines and mechanical apparatus
Sujet
Projet et fonctionnement d'une école spécialisée pour enfants sourds exclusivement oraliste à New York dans les années 1940.
Genre dominant
Résumé
Court métrage documentaire qui suit le parcours éducatif d’enfants sourds à l’école Lexington, à New York, depuis la maternelle jusqu’à la formation professionnelle. À travers des prises de vue réelles tournées dans l'école, le film met en lumière les défis rencontrés par ces enfants, mais surtout leur progression, leur autonomie croissante et leur capacité à s’intégrer dans une société conçue pour les entendants. La pédagogie est structurée et bienveillante mais exclusivement oraliste.
Contexte
Histoire de l'éducation des personnes sourdes et malentendantes :
Jusqu'au XVIe siècle environ, on considère qu'il n'est pas possible d'éduquer les sourds car ils sont dénués de raison. Les premiers exemples connus d'éducation de personnes sourdes qui apprennent à lire sur les lèvres, parler, lire et écrire se retrouvent en Espagne (Pedro Ponce de Leon (1520-1584), Juan de Pablo Bonet (1573-1633). L'enjeu de cet apprentissage réside dans le fait que les lois espagnoles étant inspirées du Code de Justinien (publié le 7 avril 529), les personnes qui ne pouvaient ni lire ni écrire n'étaient pas considérées comme des citoyens à part entière, qu'elles devaient être mises sous tutelle et qu'elles ne pouvaient donc pas transmettre leur fortune par testament. Par conséquent, les biens d'une famille risquaient d'être dispersés ou de tomber entre les mains de l'État si l'héritier sourd n'apprenait pas à lire et à écrire. Il est possible que Pedro Ponce de Leon, qui était moine bénédictin, se soit inspiré des signes utilisés par les moines de cette congrégation (qui font vœu de silence) pour communiquer entre eux.
En Écosse, Thomas Braidwood (1715-1806) ouvre une école pour sourds mais il garde ses méthodes secrètes et fait même jurer à ses enseignants qu'ils ne divulgueront rien.
En France, Jacob Rodrique Pereire (1715-1780) et l'abbé Claude-François Deschamps (1745-1791) éduquent de jeunes sourds en mettant l'accent sur l'oralisation. Mais la postérité retient essentiellement le travail de l'abbé Charles-Michel de l'Épée (1712-1789) (reconnu "bienfaiteur de l'humanité" par l'Assemblée nationale deux ans après sa mort) qui éduque un grand nombre de sourds dans son école. Le regroupement d'un grand nombre de personnes sourdes en cet endroit donne naissance à un ensemble structuré de signes servant à communiquer qui deviendra par la suite la langue des signes française (LSF).
Le troisième congrès international pour l'amélioration du sort des sourds qui a lieu à Milan (6-11 septembre 1880) adopte notamment les résolutions suivantes :
"1. La Convention, considérant l’incontestable supériorité de l'articulation sur les signes pour rendre le sourd-muet à la société et lui donner une connaissance plus complète de la langue, déclare que la méthode orale doit être préférée à celle des signes dans l'éducation et l'instruction des sourds-muets.
2. La Convention, considérant que l'usage simultané de l'articulation et des signes a l'inconvénient de nuire à l'articulation, à la lecture labiale et à la précision des idées, déclare que la méthode purement orale doit être préférée."
À la suite de ce congrès, de nombreux établissements pour personnes sourdes dans le monde interdisent l'usage de la langue des signes.
La première école permanente pour les sourds aux États-Unis, The Connecticut Asylum for the Education and Instruction of Deaf and Dumb Persons, est fondée en 1817 par l'Américain Thomas Hopkins Gallaudet (1787-1851), Mason Cogswell (1761-1830) dont la fille est sourde et un enseignant sourd français très célèbre à l'époque, Laurent Clerc (1785-1869). Par la suite, l'établissement s'appelle : Hartford School for the Deaf. Il porte actuellement le nom de American School for the Deaf et est située à Hartford dans le Connecticut. Cependant, on notera que seuls les élèves blancs sont admis dans cette école. Il faudra attendre 50 ans pour que les enfants sourds afro-américains puissent être scolarisées, généralement dans des écoles séparées ou dans une section à part d'une école pour sourds blancs.
En 1857, l'un des fils de Thomas Gallaudet, Edward Miner Gallaudet, est l'un des fondateurs de la Columbia Institution for the Instruction of the Deaf and Dumb and the Blind. E. M. Gallaudet est le premier directeur de l'école qui acquiert le statut d'université en 1864. La partie de l'établissement qui est consacrée à l'enseignement supérieur prend le nom de National College for the Deaf and Dumb à partir de 1864, de National Deaf-Mute College à partir de 1865 et de Gallaudet College (en l'honneur du père d'E. M. Gallaudet) en 1894. (L'établissement cesse d'accueillir des élèves aveugles en 1910. Ces derniers sont transférés dans une école spécialisée de Baltimore dans le Maryland). L'ensemble de l'établissement s'appelle Gallaudet University depuis 1986.
Contexte sociétal dans les années 1940
Dans les années 1940 aux États-Unis, la surdité est généralement perçue comme un handicap majeur qui entrave l'intégration dans la société et pas du tout comme une identité culturelle (le terme deaf culture, c'est-à-dire "culture sourde", n'apparaît qu'en 1965 dans A Dictionary of American Sign Language on Linguistics Principles sous la plume de Carl G. Croneberg). À cette époque, les options pour l’éducation des sourds sont bien moins développées qu’aujourd’hui et la scolarisation des enfants sourds se fait principalement dans des écoles spécialisées. La langue des signes est perçue comme un obstacle important à l’intégration sociale des personnes sourdes. L'inclusion des malentendants dans la société repose avant tout sur leurs efforts personnels pour s'adapter au mode de communication des entendants. Cette inclusion passe par l'oralisation et la lecture labiale. Ce choix va dans un sens unique : les entendants font très peu d’efforts pour s’adapter aux personnes sourdes. Ces dernières sont obligées de s’ajuster aux attentes et normes des entendants. Cela leur permet dans une certaine mesure d’être vus et entendus, et de se fondre dans un environnement où il est nécessaire qu'ils paraissent "comme tout le monde" ou "normaux". Ce processus d'adaptation forcée conduit à un phénomène d'invisibilisation du handicap.
The Lexington School for the Deaf
La Lexington School for the Deaf est une école privée à but non lucratif qui a été fondée en 1864 par Hannah et Isaac Rosenfeld pour permettre la scolarisation de leur fille sourde, Carrie. Comme ils préfèrent une approche oraliste, ils embauchent un professeur allemand qui pratique la "méthode orale". Entre 1864 et 1867, ils organisent des cours à leur domicile (367 Broadway à Manhattan) pour six enfants sourds. En 1869, ils fondent officiellement un établissement d'enseignement nommé Institution for the Improved Instruction of Deaf Mutes. L'école loue des locaux à Manhattan jusqu'en 1882, époque à laquelle une levée de fonds permet la construction d'un bâtiment au 904 Lexington Avenue.
En 1914, l'école accueille 244 élèves et a une liste d'attente. En juin 1934, elle prend le nom de Lexington School for the Deaf. Le nombre d'élèves continue à augmenter, ce qui amène à l'achat d'un terrain dans le Queens, à la construction et à l'ouverture, en 1968, d'un grand campus qui comprend un bâtiment avec des salles de classe, un gymnase, une piscine, un auditorium, un internat, une infirmerie et des terrains de sport.
De nos jours Lexington est la plus grande école pour les sourds de l'État de New York. Elle accueille environ 275 élèves sourds profonds issus des cinq arrondissements de New York City, ainsi que Long Island, et va de la maternelle à la fin du lycée. L'école est gratuite pour les élèves. (Leur scolarisation est financée par leur arrondissement d'origine.) La langue des signes est présente tout au long de la scolarisation, en combinaison avec l'oralisation, la lecture labiale et l'éducation auditive en fonction des besoins et capacités de chaque élève. (Traduction de la présentation de l'école sur son site internet, voir références plus bas.)
New York School for the Deaf
École fondée en 1817 à Manhattan par le révérend John Stanford sous le nom de New York Institution for the Deaf and Dumb. L'école a déménagé plusieurs fois au cours de son histoire. En 1892, elle adopte un programme de formation militaire qui reste en vigueur jusqu'en 1952. (Ce programme n'est pas mentionné dans le documentaire qui date pourtant de 1946, soit avant son abandon.) L'école commence à offrir des formations professionnalisantes à partir de 1912 dans les domaines suivants : métallerie, imprimerie, peinture d'enseignes, couture, journalisme, arts ménagers, cuisine, etc. En 1952, l'école, qui porte son nom actuel depuis 1933, redevient mixte. On y a recours à des moyens de communication et d'enseignement multiples (dont la langue des signes) depuis 1977. (Traduction de la présentation de l'école sur son site internet, voir références plus bas.)
La ségrégation dans les écoles de l'État de New York
La ségrégation scolaire dans l'État de New york a été abolie par un arrêt de la Cour suprême du 17 mai 1954. (Or, un visionnage attentif de ce film permet de noter la présence de quelques élèves afro-américains en 1946 bien que la caméra passe toujours rapidement sur eux ou ne les montre que de dos.)
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Oui.
- Animateur : Non.
- Voix off : Oui.
- Interview : Non.
- Musique et bruitages : Oui.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Le film crée un contraste d'emblée en commençant sur une petite fille sourde isolée et malheureuse parce qu'elle se trouve au milieu d'enfants entendants qu'elle ne sait pas comment aborder et toutes les scènes tournées à l'école où les élèves sourds,
Le film met l'accent sur l'importance des éléments visuels dans les apprentissages des enfants sourds. En mettant en évidence leurs interactions avec leurs enseignants, le film guide l'attention du spectateur vers les expressions faciales, les gestes et les mouvements des lèvres. Cela lui permet de ressentir l’importance que revêt le décodage de ces indices visuels pour la communication, tout en soulignant les compétences visuelles développées par les enfants sourds.
Ce film montre Les scènes filmées dans les salles de classe orientent souvent le regard du spectateur vers des interactions précises entre les enfants et les enseignants, comme lorsqu’un professeur guide un enfant dans l'apprentissage de la parole ou de la lecture labiale. Cette concentration sur les moments pédagogiques attire l'attention sur l’importance de la langue orale.
Notons que le titre du film “Eyes that hear” guide l’attention du spectateur sur la manière dont ces enfants utilisent leurs yeux pour "entendre". Les scènes montrent souvent des enfants scrutant attentivement leurs enseignants ou leurs camarades, avec des gros plans sur les yeux et les gestes, symbolisant cette idée de "l'écoute visuelle". Les progrès des enfants sont souvent mis en valeur par des plans rapprochés sur les sourires ou les expressions satisfaites, soulignant leurs réussites et les incitant à progresser. Ce titre permet également d’introduire une pédagogie alternative à la langue des signes -qui les contraint à communiquer différemment- qui est la lecture labiale. L’apprentissage de cette méthode permet aux enfants malentendants d’avoir une intégration plus complète en communiquant plus facilement avec les autres.
Le film montre les premières étapes du développement des compétences de communication et les progrès réalisés grâce à ces techniques.
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Tout d’abord, le film présente la surdité comme un défi médical, mais il insiste surtout sur l’importance des interventions éducatives et des techniques pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés. Dans le film Eyes That Hear, la santé et la médecine sont abordées principalement sous l'angle de l'éducation et du soutien aux enfants sourds. Bien que le film ne soit pas un documentaire médical au sens strict, il reflète les approches médicales et éducatives de l'époque vis-à-vis de la surdité. Le film met l'accent sur les progrès réalisés grâce à des méthodes de rééducation du langage, principalement via l’apprentissage de la parole, de la lecture labiale, et parfois des aides techniques pour améliorer l'audition. La rééducation des enfants sourds repose sur une approche qui implique à la fois des personnes spécialement formées et des enseignants. Nous pouvons supposer que ces personnes spécialement formées, comme indiqué dans le film, sont des médecins et des orthophonistes puisqu’ils ont recours à des outils médicaux et scientifiques comme l’audiomètre par exemple. En effet, l’utilisation d’un audiomètre permet d’obtenir la courbe d’audition de l’enfant et jauger ainsi le seuil d’audition. L’utilisation de cet outil médical marque un lien important entre éducation et médecine puisqu’il contribue à “utiliser au mieux l’audition qu’il reste” comme évoqué dans le court métrage. À l’époque de la production du film (1946), la surdité était souvent perçue comme un handicap nécessitant un traitement médical (maladie) pour améliorer la condition de l’individu. Cependant, le film sous-entend que le plus grand défi n’est pas nécessairement la surdité elle-même, mais l’adaptation à un environnement entendant et à l'accès aux bonnes ressources éducatives. Par ailleurs, la médecine peut être considérée comme un soutien au diagnostic et à l’accompagnement des enfants sourds, mais elle ne semble pas résoudre directement la surdité elle-même. Le film privilégie une approche éducative et psychologique, où la santé des enfants est liée à la rééducation de la parole et à l'adaptation du langage. La médecine y joue un rôle clé dans la compréhension et la gestion de la surdité, mais elle ne se limite pas à un simple traitement médical. Le court métrage présente le travail de collaboration entre la médecine et l’éducation pour développer les soins destinés aux enfants sourds. Ainsi, la santé des enfants est donc directement liée à la qualité de l'enseignement et de la rééducation.
En outre, le film met également l’accent sur la difficulté sociale et la charge mentale des parents d’enfants sourds. En effet, dans les années 1940, ils se retrouvaient souvent seuls face à la découverte de cette réalité et avaient peu de ressources pour savoir comment élever et soutenir efficacement leurs enfants.
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Communications et événements associés au film
Public
Parents d'enfants sourds, donateurs de l'établissement.
Audience
Descriptif libre
Quelque chose a changé dans le monde de la surdité
Le film débute par un carton qui annonce un changement important pour les personnes sourdes, qui se veut peut-être même comme un passage à la modernité après une longue période d'obscurantisme : "Il fut un temps où les personnes qui écoutent avec leurs yeux avaient recours à la silencieuse langue des signes. De nos jours, les yeux apprennent à écouter autrement, grâce à la lecture labiale. Les lèvres apprennent à parler malgré le handicap de la surdité..."
La surdité, facteur d'exclusion sociale dès le plus jeune âge
Dans un jardin public, des enfants glissent avec beaucoup d'entrain sur deux toboggans. Seule une fillette reste immobile, debout, l'air incertain et intimidé. Sur un fond de musique gaie et entrainante, la voix off expose le problème que pose la surdité aux enfants qui en sont porteurs : non seulement ils n'apprennent pas à parler mais ils sont exclus de fait de la vie sociale. Les autres enfants ne les incluent pas dans leurs jeux parce qu'ils sont "étranges" (unusual) et "bizarres" (peculiar). C'est la parole et elle seule qui est la clé de la communication, dès l'enfance. Cependant, le commentaire de la voix off avait commencé par une phrase optimiste : "Voici l'histoire d'enfants heureux et intelligents qui n'entendent pas" (This is the story of children happy and intelligent children who cannot hear [...]) La voix off poursuit en annonçant le moyen par lequel des enfants sourds peuvent devenir "heureux et intelligents" : The Lexington School for the Deaf. (01:14)
L'école maternelle
Dans une salle de classe, de jeunes enfants assis à de petites tables pratiquent divers activités manuelles et jeux. Deux adultes circulent d'un enfant à l'autre. Le commentaire explique que ces enfants sont traités avec humanité et intelligence par un personnel spécialement formé et dévoué (par opposition aux situations où les enfants sourds étaient considérés comme dépourvus d'intelligence, rejetés des établissement d'enseignement et parfois maltraités). Le commentaire mentionne aussi les parents "qui réalisent que leur désir d'aider et protéger leur enfant handicapé pourrait l'empêcher de développer une personnalité normale" (who realize that their natural desire to protect and help their handicapped child may be depriving her of a chance to develop a normal personality.) Cette phrase s'adresse aux parents qui pourraient éprouver une certaine réticence à scolariser leur enfant et préfèrerait le garder chez eux pour lui épargner des difficultés mais peut-être aussi par honte par rapport à sa différence, comme cela se faisait autrefois.
La voix off indique les conditions matérielles de la scolarisation : la salle de classe est spacieuse (this big roomy nursery). Dès le plus jeune âge, les enfants apprennent à jouer ensemble et personne n'est rejeté, parce qu'ils sont parmi leurs pairs (They’re all deaf, so no one’s an outcast.), contrairement au début du film où la fillette sourde était exclue du groupe des enfants entendants. Plans rapprochés sur les enfants souriants en train de jouer. La voix off confirme ce qui est visible à l'écran : "Tout le monde est gentil. Tout va bien." (Everyone's friendly. Everything's fine.) Et contrairement à ce qui pourrait être la tentation des parents : "Ici, personne n'est isolé ou surprotégé." (Here no one is isolated or overprotected.) Dès le plus jeune âge, les effets de ce type d'enseignement se font sentir. En effet, les enfants dès 4 ans environ s'habituent à une routine, comprennent ce qu'on attend d'eux et présentent donc beaucoup moins de problèmes de comportement. Ils savent accrocher leur manteau dans une penderie et se lavent les mains sans difficulté. Dans ces minuscules tranches de vie quotidienne, les adultes sont peu montrés, ce qui permet de mettre l'accent sur l'autonomie de ces jeunes enfants.
Cette séquence se termine par une phrase qui à la fois résume les résultats déjà obtenus et fait la transition avec ce qui suit : "Ces petits, joyeux, gentils, attentionnés, parfaitement à l'aise dans cet environnement, sont prêts à découvrir le miracle des mots." (These happy little people, thoughtful, considerate, completely at home in this pleasant environment, are ready to discover the wonder of words.) (03:14)
La démutisation
La guidance parentale et l'éducation précoce n'existant pas encore à l'époque et les appareils auditifs étant encore inadaptés aux jeunes enfants en raison de leur taille et de leur poids, les enfants sourds sévères et profonds ne commencent à s'entrainer à produire des sons et des mots que vers l'âge de 4 ans, c'est-à-dire à la fin de la période sensible d'acquisition du langage. Cela explique notamment les troubles d'articulation, retards de parole et troubles prosodiques observés chez ces enfants et ultérieurement chez les adultes sourds. (Par ailleurs, on notera que, dans ce film, on entend la voix et les mots prononcés par les élèves jusqu'à l'âge de 10 ans environ, peut-être pour masquer le fait qu'en fin de compte, les compétences linguistiques des adolescents et jeunes adultes issus de cette école sont malgré tout assez décevantes.)
Enchainement de plans rapprochés sur des enfants sourds d'environ 4 ans en train de travailler en individuel avec une adulte qui utilise parfois, mais pas systématiquement, un système d'amplification de la voix (un micro pour elle et un émetteur que l'enfant place contre une oreille). Ils font des exercices d'association mot (prononcé par l'adulte)-image, de répétition de mots en lien avec un objet ou une image, d'association de couleurs, etc. Ils placent parfois leur main sur la mâchoire ou le larynx de l'adulte pour percevoir les vibrations sonores puis ils la placent sur eux-mêmes. Le langage est construit selon une organisation de bas en haut, c'est-à-dire que la progression de l'apprentissage part de mots isolés pour aller vers des associations de mots et des phrases (cf. la séquence d'écriture au tableau dans la partie intitulée Préparation aux apprentissages scolaires ci-dessous). Le commentaire précise que les restes auditifs sont exploités quand il y en a mais sans amplification sonore permanente on peut douter de l'efficacité réelle de ce travail.
Muriel, l'une des rares élèves dont on entend la voix dans cette séquence, est récompensée par une gommette en forme d'étoile collée sur sa main à la suite d'un exercice de répétition de mots. La joie transparaît sur son visage. La voix off insiste sur cette pratique pédagogique qui tranche par rapport à des méthodes antérieures : "Les compliments et les récompenses sont importants au début." (A compliment! Encouragement is important at the start.)
À cet âge, l'éducation auditive se fait également en groupe. Une dizaine d'enfants (dont Muriel) sont assis à de petites tables placées en demi-cercle et équipés de casques. Une enseignante produit différentes onomatopées accompagnées de gestes que les enfants reproduisent seuls ou avec l'aide d'une autre adulte. La voix off précise que l'audition de ces enfants ne peut pas encore être testée (Before the children are old enough to have their hearing tested [...]). Effectivement, en 1946, ni les tests comportementaux (méthodes subjectives) ni les méthodes électrophysiologiques (objectives) n'ont encore été inventées et l'audiométrie tonale n'en est qu'à ses débuts. (05:01)
Préparation aux apprentissages scolaires
Une dizaine d'enfants de 5 ans environ sont assis sur de petites chaises en demi-cercle devant le tableau, autour de leur enseignante. Dans cette classe, les enfants continuent à travailler leur lecture labiale, leur langage et se préparent aux apprentissages scolaires. Ils entrent déjà dans le langage écrit, selon une méthode globale, semble-t-il.
Les séances de travail individuel se poursuivent également, notamment devant un miroir et avec un abaisse-langue pour que l'enfant puisse comprendre comment fonctionnent ses organes phonatoires, même ceux qu'on ne voit pas quand on parle (le voile du palais par exemple).
Désormais les enfants sont assez grands pour que l'on puisse mesurer leur audition avec un audiomètre tonal. À cette époque, les appareils sont manuels, ce qui oblige les audiologistes à ajuster manuellemnt la fréquence et l'intensité de chaque son émis. À (06/00), on note que l'enfant testé est placé jusqu'à côté de l'audiologiste et de son appareil et non pas dans une cabine insonorisée.
La séquence suivante montre un exercice de lecture labiale pratiqué en classe. Un panoramique horizontal sur le visage de chaque élève les montre particulièrement concentrés. Ensuite, les mêmes enfants font des exercices d'écriture et de lecture tous ensemble au tableau sous le regard attentif de leur enseignante. La voix off précise que cet apprentissage démarre plus tôt que chez les entendants afin que les élèves sourds puissent apprendre la structure des phrases, étant donné qu'ils ne peuvent pas la saisir par l'écoute. L'expression orale continue à être exercée et corrigée de façon intensive. (07:46)
L'enseignement primaire
Pour les élèves âgés de 9 ans, la configuration reste la même que pour les plus jeunes : ils sont assis en cercle autour de l'enseignante, devant le tableau, et ne sont que huit. À présent, ils font également des mathématiques et notamment du calcul mental. La voix off précise que, pour ces exercices, ils ne disposent pas de plus de temps que les élèves entendants, ce qui révèle la volonté de l'école d'avoir les mêmes exigences envers ses élèves sourds que ce qui se pratique dans les écoles ordinaires.
Le groupe suivant est constitué de filles de 11 ans, âge à partir duquel l'enseignement n'est plus mixte. Les garçons sont désormais scolarisés ailleurs (voir infra). Ces filles étudient également la géographie et les sciences sociales. La méthode d'enseignement par questions-réponses est destinée à améliorer encore leur lecture labiale et leur expression. On peut noter que ce documentaire prend le parti de ne montrer aucun exercice de langage écrit dans cette séquence sur l'enseignement primaire. L'intention est manifestement de répondre aux interrogations des parents (à qui ce film est probablement destiné) sur les capacités langagières futures de leur enfant dont découlera son insertion sociale (comme l'annonçait la toute première séquence).
L'une des élèves est interrogée sur les chariot de l'époque de la "conquête de l'ouest". Sa réponse (pour laquelle son enseignante la félicite) révèle le point de vue général de la société américaine de l'époque concernant les Amérindiens : les chariots voyageaient ensemble (en convoi) parce qu'"il y avait beaucoup d'Indiens et [que] les gens pouvaient s'entraider". (because there were many Indians and the people could help each other.) Le débit de la fillette est saccadé et sa prosodie peu naturelle mais les mots sont très bien prononcés. La voix off insiste sur le fait que sans cette école, cette enfant n'aurait jamais appris à parler. (09:34)
Au-delà du langage, l'attention au développement global de l'enfant
Dans une classe d'adolescentes assise chacune à un bureau équipé d'un micro. Elles écrivent dans un cahier en se référant régulièrement à un livre ouvert devant elles. Elles sont environ une douzaine. Elles parlent entre elles et avec l'enseignante (mais leurs conversations ne sont pas enregistrées, la bande sonore est constituée de la voix off et d'un fond musical). L'une des élèves écrit au tableau. "[Leur] langage [...] s'améliore et devient fluide." ([...], their speech improves, they converse with ease.) la voix off insiste avec une certaine emphase sur les qualités des personnes qui se consacrent à l'enseignement aux enfants sourds : "[elles] possèdent une patience infinie, une attention sincère et altruiste, et un grand charisme [...]" ([they] possess tireless patience, sincere and unselfish consideration, and deep personal charm [...]) La caméra s'arrête sur la dernière jeune fille qui se tourne légèrement pour sourire à une personne hors champ au moment où le commentaire mentionne le "charme" de ces élèves, résultat de toutes les qualités professionnelles et personnelles et du dévouement de leurs professeurs. Le film voudrait-il suggérer qu'elles feront de "bonnes épouses" ?
Un groupe de jeunes filles d'abord vues de dos puis de plus près et en biais monte les marches du Metroppolitan Museum of Art. Un groupe d'enfants plus jeunes visite un zoo. En effet, à l'école Lexington, l'enseignement ne se limite pas à la la lecture labiale et au langage oral. Il inclut aussi une ouverture sur le monde de l'art et des sciences. Un plan de courte durée sur les visages rieurs des enfants devant les cabrioles des otaries justifie ces sorties : le plaisir qu'ils en retirent contribue à leur développement ([...], all part of growing up and learning.)
La formation professionnelle, des carrières très genrées
Trois jeunes filles en blouse s'affairent dans une cuisine d'application tandis que deux autres élèves portant un petit tablier finissent de dresser une table. Elles apprennent "la gestion du foyer, pour en faire un lieu où il fait bon vivre." ([...] they learn how to run a home. So that it will be a delightful place in which to live.) Les autres enseignements destinés aux jeunes filles sont la couture (pour qu'elles puissent coudre leurs propres vêtements ou travailler comme couturières), la chapellerie, la reliure ("un secteur où de nombreuses diplômées de l'école trouvent un emploi") et la sérigraphie. À la sortie de l'école, ces jeunes filles trouvent également facilement du travail dans l'industrie.
Certains des garçons sourds qui ont quitté Lexington à l'âge de 10 ans ont poursuivi leur scolarité à la New York School for the Deaf de White Plains. Les élèves y sont formés à divers métiers dans les secteurs de la mécanique automobile, l'imprimerie, la boulangerie, la cordonnerie, etc. Comme dans le cas des jeunes filles, le commentaire insiste sur la modernité, l'exigence et la rigueur de ces formations professionnelles. Certains de ces métiers sont présentés comme particulièrement adaptés aux jeunes sourds (linotypiste et cordonnier)
Citoyenneté, intégration et espoir : une conclusion symbolique
Après la succession rapide de deux plans déjà vus précédemment montrant des élèves très jeunes, le film se termine par une scène symbolique où tous les élèves sont réunis en "assemblée", comme pour rappeler le chemin parcouru. Une femme (la directrice de l'école ?) demande à tous les enfants de se lever et de prêter allégeance au drapeau. La voix off vient d'expliquer que les deux écoles (Lexington et White Plains) préparent "les jeunes, hommes et femmes, à mener une vie heureuse et utile en tant que citoyens américains autonomes" ([...] preparing young men and women to live happy, useful lives as self-supporting American citizens.) À l'appui de cette affirmations, les enfants se lèvent et récitent le serment, la main sur le cœur. Ils sont donc intégrés dans la société américaine qu'ils ont réussi à rejoindre, grâce à leurs efforts personnels et au dévouement de leurs professeurs. Cependant, ce sont bien eux qui ont fait tout le chemin vers cette intégration qui passe par la conformité aux normes sociales et linguistiques dominantes. La société n'a pas fait le moindre pas vers eux. S'ils ne se conformaient pas à un certain nombre de standards de communication (notamment, s'ils utilisaient la langue des signes), ils risqueraient d'être marginalisés, voire de voir mise en doute leur appartenance à la société américaine. En 1946, les questions de l'identité sourde et de l'accessibilité de tous types de service (en particulier l'enseignement) ne sont pas encore à l'ordre du jour. Néanmoins, ce court-métrage contribue tout de même à changer les perceptions de l'époque sur les personnes porteuses d'un handicap sensoriel, en les présentant non pas comme des individus limités, mais comme des personnes capables de s'adapter au monde entendant. On notera notamment que le mot dumb a été supprimé du nom des deux écoles citées ici à cause de sa connotation ambiguë, ce mot signifiant à la fois "muet" (ce que ses enfants ne sont plus) et "stupide" !
Le film se termine sur My Country Tis of Thee, l'ancien hymne américain (dont la mélodie est celle de God Save the Queen/King, l'hymne britannique). The Star-Spangled Banner ayant été adopté comme hymne national en 1931, on est un peu étonné de trouver l'hymne précédent dans une production de 1946.
Notes complémentaires
Scénariste : Ralph Schoolman
Ce film a été offert par la Lexington School for the Deaf à la US National Library of Medicine en 1956.
Références et documents externes
Anonyme, Appareils auditifs, histoire, origine et secrets, 15 septembre 2021. (Consulté le 19 janvier 2026.)
Anonyme, NYSD History & Museum, 2017. (Consulté le 19 janvier 2026.)
Anonyme, Overview of Lexington School for the Deaf, 2019. (Consulté le 16 janvier 2026.)
Hawkins, Larry et Galloway, Sue, "The Beginnings of Deaf Education", The Endeavor, Winter 2011, American Society for Deaf Children, p. 35-41.
Prigge, Laura, The History of Pure Tone Audiometry, 6 juin 2025. (Consulté le 19 janvier 2026.)
Stokoe, Willam C., Casterline, Dorothy C. et Croneberg, Carl G., A Dictionary of American Sign language on Linguistic Principles, Linstok Press, 1965.
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Ninon Scieux, Gwendoline Pitiot
- Transcription Anglais : Loïse Poinsot
- Sous-titres Français : Loïse Poinsot

