Le monde sonore (1978)
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Contenus
Sujet
Observation du développement psychomoteur et langagier du nourrisson, illustré par le suivi de plusieurs bébés de 1,5 à 14 mois en milieu familial et en crèche.
Genre dominant
Résumé
Suivi de Yulen de 1,5 à 5 mois et de Chloé à 9 mois, puis de plusieurs nourrissons en crèche. On y observe les premières interactions sociales et la relation à l’adulte, l’évolution des vocalisations vers le babillage, le développement moteur ainsi que l’exploration sensorielle et l’imitation.
Contexte
La production filmique de Julian de Ajuriaguerra
Collaboratrice de Julian de Ajuriaguerra, Marguerite Auzias décrit les intentions et les modalités de sa production filmique : "Julian de Ajuriaguerra réalise plusieurs films d'étude durant ses années d'enseignement au Collège de France où il tient la Chaire de Neuropsychologie du développement de 1976 à 1982. Pendant ces années, il anime avec son équipe des recherches sur le nourrisson. Ils ont été réalisés à partir de séquences de films de recherches longitudinales sur le développement normal du nourrisson durant les deux premières années de la vie. Ces films, selon Julian de Ajuriaguerra, doivent permettre de mettre en évidence les perspectives évolutives et comparatives du développement. Ils contribuent à une sémiologie propre à l'enfant dans un but thérapeutique. Selon lui, photographie et film sont des outils de recherche qui permettent une observation concrète et précise des fonctionnements et leur mise en relation avec l'état comportemental du moment. Ils sont à même de susciter une émotion qui fait mieux comprendre le sens et l'essence des comportements étudiés. Pour certaines études, il choisit de filmer les bébés nus, car il veut observer les corps des bébés en mouvement et ainsi mettre en évidence l'interrelation tonico-émotionnelle. Certaines séquences sont tournées dans des situations de tout-venant, sans préparation spéciale, le bébé allant et venant selon son bon plaisir, les parents lui parlant, l'embrassant, le câlinant, le nourrissant, le baignant, l'habillant, l'endormant ou jouant avec lui selon l'heure. Pour certaines recherches, cependant, des situations standardisées sont aménagées en fonction d'un sujet délimité comme les déplacements, les mouvements spontanés avant sept mois comme le planeur, des comportements de tendresse. Ces situations standardisées aménagées sont toujours organisées dans le milieu normal de l'enfant, sa salle de crèche, ou son domicile. Les bébés, familiarisés de longue date avec les membres de l'équipe et les séances de filmage, finissent par ignorer la caméra et le caméraman. Cela permet d'éviter tout effet de sidération. On recueille avec la caméra ce que les bébés donnent à voir. Il en ressort un stock de documents filmiques très précieux. Le film constitue une observation à disposition. Ces documents sont ensuite analysés dans le détail ; c'est le matériau d'élaboration patiente à l'aide de grilles d'analyse. Puis vient le temps de la discussion et l'élargissement de celle-ci à des problèmes connexes et plus vastes englobant le thème étudié. Pour Julian de Ajuriaguerra, les théories évoluent, mais les descriptions restent, il est alors nécessaire d'aboutir à une sémiologie riche et précise. Ces films sont d'une qualité particulière. Ce ne sont pas des films à thèse cherchant à passer un message ni des films pédagogiques ; ce sont des films d'observation, imparfaits du point de vue technique, mais montrant des bébés dans des situations bien définies, qui se comportent en fonction de leur âge, selon leurs penchants naturels et leur humeur du moment. Ils ont la fraîcheur de leurs comportements spontanés." (d'après le commentaire Marguerite Auzias, Présentation des films de recherche de l'équipe Ajuriaguerra - Auzias, Centre Hospitalier Sainte-Anne, 2017).
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Oui.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Oui.
- Animateur : Non.
- Voix off : Non.
- Interview : Non.
- Musique et bruitages : Non.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
La démarche cinématographique de Julian de Ajuriaguerra est d’avoir des films d’étude et d’observation neutres pour éviter les effets de mise en scène. En effet, le film dirige le regard du spectateur principalement vers le bébé, ses découvertes du monde ainsi que le bruit sonore qu’il y a tout autour du petit. Les bébés sont filmés dans leur milieu habituel (crèche, domicile) et finissent par ignorer la caméra. Ainsi, des comportements spontanés peuvent être capturés. Les clips centrent le regard vers les mouvements du corps (parfois même nus) afin de mettre en évidence l’interrelation entre le tonus musculaire et l’émotion. La présence de micros montrent informe le spectateur sur la constructivité et la visée d'étude de ce film. Les zooms et les gros plans permettent de mieux insister sur les réactions des bébés et d'appréhender leurs mouvements. Voir les enfants entourés et faire des progrès dans leur développement psychomoteur, répéter des mouvements ou des sons, grâce aux stimulations de leurs proches notamment, émeut le spectateur qui voit que chacun a un rôle pour apprendre à l'autre à se développer et acquérir les éléments essentiels à la vie. Le choix par les réalisateurs de ne mettre aucune bande son ou voix off nous aide à mieux nous concentrer sur l'importance que représente l'environnement sonore dans lequel est plongé le nourrisson, pour son développement auditif et verbal.
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Dans cette vidéo, la neuropsychologie du développement est au centre. La médecine est donc, ici, considérée comme une science de l’observation fine du développement normal du nourrisson. Ce film est donc un matériau de recherche ayant pour but d’établir une sémiologie spécifique à l’enfant dans une visée thérapeutique. De plus, on peut noter que, dans cette œuvre cinématographique, la santé est perçue à travers le prisme de l’émotion et du comportement naturel/spontané plutôt qu’un examen clinique brut.
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Film présenté au Collège de France dans le cadre du cours Le Monde sonore le 13 février 1978.
Communications et événements associés au film
Public
Grand public
Audience
Descriptif libre
I- Yulen
Dans cette première partie du film, nous observons Yulen à différentes périodes de sa première année. Tout d’abord, à 2 mois, Yulen est filmé en train de boire son biberon que lui donne sa maman. Puis quand il a fini, sa mère interagit avec lui. Yulen arrive à se focaliser sur sa maman, intrigué par les sons qu’elle émet et réagit par des mouvements de ses bras ou de sa bouche, comme nous le montre les zooms et gros plans. Puis Yulen est filmé sur une couverture. Il est nu et sur le dos. Un Monsieur interagit avec lui et l’on peut voir sur la droite la présence d’un micro que Yulen observe pendant un instant. Durant l’échange, ce-dernier est très réactif, il bouge son corps (plan général). C’est ensuite avec la maman qu’il « échange », mais cette fois-ci il est habillé. A 2 mois, on observe que Yulen est très attentif et réactif à son environnement, il dirige son attention vers la source sonore qu’il perçoit (sa tête est orientée ver la personne) et essaie de mettre en mouvement ses lèvres et sa langue. Il parvient sans difficulté à bouger son corps, ce qui peut être un indice sur le fait qu’il est attentif et réagit aux stimuli (sonores, visuels). Ensuite, on observe Yulen à 2 mois et demi. Il est allongé sur le dos, habillé, et regarde parfaitement bien son interlocuteur auquel il sourit (zoom avant). A 4 mois, Yulen est couché sur le dos, tout nu et une personne lui tient un ours en peluche juste au dessus de lui, assez proche pour qu’il puisse le toucher. Cette fois-ci, il n’y a pas de stimulation sonore vu que la peluche ne parle pas mais Yulen réagit en bougeant et émet des bruitages tout en regardant le nounours. Il réussit à utiliser davantage ses lèvres pour produire des sons tels que : « beu ». Une autre séquence vidéo le montre seul sur une couverture, il babille. On remarque que ses membres sont beaucoup moins en hyperflexion, c’est-à-dire qu’ils se détendent et s’ouvrent, prennent du large (passage du proximal au distal), grâce au plan d’ensemble. Dès qu’il s’arrête de bouger, il stoppe sa production orale. Par un un plan d’ensemble, nous le voyons aussi en présence deux personnes, l’une lui tendant une girafe, dans son champ visuel latéral, qu’il essaie d’attraper. Il coordonne ainsi sa vision, ses gestes ainsi que sa motricité. Enfin, à 5 mois et 20 jours, on peut observer Yulen seul dans son lit, couché sur le dos : il joue avec des petites figurines en bois suspendues au dessus de lui et se rend compte que lorsqu’il bouge énergiquement son bras en tenant une des figurines, cela fait du bruit car toutes les autres se tapent entre elles. Il décide alors de recommencer. Une autre scène le montre allongé sur son tapis de jeu, mais sur le ventre. Pendant quelques instants il joue avec un lapin en plastique qu’il porte à la bouche. Il se rend compte également qu’en appuyant dessus ou en le tapant contre le sol, le lapin fait du bruit. Ensuite, Yulen n’a plus de jouets mais est sur le ventre, sur son tapis, appuyé sur ses bras. Il plie et déplie ses jambes et produit des petits sons. On voit également qu’il s’amuse à s’entendre tousser, et recommence à plusieurs reprises. Il a également remarqué la présence de la caméra car le plan général nous montre que Yulen regarde souvent dans la direction de la caméra. A 5 mois, nous observons que Yulen agit sur son environnement, développe sa préhension et son tonus et émet de plus en plus de production qui ressemblent à du babillage.
II- Chloé
Chloé est dans les bras d’une dame et fait face à un miroir tenu par un intervenant. C’est une séquence vidéo sans son mais le comportement de Chloé est très amusant : elle conscientise la présence d’une image en face d’elle qui est mouvante, et elle joue avec elle, en tapant des mains sur la glace, en mettant sa bouche sur le miroir, en regardant derrière elle ou à droite du miroir avant de retrouver sa propre image en regardant à nouveau la glace (zoom avant). A un moment, l’intervenant tourne le miroir et Chloé se retrouve en face d’un carton qui est enfait le derrière du miroir. Intriguée de ne plus voir « l’image » avec laquelle elle s’amusait juste avant, elle retourne la glace et son reflet « réapparaît ». Puis elle retourne et re-retourne le miroir de sa face reflet à sa face cartonnée et inversement (zoom arrière). On peut donc noter que Chloé est très attentive et explore son environnement. Ensuite, un carton nous indique que Chloé a 9 mois. Elle se tient devant un miroir et cette fois-ci, nous entendons qu’elle produit des sons en même temps qu’elle s’amuse avec l’image que lui renvoie le miroir, en collant sa bouche à la glace et en explorant avec ses mains la surface de l’objet. Nous la voyons un autre moment sur le ventre, son attention dirigée vers la dame qui joue avec un téléphone en jouet et qui dit à Chloé de venir. Cette-dernière babille et se met à avancer rapidement en rampant vers la source sonore en émettant des cris d’intérêt. Elle est intriguée par le téléphone puis se désintéresse au bout de quelques instants. Chloé joue ensuite avec un autre jouet, elle tape dessus. La dame présente avec elle est en face de Chloé et produit des bruitages tels que : « brrrrrrrr » ou « ah », « oh » qu’elle lui demande de répéter en disant : « à toi ! Tu le fais ? ». Chloé observe attentivement son interlocutrice, curieuse d’entendre ces sons, puis elle retourne à son jouet et regarde à nouveau la dame. Enfin elle se met à son tour à produire les sons. Tout cela est observable par le plan moyen, qui nous permet de mieux apprécié sa réaction. Nous remarquons donc que Chloé est curieuse et attentive, qu’elle explore son environnement par le déplacement, le toucher, la bouche, l’audition, et qu’elle parvient à imiter des sons entendus. Elle arrive également à ramper, se mettre assise et debout en s’appuyant, ce qui traduit un bon développement de son tonus.
III- A la crèche
Un plan général nous permet de nous positionner dans le contexte : la suite et fin du film se déroule dans une crèche, avec des enfants de 9 à 14 mois, les « moyens ». Plusieurs enfants ou groupes d’enfants sont filmés, ce qui nous donne à voir un panel d’activités auxquelles ils s’adonnent. Nous pouvons voir que des enfants, souvent des binômes, explore le corps de l’autre enfant par le toucher par exemple ou en mettant un sceau sur sa propre tête ou sur celle de l’autre, etc. D’autres enfants sont en groupe, tous debout autour d’une table, mais jouent dans leur coin, avec ce qu’ils ont dans leurs mains. Beaucoup des petits filmés explorent leur jouets, dans leur forme, leur contenu et surtout dans les bruits qu’ils produisent lorsqu’ils les tapent contre une surface, ce qu’il fait que l’environnement sonore de la salle est bruyant, d’autant que les enfants babillent, vocalisent, produisent des sons ou encore pleurent ou crient. Une autre scène filme deux enfants qui se tiennent debout devant un miroir et qui sont aussi intrigués que Chloé précédemment. Nous observons également un enfant se faire prendre son jouet par un autre et pleurer de dépit. Il est observé par les enfants autours. Un autre élabore une stratégie (se tourne, change le jouet de main) pour éviter de se le faire piquer par un enfant qui lui tourne autour. Nous pouvons donc noter que les enfants à la crèche explorent leur environnement essentiellement par le toucher, la bouche, la vue et l’ouïe. Il sont attentifs aux bruits qui se démarquent et captent leur attention, mais aussi à ce qui les entourent comme les dames s’occupant d’eux ou encore les autres enfants. Nous remarquons que tous ne sont pas au même niveau de développement de leur tonus ou de leur motricité : certains tiennent déjà debout ou se déplacent à quatre pattes et ont acquis une motricité fine tandis que d’autres sont encore sur le ventre, se déplacent en rampant et explorent tout juste ce qui les entoure. Mais cela s’explique par leur différence d’âge comme mentionné plus haut.
Notes complémentaires
Le film « Le monde sonore » de 1978 s’inscrit dans une démarche scientiste précise. En effet, Julian de Ajuriaguerra, le réalisateur de cet enregistrement, est une figure majeure de la pédopsychiatrie. Celui-ci va contre les films cliniques classique de cette époque en refusant la mise en scène. Pour lui, la caméra est censé représenter un « œil objectif » qui capte la description clinique de ce qui peut être considérer comme imperceptible tel que les micromouvements, le tonus musculaire, la réaction aux stimuli sonores,…
De plus, le film illustre un des concepts clé de Julian de Ajuriaguerra. Pour lui, le corps du nourrisson n’est pas qu’un fonctionnement physiologique; c’est surtout un langage. L’univers sonore du nourrisson est ici ce qui permet d’étudier l’adaptation (ou non) de l’enfant à son environnement.
Bien que le clip soit destiné à la recherche au Collège de France, ce support a aussi pu servir comme base de formation des premières générations d’orthophonistes et de psychomotriciens/psychomotriciennes. Cela marque donc bien le passage d’une médecine centrée sur le neurologie à une approche plus humaine et basée sur les relations interpersonnelles.
Pour finir, on peut étudier qu’ici, la méthodologie d’observation est l’observation longitudinale; c’est-à-dire l’étude des mêmes personnes ou du même phénomène pendant une longue période, à différents intervalles.
Références et documents externes
L’ouvrage de référence de ce film est le « Manuel de psychiatrie de l’enfant » de Julian de Ajuriaguerra dont nous avons pu lire un extrait d’une critique de celui-ci, ainsi que d’autres ouvrages scientifiques datant des années 1970, sur le site de l’Université de Cambridge. (https://www.cambridge.org/core/journals/psychological-medicine/article/abs/manuel-de-psychiatrie-de-lenfant-by-j-de-ajuriaguerra-pp-1096-f195-masson-paris-1974/7BAFDE28217E8C32F79F2755C4C725DE).
Nous avons de plus cherché des ouvrages complémentaires. Voici ce que nous avons trouvé d’intéressant :
- Comment le corps vient à l’enfant ? Quelques enjeux autour des représentations corporelles au cours du développement par Jérôme Boutonaud (Article de revue)
- Présentation et bibliographie de Julian de Ajuriaguerra dans les archives du Collège de France (Julian de Ajuriaguerra, Collège de France) - Article sur la neuropsychologie du développement de Julian de Ajuriaguerra, à l’époque où il était professeur, dans les archives du Collège de France. (https://www.college-de-france.fr/sites/default/files/media/document/2023-06/1975-1976_deajuriaguerra.pdf)
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Quitterie Devic, Jeanne Caillaud, Eline Hardi

