Denise Sadek (01/03/1921 - 14/04/2012)

De Medfilm


Spécialités : enseignante  et  Orthophoniste

Née au Caire, Denise Sadek-Khalil enseigne le français et les mathématiques à la Goutte de Lait (ONG destinée à préserver et promouvoir le patrimoine juif en Égypte qui comptait une école ?) et au lycée français de Hiéropolis. Lorsqu'elle part en France, juste après la Seconde Guerre mondiale, pour y faire soigner son fils "sourd et aphasique" après une méningite, elle est titulaire de deux baccalauréats (maths et philo) et a suivi par correspondance les cours de linguistique de la Sorbonne. Après la mort accidentelle de son mari en 1950, elle s'établit définitivement en France.
À Paris, elle rencontre rapidement les docteurs Diatkine et Ajuriaguerra qui la dirigent vers Suzanne Borel-Maisonny. À l'époque, cette dernière ne reçoit que les sourds présentant des troubles associés ou ceux qui sont refusés dans les centres spécialisés. À cette époque également, Suzanne Borel-Maisonny refuse que les parents assistent aux séances de travail avec leurs enfants. C'est pourquoi Denise Sadek-Khalil devient l'une de ses stagiaires. Suzanne Borel-Maisonny l'initie aux troubles de la parole d'origine motrice, neurologique et anatomique en milieu hospitalier.Elles collaborent ensuite pendant de nombreuses années.
Denise Sadek-Khalil fait également rapidement la connaissance du linguiste Gustave Guillaume (1883-1960). Elle assiste à ses cours de 1952 jusqu'à la mort du linguiste en 1960. Elle estime qu'il lui apprend la structure de la langue (ce qu'il appelle la psycho-mécanique du langage) et Mme Borel la clinique. À travers ses propres cours et formations elle contribue à faire connaître les travaux de Guillaume et revendique cette filiation théorique.
Elle suit aussi les cours de neurologie de Julian de Ajuriaguerra (également intéressé par la motricité fine) pour approfondir ses connaissances en neurologie descriptive et fonctionnelle.
Elle commence à pratiquer l'orthophonie en 1954 (elle exerce au moins jusqu'à l'âge de 82 ans) et enseigne immédiatement à Paris, Lyon et Montpellier. Elle travaille dans plusieurs hôpitaux et centres spécialisés pour sourds et malentendants.
Elle publie un premier test de langage (qui a l'originalité de ne pas être accompagné de matériel prêt à l'emploi) en 1968, puis un second test et neuf fascicules de cours sur le langage.
Shirley Vinter (orthophoniste, ancienne directrice des études de l'école d'orthophonie de Besançon) se souvient : "J'ai eu l'immense chance [...] d'assister à ce qu'elle appelait "ses leçons" (et jamais rééducations ou éducations) le vendredi matin. Les leçons se passaient dans une chambre qui donnait sur un petit jardin. Le cadre était donc totalement différent d'un "bureau d'orthophoniste". Par ailleurs, ma première surprise a été de constater l'absence complète de ce qu'on appelle "des jeux éducatifs". Quel que soit l'âge de l'enfant aucun jeu du commerce n'était proposé. Toutes les séances étaient réalisées en présence de la mère qui très souvent prenait des notes pendant la séance et recevait un petit dossier avant de partir."
Dans la dernière partie de sa carrière, elle reçoit beaucoup d'enfants qui lui sont adressés par d'autres orthophonistes qui lui demandent un complément de profil thérapeutique. Dans les faits, elle agit comme une "orthophoniste référente".

L'article paru après son décès dans le n°101 d'Ortho Magazine la décrit comme l'une des orthophonistes perçue "{...] comme un rempart préservant l'orthophonie de diverses menaces :
- insuffisance de la formation initiale et du travail personnel ;
- fascination pour d'autres modes d'intervention (psychanalyse) ou pour des découvertes récentes (neurosciences) ;
- laxisme au nom de la liberté laissée à l'enfant ;
- pratique de pédagogie scolaire dangereuse [...] débouchant sur un échec dès lors qu'il y a vraiment trouble du langage."


Bibliographie :
Sur l'aphasie, Isoscel, Éditions du Papyrus, 1998.
L'enfant sourd et la construction de la langue, Isoscel, Éditions du Papyrus, 1997.
Apport de la linguistique à la pédagogie et apport de la pédagogie à la linguistique, Isoscel, Éditions du Papyrus, 1997.
Quatre libres cours sur le langage (I-IX), Isoscel, Éditions du Papyrus, (1983-1990).
Un test de langage, Delachaux et Niestlé, 1968.
Un second test de langage, Isoscel, Éditions du Papyrus, 1982.

Sources :
Martinand-Flesch, Dominique, Denise Sadek-Khalil et son œuvre - Hommages et témoignages, Rééducation orthophonique, juin 2074, n°258. Terrier Simone, "Denise Sadek Khalil : la mort d'une pionnière", Ortho Magazine n°101, juillet-août 2012, pp.8.

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