Les femmes et le tabac (1979)

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Titre :
Les femmes et le tabac
Série :
Année de production :
Pays de production :
Réalisation :
Intervenants :
Durée :
33 minutes
Format :
Parlant - Couleur -
Langues d'origine :
Sous-titrage et transcription :
Commanditaires :
Archives détentrices :

Générique principal

Réalisateur, Tournier, Michele ; Journaliste, Baudin, Brigitte ; Participant, Israel, Lucien [Source : InaMédiaPro]

Contenus

Sujet

Enquête menée sur le tabagisme dans la population féminine : les motivations pour fumer, les effets sur la santé, les effets sur le nouveau-né si sa mère a fumé pendant la grossesse.

Genre dominant

Résumé

Reportage auprès des femmes qui fument : pourquoi elles le font, depuis quand, comptent-elles s'arrêter ; et auprès des femmes qui ne fument pas.

Contexte

La législation relative à la consommation de tabac
1999
· Arrêté du 30 novembre 1999 : délistage (passage du statut de médicament de prescription médicale obligatoire à celui de médicament de prescription médicale facultative) de la délivrance des substituts nicotinique en officine.
Les instructions
· Circulaire DRT 99/8 du 18 juin 1999 relative à la lutte contre le tabagisme sur les lieux de travail (modifie la circulaire DRT 92/23 du 9 novembre 1992).
· Circulaire DG/DH n° 330 du 8 juin 1999 relative à l a lutte contre le tabagisme dans les établissements de santé.
1994
· Arrêté du 4 juillet 1994 modifiant l'arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d'analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes de vérification de l'exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités d'inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
1993
· Arrêté du 22 mars 1993 fixant la liste des publications professionnelles spécialisées pouvant diffuser de la publicité pour les produits du tabac.
· Loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d'ordre social dont l’autorisation de la publicité en faveur du tabac dans les revues professionnelles de ce secteur.
1992
Les textes législatifs et réglementaires
· Arrêté du 31 décembre 1992 fixant les caractéristiques des affichettes relatives à la publicité en faveur du tabac dans les débits de tabac.
· Décret n° 92-478 du 29 mai 1992 fixant les conditio ns d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif et modifiant le code de la santé publique.
Instructions
· Circulaire DAGPB/92/n° 352 du 29 octobre 1992 relat ive aux conditions d’application dans l’administration centrale de l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif.
1991
· Décret n° 91-410 du 26 avril 1991 fixant au 31 mai la date de la manifestation annuelle intitulée "Jour sans tabac ".
· Arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d’analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes de vérification de l’exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités d’inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
· Loi n°91-32 du 10 janvier 1991 (dite « loi EVIN ») relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme : pivot du dispositif légal de lutte contre le tabagisme et contre l'alcoolisme.
Ses principales dispositions :
- Améliorer l’information et la protection du consommateur par l’obligation de faire figurer et la teneur moyenne en nicotine et le message sanitaire « Nuit gravement à la santé » et par la création d’une manifestation annuelle « Jour sans tabac », fixée au 31 mai.
- Réduire l’offre et l’incitation au tabagisme par l’interdiction de toute propagande, publicité et opération de parrainage en faveur du tabac ou des produits du tabac (tous les médias sont concernés), et par la sortie du prix du tabac du calcul de l’indice des prix (cette sortie rend possible l’augmentation du prix du tabac en tant que mesure de santé publique. Depuis cette disposition, le prix du tabac est libéré des contraintes de la lutte contre l’inflation.
- Protéger les non fumeurs : dans la loi Veil, le principe est l’autorisation de fumer dans les lieux publics sauf là où cela est interdit. Avec la loi Evin : on inverse ce principe, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif fait office de principe général. Il est également interdit de distribuer gratuitement du tabac ou des produits du tabac.
1977
· Décret n° 77-1042 du 12 septembre 1977 sur les interdictions de fumer dans les lieux publics et dans les transports de voyageurs.
1976
· Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976 (dite « loi Veil ») : première loi française de lutte contre le tabagisme. Les principales dispositions de cette loi :
- Interdiction de la publicité sur certains supports (ex. : TV, cinéma, radio, affichage, presse pour enfants). A contrario, la publicité dans la presse écrite est autorisée (leur lobby est important).
- Interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif « où cette pratique peut avoir des conséquences dangereuses pour la santé » (ex. : bâtiments publics, hôpitaux, écoles, salles de spectacles, trains, avions, bus…).
- Apposition d’un message sanitaire « abus dangereux ».

Les campagnes anti-tabac
Deux dates, coïncidant avec d’importants changements de la législation et de la réglementation, vont être déterminantes dans les stratégies de communication : 1976 et 1991. Elles marquent le vote de la loi Veil et celui de la loi Évin. En 1976, un Français sur deux fume, 46 % des 12-18 ans fument. La presse magazine, craignant de perdre une source de revenus publicitaire significative nie les méfaits du tabagisme et Simone Veil, alors ministre de la Santé est prise à partie par les travailleurs de l’industrie du tabac. C’est dans ce contexte que le CFES élabore une succession de campagnes. Elles sont fortement inspirées du modèle anglo-saxon de l’époque et abordent l’ensemble des thèmes liés au tabac : les jeunes, les femmes enceintes, le tabagisme passif, etc. En 1976, l’élément fédérateur est le slogan « Sans tabac, prenons la vie à pleins poumons ». L’affiche correspondante prend pour emblème une colombe. Il s’agit de jouer sur le registre de l’affectif et de faire réfléchir sur les conséquences du tabac, aussi bien pour les fumeurs que pour leur entourage. La campagne concernant spécifiquement la protection des non-fumeurs met en scène un non-fumeur interpellant les fumeurs en leur demandant « Ça ne vous dérange pas si je ne fume pas ? » En septembre 1979, le ministre de la Santé Jacques Barrot lance une campagne nationale intitulée « L’éducation pour la santé à l’école » dans l’idée d’obtenir une génération de « non-fumeurs ». Au cours de l’année scolaire, un million d’enfants (en priorité entre 11 et 12 ans) sont concernés car « c’est à cet âge que se prend ou ne se prend pas l’habitude de fumer ».
Entre 1978 et 1988, la communication est ainsi centrée sur le tabagisme des jeunes en travaillant autour de deux valeurs essentielles : la liberté, avec la campagne « Une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée » (1978), et la séduction, avec la campagne « Le tabac c’est plus ça » (1988), spot et affiche. Simone Veil témoignera de ces communications : « Nous jouions toujours sur l’affectif. Plutôt que d’insister sur les conséquences du tabac sur la santé, nous voulions faire passer un message fort auprès des jeunes : "On n’a pas besoin de fumer pour s’amuser ni pour séduire." Ou encore : "Sport et tabac ne font pas bon ménage." Le but était de toucher les jeunes avant qu’ils aient commencé à fumer. Les publicités mettaient en scène des jeunes dans des situations où ils seraient amenés à fumer leur première cigarette. Les jeunes déclinaient alors l’invitation et écrasaient la cigarette, balayant d’un revers de la main les images valorisantes associées à la consommation de tabac. La cible que nous avons également privilégiée est celle des jeunes femmes qui à l’époque avaient tendance à fumer pour se donner une contenance : elles fumaient souvent plus que les hommes ». Cf. L’efficacité de ces premières campagnes repose sur le fait qu’elles s’accompagnent de le mesures législatives et règlementaires efficaces, d’avancées sanitaires significatives (formation des professionnels de santé, apparition de substituts nicotiniques) et d’actions de terrain pérennes (interventions en milieu scolaire, dans les entreprises, diffusion d’outils pédagogiques, etc.).
Cf.Benoit J.-M., Scale J. Bleu Blanc Pub. Trente ans de communication gouvernementale en France. Édition spéciale. Service d’information du Gouvernement. Le cherche midi, 2008.

Les organismes de lutte
Le Comité National Contre le Tabagisme est la plus ancienne association de prévention du tabagisme en France. Apparue en 1868, l’association a, dès son origine, mobilisé des personnalités aux compétences et horizons divers et complémentaires, non seulement du monde de la médecine, mais aussi de l’éducation, de la justice et du journalisme. Tout au long de son histoire, le CNCT a joué un rôle de fer de lance en impulsant et en accompagnant les grandes avancées de la lutte contre le fléau du tabagisme en France.
1868 : Fondation de l’association sous le nom d’Association française contre l’abus du tabac. Le docteur Henry Blatin (1806-1869), vice-président de la Société protectrice des animaux (SPA) et de la Société protectrice de l’enfance, en est le fondateur et le premier président.
1877 : Refondation de l’association par Emile Decroix (1821-1901) sous le nom de « Société contre l’abus du tabac ».
1939 : La Société contre l’abus du tabac devient la « Ligue contre le tabac ».
1959 : L’association est rebaptisée Prévention du Tabagisme (Comité national du droit à l’air pur)
1968 : L’association prend son nom actuel de « Comité National Contre le Tabagisme »
1976 : Adoption de la loi Veil, premier texte de loi relatif au contrôle du tabac.Les associations comme le CNCT peuvent désormais se constituer partie civile pour défendre les intérêts de la santé publique en matière de prévention du tabagisme.
1977 : Le CNCT est reconnu d’utilité publique
1989 : Le CNCT joue un rôle majeur dans les propositions remises à Claude Evin par le groupe des 5 sages (constitué des Professeurs Hirsch et Dubois, tous deux présidents du CNCT entre 1991 et 2003, ainsi que des Professeurs Tubiana, Got et Grémy) pour améliorer la loi Veil.
La couverture télévisuelle des dispositions anti-tabac
- JT 20h du 08.01.1971, sujet 'Campagne anti-tabac', 02'40, 2e chaîne : "Campagne d'information mettant en garde contre les dangers du tabac : des images d'enfants fumant, de jeunes en transe dans un club, d'expérimentation sur des souris avec opération à coeur ouvert, alternent avec des séquences d'animation." (notice INA CAF96079731)
- JT 20h du 16.01.1071, sujet 'Enquête sur le tabac', 10', 1ère chaîne, avec la participation du Pr. Paul Milliez."Après un panorama des problèmes liés au tabagisme aux Etats Unis, en URSS, en Grande Bretagne et en France, des scientifiques expliquent les dangers du tabac sur la santé et un responsable de la SEITA explique son implication dans la recherche et sa position vis à vis des campagnes anti-tabac." (notice INA médiapro CAF96078629)
- JT 20h du 01.04 1972 : reportage canular consacré à la décision prise par le ministère de la Santé publique d'interdire le tabac dans tous les lieux publics. Le journaliste René Caron, présenté comme un certain Jean Conrad, délégué du ministère, explique les raisons et applications de cette mesure : "La pollution a atteint un tel degré".
- Limousin Actualités du 23.04.1975, 3 chaîne : 'Campagne anti-tabac au lycée Arsonval de Brive' : un concours de rédaction et de dessin à l'initiative de la directrice de l'établissement (notice INA mediapro RXC05028866)
- Emission 'Le petit rapporteur' du dimanche 04.05.1975 à 13h59, sujet 'Mégot city', 04' : "Western dans une petite ville du Cantal (Salers) ou eu lieu une campagne, anti-tabac. Interviews de la buraliste, de l'adjoint au maire, du garde champêtre." (Notice Ina médiapro n° CPA7505247606)
- Nord Actualités, mardi 13/05/1975 à 19h20, sujet 'Campagne anti-tabac à Lille', 04'. "Action de l'association Vie et Santé pour encourager à arrêter de fumer. Micro-trottoir avec des participants à la conférence que l'association a organisée." (notice Ina médiapro : RCC9712013413)
- JT 20h, lundi 02.06.1975, Antenne 2, sujet 'Campagne anti-tabac, entretien avec Simone Veil', 2': "Certains médecins ne croient pas encore à la dangerosité du tabac, il faut donc mieux former les médecins. on peut aussi envisager des mesures coercitives comme l'interdiction de fumer dans certains lieux publics (cinéma, transports...). Pour les restaurants, je ne l'envisage pas. Nous étudions l'impact des contre-indications sur les paquets de cigarettes dans les pays où elles figurent, mais il semble faible." (Notice INA médiapro, n° CAB7500854201)
- Actualités régionales Ile de France du 16.09.1975, 19h24, FR3, 'Simone Veil lance la campagne anti tabac', 03'20 : conférence de presse, entretien avec Simone Veil sur la réalité de la nocivité du tabac, affiches de prévention du CFES et du Comité National contre le Tabagisme, plan du mannequin qui fume avec poumon qui rétrécit (cf. La 500 000e cigarette) (Notice INA médiapro n° PAC04000914)
- JT 13h et 20h du vendredi 11.06.1976, TF1, 'Campagne anti-tabac', 02'40 : reportage avec des séquences d'animation, voix off qui rappelle la nocivité du tabac, le coût de la prise en charge des conséquences de sa consommation. (Notice INA médiapro : CAA7601867601)
- Emission 'A la bonne heure', reportage du mercredi 06.10.1976, TF1, 'Les jeunes et le tabac', 05'56 : 'Enquête à l'école secondaire d'Athismons où s'est déroulée une campagne anti-tabac l'année dernière. Interviews de jeunes élèves entre 8 et 15 ans, expliquant pourquoi ils fument, l'exemple des parents, des adultes. Un des élèves : 'une expérience dans une école est beaucoup plus profitable qu'une campagne nationale. On se sent plus concerné quand on y participe que quand on regarde la télévision et qu'on en parle comme ça'." (Notice INA médiapro CAA7601090501)
- JT FR3 Nord Pas de Calais 19h20 du 24.03.1978, 'Le tabagisme campagne anti-tabac', 4' : "Vues sur les fumeurs dans la rue, consultation d'un patient chez le Dr. Guisnet, affiches du CFES." (INA médiapro, n° de notice : RCC99005974)
- JT 20h du 01.10.1977, TF1, 3', avec la participation du comédien Robert Werner. "Affiches contre la tabagisme dans la rue, microtrottoir. Sketches style 'caméra invisble' avec la participation de robert Werner'. (INA médiapro, notice n° CAA7700932601)
- JT 20h du mardi 10.10.1978, TF1, Le tabagisme et les jeunes', 2' : longue introduction en plateau du journaliste Roger Gicquel, plans de rues montrant des jeunes qui fument, commentaire qui rappelle que la jeunesse est de plus en plus impactée par la maladie, entretien avec Simone Veil qui met en cause le discours des médias et de la publicité qui valorise la cigarette, citations des affiches d'enfants ayant participé au concours organisé dans les écoles par le CFES (INA médiapro, notice n°CAA7801507001) - Lorraine soir à 19h02 le 03.04.1980, 'Campagne anti tabac', FR3, 2' : "reportage qui alterne des vues de débits de tabac avec des entretiens avec des personnes fumeuses ou des médecins : le Pr. Faivre, le Pr. Senault (Président du CFES)." (INA médiapro, notice n° SXC02001786)
- Alsace Actualités 19h03, 17.02.1980, 'Résultats de la campagne 1980', 3' : entretiens avec Alain de Carpentier, Directeur régional adjoint de la SEITA, M. Heitmann, Président de la coopération agricole des planteurs de tabac d'Alsace et Président délégué de la fédération nationale et administrateur de la SEITA (INA médiapro, notice n°SXC00002525)
- Limousin Actualités, 19h15, 09.02.1984, FR3, 03'20 : "reportage dans le collège Ozanam où se tient un concours de théâtre organisé par le CFES, entretien avec le Pr. Boulesteix du CHU de Limoges, plan sur une brochure intitulée : 'Le tabac et les jeunes - une expérience inédite en milieu scolaire'." (INA médiapro, notice n°RXC05024702)
- Actualités régionales Ile de France, 19h, 17.07.1992, FR3, 01', 'La RATP lance sa campagne anti tabac' : "(INA médiapro, notice n° PAC9207212867)
- Journal de 13h, France 2, 09.07.1996, 'Mesures anti-tabac', 01'20 : "La première loi limitant la publicité et initiant les premières mesures anti tabac a 20 ans. Le point aujourd'hui sur la prévention. Archives publicitaires de la première campagne de prévention de la loi Veil. Interview Pascal Mélihan-Chenin du Comité National contre le tabagisme".(INA médiapro, notice n°CAB96038597)

Éléments structurants du film

  • Images de reportage : Non.
  • Images en plateau : Oui.
  • Images d'archives : Non.
  • Séquences d'animation : Non.
  • Cartons : Non.
  • Animateur : Oui.
  • Voix off : Non.
  • Interview : Non.
  • Musique et bruitages : Oui.
  • Images communes avec d'autres films : Non.

Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?

Une enquête sur le tabagisme qui combine plusieurs approches : un film d'animation rappelant l'histoire de l'introduction du tabac en France ; des micro-trottoirs ; des portraits ; le montage de dessins d'enfants (dans le cadre d'une campagne anti-tabac sous la forme d'un concours de dessins organisé dans les établissements scolaires par le CFES).
Des artefacts donnent une dimension symbolique au traitement filmique, comme l'intervention de bruits de locomotives dans la bande son, ou bien la citation d'une affiche de campagne anti-tabac. Des aspects du réel saisis par le tournage prennent contribuent cependant à créer un climat anxiogène, destiné à augmenter l'impact préventif du film : la voix sans timbre d'une femme qui a subi une laryngectomie, l'obscurité qui baigne la chambre d'hôpital d'une patiente du cancer des poumons qui a voulu garder son anonymat.
Le reportage est suivi d'un débat en plateau. Pendant le débat, le Pr. Israël s'appuie à plusieurs reprises sur des éléments du reportage pour répondre aux questions de l'animateur, défendant ainsi l'intérêt du principe d'interaction entre les deux séquences de l'émission.
A noter que les dessins présents dans le film sont issus un concours d'affiches de prévention réalisé dans les écoles lors d'une campagne anti-tabac organisée par le CFES. Le film Jouer avec le feu également produit par le CFES en 1979 cite également des dessins d'enfants : ont-ils été produits à l'occasion du même concours? les deux films montrent le même motif (mais non le même dessin) : une personne à la fenêtre d'une cellule de prison dont les barreaux sont figurés par des cigarettes.

Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?

Longue séquence d'acupuncture comme application d'une méthode pour arrêter de fumer, avec explications du médecin.
Dans la séquence de plateau qui suit le reportage figurent le Pr. Israël qui donne son expertise et ses recommandations ; également Françoise Buhl, Déléguée générale du CFES, qui insiste sur le fait que les pressions d'une société où les femmes doivent faire leur place, en particulier dans la sphère professionnelle, les incitent à consommer du tabac pour adopter les codes des hommes qu'elles côtoient. Ainsi, à l'analyse médicale s'ajoute un point de vue sociologique.

Diffusion et réception

Où le film est-il projeté ?

Télévision, TF1, 13/03/1979 à 15h45

Communications et événements associés au film

Public

Tout public, (prioritairement les femmes, la tranche horaires est intitulée "Le regard des femmes").

Audience

Descriptif libre

Les séquences qui manquent de l'archive originelle :
- préambule avec plans tournés dans le métro et voix off qui rappelle que le tabagisme se développe en France et que de plus en plus de femmes sont concernées
- microtrottoir dans un salon de coiffure et autres lieux : pourquoi fumer, combien de cigarettes, à quel âge commence-t-on?
- séquence animation : les origines de l'introduction en France de la consommation du tabac
- portrait de "Florence, 40 ans, une femme libre qui travaille et fumeuse invétérée" (05:20) : elle est montrée dans son domicile, puis sur son lieu de travail. Nous comprenons qu'elle est cheffe d'équipe. Elle admet devant ses collègues qu'elle est une mauvaise influence sur elles, ajoute en riant que c'est à elles de s'adapter à sa pratique compulsive du tabac.

"La cigarette me gêne"

L'archive présente commence à 07:08 de l'archive originelle. Florence est assise à côté d'une de ses collaboratrices qui manifeste son mécontentement quand elle souffle la fumée de sa cigarette. Elle dit ne plus supporter le tabagisme des autres depuis qu'elle a arrêté elle-même de fumer, il y a un an : "j'ai eu une laryngite, explique-t-elle à la caméra. sans problème, mais mon médecin m'a dit : arrêtez-vous de fumer, et je me suis arrêtée très facilement." Elle ajoute en riant, et en faisant rire ses collègues présentes pendant l'entretien qu'il lui serait plus difficile d'arrêter de manger. "La cigarette me gêne dans les lieux publics, ajoute-t-elle, dans les bistros... On en peut pas dire aux gens d'arrêter de fumer." (00:50)
Une jeune femme chante dans un studio d'enregistrement. Entre deux prises, elle s'entretient avec le journaliste. Elle lui explique qu'elle fume régulièrement, à raison de deux paquets. Si sa consommation n'affecte pas sa voix, elle gêne sa respiration, si bien qu'elle souhaiterait arrêter. Apparition d'une des affiches commandées par le Comité National contre le Tabagisme et dessinées par Obrad Nicolitch. Montrant une fleur fanée avec le visage d'une femme fatiguée, elle porte le slogan : "alcool et tabac fanent votre beauté". Dans la bande son, bruit mécanique d'une locomotive qui métaphorise l'engrenage que représente le tabagisme (Jouer avec le feu d'Igor Barrère et Etienne Lalou,réalisé la même année, inclut également des bruits mécaniques dans sa bande son) (01:39)
Une jeune femme joue au tennis. En voix off, elle explique qu'elle a commencé de fumer à dix-huit ans mais qu'elle a vite cessé. Comme la collègue de Florence interrogée auparavant, elle explique que depuis qu'elle a pris sa décision elle ne supporte plus la compagnie des personnes qui fument : "je fais très souvent la guerre aux gens - qui ne m'écoutent pas d'ailleurs...". (02:56)

Acupuncture et concours de dessin

Un acupuncteur place des aiguilles sur le visage et les pieds d'une jeune femme assise. La journaliste qui l'interroge nous apprend qu'elle se prénomme Chantal. Chantal lui répond en plein traitement, alors que sa tête est encore hérissée d'aiguilles. Elle a 23 ans, fume depuis qu'elle en a 16, elle est allée jusqu'à consommer deux paquets de tabac par jour. Elle souhaite s'arrêter parce qu'elle est enceinte. Elle reprend sa respiration, comme pour se donner le courage, et elle ajoute : "Et je me dégoûte un peu." Elle raconte que certains matins où elle était en panne de cigarettes, elle est allée en chercher dans la poubelle de son domicile.
Apparition d'un dessin d'enfants qui montre un foetus criant "au secours!" dans le ventre d'une femme qui fume. Séquence animée montrant un foetus isolé sur fond noir, avec commentaire en off, pour rappeler les dangers auxquels la femme enceinte expose son enfant : "20% des avortements spontanés en cours de grossesse sont dus au tabac. Le coeur du foetus bat plus vite, il se fatigue, il risque une malformation cardiaque." Autres conséquences pour le bébé : une respiration et un système nerveux dégradés, le risque de naître prématurément, avec un poids inférieur à la normale et un retard dans le développement psychomoteur. La séquence qui se poursuit montre que les séances d'acupuncture sont collectives et qu'elles s'accompagnent de la mise en place de groupes de paroles. Une jeune femme raconte qu'elle a voulu arrêter par le pari en argent avec une collègue ("ça n'a pas marché"), une autre explique qu'elle aimerait faire autre chose de l'argent qu'elle met dans sa consommation. Une troisième témoigne de son obstination à fumer malgré les stratagèmes qu'elle essaie pour arrêter : "ça a un goût de ferraille, mais j'ai aimé ça... C'est du vice!"
Nouveaux dessins d'enfants. Le commentaire nous apprend qu'il s'agit d'un concours d'affiches de prévention réalisé dans les écoles lors d'une campagne anti-tabac organisée par le CFES. Dans la bande son, les plaintes déchirantes de l'harmonica composées par Enio Morricone pour Il était une fois dans l'Ouest. Un dessin montre un personnage qui fume alors qu'il est englouti sous les cigarettes, avec la légende : "Fumer... Où est le plaisir?". Un autre montre un homme dont le visage est couvert d'un masque à gaz en face d'un autre qui fume. Le slogan : "Non au tabac, oui à la vie!". Un troisième, pour illustrer le slogan "libérez-vous!" montre un homme derrière une fenêtre de prison, dont les barreaux sont figurés par des cigarettes.
Retour à la séance d'acupuncture. L'acupuncteur explique sa méthode à un groupe de personnes qui venus pour l'appliquer sur eux-mêmes. "En fait, ce n'est pas le traitement des gens qui fument mais des drogués" employé en Chine par les fumeurs d'opium. Il explique qu'il permet de supprimer l'état de manque. "Si vous prenez une seule cigarette, vous rechutez automatiquement!" De cette façon, le film appuie sur l'effet addictif de la cigarette, comparable à celui d'autres substances psychoactives. Une femme explique qu'elle avait réussi à s'arrêter mais qu'elle a recommencé à l'occasion des fêtes. Elle a constaté à cette occasion qu'elle n'avait pas le contrôle sur sa consommation. Une autre femme explique qu'elle fume "par habitude", non plus "par plaisir", et qu'elle ne voit pas comment elle pourra cesser. L'acupuncteur explique que sa technique fonctionne bien avec les "fumeurs par besoin organique" parce que c'est ce "besoin" qu'elle traite, alors qu'elle est moins efficace avec les "fumeurs par contenance". Scène d'intervention sur l'oreille avec une jeune femme. L'acupuncteur explique ses gestes à mesure qu'il les exécute : perforation de l'oreille, anesthésie locale, pose d'un fil... Il recommande : "surtout, n'ayez pas de cigarettes sur vous!". (11:26)

"Sa fumée, ses odeurs enveloppent ma chambre"

Entretien avec des fumeuses de différents âges et de leur entourage proche. D'abord la jeune femme traitée par l'acupuncteur. Elle raconte qu'elle a cherché à s'arrêter de fumer pendant qu'elle était enceinte comme on le lui a recommandé, elle a réussi à diminuer de la moitié sa consommation mais elle n'est pas allée plus loin : "je n'avais pas la volonté". Son bébé est arrivé à terme, il pesait 3,4 kilos. "Mais enfin, c'est peut-être une exception, admet-elle. Lorsqu'on fume beaucoup, on a souvent des prématurés." Elle raconte que son enfant ayant joué avec son paquet de cigarettes (un bip intervient quand elle cite sa marque) alors qu'elle "avait le dos tourné", elle a dû l'hospitaliser parce qu'il en avait avalé quatre. Son mari témoigne à son tour. Comme il ne fume pas, il se sent incommodé par les traces de cigarettes et leur odeur, il se plaint aussi de l'irritation de son épouse quand elle en manque.
Retour sur Florence, la "fumeuse invétérée" montrée au début du film. Cette fois, c'est son fils qui est interrogé. Il se plaint à son tour de la fumée et des odeurs "qui enveloppent sa chambre" quand elle y entre. Nouveaux dessins extraits du concours CFES. Des cigarettes anthropomorphisées attaquent des poumons à pleines dents. Autour de bustes d'hommes qui fument figurent des feux de circulation au rouge et des tombes. Commentaire : "Cette fois, la mort est le personnage central de cette série de dessins d'enfants." Entretien de la journaliste avec une femme assise dans son salon. La journaliste nous apprend qu'elle a 70 ans et qu'elle a été opérée d'un cancer du larynx. La femme raconte qu'elle a d'abord eu une extinction de voix et qu'elle s'est aperçue qu'elle ne supportait plus le goût des cigarettes qu'elle continuait de fumer. Elle a subi une laryngectomie suivie de plusieurs séances de rayons avant d'entreprendre une rééducation de la parole. Elle n'a réussi à parler à nouveau qu'au bout de trois ans. Sa voix est difficilement compréhensible ; sans timbre, elle paraît étrangement artificielle. (16:32)

"Mais au moment où on prend sa cigarette, on n'y pense pas."

Encore un retour sur Florence, "fumeuse invétérée". Elle avoue qu'elle est "terrifiée" par les possible conséquences médicales de son tabagisme : "en plus, on connaît tous quelqu'un à qui c'est arrivé". Elle ajoute cependant : "mais au moment où on prend sa cigarette, on n'y pense pas. On fume comme on prend sa voiture, sans penser aux accidents de voiture." Elle fait la supposition que si elle était exposée chaque jour à un film de prévention, elle finirait par arrêter. Dernier témoignage, cette fois anonyme (la personne est filmée dans l'obscurité, elle se fait appeler "madame X"), d'une femme atteinte d'un cancer du poumon, interrogée dans sa chambre d'hôpital. "Un soir en toussant, j'ai eu comme un coup de poignard dans le côté gauche". Elle précise qu'elle fumait jusqu'à trois paquets par jour. Elle n'a pas réussi à s'arrêter : "c'est terrible, c'est un manque de volonté, c'est uniquement ça", reconnaît-elle. "Tout le monde vous menace, mais vous imaginez que c'est sur les autres que ça va tomber!". Elle a voulu connaître le diagnostic pour pouvoir se donner les moyens de lutter contre la maladie. Elle regrette à présent que cette volonté qui l'habite pour guérir, elle ne l'ait pas eue pour s'arrêter. Dernier plan large sur elle, un peu de jour filtre par le voilage devant la fenêtre de sa chambre d'hôpital : la menace qui pèse sur chaque fumeuse rencontrée s'est concrétisée dans son cas. C'est sur cette séquence que défile le générique, sans doute pour terminer sur une note effrayante et dissuasive à ce titre.(19:19)

Séquence en plateau : débat avec le Pr. Israël et Françoise Buhl du CFES

Un présentateur sur un plateau prend aussitôt le relais. Il affirme que l'intention de ce film n'est pas de "culpabiliser" : "nous avons cherché simplement à vous sensibiliser". Réactions des invités et invitées de l'émission :
- Françoise Bulh, membre du cabinet Veil et Déléguée générale du Comité français d'éducation pour la santé : elle explique que la "pression sociale" que les femmes subissent contribue à leur tabagisme : la mixité à l'école et l'entrée de la femme dans l'activité professionnelle ont fait qu'"elles ont voulu s'identifier à ceux qu'elles côtoyaient". Les femmes sont davantage fumeuses dans le milieu des cadres et des professions libérales que dans les milieux ouvriers. Sont particulièrement en cause les secteurs féminisés comme "l'industrie pharmaceutique ou l'industrie électronique"...
Par ailleurs, Françoise Buhl estime que les campagnes bénéficient aux non-fumeurs qui "ont été l'objet de pression de la part des fumeurs qui les méprisaient, qui en tenaient pas compte d'eux" parce qu'elles leur permettront "de faire respecter leurs droits dans les lieux publics".
- Annie Leclerq, écrivaine, autrice de Au feu du jour qui témoigne de son expérience de fumeuse, pense que "la cigarette va très bien avec le travail d'écriture, le travail intellectuel, au point que ça devient une véritable dépendance". Elle estime qu'il est très difficile d'arrêter de fumer, mais que cette "épreuve", en tant que telle a aussi son "attrait".
- Pr. Lucien Israël rappelle que les cigarettes contiennent du goudron par la combustion du tabac et de "nombreux polluants" (il estime qu'à cet égard, on ne peut se prétendre écologiste quand on fume). Se référant au film, il ajoute qu'elles contiennent des "substances cancérigènes qui sont très dangereuses et qu'on ne parvient pas à éliminer". Concernant les femmes qui consomment le tabac, elles augmentent "vertigineusement" en nombre aujourd'hui. Le problème qui se pose est la possibilité d'un dépistage systématique "pour intervenir avant les symptômes". Le Pr. recommande vivement aux personnes qui ne peuvent pas arrêter de fumer de "resserrer les liens avec leurs médecins". Enfin, il insiste sur l'importance du volet prévention pour convaincre les jeunes de ne pas commencer.
Interrogé sur les conséquences qu'entraîne pour le foetus le fait que la femme qui le porte continue de fumer, le professeur répond qu'"elles ont été dites par le film qu'on a vu : c'est un enfant qui se développe dans une atmosphère appauvrie en oxygène, riche en oxyde de carbone, avec un apport sanguin moindre." A nouveau le professeur appuie ses propos sur le reportage qui précède le débat en plateau, valorisant l'interaction possible entre les deux séquences de l'émission.
A propos des cures anti-tabac, il considère qu'elles sont "un support parfois utile", mais l'essentiel reste "la volonté". Sur le surpoids qu'entraîne l'arrêt de la cigarette, le professeur reconnaît que c'est une "conséquence redoutée". La consommation de tabac occupe la main et la bouche, manger est un mode de substitution.
- Une dermatologue décrit les problèmes de peau et de rides que rencontre une fumeuse régulière.

Notes complémentaires

Diffusion le mardi 13 mars 1979, sur TF1 / Titre de la tranche horaire : Le regard des femmes (Source : InaMédiaPro]


Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Joël Danet