Il était une fois trois amis (1929)

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Il était une fois trois amis


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Title Il était une fois trois amis
Year of production 1929
Country of production France
Director(s) Jean Benoit-Lévy
Albert Mourlan
Scientific advisor(s) Louis Devraigne
Duration 53 minutes
Format Parlant - Noir et blanc - 16 mm
Original language(s) French
Production companies Edition Française Cinématographique
Sponsor(s) Ministère de l'Agriculture
Archive holder(s) AFFINACinémathèque du Ministère de l'Agriculture

Main credits

(français)
« Scénario composé par le Docteur Louis Devraigne, chef de la Maternité de Lariboisière ; Réalisation de Jean BENOIT-LEVY ; Prise de vues : Ed. Floury »

Contents

Medical themes

Theme

(français)
À travers trois cas différents, le film explique les risques de transmission de la syphilis d'une génération à une autre, ses conséquences graves, et qu’il faut faire pour l’éviter et en guérir.

Main genre

Abstract

(français)
Pour sensibiliser son fils aux dangers de la syphilis, un médecin lui raconte une histoire qu'il a personnellement vécue. Trois amis, Georges, Jacques et Charles, s'étaient connus à l'armée. Les deux premiers y avaient contracté la syphilis mais, alors que Georges s'est fait soigner tout de suite, Jacques ne l'a pas jugé nécessaire. Sa femme fait deux fausses couches alors que celle de Charles, le troisième ami, met au monde une fille mal-formée dont l'espérance de vie est nulle. Apprenant que ce drame est la conséquence d'une syphilis héréditaire qui lui a été transmise par son père, il décide de se faire soigner pour avoir des enfants sains. Quelques années plus tard, Jacques comprend à son tour qu'il doit se faire soigner après que sa femme a donné naissance à un enfant mort-né. Vingt-cinq ans plus tard, les trois amis se retrouvent avec leur nombreux enfants.

Context

(français)
À l'époque du film, la syphilis est une maladie courante qui était la cause d'une forte mortalité infantile. Les réponses médicales ont progressé en efficacité. En 1921, Ernest Fourneau, met au point un dérivé de l'arsenic à l'institut Pasteur : le Stovarsol. Ce dérivé est plus stable et se prend par voie orale. En 1934 le principe actif du Salvarsan, découvert en 1920 par Carl Voegtlin et Homer Smith, est introduit par le traitement de la syphilis sous le nom de Mapharsen. Le problème des médecins demeure cependant l'ignorance de la population devant la menace de la syphilis. Les campagnes d'information ne parviennent pas à la sensibiliser de façon déterminante. D'où le recours de plus en plus fréquent au cinéma : ce médium attire les foules et présente un réel potentiel pédagogique en présentant des agencements de vues réelles, de schémas animés et d'images micro-cinématographiques.
Le Dr. André Cavaillon, responsable au Ministère de l'Hygiène publique, spécialisé dans la prévention du péril vénérien, en est convaincu. Le film Il était une fois trois amis lui parait exemplaire à ce titre, par l'efficacité de son exposé et son choix de la fiction pour le présenter : " Ce n'est pas uniquement le genre documentaire qui doit uniquement instruire le public. Il faut faire en sorte que le public soit presque inconscient qu'il est en train d'assister à un film d'instruction. Quoique des films dramatiques de ce type soient difficiles à faire, ils peuvent être faits, comme le prouve l'expérience (ainsi Il était une fois trois amis, oeuvre du Dr. Devraigne, chef de la maternité Laribosière, et de Benoit-Lévy.)" (Dr. André Cavaillon : 'The cinema and the campaign against the danger of veneral diseases')

Structuring elements of the film

  • Reporting images  : No.
  • Studio pictures  : No.
  • Archive footage  : No.
  • Animation sequences  : Yes.
  • Inter-titles  : Yes.
  • Animator  : No.
  • Voice over  : No.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the movie direct the spectator's view?

(français)
Le film se présente sous la forme d’une fiction morale ou d’une leçon de choses du père au fils. En racontant à son fils l'histoire de trois jeunes hommes, le médecin-chef, interprété par Camille Bert, la raconte aussi au spectateur : par les regards caméra, celui-ci comprend que cette histoire le concerne tout autant. Le film est organisé en plusieurs parties rappelant les chapitres d'un livre. Il se termine par une sorte de morale : « […] il n'y a pas de maladies honteuses, mais seulement des malades honteux. Les jeunes gens heureux sont, comme les peuples, ceux qui n'ont pas d'histoire ! Aussi la Sagesse est-elle encore la meilleure prophylaxie en attendant le mariage de bonne heure. […] ». Ainsi, à travers ces trois exemples, la fin heureuse et la morale de fin, le film montre au spectateur quelle conduite il doit adopter s'il se trouve dans une situation comparable.

How are health and medicine portrayed?

(français)
Dans ce film le réalisateur place le spectateur comme un des élèves du médecin qui leur apprend comment vaincre et guérir la syphilis. Le médecin fait un cours sur le tréponème et l'hérédosyphilis à ses étudiants. Quand ils leur montre un film explicatif en images animées, il le montre aussi au spectateur. Le film fait le choix de nous expliquer de façon scientifique comment se diffuse le tréponème et quel traitement lui appliquer. Par ailleurs, l'image des institutions de soins et des médecins est valorisée : l’hôpital est un endroit sain, où l'on guérit sans juger, et où l'on prend soin des patients, comme un parent veillant sur un enfant. Notons pour exemple la phrase de Charles « Ah ! Vous êtes tous de braves gens ici ! », Sur quoi l'infirmière lui répond « Mais, Monsieur, nous ne faisons que notre devoir ».

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
séances d'exploitant commercial, conférences médicales mises en place en milieu professionnel

Communications and events associated with the movie

(français)

Audience

(français)
tout public et plus particulièrement le public jeune, personnel infirmier, soldats

Local, national, or international audience

Unknown

Free-form description

(français)
Introduction
Un médecin chef, interprété par Camille Bert, parle avec son fils autour d'un café. Il lui demande qui est son meilleur ami, sur quoi Pierre lui répond que c'est lui, son père. Ainsi il décide de lui raconter l'histoire de trois jeunes hommes : « il était une fois trois amis... »
Il était une fois trois amis...
Les trois personnages principaux sont présentés : Charles, le garagiste (M. Jo Raffels), Georges, l'employé de banque (M. Dornel) et Jacques, le cultivateur (M. Cari). Ces trois amis vont fêter leurs fiançailles dans la ferme des parents de Jacques (Mme Decori, la mère et Mr Blochouse, le père). Alors que les jeunes femmes profitent de la campagne, les trois amis se remémorent leurs souvenirs de régiment. Un flash-back nous les montre s'amusant dans un bar. On apprend aussitôt que Georges et Jacques ont contracté la syphilis. Puisque Georges s'est soigné, un médecin autorise son mariage. Jacques, lui, ne veut pas s'avouer qu'il est malade et fait le fier pensant ne pas avoir besoin de se soigner. Charles, quant à lui, a eu la chance de ne pas être contaminé.
Il était une fois trois amis... Deux
Amis et familles sont réunis autour de la table pour fêter les fiançailles. Le père de Charles, malade, très nerveux et irritable, n'est pas venu. Le temps passe et l'on retrouve les trois ménages installés.
Le film revient alors sur le médecin chef. Par un regard camera, il nous annonce (avec un texte en surimpression): «  vingt mois plus tard, un beau jour d'été, on fêtait le baptême du deuxième fils de Georges. ».
Nouvelle scène de réunion des amis pour le baptême. Jacques apprend à Georges que sa femme a fait deux fausses couches. Pour Georges, c'est parce que Jacques ne s'est pas soigné de la syphilis. Celui-ci ne veut toujours rien entendre. Charles qui va être lui aussi papa, ne peut pas venir au baptême. Il apprend que son père est très gravement malade. Il a fait une hémorragie cérébrale. Charles est inquiet. L’hôpital appelle le garage, demandant à Charles de venir.
Il était une fois trois amis...Trois
On retrouve à nouveau la première diégèse : le médecin-chef explique à Pierre que « la femme de ce brave Charles vient d'avoir un enfant mal formé. ». Sans transition, il va faire à ses élèves « une leçon sur la syphilis héréditaire ».
Le Tréponème, microbe de la Syphilis
Cette sous-partie au registre plus médical prend le cas de Charles pour exemple. Un scientifique regarde dans un microscope puis l’intérieur du microscope.Le spectateur comprend que ce qui va suivre est basé sur des recherches scientifiques. C'est donc donc à prendre très au sérieux, quoique la séquence s'inscrive dans une fiction. A nouveau, le médecin-chef face à ses étudiants. Il débat avec eux de la cause de la malformation de l'enfant de Charles. Il leur montre ensuite un film présentant l'hérédo-syphilis. On voit des images animées montrant de façon schématique, deux cas : le premier sans traitement, où l'enfant est contaminé ; le second avec les traitements au mercure, à l’arsenic et au bismuth.
Le cours de l'histoire reprend. Le médecin-chef, recevant Charles, lui apprend que sa fille qui vient de naître ne vivra pas. En lui posant quelques questions, il déduit qu'il s'agit d' un cas d'hérédo-syphilis. Toutefois, le médecin cherche à lui redonner espoir : il pourra avoir des enfants avec sa femme s'il suit ses conseils et son traitement.
Il était une fois, trois amis... Quatre
Pour convaincre Charles que tout ira bien à l'avenir s’il suit son traitement, le médecin-chef l'emmène avec lui à ses consultations où viennent se faire soigner des mères et leurs enfants atteints de la syphilis. Charles va voir sa femme, puis part de l’hôpital confiant et rassuré.
Il était une fois trois amis... Cinq
Le médecin-chef tourne une cuiller dans son café : le temps passe. Cinq ans plus tard, « on attendait la naissance du premier enfant de Jacques. La femme de Charles était venue avec son ... » Jacques apprend qu'il a un fils, mais très vite le médecin le rappelle pour lui annoncer que son enfant n'a pas survécu.
Sixième partie
Le diagnostic du médecin est donné : la cause est la syphilis. Jacques comprend alors que c'est de sa faute. Il aurait dû se faire soigner comme Georges, même s'il pensait ne pas être malade. Il admet donc qu'il est contaminé. Comprenant enfin son erreur, il avoue la vérité à sa femme et décide de se faire soigner. Le médecin ayant traité le couple, Jacques pourra enfin avoir des enfants sains. Carton : « Vingt-cinq ans après, les trois ménages fêtaient leurs noces d’argent. » On retrouve les trois couples et leurs enfants autour d'une grande table buvant à la santé de leurs petits-enfants. Suit une photo de famille de chaque couple et de leurs enfants qui doivent à la lutte contre la syphilis de pouvoir être là.
Le médecin-chef conclut son histoire par une morale destinée aussi bien à son fils Pierre qu'au spectateur :
« Il n'y a pas de maladie honteuse, seulement des malades honteux, mais en attendant le mariage, la sagesse reste la meilleure des prophylaxies. Toutefois, en cas d'"accident", les parents et le médecin doivent être les premiers confidents des jeunes gens, afin d'éviter les désastres engendrés par l'ignorance ou la négligence. »

Notes complémentaires

(français)
1. Selon le Dr. Cavaillon, Il était une fois trois amis montre que la fiction est un registre à privilégier pour sensibiliser le public contre le péril vénérien
Au moment où il est diffusé dans les salles de cinéma, le film Il était une fois trois amis est chaleureusement salué par le Dr. André Cavaillon, alors responsable au Ministère de l'Hygiène publique. Dans un article intitulé "Le cinéma et les campagnes contre les dangers des maladies vénériennes", il rappelle d'abord son enjeu : convaincre toute personne qui pense avoir été exposée à la contamination d'aller se faire dépister, même dans le doute. Puis il écrit : " Je ne pense pas qu'on puisse exprimer cinématographiquement ce message hygiénique, lequel pourrait sauver des milliers de jeunes vies, avec autant de subtilité, de sensibilité et d'efficacité que dans Il était une fois trois amis. La consultation à l'hôpital pour les mères et leurs enfants est un chef-d'oeuvre de sentiment et de vérité." Plus loin, le Dr. Cavaillon témoigne de l'effet que la séquence d'animation conçue par Mourlan a produit sur le public. "La musique a cessé; dans un silence solennel, le public suit le surlignage à l'écran montrant la contamination qui passe des veines et artères au foetus, au moment où la mère est rendue malade par le travail des tréponèmes." Selon Cavaillon, la démarche du film est une réussite. "Il était une fois trois amis (...) traite le sujet de la syphilis héréditaire avec la forme vivante d'une histoire et non avec le registre aride du documentaire." Benoit-lévy a su toucher le public français, particulièrement amateur de cinéma, par un discours à la fois franc et délicat. "Le public français aime qu'on lui parle franchement et sans dissimulation, mais sans vulgarité ni brutalité."
(Dr. André Cavaillon : 'The cinema and the campaign against the danger of veneral diseases')
2. Selon une enquête des années vingt sur la réception des films de propagande antisyphilitique, le registre fictionnel n'est pas opérant.
Dans son étude sur le cinéma médical, Adolf Nichtenhauser décrit la mise en place d'une enquête, commandée aux Etats-Unis au début des années vingt, sur la réception des films de prévention contre les maladies vénériennes. Elle est confiée à des psychologues, supervisée par le "Inter-departemental Social Hygiene Board". Il a été décidé de tester sur le public les effets d'un film en particulier, Fit to win (1919), extension du Fit to fight d'Edward Griffith (1917), avec davantage de vues cliniques. Le film a été montré à 4 800 personnes, de toutes origines sociales, avec des projections spécifiques pour les ouvriers, les marins, les médecins. Ils devaient remplir un questionnaire après la projection.
- premier constat : très peu de personnes, mêmes parmi les plus éduquées, étaient convenablement informées sur les maladies vénériennes.
- la plupart estiment que les informations données par le film sont authentiques, très peu pensent qu'il s'agit d'un prétexte pour un discours moralisateur.
- la plupart accepte les recommandations de continence
- la plupart ignorait les risques de contracter la maladie par la prostitution
La suite de l'enquête a montré que, bien que la peur suscitée par le film ait provoqué la résolution d'un changement de comportement, celui-ci n'a pas eu lieu de manière déterminante. Alors que les événements marquants du film sont restés dans les mémoires cinq mois plus tard, l'intérêt qu'il a provoqué a fondu en moins de six semaines.
- la prise en charge n'a pas varié d'intensité avant et après le film
- l'effet le plus sérieux a consisté en une certaine inhibition des publics adolescents après la projection
D'après ces données, les enquêteurs ont initié une réflexion pour les films à venir :
- il est nécessaire de transmettre une information basée sur les faits et expliquée avec clarté
- la dramatisation fictionnelle n'apporte pas de plus grande efficacité. Le public retient les séquences purement informatives aussi bien que celles qui s'appuient sur une histoire. Les émotions tiennent davantage à des scènes isolées, sans tenir compte du fil qui les tiendrait. Les deux enquêteurs recommandent par conséquent de continuer la production de films antivénériens à la condition qu'elle propose des contenus purement informatifs, non-fictionnels.
Pour Adolf Nichtenhauser, qui écrit dans les années quarante, les données engrangées par cette enquête restent utiles, dans les trente ans à venir, pour les éducateurs et les réalisateurs.
(d'après Adolf NICHTENHAUSER, A history of motion pictures in medicine, manuscrit non publié, ca 1950, pp. 87-88).

Références et documents externes

(français)

  • Cinémagazine n°001 p.34 (04/01/1929)
    Ce petit article signé Robert Frances met en avant le caractère pédagogique du film dans la lutte antisyphilitique à travers les trois cas qui y sont présentés. Il considère comme important que cette réalisation soit diffusée le plus largement possible.
  • La Vie Saine n°58 p.7 (05/1928)
    Cette brève indique que le film a un intérêt pour tous les publics et spécialement pour la jeunesse. Il souligne la netteté du scénario, la qualité des prises de vue et l’excellent traitement du sujet. Une photographie, représentant le médecin (interprété par Camille Bert) racontant l’histoire des trois amis à son fils, complète la brève.


Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Géraldine Delay, Emmanuel Nuss, Christian Bonah