Dyslexie (1969)
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Sommaire
Générique principal
Journaliste : Michel Meyer
Contenus
Sujet
Traitement de la dyslexie/dysorthographie en 1969 à Strasbourg
Genre dominant
Résumé
Ce documentaire aborde le traitement de la dyslexie en 1969 à Strasbourg. Un spécialiste décrit les divers impacts de la dyslexie sur la scolarité, expliquant que les anciens dyslexiques ont souvent des difficultés dans plusieurs matières scolaires, y compris en mathématiques. Il explique la façon dont sont pris en charge ces enfants. Le reportage présente également un livre sur le sujet.
Contexte
Raymond Velle
La caméra fait, à plusieurs reprises, un gros plan sur un livre : Difficultés scolaires en français, en calcul et en mathématiques des anciens dyslexiques rééduqués ou non. Ce livre, paru en 1969 aux Éditions Sociales Françaises, est écrit par Raymond Velle. Les premières pages, dont la préface et la table des matières, sont accessibles sur le site de la BNF
On peut supposer que la personne interrogée dans le film est donc Raymond Velle, docteur en psycho-pédagogie, chef du service de pédagogie au centre psycho-pédagogique de Strasbourg, professeur au lycée Louis-Pasteur de Strasbourg.
Ce dernier est ainsi décrit par Maurice Debesse, professeur de pédagogie à la Sorbonne, qui a écrit la préface de l'ouvrage :
"J'ai bien connu en effet M. VELLE lorsque, professeur à la Faculté de Strasbourg, j'assurais dans cette ville la direction pédagogique du Centre psycho-pédagogique créé en 1948. Lui-même professeur au Lycée Louis-Pasteur, il faisait partie de cette équipe d'éducateurs pionniers qui s'intéressaient aux troubles de l'adaptation scolaire ainsi qu'aux moyens d'y remédier. Ils étaient chargés d'assurer l'examen pédagogique de nos jeunes consultants, et ensuite on leur confiait, lorsque le besoin s'en faisait sentir, les exercices de réadaptation de type scolaire, qui constituent l'une des branches de ce qu'on nomme aujourd'hui la Pédagogie Curative. La tâche était toute nouvelle alors, et ils la conduisirent avec un dévouement et une compétence auxquels je tiens à rendre hommage. M. VELLE était l'un des membres les plus actifs de l'équipe. Il est devenu, après mon départ, Chef du service pédagogique de la consultation et, appuyé sur l'expérience ainsi acquise, il vient de soutenir brillamment en 1968, devant la Faculté de Strasbourg, sa thèse de Doctorat de 3º cycle, sur l'Examen pédagogique au Centre psycho-pédagogique. Il s'est trouvé ainsi confronté avec les difficultés multiples que présentent, au cours de leurs études, nombre d'élèves intelligents, mais en situation d'échec scolaire."
La dyslexie et l'école en 1969
La dyslexie n'est reconnue comme un handicap qu'en 1993, soit plus de 20 ans après la parution de ce reportage. A cette époque, l'orthophonie était une discipline nouvelle, la profession ayant obtenu un statut officiel en 1964. Depuis le champ d'exercice des orthophonistes en France s'est grandement élargi, incluant petit à petit le langage écrit. C'est pourquoi la discipline n'est pas mentionnée dans ce film. La dyslexie est alors une préoccupation plutôt nouvelle, et à cette époque, la prise en charge (pour ceux qui ont la chance d'en bénéficier), est effectuée par des spécialistes qui ne sont pas orthophonistes. A Strasbourg, ces spécialistes sont notamment des membres de l'équipe du centre psycho pédagogique, constituée de médecins, de psychologues et de pédagogues.
A l'école, 1959 est marquée par la réforme Berthoin, qui fait passer la fin de la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans. Plus globalement, au 20e siècle, l'augmentation de l'âge d'obligation scolaire a mené à se préoccuper des troubles du langage écrit. Là où avant les enfants pouvaient simplement être orientés tôt vers un métier qui n'est pas impacté par leur trouble, l'allongement des études contraint à trouver des solutions pour que ces enfants puissent suivre une scolarité. C'est ce qu'explique Maurice Debesse dans sa préface du livre de Raymond Velle :
"Les enfants et les adolescents qu'examine le C.P.P. (Centre Psycho-Pédagogique) sont en effet à l'âge de la scolarisation, d'une scolarisation qui s'allonge de nos jours et englobe, au-delà de la scolarité obligatoire, des masses de plus en plus grandes de jeunes. L'école occupe une partie importante de leur vie, elle les investit à la fois par les études auxquelles ils sont assujettis et par le milieu de vie sociale qu'ils y rencontrent. L'échec scolaire risque de compromettre leur avenir d'une façon parfois irrémédiable. Le fait est d'autant plus regrettable qu'il s'agit d'élèves d'une intelligence normale et souvent supérieure à la moyenne."
Le Centre Psycho-Pédagogique
Le centre Psycho-Pédagogique de l'Académie de Strasbourg est créé en 1948 par Juliette Favez-Boutonnier, Maurice Debesse (auteur de la préface du livre de Raymond Velle) et Daniel Lagache, professeurs à l’Institut de Psychologie de Strasbourg. Au moment du reportage, ses locaux sont situés dans le Palais Universitaire de Strasbourg. Aujourd'hui, le centre est devenu un centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP), dont l'histoire est retracée dans un petit paragraphe sur le site de la structure. Ce court paragraphe mentionne à plusieurs reprises les origines psychanalytiques du centre.
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Non.
- Animateur : Non.
- Voix off : Oui.
- Interview : Oui.
- Musique et bruitages : Non.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Le reportage est filmé d'une manière que l'on peut qualifier de simple. On remarque l'absence totale de dramatisation, le film étant, en effet, une simple succession de plans fixes, sans musique ni voix off. L'entièreté du propos repose sur l'interview du spécialiste. Toutes ses prises de parole sont accompagnées d'un gros plan sur son visage, fixe. Ces dernières sont entrecoupées de séquences qui servent à illustrer les propos. Ces séquences d'illustration sont des plans fixes sur des exemples d'exercices, mais aussi sur un élève et un spécialiste qui travaillent ensemble.
On peut souligner le fait que la caméra se pose à plusieurs reprises sur la couverture ou la première page du livre de Raymond Velle. Cela donne au livre une place centrale dans le reportage. Les plusieurs allers-retours entre le visage de l'homme interrogé et le livre laissent à penser qu'il en est l'auteur. Le gros plan sur la première page du livre permet alors de légitimiser l'homme et son propos, y sont en effet citées ses différentes qualifications : Raymond Velle, docteur en psycho-pédagogie, chef du service de pédagogie au centre psycho-pédagogique de Strasbourg, professeur au lycée Louis-Pasteur de Strasbourg.
On peut noter également que Raymond Velle décrit le format de l'accompagnement, mais pas son contenu. Cela peut peut-être s'expliquer par le fait que ça ne semble pas être l'axe auquel il s'intéresse. A ce propos, il est écrit ceci dans la préface de son livre : "Dans ce vaste ensemble, l'ouvrage de R. VELLE est consacré à l'étude des difficultés scolaires, telles qu'elles apparaissent à la lumière de l'examen pédagogique. La Pédagogie curative n'y est donc pas décrite elle-même, mais, à la faveur de l'examen et des difficultés que celui-ci met à jour, sa nécessité, son domaine et son orientation apparaissent tout au long du livre."
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Absence de mention de l'orthophonie
Un élément marquant est l'absence totale de mention de l'orthophonie, alors que l'accompagnement présenté dans le reportage s'en approche énormément, ne serait-ce que dans son format : une séance de 45 minutes par semaine, lors de laquelle le spécialiste veille à établir une relation de confiance avec l'enfant, fondée sur la bienveillance. De même, un lien est établi avec les parents, à qui l'on explique ce qui est fait en séance. Par ailleurs, le traitement des troubles du langage écrit fait aujourd'hui partie du champ de compétence de l'orthophoniste et l'on peut voir ici les prémices du suivi orthophonique pour ces troubles.
Regard sur l'accompagnement
On peut noter que le regard sur l'accompagnement est assez moderne et proche de ce que l'on trouve aujourd'hui : le spécialiste insiste sur la bienveillance et sur la nécessité de créer une relation de confiance pour l'accompagnement. Ce qui n'était pas le regard de l'école à cette époque, mais l'est devenu aujourd'hui et l'est resté pour l'orthophonie. Raymond Velle aborde également la nécessité de prendre en charge les enfants le plus tôt possible, ce qui est aujourd'hui encore un enjeu du traitement des troubles du langage écrit. Ce point renforce la ressemblance avec l'orthophonie.
Lien entre école et médecine
Si aujourd'hui on ne se poserait pas la question avant de proposer à un enfant dyslexique un suivi orthophonique, en 1969, ce suivi est donc assuré par le centre psycho-pédagogique, géré par l'Académie de Strasbourg (et donc l'éducation nationale). Ce suivi revêt donc une dimension davantage scolaire que médicale, on le voit également au type d'exercices montrés à l'image, qui semblent très scolaires. Il est malgré tout mentionné dans la préface du livre que les équipes du centre psycho-pédagogique intègrent des médecins, des psychologues et des pédagogues. On peut alors imaginer que le centre fait le lien entre l'aspect médical et l'école, comme le fait finalement l'orthophoniste de nos jours. De plus le vocabulaire utilisé connote la maladie (là où l'on parle aujourd'hui de "trouble"). On peut relever les termes "affection", "remède", "symptômes", "curative", qui soulignent le regard médical posé sur le sujet. Le terme "pédagogie curative" est révélateur de ce lien entre école et médecine. En 1969, le suivi des dyslexiques est donc assuré dans un cadre scolaire, assisté par la médecine et la psychologie, là où c'est aujourd'hui plutôt l'inverse. Les orthophonistes sont, en effet, des professionnels paramédicaux, et le centre psycho-pédagogique de Strasbourg est devenu un Centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP) conventionné avec l'Assurance Maladie.
Psychologie
Enfin le reportage aborde également la psychologie. Raymond Velle explique qu'il est parfois nécessaire pour les enfants dyslexiques, notamment ceux qui n'ont pas été suivis, de suivre une psychothérapie. Par ailleurs, le centre est nommé centre psycho-pédagogique, et son simple nom insiste sur l'importance accordée à la psychologie dans la prise en charge des enfants. Bien que ce ne soit pas mentionné dans le reportage, on peut supposer l'orientation psychanalyste du centre (au vu du contexte et de ce qui est mentionné sur le site du Centre Médico-Psycho-Pédagogique).
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Reportage diffusé le 13 juin 1969 dans l'émission Alsace Actualités.
Communications et événements associés au film
Public
Emission locale qui s'adresse au grand public alsacien.
Audience
Descriptif libre
Les difficultés scolaires des anciens dyslexiques : 0 min 00 s - 1 min 58 s
Le film commence sans son, sur un plan global d'un bâtiment en vieilles pierres, il s'agit du Palais Universitaire de Strasbourg. Un gros plan sur une plaque nous indique que ce dernier abrite le centre Psycho-Pédagogique de l'Académie de Strasbourg. La caméra est fixe mais tremblante. Le plan suivant, à 0 min 15 s, nous montre un homme et un enfant, assis de part et d'autre d'un bureau. L'adulte, probablement un pédagogue ou un professeur, dicte un petit texte au jeune garçon. La caméra fait ensuite un gros plan sur la main de l'enfant qui écrit sur un cahier, puis sur un corpus de dictées dactylographiées. La caméra se centre ensuite sur le livre de Raymond Velle, psycho-pédagogue, intitulé Difficultés scolaires chez les anciens dyslexiques : français, calcul, mathématiques.
Par la suite, un spécialiste, probablement Raymond Velle, est interrogé ; la caméra fait un gros plan fixe sur son visage. Il explique que jusque-là, l'attention était portée sur le "phénomène" dyslexique/dysorthographique. Et qu'alors un enfant traité, rééduqué pour sa dyslexie était considéré comme censé avoir un niveau normal. Mais les constats sont différents : les enfants "ayant été" dyslexiques ont en fait de nombreuses difficultés dans des domaines très variés de leur scolarité, allant de la lecture aux mathématiques, en passant par l'analyse ou la conjugaison. Il insiste sur les difficultés en mathématiques, discipline dans laquelle il constate des difficultés sur le calcul élémentaire, le mécanisme des opérations, le raisonnement arithmétique ou même la géométrie et l'algèbre.
Traitement de la dyslexie à Strasbourg : 1 min 58 s - 3 min 48 s
Le reportage se poursuit avec la correction de la dictée. L'adulte rappelle la nature de chacun des mots et leur caractère variable ou invariable, ainsi que les accords.
Le spécialiste explique ensuite que ce n'est pas "l'affection en elle-même" qui est traitée, car on n'en connaît pas bien les causes, mais plutôt les symptômes. Il explique qu'ils ont mis au point, pour traiter la dyslexie, une méthode appelée la "pédagogie curative". Cette méthode fonctionne par des séances de 45 minutes, à raison d'une par semaine, lors desquelles l'enfant est suivi par un spécialiste qui applique des procédés développés au sein du centre psycho-pédagogique de Strasbourg. L'ambiance de ces séances se veut bienveillante, avec la création d'une "relation affective extrêmement positive" entre l'enfant et le spécialiste. Raymond Velle mentionne également le lien avec les parents, à qui l'on explique le contenu et l'objectif des séances, et ce de sorte à ce qu'ils comprennent mieux leur enfant et puissent le rassurer.
Un gros plan est ensuite fait sur la première page du livre sur les difficultés scolaires d'anciens dyslexiques, sur laquelle est présenté Raymond Velle (3 min 30 s). Ce dernier plan est suivi de plusieurs images d'ardoise avec des exercices de conjugaison, d'accord, d'orthographe et de calcul. A nouveau, la caméra se fixe sur la couverture du livre de Raymond Velle, en dézoomant.
L'importance d'une prise en charge précoce : 3 min 48 s - 4 min 56 s
Un journaliste lui demande ensuite: "N'est-il jamais trop tard ?", Raymond Velle répond alors que selon lui, non, bien qu'une prise en charge précoce soit toujours préférable. Il explique son point de vue par deux arguments. Le premier est la plus grande simplicité du "remède" au début de l'affection, lorsque celle-ci est "peu grave". Le deuxième argument concerne les potentielles difficultés d'ordre psychologique que peuvent rencontrer les enfants s'ils viennent à se considérer différents ; celles-ci pouvant nécessiter une psychothérapie avant la prise en charge pour les difficultés pédagogiques et retarder le début du suivi pour la dyslexie.
Notes complémentaires
Références et documents externes
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Myriam Pierrard

