Dis madame, pourquoi tu fumes ? (1982)
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Générique principal
Dis madame, pourquoi tu fumes ? / Une enquête de : Caroline, 12 ans et Charles Édouard, 13 ans / Le Comité Français d'Éducation pour la Santé vous a présenté "Dis Madame, pourquoi tu fumes ?" / Proposé par Martine ALLAIN-REGNAULT / Réalisation : Patrice DU TERTRE, Martine LAROCHE-JOUBERT / Montage : Bernard LASCAZES / Image : Patrice DU TERTRE / Assistant à l'image : Dominique SEGUIER / Son : Jean-Claude REBOUL / Lumière : Olivier GUILLAUME
Avec le concours de : - l'Assistance Publique de Paris, hôpital Cochin - Service de médecine néonatale du Professeur Alexandre MINKOWSKI, maternité Port-Royal - Service de cardiologie du Professeur DEGEORGES - Service d'exploration respiratoire du Professeur FLORENTIN
Producteur exécutif : PROMOSCIENCE
Contenus
Sujet
Enquête menée par deux adolescents sur le tabagisme dans la population féminine : les motivations pour fumer, les effets sur la santé, les effets sur le nouveau-né si sa mère a fumé pendant la grossesse.
Genre dominant
Résumé
Enquête menée par Caroline, 12 ans, et Charles-Edouard qui les mène dans plusieurs lieux : la rue, le parc, le domicile, l'hôpital, le bureau de tabac... Par la diversité des espaces qu'ils investissent, et des interlocuteurs et interlocutrices qu'ils sollicitent, les deux jeunes journalistes abordent le sujet sous l'angle sociétal et médical.
Contexte
La législation relative à la consommation de tabac
1999
· Arrêté du 30 novembre 1999 : délistage (passage du statut de médicament de prescription médicale obligatoire à celui de médicament de prescription médicale facultative) de la délivrance des substituts nicotinique en officine.
Les instructions
· Circulaire DRT 99/8 du 18 juin 1999 relative à la lutte contre le tabagisme sur les lieux de travail (modifie la
circulaire DRT 92/23 du 9 novembre 1992).
· Circulaire DG/DH n° 330 du 8 juin 1999 relative à l a lutte contre le tabagisme dans les établissements de
santé.
1994
· Arrêté du 4 juillet 1994 modifiant l'arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d'analyse des teneurs en nicotine
et en goudron et les méthodes de vérification de l'exactitude des mentions portées sur les conditionnements,
ainsi que les modalités d'inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les
unités de conditionnement du tabac et des produits du tabac.
1993
· Arrêté du 22 mars 1993 fixant la liste des publications professionnelles spécialisées pouvant diffuser de la
publicité pour les produits du tabac.
· Loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d'ordre social dont l’autorisation de la publicité en
faveur du tabac dans les revues professionnelles de ce secteur.
1992
Les textes législatifs et réglementaires
· Arrêté du 31 décembre 1992 fixant les caractéristiques des affichettes relatives à la publicité en faveur du
tabac dans les débits de tabac.
· Décret n° 92-478 du 29 mai 1992 fixant les conditio ns d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux
affectés à un usage collectif et modifiant le code de la santé publique.
Instructions
· Circulaire DAGPB/92/n° 352 du 29 octobre 1992 relat ive aux conditions d’application dans l’administration
centrale de l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif.
1991
· Décret n° 91-410 du 26 avril 1991 fixant au 31 mai la date de la manifestation annuelle intitulée "Jour sans
tabac ".
· Arrêté du 26 avril 1991 fixant les méthodes d’analyse des teneurs en nicotine et en goudron et les méthodes
de vérification de l’exactitude des mentions portées sur les conditionnements, ainsi que les modalités
d’inscription des messages de caractère sanitaire et des mentions obligatoires sur les unités de
conditionnement du tabac et des produits du tabac.
· Loi n°91-32 du 10 janvier 1991 (dite « loi EVIN ») relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme : pivot
du dispositif légal de lutte contre le tabagisme et contre l'alcoolisme.
Ses principales dispositions :
- Améliorer l’information et la protection du consommateur par l’obligation de faire figurer et la teneur moyenne
en nicotine et le message sanitaire « Nuit gravement à la santé » et par la création d’une manifestation
annuelle « Jour sans tabac », fixée au 31 mai.
- Réduire l’offre et l’incitation au tabagisme par l’interdiction de toute propagande, publicité et opération de
parrainage en faveur du tabac ou des produits du tabac (tous les médias sont concernés), et par la sortie du
prix du tabac du calcul de l’indice des prix (cette sortie rend possible l’augmentation du prix du tabac en tant
que mesure de santé publique. Depuis cette disposition, le prix du tabac est libéré des contraintes de la lutte
contre l’inflation.
- Protéger les non fumeurs : dans la loi Veil, le principe est l’autorisation de fumer dans les lieux publics sauf là
où cela est interdit. Avec la loi Evin : on inverse ce principe, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage
collectif fait office de principe général. Il est également interdit de distribuer gratuitement du tabac ou des
produits du tabac.
1977
· Décret n° 77-1042 du 12 septembre 1977 sur les interdictions de fumer dans les lieux publics et dans les transports de voyageurs.
1976
· Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976 (dite « loi Veil ») : première loi française de lutte contre le tabagisme.
Les principales dispositions de cette loi :
- Interdiction de la publicité sur certains supports (ex. : TV, cinéma, radio, affichage, presse pour enfants). A
contrario, la publicité dans la presse écrite est autorisée (leur lobby est important).
- Interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif « où cette pratique peut avoir des
conséquences dangereuses pour la santé » (ex. : bâtiments publics, hôpitaux, écoles, salles de spectacles,
trains, avions, bus…).
- Apposition d’un message sanitaire « abus dangereux ».
Les campagnes anti-tabac
Deux dates, coïncidant avec d’importants changements de la législation et de la réglementation, vont être déterminantes dans les stratégies de communication : 1976 et 1991.
Elles marquent le vote de la loi Veil et celui de la loi Évin. En 1976, un Français sur deux fume, 46 % des 12-18 ans fument. La presse magazine, craignant de perdre une source de revenus publicitaire significative nie les méfaits du tabagisme et Simone Veil, alors ministre de la Santé est prise à partie par les travailleurs de l’industrie du tabac. C’est dans ce contexte que le CFES élabore une succession de campagnes. Elles sont fortement inspirées du modèle anglo-saxon de l’époque et abordent l’ensemble des thèmes liés au tabac : les jeunes, les femmes enceintes, le tabagisme passif, etc. En 1976, l’élément fédérateur est le slogan « Sans tabac, prenons la vie à pleins poumons ». L’affiche correspondante prend pour emblème une colombe. Il s’agit de jouer sur le registre de l’affectif et de faire réfléchir sur les conséquences du tabac, aussi bien pour les fumeurs que pour leur entourage. La campagne concernant spécifiquement la protection des non-fumeurs met en scène un non-fumeur interpellant les fumeurs en leur demandant « Ça ne vous dérange pas si je ne fume pas ? » En septembre 1979, le ministre de la Santé Jacques Barrot lance une campagne nationale intitulée « L’éducation pour la santé à l’école » dans l’idée d’obtenir une génération de « non-fumeurs ». Au cours de l’année scolaire, un million d’enfants (en priorité entre 11 et 12 ans) sont concernés car « c’est à cet âge que se prend ou ne se prend pas l’habitude de fumer ».
Entre 1978 et 1988, la communication est ainsi centrée sur le tabagisme des jeunes en travaillant autour de deux valeurs essentielles : la liberté, avec la campagne « Une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée » (1978), et la séduction, avec la campagne « Le tabac c’est plus ça » (1988), spot et affiche. Simone Veil témoignera de ces communications : « Nous jouions toujours sur l’affectif. Plutôt que d’insister sur les conséquences du tabac sur la santé, nous voulions faire passer un message fort auprès des jeunes : "On n’a pas besoin de fumer pour s’amuser ni pour séduire." Ou encore : "Sport et tabac ne font pas bon ménage." Le but était de toucher les jeunes avant qu’ils aient commencé à fumer. Les publicités mettaient en scène des jeunes dans des situations où ils seraient amenés à fumer leur première cigarette. Les jeunes déclinaient alors l’invitation et écrasaient la cigarette, balayant d’un revers de la main les images valorisantes associées à la consommation de tabac. La cible que nous avons également privilégiée est celle des jeunes femmes qui à l’époque avaient tendance à fumer pour se donner une contenance : elles fumaient souvent plus que les hommes ». Cf.
L’efficacité de ces premières campagnes repose sur le fait qu’elles s’accompagnent de le mesures législatives et règlementaires efficaces, d’avancées sanitaires significatives (formation des professionnels de santé, apparition de substituts nicotiniques) et d’actions de terrain pérennes (interventions en milieu scolaire, dans les entreprises, diffusion d’outils pédagogiques, etc.).
Cf.Benoit J.-M., Scale J. Bleu Blanc Pub. Trente ans de communication gouvernementale en France. Édition spéciale. Service d’information du Gouvernement. Le cherche midi, 2008.
Les organismes de lutte
Le Comité National Contre le Tabagisme est la plus ancienne association de prévention du tabagisme en France. Apparue en 1868, l’association a, dès son origine, mobilisé des personnalités aux compétences et horizons divers et complémentaires, non seulement du monde de la médecine, mais aussi de l’éducation, de la justice et du journalisme. Tout au long de son histoire, le CNCT a joué un rôle de fer de lance en impulsant et en accompagnant les grandes avancées de la lutte contre le fléau du tabagisme en France.
1868 : Fondation de l’association sous le nom d’Association française contre l’abus du tabac. Le docteur Henry Blatin (1806-1869), vice-président de la Société protectrice des animaux (SPA) et de la Société protectrice de l’enfance, en est le fondateur et le premier président.
1877 : Refondation de l’association par Emile Decroix (1821-1901) sous le nom de « Société contre l’abus du tabac ».
1939 : La Société contre l’abus du tabac devient la « Ligue contre le tabac ».
1959 : L’association est rebaptisée Prévention du Tabagisme (Comité national du droit à l’air pur)
1968 : L’association prend son nom actuel de « Comité National Contre le Tabagisme »
1976 : Adoption de la loi Veil, premier texte de loi relatif au contrôle du tabac.Les associations comme le CNCT peuvent désormais se constituer partie civile pour défendre les intérêts de la santé publique en matière de prévention du tabagisme.
1977 : Le CNCT est reconnu d’utilité publique
1989 : Le CNCT joue un rôle majeur dans les propositions remises à Claude Evin par le groupe des 5 sages (constitué des Professeurs Hirsch et Dubois, tous deux présidents du CNCT entre 1991 et 2003, ainsi que des Professeurs Tubiana, Got et Grémy) pour améliorer la loi Veil.
La couverture médiatique des dispositions anti-tabac
Le 01.04 1972, le JT de 20 heures diffuse un reportage canular consacré à la décision prise par le ministère de la Santé publique d'interdire le tabac dans tous les lieux publics. Le journaliste René Caron, présenté comme un certain Jean Conrad, délégué du ministère, explique les raisons et applications de cette mesure : "La pollution a atteint un tel degré".
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Oui.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Non.
- Animateur : Non.
- Voix off : Non.
- Interview : Oui.
- Musique et bruitages : Non.
- Images communes avec d'autres films : Non.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Des enfants vont se rendre auprès des adultes pour comprendre pourquoi ils fument, et à quel degré ils consomment du tabac. Pour eux, il sera possible de faire autrement : cette enquête est une forme de prévention.
Faire mener l'enquête par une adolescente et un adolescent influence les explications que leur donnent les adultes qu'ils sollicitent : elles sont simples, elles sont souvent franches. Si les questions et les observations de Caroline et Charles-Edouard sont parfois provocantes, ils s'expriment avec amabilité. Il ne s'agit pas de faire rendre des comptes, mais de confronter les adultes aux contraintes et contradictions qu'ils sont amenés à vivre quand ils se sont engagés dans une consommation régulière de tabac. Les différents interlocuteurs et interlocutrices de Caroline et Charles-Edouard leur répondent avec franchise et simplicité. La simplicité convient au besoin d'être accessible pour les plus jeunes, la franchise est une marque de respect à leur égard : ils sont considérés comme des "déjà individus" et des "futurs adultes". A Caroline, les femmes interrogées ajoutent des considérations genrées : elles s'adressent à une femme en devenir, appelée à prendre conscience des difficultés qu'elles rencontrent au présent, et auxquelles elle devra faire face à son tour.
Une diversité de lieux est en jeu : la rue, un studio de radio, le local d'un bureau de tabac, un laboratoire scientifique, un hôpital. Le tabagisme concerne la vie quotidienne aussi bien que les lieux dédiés à son observation et sa prise en charge.
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Une séquence longue est tournée à l'hôpital Cochin à Paris (02:20 > 10:24). Elle montre les deux adolescents confrontés à des bébés prématurés, et en entretien avec deux médecins. L'hôpital est alors montré à la fois comme lieu de soins et d'enseignement avec l'équipement approprié (une médecin fera un schéma sur un tableau).
Plusieurs médecins interviennent dans le film, dont certains connaissent une notoriété par leur positionnement sur le sujet abordé :
- Alexandre Minkowski : pédiatre français, fondateur de la "néonatologie" (terme cité par le texte qui le présente dans le film). Il est l'auteur de Pour un nouveau-né sans risque, paru en 1976 dans une collection grand public dirigée par Laurence Pernoud, l'auteur du célèbre J'attends un enfant (Pierre Horay, éditeur). Le propos du livre : " Dans les centres de soins intensifs où arrivent les nouveau-nés en danger pour leur vie, en danger pour leur cerveau, plus de la moitié des enfants ne devraient pas être là : 60 % auraient dû avoir une naissance normale, heureuse, une naissance sans risques. " Il faut donc que "que tout un pays soit engagé, croie à l'utilité et la possibilité de la prévention. "
- Jean-François Dessange, physiologue, Maître de conférences des universités - praticien hospitalier, service de physiologie et d'explorations fonctionnelles, hôpital Cochin
- Yves Nadjari, cardiologue. Il a mis au point dans les années 70, à l'hôpital Cochin, une "méthode de désintoxication" du tabac. Auteur de Tabac-s'arrêter de fumer facilement (Seghers, 1977). Extraits de la préface de l'ouvrage rédigée par le Dr. J.-M. Balabaud, médecin généraliste : "La prévention sera dans les années à venir la grande acquisition de la médecine moderne, supérieure dans son apport aux découvertes médicamenteuses, ou aux prouesses de la chirurgie (...) Le tabagisme ne peut être combattu que par l'effort conjugué des pouvoirs publics et par la coopération de tous les médecins généralistes. Il faut aussi que l'image du médecin fumant cigarette sur cigarette, du chef de service hospitalier faisant sa visite cigarette à la bouche disparaisse à jamais. Comme en matière d'alcoolisme, l'attitude du médecin est devenue exemplaire.". il rédige un autre ouvrage sur le tabagisme : J'arrête de fumer en douceur, (Odile Jacob, 2008).
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
télévision, 17/03/1983, sur Antenne 2 à 16h43
Communications et événements associés au film
Public
Tout public
Audience
Descriptif libre
Suivie en travelling, une femme vide le contenu de plusieurs cendriers dans un salon de coiffure. Nous verrons plus tard, dans ce même espace, des clientes fumer en jetant cendres et mégots dans ces mêmes cendriers. Voix off d'un adolescent : "24% des femmes adultes fument." Voix off d'une adolescente : "les jeunes fille aujourd'hui fument autant que les garçons." Ces deux voix sont celles des jeunes qui vont mener l'enquête qui fait l'objet de ce film. Fin du préambule.
Salon de coiffure : "Parce que j'aime ça!"
En musique, The ballad of Lucy Jordan interprétée en 1979 par Marianne Faithfull. Cette chanson décrit la désespérance d'une femme d'âge mûr (37 ans), épouse et mère de famille dans un maison de banlieue, se remémorant ses rêves de jeune fille à jamais inatteignables. Carton avec le titre du film écrit à la main sur une page de cahier d'écolier, deuxième carton de la même apparence avec la mention : "une enquête de Caroline, 12 ans" et "Charles-Edouard, 13 ans". Dans la chanson de Marianne Faithfull, l'âge est également central : "37 ans", posé comme un âge qui favorise les bilans. Des enfants vont se rendre auprès des adultes pour comprendre pourquoi ils fument, et à quel degré ils consomment du tabac. Pour eux, il sera possible de faire autrement : cette enquête est une forme de prévention.
Retour dans le salon de coiffure, Caroline et Charles-Edouard se rendent auprès d'une cliente qui vient d'allumer une cigarette pendant qu'un coiffeur travaille sur sa coupe. Apostrophe directe : "Pardon madame, pourriez-vous me dire pourquoi vous fumez?" La jeune femme répond en riant : "Parce que j'aime ça!" "Mais qu'est-ce que la cigarette vous apporte?" "Un certain plaisir, au niveau du goût..." Elle ajoute qu'il faut faire en sorte que fumer ne devienne pas une habitude. Une seconde cliente interrogée, plus âgée, déplore qu'elle n'ait pas réussi à s'arrêter. Elle invoque le travail et "ses pressions" qui la font fumer un paquet par jour. (02:14)
A l'hôpital : la nicotine, "un produit très méchant pour le sang"
Les enfants enfilent des blouses et des cagoules médicales. Ils expliquent qu'ils vont se rendre auprès de bébés nés prématurés parce que leur mère a fumé pendant la grossesse. Caroline : "Quand on les voit on se rend mieux compte des bêtises que font les femmes en fumant quand elles sont enceintes." Des bébés dans des couveuses, les visages des deux enfants se voient à travers leurs bords transparents. Gros plan sur le visage d'un des bébés, le regard bandé, une sonde à la bouche. Murmures fascinés des enfants dans la bande son. "Celui-là, il est encore plus petit...".
Entretien avec un médecin. Une intervention en texte nous signale qu'il s'agit du pédiatre Alexandre Minkowski (voir sa notice dans la rubrique "Comment la santé et la médecine sont-elles présentées?"). Il explique qu'une partie de la nicotine qu'ingère la mère en fumant "passe dans l'organisme du foetus". Il en résulte une augmentation d'oxyde de carbone dans le sang "un produit très méchant pour le sang". La nicotine, poursuit-il, "fait contracter les vaisseaux" et atteint le placenta : "les échanges entre la mère et le foetus fonctionnement mal et le foetus reste tout petit". Il ajoute que le foetus peut naître avant terme, ce qui lui cause "des difficultés avec la respiration, avec le système nerveux". Gros plan sur les deux enfants qui écoutent attentivement le médecin. Celui-ci, appuyé au chambranle d'une porte, leur parle avec proximité et décontraction. Il évoque les morts subites de nourrissons, plus fréquentes quand ils ont nés de mères qui ont fumé "plus de dix cigarettes par jour pendant la grossesse". Caroline l'interrogeant sur la responsabilité du mari, Alexandre Minkowski répond que la femme aura plus de difficulté à assumer de ne plus fumer si son mari ne s'arrête pas en même temps. Il ajoute que les enfants qui ont grandi avec des parents fumeurs sont susceptibles de fumer très jeunes. (06:15)
A l'hôpital : "à vingt ans, on pense pas qu'on va faire un infarctus à cinquante ans"
Sur un bruit d'électro-cardiogramme, panoramique sur des moniteurs qui montrent par des images noir et blanc des patientes et patients alités. Charles-Edouard explique qu'ils sont en réanimation. Entretien avec Geneviève Lutfalla, cardiologue qui explique qu'une femme qui prend la pilule et fume s'expose à des maladies cardiaques. "Mais si elle prend un autre moyen de contraception?" "Alors là, tu parles du problème du tabac." Elle se tourne vers le moniteur : "Cette dame a un infarctus du myocarde." Zoom sur le moniteur qui montre une femme âgée. La médecin précise qu'elle a beaucoup fumé et qu'elle est probablement diabétique. A l'aide d'un dessin sur un tableau, Geneviève Lutfalla explique l'infarctus du myocarde, provoqué par des caillots dans les artères, dont la formation est favorisée par la prise de la pilule la consommation de tabac. Elle précise que les risques d'obturation sont multipliés par dix quand on conjugue les deux. Gros plan sur Caroline qui personnalise par sa question inopinée : "Et vous, est-ce que vous fumez?" Geneviève Lutfalla répond qu'elle a fumé jusqu'à deux paquets de cigarettes par jour. Sa connaissance des risques médicaux qu'elle encourrait en continuant l'a poussé à arrêter. "A vingt ans, on pense pas qu'on va faire un infarctus à cinquante ans, à trente ans on se rapproche des cinquante ans..." (10:20)
Dans la rue : "toutes les femmes, de tous âges".
Les deux enfants abordent des passants masculins avec la question : "Qu'set-ce que vous pensez des femmes qui fument?" Diversité de réponses selon les personnes qui se prêtent au jeu : "elles polluent", "c'est très bien", "ça provoque l'avortement"... Nouvelle séquence urbaine, dans un tabac, le soir. Caroline explique en voix off qu'elle a proposé à l'équipe d'aller filmer dans ce lieu. Son patron explique que beaucoup de femmes achètent des cigarettes : "toutes les femmes, de tous âges". (11:48)
Devant le miroir : "J'étais la seule femme parmi plein d'hommes et ça m'intimidait"
Caroline en compagnie de Charles-Edouard dans un jardin. Elle se maquille devant un miroir au cadre de bois, installé sur un meuble. En voix off, Charles-Edouard lui lit "un document médical" sur la manière dont le tabagisme atteint la beauté des femmes : il ternit le teint en obstruant les pores de la peau et les vaisseaux qui l'irriguent ; il jaunit les doigts, les dents, "abîme les gencives, souille l'haleine". Raccord avec une femme qui se maquille dans une loge, devant un miroir. Elle explique qu'elle applique des crèmes sur son visage quand elle a beaucoup fumé la veille, à l'occasion d'une fête, pour effacer ses "rides" et son "teint jaune". Caroline lui répond que ça "enlève pas vraiment..." Caroline fait des observations ou pose des questions de manière abrupte, mais toujours avec le sourire, sans afficher une posture hostile. La femme admet que les crèmes ne font que cacher les atteintes à la peau. Pour elle, fumer est un plaisir, "mais surtout, aussi, je crois, on est plus à l'aise, c'est vrai avec une cigarette". Elle a fait allusion à une soirée à laquelle elle a participé : nous abordons donc la contribution de la consommation de tabac à l'image de soi en société. Elle ajoute cependant, mettant le sujet dans une perspective genrée : "j'ai commencé à fumer quand j'ai commencé à travailler, parce que j'étais la seule femme parmi plein d'hommes et ça m'intimidait, alors je faisais comme les hommes et j'étais plus sûre de moi". Gros plan en plonge sur la main de la jeune femme qui écrase sa cigarette dans un cendrier posé parmi des produits cosmétiques comme si la cigarette s'insérait dans une panoplie d'objets qui déborde de la tabagie, incluant ceux qui en atténuent les effets visibles (13:36)
Au laboratoire : "des milliers de morts et de mortes par an"
Un homme en blouse blanche installé dans un environnement technologique. Une intervention textuelle nous indique qu'il s'agit de Jean-François Dessange, "Chef des travaux en physiologie". Bruit de fond des appareils en marche. "Elle sert à quoi, votre machine?", demande Caroline. Il explique qu'elle mesure le volume d'air inspiré ou expiré par les poumons d'un sujet, malade ou bien portant, le volume étant indiqué par une courbe mécaniquement inscrite sur un papier roulant. Gros plan sur la main de Dessange qui trace lui-même un trait avec un stylo sur le papier. "Un sujet normal, précise-t-il, expulse 80% de l'air de ses poumons", au contraire des "sujets qui ont fumé, qui mettront beaucoup de temps à faire sortir l'air de leurs poumons". A Caroline lui demandant si des femmes viennent se faire tester leurs poumons dans ce laboratoire, Dessange répond qu'il "y en a de plus en plus". Même si le tabagisme a déjà entraîné une atteinte des tissus pulmonaires ou causé un cancer, "il n'est jamais trop tard pour s'arrêter et mener une vie plus saine". Néanmoins, le tabagisme aura laissé "une trace comme une cicatrice" si le fumeur ne s'est pas arrêté avant trente ans. Long plan sur Charles-Edouard, montré en gros plan, absorbé par les propos qu'il entend. Réuni avec les enfants dans une autre pièce, Dessange détaille le parcours sanitaire du fumeur régulier : bronchite chronique qui achemine vers un emphysème qui amène "une insuffisance respiratoire chronique" ; l'autre maladie est le cancer pulmonaire qui entraîne des "milliers de morts et de mortes par an". Quand il prononce "mortes", Dessange se tourne vers Caroline pour la mobiliser spécifiquement. (17:49)
Dans un studio de radio : "j'ai arrêté par amour"
Très belle séquence tournée dans le studio d'une radio. Filmé en plan large, sa pendule numérique indique tantôt "20h24" ou "21h21", il s'agit donc de la tranche du soir. En montage alterné, deux animatrices filmées en gros plan ou en plan moyen, en compagnie de Charles-Edouard et Caroline. Entre deux annonces qu'elles font (pour une entreprise de dépannage ou l'Institut supérieur du tourisme), elles répondent "hors antenne" à leurs questions sur leur relation à la cigarette. La première répond qu'elle fume "trois paquets", exclusivement le soir parce que c'est son temps de travail, et parce que le matin, elle tousse et ne supporte pas "le goût du tabac". "Tu ne penses pas aux problèmes de santé?" lui demande Caroline. "Si, je pense aux problèmes de santé, mais si je fume c'est pour colmater certaines angoisses". Elle pense que "c'est un engrenage" similaire à l'addiction aux "drogues", à la "bouffe" et l'alcool. "C'est purement nerveux. Il y a des gens qui arrivent à pleurer, moi, je n'arrive pas à pleurer, donc je me lance sur les cigarettes". La seconde animatrice répond qu'elle a beaucoup fumé - deux paquets par jour - mais qu'elle a "arrêté par amour". "J'espère que c'est une réponse qui te plaît!", ajoute-t-elle, interrompue par l'obligation de faire une nouvelle annonce. L'annonce finie, à Caroline qui lui demande de s'expliquer, elle répond : "Par amour, parce que je vis avec quelqu'un qui ne fume pas. Ca complique les choses si un des deux fume. C'est vraiment désagréable, le tabac, il y a une odeur, il y a des mégots dans le cendrier... Quelqu'un qui ne fume pas ne supporte pas ça! Tu verras quand tu feras des choses par amour comme c'est agréable!" Comme les autres interlocuteurs et interlocutrices de Caroline et Charles-Edouard, les deux animatrices répondent avec franchise et simplicité. La simplicité convient au besoin d'être accessible pour les plus jeunes, la franchise est une marque de respect à leur égard : ils sont considérés comme des "déjà individus" et des "futurs adultes". (20:08)
A la cantine de l'entreprise : le "futur est toujours repoussé d'une journée à l'autre"
Caroline et Charles-Edouard assis sur les marches d'un perron avec un homme en costume. Une intervention textuelle nous apprend qu'il s'agit d'Yves Nadjari, cardiologue. Il explique que la volonté est "la base" pour arrêter de fumer. Certains emploient "des béquilles" comme l'acupuncture, la consommation de chewing gum à la nicotine, l'hypnose, la psychothérapie de groupe... Désignant la "machine à fumer" que tient Charles-Edouard, il ajoute qu'elle est utile pour "s'apercevoir du dépôt qu'entraîne une seule cigarette". Transition avec une machine à fumer appliquée à une batterie de cigarettes installée dans le laboratoire d'essais (il en est aussi question dans Jouer avec le feu, documentaire réalisé par Barrère et Lalou en 1979), "endroit où l'on contrôle le goudron et la nicotine contenus dans les cigarettes", explique Charles-Edouard en voix off, avant d'ajouter, de manière énigmatique (puisqu'il ne s'explique pas davantage) : "Nous avons appris que les industriels faisaient des efforts pour rendre les cigarettes moins dangereuses".
Derniers entretiens dans une cantine d'entreprise, avec des femmes fumeuses qui ont une activité professionnelle ("on nous a dit qu'elles fumaient plus que les autres", affirme Caroline en off). Les deux enquêteurs ont amené une machine à fumer sur la table pour montrer la nocivité de chaque cigarette consommée, "avec ou sans filtre". Sur les conséquences du tabagisme sur le bébé d'une femme enceinte, une des professionnelles présentes répond que les femmes manquent souvent d'informations. Sur le risque du cancer, une de ses collègues explique que la longue échéance de ce risque fait "qu'on n'y pense pas à chaque cigarette : c'est dans le futur, et le futur il est toujours repoussé d'une journée à l'autre". Conclusion de Caroline : "en tous cas, avec tous les problèmes qu'on nous a expliqués, moi, j'espère que plus tard je ne fumerai pas!" Cette dernière phrase est répétée tout le long du générique de fin qui se déroule sur l'image figée de Caroline en gros plan, souriante mais décidée.
Notes complémentaires
Référence catalogue CFES : 20130622/102-20130622/103
Le film fait partie d'une compilation de 4 films produite ou diffusée en avril 1986 sous le titre "MEDEC" (Production : Ciné vidéo CIM). La compilation contient les films suivants : "Jouer avec le feu", "Barbefumante et Archibald le magichien", "La famille Lapoche", "Dis madame pourquoi tu fumes ?". Tout ces films sont par ailleurs disponibles sur MedFilm.
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Joël Danet

