C'est moi quand même (1976)

De Medfilm



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Titre :
C'est moi quand même
Année de production :
Pays de production :
Réalisation :
Conseil scientifique :
Durée :
41 minutes
Format :
Parlant - Couleur - 16 mm
Langues d'origine :
Sous-titrage et transcription :
Sociétés de production :
Commanditaires :
Corpus :

Générique principal

Le Centre National de la Recherche Scientifique présente / Une production du Service audiovisuel du C.N.R.S. (SERDDAV) / C'est moi quand même / Eléments d'une recherche sur l'image de soi chez l'enfant de 3 à 7 ans / sous la direction de René Zazzo - E.P.H.E / Avec la participation de Anne-Marie Fontaine - C.N.R.S. / et les enfants du groupe scolaire Jacques Decour Nanterre - Centre de psychologie de l'enfant de l'Université Paris X Nanterre / Montage Françoise Beloux / Réalisation Jean-Dominique Lajoux.

Contenus

Sujet

Les rapports de soi à sa propre image physique (en reflet, filmée) chez l'enfant de 3 à 7 ans.

Genre dominant

Film de recherche

Résumé

Accompagnés par René Zazzo, une quarantaine d'enfants de 3 à 7 ans font face à leur image filmée et reflétée par un miroir. Tantôt l'image filmée est synchrone, tantôt elle est différée. Les réactions des enfants sont étudiées afin de déterminer l'âge auquel ils commencent à être perturbés par la non-correspondance entre eux-mêmes et leur image. A 3 ans l'enfant n'est pas troublé par l'image vidéo désynchronisée, mais il l'est fortement entre 5 ans et demi et 6 ans et demi, jusqu'à douter de la reconnaissance de soi.

Contexte

La connaissance de soi au cours du développement de l'enfant

Selon beaucoup de psychologues de l’enfant, dont René Zazzo, le concept de soi commence à se manifester au cours de la deuxième année, lorsque le jeune enfant se reconnaît explicitement dans le miroir (Zazzo, 1981). Une preuve comportementale est la passation de l'épreuve de la « tache » où l’enfant découvre son visage taché dans la glace puis porte sa main au visage pour l’effacer. Cette passation montre que l’enfant réfère l’image spéculaire à son propre corps, ne confondant pas cette image avec celle d’un autre enfant.

Ses recherches récentes sur l'image antispéculaire ont amené Zazzo à considérer que la forme de reconnaissance de soi de l'enfant de cinq-six ans est moins stable, moins solide que celle de l'enfant de trois-quatre ans. Cette dernière est donc soumise à des perturbations et des réélaborations. L'interdépendance entre perception d'autrui et perception de soi signifie que l'enfant construit simultanément des représentations d'autrui (ou plus généralement des objets) et des représentations de lui même. Cela revient à faire de soi-même, de son corps un objet à connaître, de la même façon que l'enfant doit apprendre à connaître ses parents, ses divers partenaires. (d'après Pierre Mounoud et Anne Vinter, Le développement de l'image de soi chez un enfant de 3 à 11 ans - reconnaissance du visage dans un miroir déformant, Paris, 1982.)

Les travaux de René Zazzo

À partir de 1972, la recherche de René Zazzo se centra sur la constitution de la connaissance de soi au cours du développement. Le dispositif expérimental consistait à confronter le comportement de l’enfant devant un miroir et devant une vitre derrière laquelle se tient un autre enfant. Cette recherche permit de montrer que la connaissance de soi se construit au cours d’un long processus dont la première étape se situe à l’âge de trois mois.

Éléments structurants du film

  • Images de reportage : Oui.
  • Images en plateau : Oui.
  • Images d'archives : Non.
  • Séquences d'animation : Non.
  • Cartons : Oui.
  • Animateur : Non.
  • Voix off : Oui.
  • Interview : Oui.
  • Musique et bruitages : Non.
  • Images communes avec d'autres films : Non.

Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?

Le film présente les caractères de la production de recherche. Les plans séquences sont privilégiés, les dispositifs sont expliqués, les réactions comportementales sont analysées par le commentaire. Les matricules des cas étudiés sont affichés sur l'écran pour donner le repère nécessaire à l'expérimentateur qui va travailler sur es images à partir du protocole qu'il aura défini avant le tournage. Cependant, le film se laisse volontiers regarder par un tiers, non seulement pour l'exposé didactique auquel il donne lieu, mais aussi par la qualité de sa mise en scène qui anime ses contenus. Chaque enfant se montre vivant dans le champ de l'image, avec son caractère et ses réactions de l'instant. Son regard s'anime, ses gestes sont vifs, ses hésitations se lisent sur son visage, il est en constant dialogue avec Zazzo. Même si c'est pour une expérience, leur interaction n'est pas neutre, de strict caractère clinique, mais chargée de la relation affective déjà initiée entre le scientifique et l'enfant. L'intérêt du film doit autant à cette empathie mutuelle qu'à l'agencement de mise en scène, dans son élégante sobriété, et qu'à l'art de l'opérateur de saisir sur le vif les différentes situations en jeu.

Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?

Diffusion et réception

Où le film est-il projeté ?

Enseignement et colloques

Communications et événements associés au film

Public

Public de la recherche

Audience

Descriptif libre

L'enfant et la double image de soi

Nimbés de noir, un enfant et son reflet dans un miroir. Il joue avec, se regarde, adresse à lui-même des grimaces. Commentaire : "Devant le miroir, l'enfant parvient à comprendre petit à petit que son mouvement commande le mouvement de l'image. L'image bouge en même temps que lui. Ainsi entre deux et trois ans, il s'approprie cette image, ce visage jusqu'alors inconnu. Il intègre cet aspect visuel à l'expérience globale de son corps, de son identité." Le plan desserre sur la petite fille, nous la voyons de pied face au miroir qui reflète un autre pan de miroir sur le mur opposé, lequel expose de dos la petite fille. Ce jeu de reflets et contre-reflets se démultiplie à l'infini. La petite fille continue son jeu avec son image, allongeant le bras et observant la réplique de son geste. "Quelle est la force, la solidité de cette image de soi? Qu'arriverait-il si, par miracle ou par quelque artifice, l'image reflétée n'obéissait plus à son propre mouvement? Si elle se détachait de lui?" Changement de situation. Une autre petite fille, assise sur une chaise, fait face à un moniteur vidéo qui diffuse le film d'elle-même en léger retard. "Nous pouvons le savoir parce que le miracle est possible. C'est la télévision qui nous l'offre par le différé, c'est-à-dire la projection d'une scène enregistrée quelques instants plus tôt." Autre enfant, un garçon cette fois, face à un moniteur vidéo qui diffuse sa propre image. "D'ailleurs, même en direct, sans l'artifice du différé, l'image vidéo contredit le mouvement du sujet. Le mouvement est synchrone mais inversé dans l'espace". Nous le vérifions par le dispositif mis en place, avec lequel joue l'enfant. Il se dandine sur sa chaise, agite les bras, observe l'image filmée qui reproduit ses gestes mais à l'envers. Nous remarquons cependant, à côté du moniteur, un miroir placé dans un chariot surmonté d'un haut-parleur. De cette façon, l'enfant est confronté à sa propre image filmée en même temps qu'à son reflet. "L'image vidéo est anti-spéculaire, contraire à celle du miroir." Rappelons que l'image "spéculaire" est relative à l'effet de reflet du miroir. (01:18)

Conversation entre l'enfant et un homme qui reste en off, dont la voix est la même que celle du commentaire. "- Marie, c'est toi ou pas toi?" "- Si, c'est moi!" répond l'enfant qui regarde soit vers l'homme soit vers son image. "... tout à l'heure, c'est moi qui a fait ça!" Elle fait allusion à son image qui brandit son doudou. "- Et maintenant, c'est Marie ou pas Marie?". Marie se regarde à nouveau et continue d'affirmer qu'il s'agit d'elle dans le moniteur, avec ces mots : "C'est moi qui parle". Cet écho d'elle-même toute entière que l'écran lui montre la fait rire. Le commentaire reprend : "Nous avions supposé que devant l'écran de télévision, l'enfant allait perdre son image fraîchement acquise. Et qu'il devrait petit à petit la reconquérir. Les faits sont différents". Apparition d'un graphique croisant en abscisse l'âge et en ordonnées le degré d'incertitude sur la reconnaissance de l'image de soi. "A trois ans, l'enfant n'est pas troublé dans la certitude de se voir. C'est entre cinq ans et demi et six ans et demi que l'enfant doute de son image et qu'il va jusqu'à la nier. Puis, vers six ans et demi, l'évidence s'impose à nouveau mais d'une toute autre qualité qu'à l'âge de trois ans."(02:35)

Contre-suggestions

Sur fond noir, une petite fille. "Voici Sophie, la plus jeune de nos enfants." Elle est coiffée avec des couettes, porte une chemise à carreaux et un chandail par-dessus. Nous la voyons ensuite dans une pièce, assise sur une chaise placée devant un moniteur disposé sur un trépied. Un micro est posé sur le sol. Un homme est placé entre le moniteur et elle. Nous reconnaissons le psychologue René Zazzo. Il vient se placer à côté d'elle. "Et maintenant, qui vois-tu dans la glace?" Elle lui répond, il approuve. Il lui fait lever alternativement une main puis l'autre. Il lui dit qu'il va aller cacher la glace. La caméra reste sur elle alors qu'elle le regarde faire, à la fois docile et légèrement inquiète. La main de Zazzo intervient dans le champ : "Et ça, qu'est-ce que c'est?" "- Une télé." Contrechamp sur un moniteur installé plus à l'intérieur de la pièce. Aux dessins d'enfant qui ornent ses murs, au piètement courbé de la table qui soutient le moniteur, nous comprenons que c'est une salle de classe. A l'image, la petite fille apparaît. "- Qui c'est ?" "- C'est moi" "- Tu en sûre?". Commentaire : "Le dispositif est réglé de telle sorte que l'image est vue sous le même angle, avec la même grandeur que l'image vue dans le miroir." Le commentaire ajoute que l'observation est enregistrée par la caméra à l'insu de l'enfant, et pour les images directes, elle est filmée par une autre caméra et montrée au magnétoscope. "Les questions de l'expérimentateur ont le but d'ébranler ou le doute, ou la certitude." Retour sur Sophie qui semble effectivement mal à l'aise, suivant du regard Zazzo qui se déplace selon les opérations demandées par l'expérience. "Ce sont des contre-suggestions". Zazzo se fait appeler "Pépé" par l'enfant". Il lui parle alors qu'ils observent ensemble l'écran. "Mais Pépé, il ne fait pas la même chose que nous, il n'est pas assis du même côté." Contrechamp pour montrer que l'enfant est amenée à considérer sur l'image du moniteur la disposition inversée d'elle-même et de Zazzo. Retour sur Sophie avec cette mention infographiée : "image désynchronisée - retour sur l'enfant seul". En incrustation, l'image réduite et noir et blanc de Sophie déjà filmée apparait au-dessus de l'image de Sophie actuellement filmée (le film que nous voyons actualisant les deux images correspondant à deux temps différents en les rassemblant en un seul plan). L'image noir et blanc incrustée est celle qui est montrée à Sophie, l'image couleur est celle de Sophie qui regarde cette image passée d'elle-même. Zazzo, de nouveau à ses côtés, insiste sur le décalage temporel entre la Sophie montrée et celle qui la regarde : "C'est toi quand même?" "-Oui, toute seule", remarque-t-elle, puisqu'en effet, dans l'image noir et blanc, elle n'est pas accompagnée de Zazzo. Elle constate ainsi la différence de la situation montrée par le moniteur et celle qu'elle vit à présent, avec Zazzo à ses côtés. Sophie ne doute pas de son image, elle identifie elle-même dedans, quelle que soient les dispositifs qui la font varier et les contre-suggestions que Zazzo lui oppose pendant ses apparitions. (05:55)

Repère de la tache, changement de valeur de plans

Image de Sophie sur le moniteur. Elle apparait en gros plan, avec une tache brune (faite au charbon?) sous son oeil droit. Rappelons que pour Zazzo, la tache placée exprès sur le visage sert à prouver de manière comportementale l'acquisition par l'enfant du concept de soi : l’enfant découvre son visage taché dans la glace puis porte sa main au visage pour l’effacer. Se substitue à l'image noir et blanc de l'écran l'image couleur de Sophie, au visage également taché. Elle dit "C'est moi" à propos de l'image précédente, celle sur le moniteur. "Avec une grande tête comme ça?" Zazzo fait à présent intervenir la notion d'échelle de plans, insistant sur le fait que l'image filmée a grandi la dimension du modèle. Sophie remarque cependant que l'emplacement de la tache sur sa figure a changé. "Mais cette petite fille, tu es sûre que c'est bien toi?" Elle répond que c'est elle. Quand Zazzo lui demande sur quoi elle se fonde pour l'affirmer, elle reste sèche. Il lui demande si elle a une télévision comme celle-ci chez elle. Elle répond que la sienne ne montre que des messieurs, "il n'y a pas moi dedans". Alors que Sophie est à l'écran en gros plan, nouvelle mention infographiée : "image désynchronisée : contradiction immobilité / mobilité". En incrustation, la reproduction réduite de l'image du moniteur qui la montre aux côtés de Zazzo. Elle la regarde également avec Zazzo à ses côtés, le champ et contre champ étant réunis dans le même plan. L'image incrustée du moniteur montre le moment passé où elle tanguait avec Zazzo en chantant "Bateau sur l'eau". Le Zazzo actuel lui demande si c'est elle, elle dit oui. Nouvelle mention infographiée au-dessus du gros plan de Sophe : "Comparaison des images du miroir et de la télévision". Zazzo lui demande laquelle elle "aime le mieux" : la Sophie du miroir ou celle de la télévision? Elle répond que c'est celle du miroir. Cut. Carton : "Certaines des phases de l'expérience que nous venons de suivre dans son déroulement intégral avec Sophie vont être analysées séparément avec d'autres enfants présentés à chaque fois par ordre croissant d'âges. Ces phases, correspondant aux situations qui éprouvent le mieux la reconnaissance de l'image de soi, seront données dans l'ordre suivant : 1. percevoir l'inversion 2. image désynchronisée : retour sur l'enfant seul 3. image désynchronisée : contradiction mobilité / immobilité 4. grossissement du visage avec tache."(08:49)

Percevoir l'inversion?

Image noir et blanc et figée d'un enfant que Zazzo tient par l'épaule : nous saurons plus tard qu'il s'agit de Christophe. Zazzo explique en off que la situation expérimentale qui va être observée est celle de "la version antispéculaire". Selon Zazzo, "les plus jeunes ne sont pas conscients de cette inversion et ne doutent pas." Zazzo, placé derrière Christophe montré en gros plan, lève sa main et lui demande de mettre sa main à lui sur la sienne. Christophe tend la main devant lui, vers l'écran qu'il regarde, pour la placer sur la main de Zazzo filmée en direct. Il se déplace même pour rejoindre l'écran. "Christophe semble encore croire à la réalité de l'image, il va vers l'écran pour toucher l'image de la main." Plusieurs autres enfants se succèdent à la place de Christophe. A chacun, un numéro correspond, affiché à l'angle droit au bas du champ. C'est sans doute un repère d'expérience reporté sur les séquences correspondantes. Zazzo leur demande de lever la main droite puis de dire si leur réplique filmée en direct lève la même main. Quand l'enfant concède que son image filmée ne lève pas la main du même côté que lui, Zazzo demande si c'est bien lui-même dans le moniteur. Une petite fille répondant à plusieurs reprises oui avec la tête, Zazzo commente : "la réponse mimique ou gestuelle est toujours moins catégorique qu'une réponse verbale". Observons au passage comment l'enfant filmé, en gros plan, sur fond noir, investit chaque plan de sa présence. Son regard s'anime, ses gestes sont vifs, ses hésitations se lisent sur son visage, il est en constant dialogue avec Zazzo. Même si c'est pour une expérience, leur interaction n'est pas neutre, de strict caractère clinique, mais chargée de la relation affective déjà initiée entre le scientifique et l'enfant. C'est autant cette disposition psychologique partagée que l'agencement de mise en scène, dans son élégante sobriété, et l'art de l'opérateur de saisir sur le vif les différentes situations en jeu, qui déterminent la qualité cinématographique de chaque scène, la rendant à la fois informative et plaisante à regarder. Cette interaction peut même donner lieu à des dialogues humoristiques. "Ben tu lèves plus la main du même côté? Ca tangue, ça va plus? Le gars qui est là, il lève la main droite?" "- La main gauche... ça va pas!" "- Comment tu expliques ça?" "- La télévision marche pas!" "- Bon, faudra la faire réparer alors..." (13:02) Dans la séquence suivante, Franck, 6 ans, exprime son doute sur l'identité de la personne filmée sur le moniteur qui lui fait face. Ce doute est "argumenté sur l'inversion du mouvement, engendrée par le malaise de l'image anti-spéculaire". Il pense que la personne filmée n'est pas lui parce que leurs mouvements ne correspondent pas. Haussant des épaules, il convient : "C'est moi, mais je ne comprends pas!" Zazzo conclut des explications hésitantes données par les enfants : "En fait, pour l'orientation droite gauche, c'est l'image vidéo qui est fidèle, et c'est l'image du miroir qui est fausse. Mais notre identification avec l'image spéculaire est si totale que nous lui attribuons le même espace que nous. Nous avons l'illusion naïve qu'elle lève la même main que nous. Cette illusion, nous ne l'aurions jamais sur une photo." Une petite fille, Aline, doutant de sa propre image à cause de son effet d'inversion, en vient à dire que les motifs de la robe de sa réplique filmée ne correspondent pas à ceux de la robe qu'elle porte. Zazzo ôte alors le cache du miroir placé à côté du moniteur. Devant son reflet, Aline "récupère son identité", son doute ayant été levé par la comparaison entre le reflet et l'image filmée d'elle-même. "Ah si, c'est les deux Aline!" Dans les plans suivants, la même comparaison amène au doute. (17:22)

Image désynchronisée, retour sur l'enfant seul

Le titre infographié "Image désynchronisée, retour sur l'enfant seul" apparait sous l'image noir et blanc d'une petite fille qui lève la main, assise à côté d'une chaise vide. Raccord son : on entend une voix d'enfant qui dit : "Bénédicte!" La même petite fille apparait en gros plan et en couleur. C'est elle qui vient de parler, de se nommer. Zazzo la fait douter : "Mais écoute, c'est pas la même! Il n'y a personne à côté!" Il lui fait remarquer aussi qu'elle "ne lève pas la même main". Mais Bénédicte est sûre de son affaire. En commentaire, Zazzo explique la nouvelle "situation" : confronter l'enfant à côté duquel Zazzo vient de s'asseoir à une image passée de lui où il était seul. Cette situation est "en général moins perturbante que les situations en mouvement". A Laurent, Zazzo oppose deux types d'images de lui-même, d'abord désynchronisée, le décalage étant accusé par le fait que Zazzo n'était pas alors assis à ses côtés, puis synchronisée, Laurent identifiant le direct en agitant le bras et en vérifiant que son image agite le bras en même temps : "C'est Laurent." Alors qu'ils ont le même âge, les deux garçons qui passent ensuite l'épreuve n'ont, en revanche, pas de doute. A Frédéric, montré en gros plan, Zazzo demande : "Pourquoi c'est quand même toi?", Frédéric répond simplement : " - Parce que je reconnais la tête!" (20:30)

Image désynchronisée : contradiction immobilité - mobilité

Comme dans la séquence précédente, le titre de chapitre, infographié, apparait sous l'image noir et blanc du moniteur pendant une expérience : Zazzo fait balancer une petite fille en lui tenant l'épaule. Zoom, puis raccord avec un fondu avec le même plan en couleur. "Avec la scène du bateau donnée en différé, la perturbation va atteindre son maximum. Pourtant, les plus jeunes ne sont pas ébranlés." Voici le procédé : Zazzo fait regarder à la petite fille leur image en direct, alors que lui et elle sont immobile. Puis, sans la prévenir, il fait diffuser le film différé, quand ils se balançaient. La transition est subrepticement visible par un bref écran noir. L'image filmée, à présent en retard apparaît en incrustation dans le champ où la petite fille, filmée à présent en gros plan, se montre étonnée par ce changement inopiné, et la rupture de coïncidence entre elle-même et ce que le moniteur lui montre. "Qui c'est cette fille?" " - C'est Christelle qui bouge!" "- Mais la Christelle qui est là, elle bouge pas! C'est pas la même?" Expression contrariée et craintive de Christelle décontenancée. Puis son visage se détend : "Si c'est la même!", affirme-t-elle. Stéphane, qui passe l'épreuve à son tour, estime, devant sa réplique dans une situation désynchronisée, que "c'est un autre garçon". En transparence, rappel du graphique montré dans la première séquence qui fait se croiser l'âge et le degré d'intensité du doute sur la notion de soi. Une flèche animée pointe vers le pic de cette intensité, entre 5 et 6 ans, l'âge atteint par Stéphane. "C'est la contrariété du mouvement qui entraîne le doute et la négation.L'enfant n'est plus synchrone avec son image. Tout se passe comme si le raisonnement primait son expérience intime. Il a perdu sa naïveté, il est comme le philosophe qui nie l'existence du monde extérieur, qui perd le sens du réel en raisonnant sur les incertitudes de la perception." Une petite fille regardant le film d'elle-même désynchronisé explique : "nous on bougeait, alors qu'eux ne bougeaient pas." Zazzo demande : "Alors c'est pas les mêmes gens?" La petite fille, perdue, cherche des explications, devient vague. "La fabulation est la dernière ressource d'une explication impossible." Zazzo explique que le sens du réel revient avec la sixième année. "Il n'y a plus besoin d'explication à tout prix. Ou bien l'enfant trouve une explication, ou bien il dit qu'il ne sait pas." (31:29)

Grossissement du visage avec tache

Image de l'enfant filmée en noir et blanc. Une tache est placée sous son oeil. Zazzo interroge : "Comment elle est, sa joue?" Nous comprenons que cette tache a été placée à leur insu sur leur visage. Fondu enchaîné avec la même fille en couleur, qui va répondre. Commentaire : "Avec la tache sur le visage, vue en gros plan, c'est la source de l'expérience intime de l'identité de soi qui est mise en cause." Toujours dans le souci d'établir la différence de réaction selon l'âge et de montrer qu'avant cinq ans, l'identité de soi n'est pas à mettre en doute, le commentaire ajoute que "les petits ne sont pas plus ébranlés par cette expérience que par les autres". Le dialogue entre Zazzo et l'enfant nous apprend qu'elle se prénomme Christelle. Elle répond "un caillou" pour désigner la tache sur sa joue. Florence qui vient ensuite, n'est pas troublée par le grossissement de son visage sur l'écran et la tache sous son oeil. Fabien affirme qu'il est bien lui-même à l'écran "parce que quand je remue la tête comme ça, il remue la tête". Commentaire : "On remarquera que chez tous les enfants, à tous les âges, que devant l'image vidéo, la main se porte au visage après un assez long temps de latence" alors que les mêmes enfants réagissent immédiatement devant leur reflet au miroir. Chez les plus grands, la tache engendre un sentiment de malaise. Un des enfants reste longtemps dans le silence malgré les interrogations répétées de Zazzo. Il ne répond que lorsque Zazzo lui demande : "Il n'y a pas quelque chose de drôle sur ta figure?" (36:55)

Réaction de l'adulte

Une femme en plan rapproché, elle aussi a une tache, placée cette fois sur son front. Commentaire : "Comment réagirait un adulte dans cette situation?" La femme cherche la tache, se trompe de côté. "L'adulte attribue à son image un mouvement inverse du sien." Un homme passe le test qui consiste à lui faire lever le bras et à constater que son image filmée lève le même bras mais avec une apparence d'inversion. "En direct, ça fait l'impression curieuse que, quand je bouge, c'est le mouvement inverse que celui que j'attends." Il ajoute qu'il trouve cette expérience désagréable. "Le désarroi, l'anxiété sont observables chez l'adulte comme chez l'enfant et plus vivement encore pour le différé que pour la simple inversion. Le sujet a le sentiment de perdre le contrôle de soi" La femme montrée au début de la séquence, confrontée au film où sa réplique agit en différé exprime crainte et exaspération sous un rire nerveux. "Je ne suis plus en accord avec moi, là!" Elle ajoute que le film ne fait pas l'effet d'une glace, "c'est tout désordonné". Raccord avec l'image d'elle-même en noir et blanc, montrée plein cadre. Sa voix pendant qu'elle regarde le film : "Je ne peux plus me contrôler! En fin de compte, je ne sais pas ce qu'elle raconte!" Peut-être cette observation s'applique au trouble qui saisit en général devant le soi filmé et mutique, échappant à la maîtrise du soi qui s'opère au présent. La femme ajoute : "Ca me gêne moins d'être inversée, c'est un moindre mal!" Sur une dernière image d'enfant, commentaire : "La clé du problème, c'est de se décentrer, de s'arracher à soi-même. Alors en même temps, l'anxiété disparaît." David, qui se retourne pour expliquer le point de vue depuis lequel il est regardé suscite ce dernier commentaire : "David a gagné tout comme l'adulte, a accompli une conquête décisive : se voir avec les yeux d'autrui, se voir du point de vue de l'autre." Sur un dernier plan figé, montrant David et Zazzo se regardant, apparaît le titre du film.

Notes complémentaires

Références et documents externes

Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Joël Danet