René Zazzo

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René Zazzo est né à Paris à l’hôpital Boucicaut, 78 rue de la Convention. Sa mère Berthe Theurillat, confectionneuse, était fille d’un petit artisan de Beaune (Côtes d’Or), son père, Vincent Zazzo, ouvrier métallurgiste aux chemins de fer.

Placé chez une nourrice jusqu’à deux ans, ce garçon chétif, souvent malade, fut un brillant élève. Encouragé à poursuivre ses études, il ne suivit pas le désir parental d’une formation d’ingénieur. En 1927 il quitta le cursus technique et entra à l’Université. A la Sorbonne, il suivit les cours de philosophie de professeurs tels que Brehier, Delacroix, Wallon, Janet, Meyerson. Se destinant d’abord à la sociologie, il s’initia au marxisme et soutint un diplôme d’études supérieures sur "La philosophie du droit chez Hegel". Appuyé par Ignace Meyerson et Henri Wallon, il obtint en 1933 une bourse d’étude de quatre mois pour l’étranger. A l’université de Yale ainsi qu’au Child Development Institute de l’université de Colombia, il se forma à l’étude scientifique du développement psychologique de l’enfant en relation avec sa maturation et ses apprentissages. De ce séjour, il tira son orientation définitive vers la psychologie de l’enfant.

En 1934, pour mener une enquête sur les maisons de redressement pour enfants jugés délinquants, il prit un poste de surveillant dans celle de Montesson . Indigné par les mauvais traitements qu’il constata (discipline militaire, enfants dormant dans des cages, châtiments corporels...), il en témoigna dans un article du magazine Vu. Menacé de poursuites judiciaires, il estima que la carrière d'enseignant lui était fermée.

En qualité d’assistant technique, il entra dans le laboratoire de psycho-biologie de l’enfant, créé par Henri Wallon à Boulogne-Billancourt, puis transféré en 1939 dans les locaux de l’INOP, (Institut National d’Orientation Professionnelle) à Paris, rue Gay-Lussac. Il prit en 1941 la direction du laboratoire de psychologie de l’hôpital Henri-Rousselle. Il en fit un centre pionnier d’étude des difficultés psychologiques des enfants, tant par les examens cliniques que par les recherches. Il partageait avec Henri Wallon la conception d’un psychisme fondé tout à la fois sur des bases biologiques et sociales. Il participait à un groupe de réflexion au sein du Centre international de l’enfance qui comprenait l’anglais Bowlby, auteur de la notion d’attachement, l’anthropologue américaine Margaret Mead spécialiste de la sexualité dans les cultures non occidentales, Jean Piaget qui, par sa conception du développement de l’intelligence, entretenait une controverse féconde avec celle de Wallon.

Après la Libération, il intensifie son implication dans le champ du développement de la psychologie de l’enfant. Il s'est appliqué à suivre les enfants dans leurs milieux concrets, familial et scolaire, à les aider dans la résolution de leurs problèmes éventuels. En 1948, il joua un rôle fondateur dans la création des premiers centres de psychologie scolaire. En 1950, succédant à Henri Wallon, il prit la direction du laboratoire de psycho-biologie de l’enfant. Il y créa un groupe de psychologues parents mettant en commun les observations qu’ils faisaient sur leurs jeunes enfants. Il découvrit alors, en observant un de ses enfants, à l’encontre des normes alors admises, des conduites d’imitation très précoces, telles que tirer la langue à trois mois en voyant son père le faire.

Etapes des recherches menées dans son laboratoire : - 1946-1953 : la prime enfance (avec Irène Lezine et Odette Brunet) : - 1948-1954 : recherches psychopédagogiques menées avec les psychologues scolaires ; - 1952-1954 : enfants et cinéma, avec Bianka Zazzo. - 1959-1968 : le développement psychobiologique chez l’enfant normal de six à douze ans. En mobilisant plusieurs chercheurs examinant chacun un secteur, l’ambition était de s’approcher d’une « psychologie complète » de la conquête de l’autonomie par l’enfant..

Au laboratoire de l’hôpital Henri-Rousselle, il anima de 1946 à 1951 , en collaboration avec le neuropsychiatre J. de AJuriaguerra et des psychologues scolaires, des recherches sur la dyslexie, et dirigea de 1951 à 1960 une équipe sur la débilité mentale : un résultat marquant, baptisé héterochronie oligophrénique, fut la mise en évidence, à partir de données psychométriques, de l’inégalité de développement selon les secteurs psychologiques : motricité, organisation spatiale et raisonnement notamment.

Ses recherches personnelles furent dominées par l’intérêt pour la genèse de la personne, les niveaux de conscience et le jeu des rapports entre déterminisme et liberté. Sa thèse, soutenue en 1958, portait sur la gémellité. Il a montré que, dans leur relation de couple, s’institue une différenciation entre rôles respectifs. La genèse de la personnalité pouvait ainsi être abordée sous l’angle des interactions sociales.

À partir de 1972, la recherche se centra sur la constitution de la connaissance de soi au cours du développement. Le dispositif expérimental consistait à confronter le comportement de l’enfant devant un miroir et devant une vitre derrière laquelle se tient un autre enfant. Cette recherche permit de montrer que la connaissance de soi se construit au cours d’un long processus dont la première étape se situe à l’âge de trois mois.

Chercheur et clinicien, il fut aussi enseignant à partir de 1937, assurant un cours destiné aux étudiants de l’Institut de psychologie et de l’Institut national d’orientation professionnelle. Nommé en 1967 professeur de psychologie de l’enfant à l’Université Paris-X Nanterre, il prit en compte les critiques formulées en 1968 par les étudiants à l’égard de l’enseignement magistral traditionnel. Les cours se faisaient sous forme de dialogues entre enseignants et avec les étudiants. Ceux-ci faisaient de l’observation directe des enfants dans les classes et les familles, et étaient initiés très vite à la recherche.


À l’automne 1940, il soutint la résistance intellectuelle contre l’occupation allemande et le régime de Vichy. Sous le pseudonyme de Borine , il fut secrétaire général du Front national universitaire créé en juin 1941, auquel participaient également Frédéric Joliot-Curie et Henri Wallon. Il rédigea des articles pour la publication clandestine L’Université libre fondée en octobre 1940 et dirigée par Georges Politzer, Jacques Decour et Jacques Solomon, fusillés en 1942.

Se plaçant dans l’héritage wallonien, il affirma l’intérêt d’appliquer le marxisme à la psychologie, sans pour autant suivre les orientations assignées à la psychologie en Union soviétique durant la période stalinienne. Il s'est élevé contre la demande d’interdiction des tests mentaux, supposés défavoriser indûment les enfants de milieu ouvrier, il affirma leur intérêt, non comme révélant l’essence intemporelle de la personnalité, mais comme le constat d’un état actuel susceptible d’évolution.

- d'après le Maitron en ligne, https://maitron.fr/spip.php?article212461, notice ZAZZO René par Serge Netchine, version mise en ligne le 1er mars 2019, dernière modification le 5 novembre 2022.

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