The end of the road (1918)

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The end of the road
Title The end of the road
Year of production 1918
Country of production États-Unis
Director(s) Edward H. Griffith
Actor(s) Richard Bennett
Claire Adams
Joyce Fair
Raymond McKee
Duration 66 minutes
Format Muet - Noir et blanc - 35 mm
Original language(s) English
Subtitles and transcription French
Sponsor(s) The War Department Commission on Training Camp Activities
Archive holder(s) MoMa (Museum of Modern Art)

Main credits

(français)

Contents

Medical themes

Theme

(français)
le péril vénérien illustré par le destin de deux jeunes filles projetées dans la ville moderne

Main genre

Fiction

Abstract

(français)
Mary, une jeune femme qui a grandi dans un milieu rural part à New York pour suivre des études d'infirmière. Vera, son amie, la rejoint pour devenir vendeuse dans un grand magasin. Vera cherche une rencontre avec un homme riche qui lui offrira la belle vie. Mary, elle, se dévoue à sa mission, refusant les avances du médecin avec laquelle elle collabore. Pourtant, son estime pour cet homme grandit à mesure qu'elle l'assiste dans les soins qu'il prodigue à ses patients. Quand Mary retrouve Vera, elle découvre que les mauvaises fréquentations de son amie l'ont amené à contracter une maladie vénérienne.

Context

(français)

Structuring elements of the film

  • Reporting images  : No.
  • Studio pictures  : No.
  • Archive footage  : No.
  • Animation sequences  : No.
  • Inter-titles  : Yes.
  • Animator  : No.
  • Voice over  : No.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the movie direct the spectator's view?

(français)
Il s'agit de sensibiliser le spectateur au péril vénérien selon des codes dont il est désormais familier : ceux du mélodrame du premier Hollywood. Un autre Griffith l'a alors porté au sommet de son art : David W. Griffith. Nous retrouvons ses personnages de jeunes filles chastes et pures, courageuses cependant lorsqu'il s'agit de mener à bien la mission qu'elles se sont données. Ouverture et fermeture à l'iris pour sertir le visage des personnages ou les portraits de groupe, récits dramatiques à multiples rebondissements, personnages archétypaux d'un comportement de classe ou d'une conduite supposée sexuée. Toujours la femme est exposée à la perdition, en particulier lorsqu'elle se risque à vivre dans la métropole corruptrice. Les sentiments s'affichent à grands traits, rappelant les romans sentimentaux du XVIIIe comme Paul et Virginie ou Manon Lescaut.

How are health and medicine portrayed?

(français)
L'institution sanitaire est présentée comme exemplaire : elle soigne, elle accompagne les patients. Son action tient compte de la réalité de la société, des nouveaux dangers que font naître ses modes de vie spécifiques. L'institution intègre l'armée quand la nation entre en guerre. Travailler dans le secteur médical est une vocation, requiert un dévouement comme en témoignent le parcours des deux personnages principaux : l'infirmière Mary et le Dr. Bell.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
salle d'exploitants

Communications and events associated with the movie

(français)
Une enquête de réception par le public a été menée par des psychologues. Voir la rubrique "Notes complémentaires".

Audience

(français)
tout public

Local, national, or international audience

National

Free-form description

(français)

(français)
Prologue : à Hortonville, le temps de l'enfance, le temps de l'innocence.
Plan général sur un paysage de campagne. Carton : « Il y a deux chemins possibles dans la vie.. L'un s'élève vers le Pays de l'Amour Parfait. L'autre s'enfonce dans les ténèbres de la Vallée du Désespoir, que jamais n'atteignent les rayons du soleil.» Logique binaire du choix entre deux alternatives morales qui s'excluent mutuellement. Elle va caractériser de nombreux films d'enseignement de Jean Benoit-Lévy. Prologue. Carton : « Mary Lee à 7 ans,un âge important. » Ouverture à l'iris sur trois enfants assis sur les marches d'un perron, l'une d'elles maniant le guidon d'un landau. « Vera Wagner, l'amie de Mary ». Gros plan sur la troisième enfant, visage souriant, grand nœud ornant sa chevelure blonde. « Paul Horton, un bon parti. ». Ouverture à l'iris sur un gros plan du visage du petit garçon assis au centre. Plan sur un bébé qui se trouve dans le landau. Carton dialogue Paul : « Maman a dit qu'une cigogne nous l'a apportée. » Plan visage Mary, carton dialogue Mary : « C'est faux ! Si vous ne savez pas d'où viennent les bébés, posez la question à votre mère ! » Réplique qui s'adresse aussi bien à Vera qu'à Paul. Vera saisit l'apostrophe et répond qu'elle va voir sa mère pour se renseigner. Plan moyen, extérieur, une femme élégamment assise sur un fauteuil en osier, disposé sur une plage de gazon. Elle lit. Vera entre dans le champ et lui pose tout de go sa question. Sa mère lui répond qu'une petite fille sage ne doit pas poser ce genre de questions. En scène parallèle, même interrogation que Paul adresse à son père, lequel témoigne d'un semblable embarras : « Mary n'y connaît rien, chasse ces idées de ta tête. » Carton : « La curiosité naturelle de Vera la conduit vers une source d'information peu fiable et obscène. » Sur l'herbe, des jeunes filles réunies. Une fille plus âgée que Vera lui explique qu'un copain d'une amie, Gladys Hicks, âgé de quinze ans, lui a dit comment les enfants étaient faits. Fin du prologue. (04.00)
L'adolescence : premiers amours, visions d'avenir
Nouveau carton qui indique que le temps de l'enfance est révolu et que lui succède celui des « inoubliables » années « à dizaines ». Carton : « Mary Lee ». Ouverture à l'iris sur un gros plan du visage d'une jeune femme, empreint d'une expression rêveuse, au regard dirigé vers le hors champ. Sans transition, la page de garde d'un manuel de savoir vivre à l'usage des adolescentes écrit par le docteur Jane S. Porter. Il leur est suggéré de « préserver leur intimité » pour l'homme de leur vie. « Flirter et se câliner reviennent à dé valoriser la plus belle émotion qui soit. » Deux jeunes filles en plan taille par des plans successifs. Nous reconnaissons Mary à son expression grave et rêveuse. L'autre fille, qui rit en lisant une lettre, doit être Vera. Confirmation par le carton qui précise que Vera se sent « presque femme », c'est-à-dire qu'elle se considère affranchie sexuellement, confortée dans son sentiment par sa mère, « calculatrice et antipathique ». Carton de présentation de générique : « Vera Wagner – Joyce Fair. » Ouverture à l'iris sur Vera assise dans un jardin. Elle rit, une expression espiègle sur son visage, puis mange un gâteau avec une expression de gourmandise sensuelle. Assise à côté d'elle un jeune homme qu'un carton présente comme l'un de ses « admirateurs ». La mère de Vera survient, refusant la main du jeune homme. Elle le boude ostensiblement si bien qu'il se résigne à partir. Elle explique ensuite son attitude : c'est un charmant garçon mais il n'ira pas loin au sein de la banque Horton.Défendant son point de vue utilitariste sur l’amour et le mariage, elle enjoint Vera de relever ses cheveux puisque les hommes « n’épousent pas les petites filles. » Contrechamp sur Vera en plan moyen qui effleure sa chevelure sagement rangée avec une expression mélancolique. Par une expression de défi, elle cherche à garder contenance devant sa mère mais se prépare à lui obéir, au prix du sacrifice de ses atours de virginité auxquels elle tient encore. Le film la présente donc comme une victime du jeu social des alliances, moins consentante qu’il n’y paraît. (07.40)
Les premiers choix de vie : l'amour, la vie professionnelle
« Un jour unique dans la vie. Celui de la remise des diplômes au lycée de Hortonville (se rappeler que la ville emprunte son nom au nom de la famille de Paul Horton). » En plan large, un parterre de jeunes filles en robe blanche devant un homme qui pérore à la tribune. « C’est sur vos épaules, jeunes femmes de Hortonville, que repose le destin de notre glorieuse nation. » Contrechamp sur l’auditoire. Deux vieilles femmes partagent leurs réactions, un homme replet savoure son cigare. Mary succède au premier orateur. Son visage en gros plan est caressé par une onde extatique au moment où elle commence à parler. L’idéal qu’elle prône est l’épanouissement personnel par le dévouement aux autres. Applaudissements pendant qu’elle incline sa tête ornée d’un ruban du même blanc que sa robe. Pano en contrechamp sur la foule enthousiaste, s’attardant sur un Paul Horton subjugué. Une exception : Mrs Wagner qui surveille sa fille Vera de près. Un carton pour exposer le fond de ses pensées : sa fille est appelée à troquer au plus vite son diplôme contre un contrat de mariage. La scène suivante implique le jeune Paul Horton, Mary et la mère de Mary, réunis sur un banc dans un jardin. Profitant d’une absence de Mary, Paul demande à sa mère la permission de demander la main à sa fille. Il précise qu’il a une position solide grâce à l’appui financier de son père, croyant que cet argument suffira à la déterminer. Pourtant, elle réagit avec prudence : sa fille est trop jeune pour penser au mariage, mais il faudrait lui demander son avis. Sa volonté de temporiser contraste avec la pression que la mère de Vera exerce sur sa fille, impatiente de la jeter dans l’arène des prétendants. Quand Mary revient, sa mère s’éclipse. Seule avec Paul, elle lui montre un manuel d’infirmière. Paul écarte le volume pour faire sa demande. La réaction de Mary est identique à celle de sa mère : elle ne veut pas songer tout de suite à se marier, elle n’est pas sûre de vouloir le faire avec lui puisqu’elle n’est pas sûre de ses sentiments à son égard. Déception, teintée d’irritation, chez Paul.
Scène parallèle dans un autre jardin : La mère de Vera surprend sa fille dans les bras d’Arthur. Elle les sépare et, seule avec Arthur, lui explique qu’il ne jouit pas d’une situation financière qui justifierait ses prétentions à l’égard de sa fille. Retour à Mary et Paul. Elle lui explique qu’elle va rejoindre New York pour entreprendre ses études d’infirmière. De nouveau, son regard s’illumine en évoquant l’avenir qu’elle veut se donner. Serrant contre elle son manuel, elle ajoute : « Je veux finir mes études avant de songer au mariage. » Paul se montre hostile à ce projet. Retour à Vera et sa mère. Même banc, même jardin, même ambiance de mésentente. Sa mère : « Tu ne pourras jamais épouser un homme riche si tu restes ici pour travailler. » Vera isolée dans le champ se met à songer à l’avenir qui lui est refusé. Le champ se divise en deux sur la longueur, au-dessous, nous continuons de voir son visage songeur, au-dessus, nous la voyons derrière la clôture de sa maison, rejointe par un homme qui l’embrasse avec tendresse. La vision se résorbe, le champ s’unifie sur le visage de Vera, empreint de mélancolie à l’idée que ses rêves gentils resteront hors d’atteinte. En effet, sa mère l’enjoint de partir à New York où elle aura davantage de chances de plaire à un homme riche. (15.41) De nouveau, split screen longitudinale : dans la partie supérieure, Vera se voir richement vêtue, montant dans une automobile conduite par un chauffeur. Fermeture à l’iris sur son visage souriant. La mère et la fille s’embrassent pour sceller leur pacte.
New York. Premiers pas dans le métier d'infirmière, rencontre avec un homme exemplaire : le Dr. Bell
Carton. « Après avoir étudié jour et nuit pendant trois ans, Mary est devenue une infirmière diplômée, travaillant dans un hôpital de New York. » Ouverture à l’iris sur Mary au chevet d’un patient alité, expression concentrée sur son visage. Irruption d’un homme à l’allure soignée, qu’un carton présente comme le Dr. Bell, un chirurgien émérite. Le carton indique aussi le nom du comédien qui l'incarne, continuant de dérouler le générique au fil du film : Richard Bennett. Colloque entre Mary et le Dr. Bell, par champ et contre champ sur un axe légèrement oblique. L’un et l’autre paraissent très pénétrés de la responsabilité qui incombe à chacun. Le médecin demande à Mary de veiller sur une malade qui parait à l’article de la mort, afin de lui prodiguer l’attention dont elle a besoin, faute d’avoir une possibilité de la soulager autrement. La patiente en question est une jeune mère qui s’est échappée de l’établissement où elle était pensionnée pour accoucher de l’enfant qu’elle a eue hors mariage. Dans le plan où elle apparaît, la pâleur de son visage se fond dans la blancheur de la literie d’hôpital. Tenant son bébé dans ses bras, elle jette un regard languissant dans le vide. Le médecin vient à elle pour lui dire quelques mots de sollicitude, accompagné par Mary qui l’observe avec compassion. Fermeture à l’iris sur le médecin effleurant le bras de la mourante de sa main manucurée.
Carton. Vera, engagée dans un grand magasin de New York, attend l’opportunité d’une rencontre amoureuse. Plan général sur la foule qui circule dans les rayons. Gros plan sur Vera qui se montre distraite dans la conversation. (18.55)
Retour à Mary au chevet de la jeune fille agonisante. Celle-ci lui fait son récit, exemple d’une destinée de jeune femme que la ville corruptrice a broyée. « Je suis arrivée à Ellis Island il y a seulement deux ans. » Elle en vient à sa rencontre avec le chauffeur de ses employeurs. « Je croyais qu’il m’aimait. » A l’image, incarnation des différents épisodes qu’elle raconte. Enceinte, elle demande au chauffeur de l'épouser. Il la repousse. Elle revient lui faire sa demande quand il décide de quitter l’entreprise. Comme il refuse à nouveau, elle sort un revolver de son chemisier et tire sur lui. Il s’affaisse, mort, contre le portail qu’il comptait franchir. Retour à la chambre d’hôpital. La patiente, épuisée par son récit, s’écroule sur son lit. Mary reste rêveuse. Le Dr. Bell la rejoint. Il avance une main vers elle, la laisse en suspens. Il compte visiter une clinique, l’accompagnera-t-elle ? Noir, ouverture à l’iris sur le médecin et Mary en promenade dans un parc. Il se déclare, elle regarde ailleurs, songeuse. « Y-a-t-il quelqu’un dans votre vie ? » Elle reste évasive. Il reste patient.
Les retrouvailles de Vera et Mary
(22.50) Vera évoque devant une collègue son prochain rendez vous amoureux. Il a une automobile et lui promet du bon temps. Il s’agit d’un ouvrier. Cependant, le Dr. Bell entraîne Mary dans un caf’conc’ où se réunissent les "membres de la Ligue des Consommateurs de Cocktail". Rires et tintement des verres pendant qu’on trinque, mondanités festives qui troublent la pure Mary : elle n’en est pas. Gros plans sur son visage qui cherche où regarder un spectacle qui ne heurte pas sa moralité. Le Dr. Bell, d’humeur sombre, passe en revue les différentes personnalités en présence : tous, selon lui, se livrent au manège de la séduction et aux facilités de la corruption. C’est sa pratique de médecin qui l’amène à les connaître. Le séducteur trois tables plus loin est Elbridge. Le Dr Bell suit sa femme, invalide. Isolé dans le champ, Elbridge se livre à des facéties pour égayer la tablée. Puis il enlève l’une des convives et disparaît de l’établissement en la tenant par le bras. Gros plan sur le visage de Mary : elle parait fascinée par ce spectacle avilissant mais inaccessible à ses charmes insidieux. (25.36)Carton : « Dans un restaurant mal famé, non loin de là ». Vera à table avec son séducteur. Il lui jette un regard trouble par-dessus les volutes de fumée de son épais cigare. Un accident interrompt la scène : à la porte du restaurant, un homme porte dans ses bras une femme qui a perdu connaissance. Le carton explique qu’elle a été victime d’un accident de voiture.Le personnel du restaurant se met en quête d’un médecin. Le Dr. Bell est approché. Avec Mary, il accourt auprès de la femme blessée, femme âgée qui a été installée sur une chaise posée sur le perron de l’établissement. L’examen est rapide : la femme se remet, le personnel invite le Dr. Bell et Mary à venir à l’intérieur pour prendre un rafraîchissement. « j'imagine que vous n’aviez jamais vu un endroit pareil. » s’enquiert le Dr. Bell. Mary jette autour d’elle des regards perdus, jusqu’au moment où elle s’aperçoit que Vera est assise à la table voisine, avec l’inconnu qui l’a invitée. Vera ne veut pas reconnaître Mary. Elle est sans doute un peu ivre : quand elle quitte la table au bras de l’inconnu, elle se met à tituber légèrement. Le Dr. Bell a suivi la scène avec inquiétude : « Je connais ce type, dit-il à Mary, il n'est digne d’aucune femme. » Il intervient auprès de l’inconnu quand il cherche à ramener Vera, l’intimidant suffisamment pour le convaincre de repartir seul. Succession de gros plans de visages pour mettre en évidence la tension qui est née entre les différents personnages. C’est un ballet de regards, des paroles que les cartons ne reprennent pas, mais dont l’expression des visages laisse deviner le sens. Retour à Elbridge dont la femme est invalide : il propose à la femme qui se trouve avec lui de l’emmener dans sa maison de campagne pour « y boire une bouteille et manger un morceau ». Vera et Mary dans une chambre, probablement celle de Mary. Vera semble abattue. Elle s’est assise sur le lit pendant que Mary cherche à la raisonner. « Je sais combien il est difficile de penser aux conséquences quand on est jeune. Mais si nous ne le faisons pas, nous ne trouverons pas le bonheur au bout du chemin. »Un carton explique le cas Elbridge : il a transmis la gonorrhée à sa femme. C’est à la suite de la naissance de leur enfant qu’elle est devenue invalide. Ouverture à l’iris sur Mrs Elbridge, femme aux traits marqués, qui jette un regard mélancolique sur un enfant qui se tient auprès d’elle. Lui non plus ne sourit pas. Nouveau carton pour expliquer qu’il a été lui aussi victime de l’inconduite de son père. Son regard papillonne. Il lève son bras, cherche à saisir quelque chose. Nous comprenons qu’il est aveugle. Le Dr. Bell, en visite, explique à Mrs Elbridge : « Vous comprenez que vous ne pourrez plus avoir d’enfants, n'est-ce pas ? » Il ajoute : « L’ignorance, la pudibonderie et les principes erronés de nos pères sont plus à blâmer que votre mari. » Le Dr. Bell quitte les lieux, laissant Mrs. Elbridge dans un état de grande lassitude.Dans la maison de campagne de Elbridge, on se laisse aller. Le champagne coule à flots, les volutes de fumée s’épaississent dans la grande véranda où Elbridge a entraîné sa nouvelle amante.
(35.05) « Le Dr Bell charge Mary de l’assister pour l’opération de Mrs. Elbridge. » A son mari qui vient à son chevet, Mrs. Elbridge dit : « Notre pauvre garçon aveugle est ma seule raison de vivre. » Sans transition, Vera, postée derrière un étal de son magasin lit une lettre de sa mère : « J’espère que tu trouveras bientôt le bon, un homme gentil avec de l'argent. Ce n’est pas grave s’il n'est plus très jeune. ». Elle replie la lettre et regarde devant elle avec mélancolie.Perron de grand bâtiment. Carton : « L’opération que subissent chaque année des centaines de milliers de femmes à cause de la folie criminelle d’un homme. » Bloc opératoire. Les chirurgiens se préparent. Gros plan sur une boîte contenant de l’ « éther pour anesthésie. » En contreplongée, plan subjectif sur le visage masqué du Dr. Bell qui devient flou : l’éther fait son effet. Noir. Ouverture à l’iris sur le Dr Bell accompagné de Mary. Les visages ne sont plus masqués, l’opération est finie. « Si seulement les hommes connaissaient le risque qu'ils font peser sur leurs femmes et enfants quand ils vont courir le guilledou. » Mary hoche de la tête et ajoute : « Si les femmes étaient informées, elles pourraient les aider à résister à la tentation. » Vera se rend chez l’homme qui lui a donné son précédent rendez vous. Appartement bourgeois, une domestique la débarrasse. Dans un couloir, l’homme approche Vera, souriante, complaisante. Elle se laisse séduire, ils s’embrassent. (39 .02)
Retour de Paul Horton dans la course. Mary qui a fini sa journée le rejoint dans sa berline rutilante. Le Dr. Bell les croise dans la rue. Moue de désappointement sur son visage. Vera et son amant. Elle lui demande quand ils pourront se marier, il parait contrarié, répond évasivement qu’il doit conclure d’abord quelques affaires. Vera jette un regard de détresse par-dessus son épaule. Dans un parc, au bord d’un étang, autre conversation vérité pour Paul et Mary. Paul lui demandant si elle est enfin prête pour leur mariage, elle lui répond qu’elle n’est toujours pas sûre de l’aimer. « Et il me reste tant à apprendre… ». Montage parallèle entre les deux couples, tous les deux promis à une impasse.
Vera face au péril vénérien
Carton pour annoncer que la guerre survenue, le Dr. Bell est nommé à la tête d’une unité de soins. Il harangue ses troupes qui comptent une Mary subjuguée. Retour au couple Vera-Howard. Vera gisante sur un sofa, Howard concentré sur son journal. Carton : « En mauvaise santé, Vera inspire de moins en moins d'affection à Howard. » Vera lui annonce qu’elle a « de drôles de plaques sur les bras et les épaules. » Howard, irrité, lui répond qu’elle a trop mangé de sucreties. La conversation s’envenime, Vera répliquant que s’il l’avait aimée, il l’aurait épousé sans tarder. Howard, ne pouvant contenir sa colère, jette son journal par terre.
Ouverture à l’iris sur Vera qui se confie à Mary. « Je ne veux pas de traitement, je veux me venger de Howard ! ». Plan large, nous voyons que le Dr. Bell est aussi présent. « Vous changerez d’avis, répond-il, quand vous verrez les effets de cette maladie en l'absence de soins » (45.44) La séquence documentaire sur la syphilis commence. Sur une terrasse d’hôpital, baignée par le soleil,, le Dr. Bell entraîne Vera vers des malades assis sur un banc. Gros plan sur le profil déterminé du docteur. « Voici des cas d’ataxie locomotrice causés par la syphilis. » Gros plan sur le visage de Vera empli d’appréhension, puis sur celui de Mary, recueilli. Une femme vêtue d’une blouse blanche se lève de la chaise où elle reposait et avance à la demande du docteur. Elle claudique. Plan d’ensemble qui coupe la personne à la taille pour bien montrer ses jambes avancer de manière heurtée. Gros plan sur le visage de Vera : sans expression apparente, sinon par le regard où se lit une fascination devant un spectacle qui pourrait préfigurer son destin. Au retour de la femme vers le Dr. Bell, Vera et Mary, une autre femme en blouse blanche, sous l’injonction du docteur, se lève de sa chaise et se met à marcher. Elle aussi claudique. Elle se sert d’une canne. Aucun mot échangé entre les deux patientes et leurs visiteurs. C’est comme si le Dr. Bell avait enclenché un film devant les deux femmes qui l’accompagnent. La mise en scène oppose deux couples de femmes : Vera et Mary, élégamment vêtues de noir, les deux patientes portant une blouse blanche. La même opposition se répète à la séquence suivante. De nouveau deux patientes, assises sur un banc, doivent montrer à Vera les atteintes que la syphilis leur a causées. Le sens de ce code couleur est-il de suggérer que Vera est destinée à échapper à la maladie, à rester avec Mary dans la catégorie des personnes indemnes, et ceci malgré les risques qu’elle a encourus ? Sa punition serait alors la peur qu’elle éprouve au spectacle des effets de la maladie à laquelle elle s’est exposée. Elle jette un regard plein d’appréhension au Dr. Bell qui enjoint à l'une des patientes de lever le pan de sa blouse. Elle s’exécute. Gros plan sur un mollet atteint d’une plaie profonde et large. Changement d’angle qui montre le mollet de profil pour mettre en évidence l’excavation dans la chair. Ensuite gros plan sur un pied déformé, aux chairs meurtries. Vera en plan taille, tressaille, lance un regard de détresse au Dr. Bell. Carton où se lit la réponse de celui-ci : « Comprenez-vous à présent pourquoi il serait criminel de votre part de partir sans avoir été soignée ? » Gros plan sur un visage au nez effondré, au regard papillonnant, puis sur un mollet crevassé. En plan épaule, Véra qui se passe la main sur le visage : c’est le moment d’arrêter ce sinistre spectacle (47.38). Mais le Dr. Bell insiste. Le trio arrive au niveau d’une femme en cheveux qui jette des regards égarés autour d’elle, figure qui illustre les dérangements mentaux que cause la syphilis. Carton : « Il y a vingt ans, elle était la maîtresse d’un banquier new-yorkais. » La séquence se termine sur un dernier gros plan sur le visage de Vera qui exprime la sidération et la terreur. A remarquer que seul le regard prend en charge l’expression de ses émotions ; ses traits ne bougent pas, elle ne fait aucun geste. En cela, cette séquence fait pendant à celle du restaurant (à 25.36) qui mettait en scène le Dr. Bell et Mary : les comédiens restent exemplairement sobres au moment d'exprimer l’intensité du sentiment. C’est d’autant plus remarquable chez le personnage de Vera qui parvient à rendre compte de sa peur intérieure. (48 .38)
Rupture de Mary avec Paul
Confrontation de Mary et de Paul, son soupirant. Elle lui explique que ses engagements en tant qu’infirmière l’empêchent de se marier. Autour de la table, les mains restent jointes mais les regards divergent. C’est le moment vérité d’un couple. Paul doit partir au front (nouvelle allusion à l’actualité de la guerre), il lui demande de se donner à lui. Mary ferme les yeux avec une expression de souffrance, comme si elle venait d’être insultée. « Tu ne sais pas ce que signifie le mot amour ! » En l'occurrence, l’amour signifie de s’astreindre à la continence pour respecter les règles du mariage. Son visage exprime le scandale et le dégoût, certainement pas la déception : elle vient de trouver la faille pour rompre avec l’homme qu’elle n’a jamais aimé. A présent, les mains ne se touchent plus non plus. Moue de dédain chez Mary pour son soupirant qui incline la tête avec mélancolie. Inflexible sainte. Noir. Un carton indique qu’elle vient de recevoir son affectation pour le front. Elle consulte le papier qui l’en informe puis regarde devant elle avec exaltation. (50. 15)
Au front : gloire du Dr. Bell, accomplissement de Mary
Nouvelle histoire édifiante : une femme qui vient de se fiancer avec un homme qui doit partir au front refuse de rester seule. Étape à New York, le couple doit se rendre à la raison : c’est un coup de tête trop risqué. Arrivé au camp de soldats où il est affecté, elle doit se résigner à le laisser et rentrer. C’est Mary, affectée à ce camp, qui doit la prendre en charge. Les fiancés se quittent à regret. Difficile de comprendre la leçon que cet épisode est supposé transmettre : est-ce pour faire état d’une réalité masquée de la guerre, les jeunes amours dont elle brise l’élan ? Autre épisode : une jeune fille nommée Blanche, recueillie dans un dispensaire réservée aux femmes, revient sur sa vie, le travail industriel qui l'insupporte, son besoin d'amour et d'aventure. Sa longue chevelure en désordre, son visage bouleversé, ses contorsions font penser à l'Augustine de Charcot, au moment où elle couvait une nouvelle crise d'hystérie. Mary, présente parmi les femmes rassemblées autour d’elle, l’enjoint d’aller faire un séjour chez sa mère. De même que les super héros ont la faculté de se trouver là où le mal se trame, Mary est présente partout où le désir féminin s’exprime, apaisant les fièvres érotiques par l’autorité de son austère sagesse. Retour à Elbridge, le mari volage. Il rejoint sa maîtresse qui séjourne dans un sanatorium. Elle est enceinte. Elbridge lui apprend que sa femme refuse le divorce. Marian, maîtresse leurrée, va se jeter dans la mer de désespoir. Composition parfaite du cadre pour montrer Marian, diaphane silhouette vêtue de blanc, avancer au bout de la jetée, vers un horizon qui sépare la mer grise du ciel blanc. Elle contourne le phare érigé au point le plus resserré du parapet. Gros plan sur son profil statuaire qui jette un regard las sur les remous de l’eau au bas de la construction de pierre. La séquence s’arrête là, suggérant l’élan irrémédiable vers les flots. « Une infection persistante sur la lèvre de Blanche inquiète la mère de Mary ». Visite chez le médecin qui lui demande si elle a été embrassée. Blanche se souvient d’une idylle récente. Le médecin préconise un examen pour vérifier si elle n’a pas contracté la syphilis. Blanche s’évanouit sous les yeux du médecin et de la mère de Mary. Rédemption de Vera qui suit attentivement son traitement. Le médecin lui apprend que le résultat de son examen est négatif. Elle va travailler dans les usines militaires. Carton : « Le bonheur de savoir qu'elle joue un rôle dans le conflit mondial ». Retour à Mary et le Dr. Bell, embarqués sur un navire de combat tous canons dehors, qui contemplent tout ce qui leur tombe sous les yeux pourvu que ce soit ensemble. Scène de guerre sur un terrain bombardé « avec une rage folle » par l’armée allemande. Dans des paysages ruinés, les ambulanciers à l’œuvre. Mary également, s’affairant autour des blessés. « Un moment de calme » pendant lequel Mary retrouve le Dr. Bell casqué. Pose virile de celui-ci devant un mur ébréché. Il se déclare une seconde fois, elle ne résiste plus. Enlacés, ils contemplent avec gaieté les troupes libératrices avancer en rangs dans les rues de la ville dévastée.

Notes complémentaires

(français)
In Nichtenhauser Adolf, A History of Motion Pictures in Medicine (manuscrit non publié, vers 1950) : "Une étude sur la réception des films de prévention des maladies vénériennes a été commandée aux États-Unis au début des années 20. Elle a été réalisée par des psychologues et coordonnée par l’Interdepartmental Social Hygiene Board. Il a été décidé de tester l’impact sur le public de deux films. Les deux films choisis, The end of the road et Fit to win, tous deux réalisés par Edward Griffith respectivement en 1918 et 1919 ont été montrés à 4 800 personnes de toutes origines sociales. Tous les spectateurs ont été invités à remplir un questionnaire après la projection. Il faut reconnaître que les premières observations recueillies ont rassuré les responsables des campagnes sur l’efficacité des efforts consacrés à la prévention par les films. D’après ces observations, très peu de gens, même parmi ceux qui avaient reçu une bonne éducation, étaient correctement informés sur les maladies vénériennes, et la plupart d’entre eux acceptaient les préconisations d’abstinence. Néanmoins, la suite de l’étude a montré que même si la peur engendrée par le film faisait prendre la résolution de changer de comportement, cela ne se traduisait pas en actes de façon significative. En se fondant sur leurs résultats, les chercheurs se sont interrogés sur les films à réaliser à l’avenir. Ils ont conclu que la fictionnalisation n’était pas plus efficace que le recours à des films non-fictionnels. Le public gardait en mémoire les séquences purement informatives aussi bien que celles qui étaient enveloppées dans une histoire.

La plupart des scènes de The End of the Road ont été tournées aux studios Famous Players de New York. Certaines des scènes extérieures ont été filmées à Pocantico Hills, la propriété de la famille Rockefeller dans l'état de New York.Les scènes montrant des femmes atteintes de la syphilis ont été tournées au Blackwell's Island asylum, le premier asile pour malades mentaux de la ville de New York et également premier hôpital psychiatrique municipal des Ėtats-Unis.

L'actrice qui joue Mary Bell, Claire Adams, a réellement travaillé comme infirmière pendant la première guerre mondiale.

Ce film a fait l'objet d'une journée d'étude intitulée Syphilis et cinéma : prophylaxie le 10 novembre 2016 à l'Université de Genève.

From Nichtenhauser, Adolf, A History of Motion Pictures in Medicine (Unpublished manuscript, c. 1950) : commissioned in the United States in the early 1920s, the study on the reception of preventive films of venereal diseases was undertaken by psychologists and overseen by the Interdepartmental Social Hygiene Board. It had been decided to test the effects of two films on the public. The two films, End of the road and Fit to win, both directed by Edward Griffith in 1918 and 1919, respectively, were shown to 4,800 people, of all social backgrounds. Everyone was invited to complete a questionnaire after the projection. Admittedly, the first observations reassured those in charge of the campaigns in their efforts to promote prevention with film. According to these, very few, even among the well educated, were properly informed on venereal diseases and the majority of them accepted the recommendations of abstinence. Nonetheless, further steps of the study revealed that, although the fear generated by the film had incited the resolution to change one’s behaviour, this did not take place to a significant extent. The investigators opened the question, based on their results, for future films. The concluded that fictional dramatization was not any more efficient than non-fiction. The audience retained purely informative sequences just as well as those enveloped in a story. Most of the scenes from The End of the Road were shot at the Famous Players studio in New York. Some of the scenes were shot at Pocantico Hills, the Rockfeller property in New York state.Scenes showing syphilitic female patients were shot at Blackwell's Island asylum, the first lunatic asylum for the city of New York and the first municipal mental hospital in the country.

Références et documents externes

(français)
Nichtenhauser Adolf, A History of Motion pictures in Medicine, unpublished manuscript, c.1950.

Treichler Paula, Cartwright Lisa, Penley Constance, The Visible Woman: Imaging Technologies, Gender and Science. New York University Press, 1998. (Chapter 2: The End of the Road. Gender, the Dissemination of Knowledge and the American Campaign against Venereal Disease during World War I)

Parascandola John, Sex, Sin and Science: A History of Syphilis in America, Praeger Publishers, Westport, CT, USA, 2008.

Kellow Brian, The Bennetts: An acting Family, The University Press of Kentucky, 2004.

Health Education Films in the Twentieth Century, edited by Christian Bonah, David Cantor and Anja Laukötter, University of Rochester Press, Rochester, 2018.


Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Joël Danet