Re-née ou le rendez-vous avec le temps (1984)

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Re-née ou le rendez-vous avec le temps


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Title Re-née ou le rendez-vous avec le temps
Year of production 1984
Country of production France
Director(s) Éric Duvivier
Scientific advisor(s) Jean Reboul
Actor(s) Pauline Macia
Marc Chapiteau
Marie-José Nat
Duration 48 minutes
Format Parlant - Couleur - 16 mm
Original language(s) French
Production companies Art et Science
Sponsor(s) Laboratoire Sandoz
Archive holder(s) CERIMES

Main credits

(français)
Sandoz présente / Re-née ou le rendez vous avec le temps / Un film de Jean Reboul / Réalisé par Eric Duvivier / avec Marie-Josée Nat – Pauline Macia – Marc Chapiteau – Michèle Mateu / avec les habitants de Poussan / des images de René Gosset / séquence finale Maurice Bunio / un son de Joël Courtinat / et la chanson de Mannick « Berceuse pour un petit enfant à naître » (« Paroles de femme » BAM 5883) / le montage de Joël Courtinat

Contents

Theme

(français)
L'accompagnement psychologique et médical des femmes aux prises avec l'infertilité ou la ménopause.

Main genre

Fiction

Abstract

(français)
Le film met en scène un médecin auquel s'adressent deux femmes : l'une est confrontée à son infertilité, la seconde est en phase de ménopause. Chacune en éprouve des troubles psychologiques et appelle le médecin à l'accompagner dans ce passage par l'écoute autant que par les soins.

Context

(français)
Société
Entre 1960 et 1990 en France, la société de consommation, héritée des 30 glorieuses, s’est confirmée, tout en entrant, à la fin de cette période dans une phase plus heurtée alors même que de nouveaux besoins continuaient d’émerger. Par ailleurs, les années soixante-dix, dans la foulée de 1968, ont concrétisé le slogan de « libération sexuelle », même si celle-ci demeure asymétriquement partagée entre les deux sexes et dans l’ensemble de la société. Les droits des femmes, notamment en ce qui concerne leur décision quant à la maternité se sont consolidés, grâce à la démocratisation de la contraception et à la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. L’inscription sur le marché du travail de la population féminine a progressé et elles ont gagné en autonomie.
Médecine
Durant la même période, la médecine bénéficie d’avancées technologiques impressionnantes, qui non seulement ont stabilisé la santé de la population générale, mais également ont allongé l’espérance de vie, mettant progressivement sur le devant de la scène de consommation des seniors en bonne santé, disposant de temps et souvent de moyens. C’est cette même médecine qui assigne de nouveaux devoirs aux femmes – adolescentes, jeunes adultes et sénior – et qui rythme le cours de leur vie.
La médiatisation des « bébés-éprouvette » Louise Brown (1978) et surtout, pour la France, Amandine née en 1981 a contribué à faire émerger l’infertilité comme problème dicible dans l’espace public alors qu’elle s’est longtemps cantonnée à la sphère privée. D’ailleurs, tout au long des années quatre-vingt, après la réalisation de Re-née, la réalisation des « rêves scientifiques » en matière de procréation s’accélère : Zoé née d’un embryon congelé à Melbourne (1984), Audrey et Loïc, jumeaux issus de deux implantations simultanées d’embryons en 1986, Rebecca et Emma, jumelles australiennes nées à 16 mois d’intervalle…

Structuring elements of the film

  • Reporting images  : No.
  • Studio pictures  : No.
  • Archive footage  : No.
  • Animation sequences  : No.
  • Inter-titles  : No.
  • Animator  : No.
  • Voice over  : No.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : Yes.
  • Images featured in other films : No.

How does the movie direct the spectator's view?

(français)
Il s’agit de la chronique de la vie d’une femme – Renée (Pauline Macia) - qui comprend une dimension onirique très marquée, puisque les rêves sont présentés à la fois comme des signaux aidant à la compréhension de l’énigme de l’infertilité et comme des outils de remédiation des maux physiques et psychologiques. Le spectateur entre « dans l’esprit » des protagonistes : esprit de Renée, la femme infertile ; l’esprit de Cécilia, la femme aux abords de la ménopause qui regrette l’abandon de son enfant ; et l’esprit du médecin qui est en fait le double de Reboul (auteur du film, gynécologue et psychanalyste, voir sa fiche par le lien hypertexte de la notice). Le propos n’est pas d’expliquer l’infertilité (de manière technique ou médicale), mais de comprendre ce qui amène Renée à ne pas pouvoir concevoir. La clé, donnée à la fin du film, est l’abandon de la jeune femme par son père, ce qui correspond assez bien à une lecture freudienne de l’infécondité. Lorsque la patiente aura accepté et surmonté ce traumatisme, elle sera prête à concevoir un enfant. Deux voix off guident le public sur le chemin vers la solution de l’énigme de l’infertilité de la jeune femme : celle de Renée et celle du médecin.

How are health and medicine portrayed?

(français)
Ici, le praticien remet en cause constamment ses traitements, son savoir, voire même son statut. Il semble se construire au contact des patientes. Face à ces femmes, il peine à se situer. Ses soliloques intérieurs constituent la trame de l’histoire. Les femmes s’adressent à lui en tant qu’être humain, compréhensif et faillible. D’ailleurs, ce médecin semble troublé par leurs histoires et corps de femmes, comme le montre une scène de palpation assez suggestive. Il leur répond souvent énigmatiquement - lorsqu’il s’interroge sur sa relation à la patiente, par exemple. Si l’histoire nous plonge dans le vécu de la patiente nous accédons également à celle du praticien. La figure d’autorité est brouillée : le film ne comprend guère de discours technique et surtout le médecin semble presque aussi désarçonné que sa patiente. Tout se passe comme si la parole de la jeune femme était libérée au prix du doute qu’elle insinue dans l’esprit du praticien. Dans ce face-à-face, on ne sait plus qui apprend de qui.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
salles d'exploitants pour des séances réservées aux professionnels invités, salles universitaires dans le cadre d'enseignements.

Communications and events associated with the movie

(français)

Audience

(français)
public professionnel : médecins et étudiants

Local, national, or international audience

National

Free-form description

(français)
Préambule onirique et symbolique

Défilement du générique sur un travelling sur les pierres d’un muret. Musique mélancolique jouée par une harpe et ne trompette. Le générique indique qu’il s’agit de « Berceuse pour un petit enfant à naître » : un choix qui convient au sujet du film.Paysage de campagne en hiver, la terre est sèche, le ciel est d’un bleu froid, images de stérilité (mais temporaire). Une voix off de femme : « Qui suis-je donc, moi qui découvre que mon corps ne peut répondre quand je demande la vie ? Qui es-tu donc toi qui entend que ma souffrance s’origine dans mon désir ? » Sur le muret qui sépare le champ de la route court un enfant. Voix off d’un homme : « Je suis celui qui tient la place, qui remplace et qui passe, celui à qui rien n’appartient. Tu étais l’enfant, je suis l’enfant, tu étais le temps, je suis le temps aussi. » Ainsi est introduit la relation patiente-médecin qui va se nouer dans la séquence suivante.

La rencontre entre la patiente et le médecin

En écho à la voix off qui a évoqué le thème du temps, raccord à l’image avec une horloge au fronton d’une entrée de gare. Une jeune fille apparaît sur son seuil. Elle courbe la tête. Raccord avec un intérieur où la même jeune fille relève la tête. Bord cadre, un homme installé à un bureau. « Je veux un enfant et je n’y arrive pas », lui dit-elle. Elle explique qu’elle est mariée depuis trois ans et qu’à la fin de la première année (de mariage), elle a consulté un médecin. Il lui a expliqué qu’elle n’ovulait pas régulièrement. Il l’a traitée avec des ovulateurs de régulation. « J’ai ovulé mais je n’ai pas eu d’enfants. » Elle donne au médecin son dossier, « avec le résultat des examens et le double des ordonnances ». Quoique le personnage soit surjoué, son profil psychologique est vite perceptible : femme volontaire, qui s’inquiète de ne pas maîtriser son désarroi autant que de ne pas tomber enceinte. Le médecin l’interroge sur ses menstruations. « Les règles sont-elles normales ? » « Douloureuses. J’ai mal pendant et après les règles. » Gros plan sur le visage de la jeune femme qui fixe le médecin d’un regard franc pendant qu’elle explique qu’elle a souvent des maux de ventre, « je sens toujours mon ventre. » Panoramique et dézoom qui dévoile le fond du cabinet et le profil du médecin. La musique du générique reprend sur le médecin qui examine la patiente allongée sur une civière. Il observe que sa tyrhoïde est « un peu grosse ». Curieuse touche de pathos par la musique sur un plan apparemment clinique. Voix off d’homme, mais ce n’est pas celle du médecin : « Qui est-il donc, le corps de l’autre ? Corps de mouvement et de silence ? Entendre par les mains la présence, l’amour, langage privilégié, appel de deux corps invitants et désirant ensemble… » Cette allusion à l’acte sexuel est associée, par un plan resserré sur le buste de la femme, au geste du médecin qui ôte la serviette qui recouvrait le corps de la patiente pour examiner ses seins avec des gestes lents, délicats, attentifs. Rupture du poème par l’irruption de la voix du médecin : « Vous avez une bonne ceinture abdominale. Vous faites du sport ? » Elle répond qu’elle pratiquait la danse. Sans transition, elle ajoute qu’elle ne supporte pas la fréquentation des femmes enceintes. « C’est là » dit-elle en indiquant un endroit de son bassin. Le médecin dit : « Votre ventre est souple ». Au même moment elle passe le bras derrière la tête dans un geste de décontraction. Elle sourit, se projette enceinte. Ses traits se figent : « Je ne supporte pas les femmes enceintes qui traitent mal leur corps. » Retour dans le bureau, de nouveau le face-à-face, la musique s’est tue. « Je rêve d’un bébé dont je ne vois pas le visage ». Premier contrechamp sur le médecin, la caméra reste distante, un peu plus loin que la patiente : « Et le père, qu’en pense-t-il ? ». « Je sais pas, il a son travail. Il me dit qu’il est d’accord puisque j’en veux un ». Sa voix exprime un désappointement résigné. Elle ajoute, après qu’on entend le bruit produit par le médecin qui écrit (les mots de la patiente ? Ses propres observations ?) : « De toutes façons, je pourrais très bien m’en occuper toute seule. » Elle conclut : « Parfois j’aimerais être enceinte par l’opération du Saint-Esprit. » (07.38)

Errance dans le désert, aveux de désarroi

Panoramique sur la patiente qui avance seule dans un paysage désertique fait de dunes rocheuses (encore une image de la stérilité). Dans son mouvement, la caméra quitte la patiente pour rester sur le paysage vide de toute présence. Commentaire (voix masculine) : « Peut-être s’attendait-elle à une prise en charge médicale, à un programme, une action dite thérapeutique, et ce qu’elle découvre devant elle n’est que vide et insécurité. En continuant sa rotation, a caméra retrouve la femme qui poursuit sa marche sans but. Commentaire (voix féminine) : « Plus tu regardes le soleil, plus les larmes troublent tes yeux. Plus tu cherches la lumière, plus ton regard s’abîme dans l’infini. » Cette séquence montrant, en plan large, une femme errant dans un paysage de vallonnement désertique fait songer aux visions de La cicatrice intérieure de Philippe Garrel (1970, avec Nico). La réalisation affirme une approche poétique, et par ses plans métaphoriques, et par le registre des commentaires qui subliment et épurent les pensées des protagonistes. Commentaire (voix féminine) : « Désert, pour qui ? » auquel réagit le commentaire par la voix masculine : « Oui. Quelle est ma place dans cette rencontre, mon rôle et mon pouvoir ? Impuissance, interrogations et doutes. Ai-je entendu l’autre dans son corps et sa parole ? » Cette parole est sans doute celle du médecin. Le récit cherche à associer deux points de vue, ceux des deux protagonistes que la consultation a mis en présence. A l’expression du sentiment de solitude qui persiste chez la femme, puisqu’elle n’a pas obtenu la réponse qu’elle cherchait, s’oppose l’expression de l’émotion qu’éprouve l’homme en l’ayant rencontrée. Il est curieux de constater qu’ici, le médecin n’est pas montré comme le sachant, mais comme un professionnel sujet au doute et au trouble intime. (09.46)
Consultation en présence du mari
Raccord avec le visage d’un homme qu’on devine être celui du mari de la patiente. Il toussote quand il répond au médecin resté hors champ. « Oui, j’ai pu me libérer. Pour venir ici, et voir la famille. » Assise à ses côtés, la patiente explique qu’elle a été éduquée par sa grand-mère. Rassemblés dans le champ, le couple dissone, elle se détourne de lui et reste les yeux clos, lui paraît embarrassé. Il explique qu’il est agent commercial, qu’il voyage beaucoup, qu’il n’est pas toujours disponible. Sourire crispé, silence. Le médecin : « Elle vous parle parfois de sa grossesse ? » « Chaque fois qu’elle voit une femme enceinte. Je lui dis de ne pas y penser, mais elle ne m’écoute pas. » Dézoom qui fait apparaître le médecin dans le champ au moment où il rétorque : « C’est impossible de ne pas y penser. » Il ajoute : « Mais elle peut y penser différemment. » Elle réagit : « Différemment ? ». Le mari élude en demandant quel nouveau traitement elle pourrait suivre. Le médecin répond qu’il s’agit d’un traitement pour l’un et l’autre. Elle appuie en lui faisant comprendre qu’il est également concerné par l’infertilité. (11.39)

Deux ans après : entre la résignation, l'espoir et l'angoisse

Séquence intermédiaire : irruption du motif musical, gros plan sur le visage du médecin méditatif, puis un plan sur une dune surmontée de deux arbres solitaires. La musique se résorbe, et de nouveau la patiente dans le cabinet. Elle évoque les deux ans de consultation qui viennent de s’écouler. « Je n’ai toujours pas d’enfant. Mais je ne le regrette pas. » Le commentaire affirme qu’elle ne reste plus fixée sur son symptôme, qu’elle est entrée dans « une phase de créativité ». Chez elle, le téléphone sonne. Elle décroche avec empressement, parait déçue quand elle entend la voix de sa grand-mère . Ce n’est pas l’appel qu’elle attendait. Panoramique sur les photos coincées dans le cadre du miroir de l’entrée. Le plan se fige sur une photo d’elle et une autre de lui, chacune encadrée et posée sur la tablette qui supporte le téléphone. Elle est lui, chacun dans son cadre, séparés et ensemble. Elle a rejoint la cuisine, il fait son entrée en portant un paquet contre son ventre, comme s’il en était enceint. C’est un cadeau qu’elle lui fait : une sculpture de forme ovoïde, que leurs mains parcourent ensemble. (14.00)
Elle marche dans une allée cernée de végétation. Elle n’erre plus mais se promène. Dans la musique, c’est la harpe qui domine. Le commentaire (voix masculine) : « Elle sait maintenant qu’autre chose vit déjà qui n’a pas encore pris corps. » Dans un magasin, elle essaie une robe, met ses mains dans les poches du vêtement pour tendre le pan de tissu vers l’avant, comme pour le préparer à la forme d'un ventre arrondi. « Elle vous va bien, dit la vendeuse, si vous êtes enceinte, vous pourrez la porter. » Commentaire par la voix féminine : « Elle aussi, elle y a pensé. » Sourire dans le miroir. Retour dans le cabinet du médecin, elle reprend : « Il y a deux choses qui m’ont beaucoup aidé pendant ces deux ans. Les entretiens que nous avons eus ensemble… » - à ce moment elle lève les yeux vers lui pour appuyer son propos, exprimant la confiance qu’elle lui a réitérée – « … et la danse. » Cours de danse, elle fait des mouvements devant une baie vitrée qui montre des maisons de village enveloppées de végétation. En commentaire, la voix féminine reprend l’interrogation de départ et poursuit : « Ineffable tendresse. Inaccessible. Inaccessible. Inaccessible. » Dans un paysage de vigne, elle va s’asseoir sur le muret qui sépare le champ de la route. C’est son anniversaire, dit-elle en off, elle a atteint l’âge qu’avait sa mère au moment de la mettre au monde. Deux femmes passent devant elle, poussant un landau. Des enfants courent sur le muret. Composition symbolique inscrite dans le cadre de son réel pour cristalliser les préoccupations qui la travaillent. « Mais qui suis-je ? Faut-il seulement vouloir pour pouvoir ? » Elle va au landau, veut regarder à l’intérieur. Gros plan sur son visage figé par l’angoisse, raccord sur un plan métaphorique, avec un point de vue depuis le landau sur une femme sans visage : c’est elle, femme qui n’est pas encore reconnue mère. (17.53).
Dérives dans la ville, son regard resserre sur les enfants qu’elle rencontre, projections de celui qu’elle s’imagine. Commentaire par la voix masculine : « Objet perdu. Eternelle recherche. » Au niveau de la mairie, un mariage sur son chemin. Toutes les rencontres concordent pour jouer son histoire et incarner ses obsessions. Composition onirique quand elle rentre chez elle, un écho électrique se fait entendre alors qu’elle gravit le perron de sa maison submergé de fumée. Repas du soir, le silence se fait entre elle et son mari. Il se rapproche d’elle lui tend la nourriture au bout de la fourchette. Plan noir et blanc d’une tablée familiale, c’est un souvenir qui se forme : le grand-père bénit le pain avec son canif, la grand-mère fait également le geste de tendre la fourchette à la petite fille assise à ses côtés. De nouveau dans le cabinet du médecin. Face à face montré par une panoramique parfait, qi commence sur elle et finit par lui. Voix off, masculine : « Suis-je toujours médecin dans cette rencontre ? Le langage que Renée me propose, je ne le reçois pas avec toute la gravité qu’il mérite. Pourquoi ? Elle essaie de me faire entendre son désir e je vais lui répondre par une stratégie. » Interrogation qui remet en perspective la relation patient-soignant, la rapprochant d’une relation amoureuse qui ne s’avoue pas ; le médecin cherchant un refuge dans son savoir pour brider son élan vers elle. Il lui propose un nouveau protocole, elle acquiesce. (22.56).

Autre patiente, autre enjeu : le passage de la ménopause

Une autre patiente entre en jeu. Elle et habillée avec soin, son attitude est élégante. Le médecin lui demande son âge, elle répond 43 ans. « Vous venez pour un contrôle ». Elle sourit. « A mon âge, je crois qu’il faut faire des contrôles. » Ses règles s’estompent, ajoute-t-elle, « Je vais être délivrée, enfin. Les hommes ne peuvent pas comprendre ça, mais pour nous, les règles nous mettent sur le qui-vive. Ca a un rapport avec la maternité, la grossesse, la contraception. » Le médecin répond : « Vous avez l’impression qu’en dehors des règles, une femme n’est pas une femme ». La caméra reste sur elle, saisit son visage en gros plan pendant qu’elle écoute et cherche la réponse. Enfin, elle acquiesce. « Je penses aussi que du moment où on ne les a plus, ça doit être triste, mais en même temps ça doit être autre chose. La femme, si elle a des rapports, se met à penser qu’elle n’est pas considérée comme une femme uniquement pour avoir des enfants. Elle est aimée pour elle-même. » Au médecin qui lui demande si elle a eu des enfants, elle répond d’abord « deux », puis se reprend « non, un », corrige encore : « une », ajoute enfin : « elle doit avoir 21 ans, maintenant. » Elle a voulu avoir un second enfant, a rencontré des difficultés, les médecins qu’elle a vus lui ont dit qu’elle était stérile. Le médecin intervient : « ‘Stérile’, ce n’est pas un joli mot. » « C’est vrai » répond-elle. Elle ajoute qu’au bout de huit ans d’espérance, elle s’est résignée à l’idée qu’elle n’en aurait pas. Elle s’agite sur le fauteuil. « C’est par là ? » demande-t-elle en indiquant le hors champ. Gros plan de son visage reflété dans un miroir, irisé par un effet de flou. Sa voix en off : « Qui es-tu, toi qui entends ma souffrance ? Toi, le témoin d’une parole ? » Dans le bureau, la même patiente, mais avec des habits différents et ses cheveux lâchés, qui indiquent que c’est une autre visite. « Vous m’avez dit de revenir un mois pour voir l’évolution de mon infection après le traitement… » Elle ajoute qu’elle va bien, que ça a été facile à guérir. Il hausse des épaules. « Guérir… Qu’est-ce que ça veut dire ? » Décontenancée, elle répond que c’est son métier. « Ce mot m’interroge, reprend-il. Il s’agit de ne pas mettre un rempart entre le désir de guérir et le désir lui-même. » De nouveau le panoramique qui fait tournoyer le regard sur les deux protagonistes, manière d’abolir l’obstacle qui s’interpose entre eux : le bureau du médecin. « Souvent, répond la patiente, on croit être guérie, et puis la blessure s’ouvre à nouveau. Je veux parler d’une blessure plus grave, plus profonde. Après votre consultation, j’ai eu l’impression que quelque chose s’était libéré en moi. » Elle a fait un avortement à l’âge de dix-huit ans, reprend-elle. C’est la première fois qu’elle le raconte. Son ami l’a quittée peu après. « On ne pouvait pas rester ensemble. » (29.20)

Renée encore : l’attente encore

Retour à Renée. Elle est dans le cabinet du médecin, avec son mari. Voix off du médecin : « Depuis que j’ai vu Cécilia, j’ai su que j’entendrais Renée. » Elle raconte un rêve « étrange » qu’elle a récemment eu. « J’attendais un enfant »… Elle s’interrompt, regarde son mari, sourit, reprend : « Nous attendions un enfant ». Alors qu’elle le tenait dans ses bras, « il est devenu tout petit ». Elle a voulu le mettre dans un cercueil, son mari le lui a pris pour le réchauffer dans ses mains. Le mari prend la parole, dit qu’il a parlé de ses problèmes avec un ami qui connaissait une situation comparable. « Je me suis senti moins seul ». Elle ajoute que son mari estime que le fait de ne pas avoir d’enfants influe sur leur sexualité. « Il y a des moments où on ne se supporte plus » dit-il en jetant un regard vers elle. « Surtout quand il faut calculer pour la fécondation. » le médecin demande si calculer est une bonne chose.

Retour à Cécilia

Dans le bureau du médecin, Cécilia raconte le moment dans sa vie où elle est tombée enceinte.Elle éprouvait un vif désir d’avoir un enfant alors qu’elle vivait en couple « avec un homme plus âgé ». « Je me suis sentie bien, de fabriquer quelque chose, chaque jour. » Gros plan sur le médecin, attentif. Elle décrit ensuite son sentiment d’un « grand manque » après l’accouchement. « Je n’étais pas préparée. » Le médecin interroge sur le père - une donnée qu’il réintroduit souvent dans les entretiens. Cécilia répond que le père n’était pas investi, « d’ailleurs j’ai surtout fait un enfant pour moi-même ». A l’époque, elle était indifférente au désintérêt de cet homme, aujourd’hui, en revanche, elle est émue quand elle voit un couple qui vit sa parentalité harmonieusement. « Parce qu’ils l’ont désiré ensemble », remarque le médecin. Elle acquiesce comme Renée, avec ce « Bien sûr » qui convient et évacue. « L’enfant que j’ai eue, je ne l’ai pas gardé », ajoute Cécilia. Elle redoute que le médecin la juge mal. « Je ne vous juge pas », répond-il. Elle explique qu’elle l'a confié à sa mère avec laquelle elle s’entendait très mal. Elle arrivait à voir son enfant régulièrement, puis de moins en moins. Son regard cherche le plafond, ses lèvres bougent sans qu'elle émette toujours de son. Les paroles lui coûtent visiblement. Elle passe ses doigts sur sa lèvre inférieure, le silence se prolonge. « Vous ne l’avez plus revue ? » Elle dit non de la tête. « Je l’ai abandonnée. Mais je l’ai faite. » Il dit : « Vous l’avez fait vivre. » il lui propose de dessiner, de faire un dessin « sur lequel vous parlerez ». il lui tend une feuille blanche, mais c’est en transparence que le dessin qu’elle exécute est filmé, comme dans le Picasso de Henri-Georges Clouzot. Sur la plaque de verre, elle trace une forme ovoïde. En transparence, nous voyons le médecin qui s’est positionné derrière elle. « J’ai dessiné un rond, vide. Peut-être ai-je dessiné la mort, ou alors un corps de femme, rond, qui naît… Et si c’était ?... », « ... La vie, complète le médecin ». Elle répète : « La vie ? » Elle pose alors le feutre, regarde le dessin puis le médecin, dit seulement : « Voilà. » (36.50)

Conclusion heureuse : l'enfant paraît

Plan de transition, un homme dans un champ, accroupi dans la terre, une boîte en bois à ses côtés. Dans le bureau du médecin, Renée parle : « L’acte sexuel me renvoie toujours au passé. » Le médecin arrête son assistante dans son passage à travers la pièce pour venir s’asseoir aux côtés de Renée. « J’ai peur », ajoute-t-elle. « Peur d’avoir un enfant ? » interroge le médecin. « En tous cas, maintenant, je le désire, répond Renée. » Le médecin : « Vous êtes les premiers d’une lignée. » Manière de la décharger de son passé. Gros plan sur le regard de Renée que les larmes fait briller. Raccord sur un plant sectionné, où perle une goutte de sève. Une voix d’homme : « C’est lui qui portera des greffons ». Le canif entaille le plant pour l’enter d’un greffon. Retour à Renée qui évoque son père qui l’a abandonnée, qu’elle déteste, son grand-père qui a joué le rôle du père, son mari enfin. « Cet enfant je me demande si je ne le veux pas pour moi, pas pour le couple. Je n’ai pas encore pu répondre à la question : ‘qu’est-ce qu’être une femme ?’ ». « Etre une femme, c’est peut-être être désirée, ou rendre possible le désir d’un autre... » Quand Renée part, la caméra zoome sur le poster qui orne le mur à côté de la porte, montrant un cheval blanc. Voix off masculine : « Pourquoi cette image est-elle liée à l’histoire de Cécilia, à Renée, ou à celle d’Eve ? » Evocation d’Eve, troisième femme à souffrir de son infertilité. Elle apparait dans le champ, mais en parle pas en in. Le médecin raconte que sa mère vient de mourir. « Eve, la mère mythique ». Elle chevauche un cheval blanc qui galope dans la mer. « Eve, la vie, la mort, la vie, la mort… » Le cheval s’est enfoncé dans les flots. « Eve qui assume son deuil pour donner naissance et renaître aussi. Enceinte après la mort de sa mère, comme pour la réincarner. » Gros plan sur sa chevelure blonde qui se fond dans la blondeur d’un champ. Un paysan laboure sa terre, creuse un sillon avec le soc de sa charrue.Dans le bureau du médecin, Renée et son mari. Renée est souriante : « Je crois que je suis enceinte ». Le mari sourit aussi : « J’en suis presque sûr. » Elle explique qu’elle n’a pas pris de médicament le mois dernier pour ne plus être contrainte. Le mari ajoute qu’il a compris qu’il passait à côté du désir d’enfant. Le mari : « Ce qui est étrange, c’est qu’il a fallu une intervention extérieure… » « - Une rencontre dit le médecin ». Dézoom pour montrer que son assistante assiste à l’entretien. Renée pose les mains sur la table, tout à fait détendue. Elle regarde le médecin puis l'assistante : « Je crois que j’aurais encore besoin d’être suivie pendant ma grossesse. » Manière de confirmer sa satisfaction de leur suivi.
Plan dans un champ de blé, des enfants courent dedans. Une voix de femme chante sur la mélodie qui a couru tout le long du film : « Reste au creux de moi, mon enfant, mon tout petit, le voyage n’est pas fini. Je sens sous mes doigts mon ventre qui frémit... » Dernier plan, un homme accompagné d’un garçon qui lui désigne un arbre : « Ca c’est mon arbre, c’est le grand-père de mon père qui l’a planté. » L’enfance s’inscrit d’elle-même dans une filiation de longue durée. La chanson est celle d’une femme qui parle au bébé qu’elle attend ; à l’image, c’est un homme qui parle à un enfant : toujours ce souci de ramener la paternité, voire de la défendre, dans ce récit de patientes hantées par le désir d’être mères.

Notes complémentaires

(français)
Fonds Eric Duvivier code 536.

Références et documents externes

(français)


Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Anne Masseran, Joël Danet