Liebe ohne Angst (1989)

De Medfilm



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Titre :
Liebe ohne Angst
Année de production :
Pays de production :
Réalisation :
Conseil scientifique :
Interprétation :
Durée :
25 minutes
Format :
Parlant - Couleur - 35 mm
Langues d'origine :
Sous-titrage et transcription :
Sociétés de production :
Commanditaires :
Archives détentrices :
Corpus :

Générique principal

(Deutsch)


Drehbuch: Frank Rinnelt, Manfred Schmidt
Kamera: Gerd Senkel
Schnitt: Christa Bramann
Musik: Rainer Gäbler
Sprecherin: Cathleen Themel

Die Rechte wurden freundlicherweise zur Verfügung gestellt vom Deutschen Hygiene-Museum, Dresden.

Générique de fin :

EIN FILM DES DEUTSCHEN HYGIENE MUSEUMS IN DER DEUTSCHEN DEMOKRATISCHEN REPUBLIK

HERGESTELLT IM VEB DEFA-STUDIO FÜR DOKUMENTARFILME GRUPPE SPEKTRUM

GESTALTUNG
CHRISTA BRAMAN-REINHARD W. BUCHTA
ANNE ENZMANN-RAINER GÄBLER
DIETER KRAATZ-HORST SPIEL-RENÉ SCHMAL
MANFRED SCHMIDT-GERD SENKEL
CATHLEEN THEMEL-FRANK RINNELT

FACHBERATUNG
DOZ. DR. SC. MED. ALBRECHT SCHOLZ
SR DR. SC. MED. JÜRGEN KÖLZSCH
PROF DR SC POL KURT STARKE

© 1989 DEUTSCHES HYGIENE-MUSEUM IN DER DDR


Film diffusé avec l'aimable autorisation du Deutsches Hygiene-Museum (Dresde).

Contenus

Thèmes médicaux

Sujet

En RDA, une jeune femme enquête sur le SIDA auprès de jeunes de son âge et d'experts.

Genre dominant

Documentaire

Résumé

En RDA, à la fin des années 1980, une jeune femme mène une réflexion sur l'émergence du SIDA et sur les répercussions qu'il pourrait avoir sur sa vie relationnelle et sexuelle. Elle interroge des jeunes de son âge dans une discothèque, un dermato-vénérologue, un jeune homme séropositif et participe à un groupe de parole sur le sujet. Le film mêle des informations pratiques (notamment sur l'utilisation du préservatif) et des réflexions plus générales sur l'amour, la sexualité, la responsabilité de chacun par rapport à ses partenaires sexuels, la liberté, etc.

Contexte

Au début des années 1980, les médecins est-allemands observent les premiers communiqués officiels diffusés dans le monde entier, les données épidémiologiques et les mesures prises contre la propagation du SIDA. Mais contrairement aux États-unis et à la RFA où les journaux d'opinion se saisissent du sujet, en RDA, l'épidémie ne rencontre presque pas de résonance médiatique dans la presse populaire. Le ton des recherches et communications scientifiques reste à un niveau très objectif, même si l'augmentation extrêmement forte du nombre des contaminations est reconnue. Les rapports scientifiques sur les groupes à risques mentionnent les personnes homosexuelles, toxicomanes et hémophiles. Cependant, les personnes hétérosexuelles sont également citées, pour éviter les discriminations.
En RDA, les premières mesures de contrôle et de lutte contre le SIDA sont prises en 1983. Ainsi, le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), le parti au pouvoir, s'appuie sur une loi pour la protection contre les épidémies de 1965 pour imposer la déclaration obligatoire nominative des infections par le VIH. En outre, un comité consultatif sur le SIDA est créé auprès du ministère de la Santé est-allemand (Ministerium für Gesundheitswesen). Il est dirigé par Niels Sönnichsen (directeur de la clinique et policlinique de dermatologie de la Charité à Berlin) qui a déjà travaillé sur le SIDA et a écrit un certain nombre d'articles scientifiques sur le sujet. Il classe le SIDA dans les maladies sexuellement transmissibles, à côté de la syphilis et de la gonorrhée. Il déconseille très tôt de limiter la question du SIDA aux groupes à risques (personnes homosexuelles, hémophiles, etc.) et préconise plutôt l'identification précise de conduites à risques (rapports anaux non protégés, multiplication des partenaires, désintégration sociale). Des centres de consultation spécialisés sont ouverts dans les villes universitaires et des règles de comportement très rigoureuses concernant les personnes positives au VIH sont publiées. Les étrangers présents sur le territoire est-allemand pendant un certain temps sont astreints au dépistage du VIH.
En décembre 1983, premier signalement d'un patient porteur du VIH sur le sol de la RDA. Il s'agit d'un visiteur ouest-allemand de la foire de Leipzig qui est pris en charge médicalement parce qu'il a de la fièvre. Il présente une lettre de son médecin sur laquelle figure le diagnostic, à la suite de quoi il est immédiatement transporté dans sa ville d'origine dans le Land de Hesse.
Le premier citoyen est-allemand séropositif est diagnostiqué en 1985. Cet événement entraine un changement dans la politique d'information du public sur le sujet. C'est ainsi que Sönnichsen se soumet aux questions d'un journaliste dans l'un des numéros du magazine Visite diffusé à la télévision en août 1986. Il y parle des mesures de prévention du SIDA prises en RDA (exemples : contrôle des réserves de sang, et collaboration étroite avec l'OMS sur ces questions). Des "requêtes citoyennes" (Bürgereingaben[1]) adressées au ministère de la Santé est-allemand en 1986 et 1987 montrent que le SIDA est désormais un thème dont la population s'est emparé, souvent en lien avec des discriminations envers les personnes homosexuelles et les étrangers. Sur la centaine de requêtes citoyennes adressées au ministère de la Santé en 1987, une trentaine concernent le thème du SIDA. Même si ces chiffres ne sont pas représentatifs, ils révèlent l'inquiétude de la population, ces courriers traitant de questions variées liées au SIDA (de diverses théories du complot à des demandes de placer les personnes séropositives à l'isolement). Ces documents montrent également que les modes de contamination sont mal connus. Les lettres de téléspectateurs adressées au magazine TV Visite révèlent des éléments similaires.
En 1987, l'année où le ministre de la santé est-allemand, Ludwig Mecklinger, déclare dans une émission de radio qu'un comportement sexuel "conforme au socialisme" (sozialismus-adäquates Sexualverhalten) constitue la meilleure protection, le ministère de la Santé de la RDA recense 70 personnes séropositives, dont 45 étrangers. Ce fait qui arrive aux oreilles de la population générale attise de nouveaux préjugés à l'égard des étrangers. Conjointement aux annonces d'une propagation du SIDA à l'international en septembre 1987, ces événements obligent Erich Honecker à réagir. En mars 1987 un "plan de mesures visant à mettre en place le programme complexe de prévention et de lutte contre le SIDA en RDA" est lancé. Ces mesures comprennent l'augmentation de la production d'une marchandise rare : les préservatifs. Cependant, dans la pratique, elle s'avère difficile à mettre en œuvre car l'usine d'Erfurt est particulièrement délabrée. Parmi les autres mesures de ce plan on trouve une collaboration scientifique au niveau international, l'amélioration de l'équipement des laboratoires, des actions de formation continue pour les médecins et autres soignants, ainsi qu' une campagne d'information qui est confiée au musée d'Hygiène de Dresde. L'émission Visite s'intéresse également plus souvent au SIDA.

Le film Liebe ohne Angst sort en RDA dans un contexte influencé par la Bundeszentrale für gesundheitliche Aufklärung (BZgA, Bureau fédéral d'éducation sexuelle et sanitaire). En effet, un contact entre la BZgA et le musée d'Hygiène de Dresde en juin 1988 a mené à l'organisation et à l'ouverture, le 1er décembre 1988, d'une petite exposition sur la prévention du SIDA au musée d'Hygiène. Le titre de l'exposition initialement choisi, AIDS - ein Schatten auf unserer Welt ("Le SIDA - Une ombre plane sur notre monde"), est finalement abandonné et remplacé par le slogan de la BZgA, Gib AIDS keine Chance ("Ne laisse pas la moindre chance au SIDA.") Outre des informations sur les voies de contamination possibles, l'exposition traite également des relations sociales avec les personnes atteintes par la maladie. L'expo comprend 20 étapes équipées d'ordinateurs, de maquettes en trois dimensions et d'éléments interactifs. (En 1989, une série de diapositives également intitulée Gib AIDS keine Chance reprend les messages d'avertissement concernant la promiscuité sexuelle déjà présents dans l'exposition.)
Mme Sturm, employée du musée d'Hygiène, décrit l'objectif du film Liebe ohne Angst après une conversation avec Albrecht Scholz, vénérologue consultant du district de Dresde (qui apparaît dans le film), de la façon suivante : "informer sur la protection contre le SIDA, sans discrimination sexuelle". S'il est vrai que la protection contre le SIDA relève des institutions de santé, il s'agit également de faire appel à la "responsabilité de chacun vis-à-vis de ses partenaires". La transmission de connaissances est donc centrale. Cependant, il est également nécessaire d'aborder le public cible (adolescents et jeunes adultes, parents, enseignants, responsables de jeunes et personnel médical) sur le plan des émotions. Le film devra être projeté au musée d'Hygiène de Dresde, dans les clubs de la Freie Deutsche Jugend (organisation de la jeunesse communiste), toujours en conjonction avec la conférence d'un médecin ou un débat modéré par un ou plusieurs experts de ce domaine. Cela rappelle la technique des films d'éducation sexuelle des années 1920 tout en montrant combien le sujet du SIDA est considéré comme brûlant.
En décembre 1988, le réalisateur du film, Frank Rinnelt (élève de Detlef Teztke qui a réalisé en autres Mann und Frau intim) prend part à une autre discussion. Il y est décidé que Liebe ohne Angst ne devra pas être un film éducatif et ne devra pas contenir de statistiques. Il ne devra pas non plus transmettre d'émotions négatives comme "la peur du contact physique" ou d'autres sentiments d'insécurité mais communiquer "de la joie de vivre et une vision optimiste de la vie".
Les consultants qui ont participé au film sont deux médecins, Albrecht Scholz (cf. supra), Jürgen Kölzsch, allergologue et le professeur Kurt Starke, diplômé en sciences politiques, sociologue, chercheur spécialisé dans les domaines de la jeunesse et de la sexualité, et auteur d'une cinquantaine d'ouvrages dont Lasst uns über Aids sprechen (Parlons du SIDA) qui parait en 1989 (année de la sortie de Liebe ohne Angst). Grâce à ce dernier ouvrage, il est considéré comme un spécialiste de la question du SIDA. Dans un rapport daté du 11 avril 1989, Starke évalue positivement le contenu émotionnel du scénario du film. Selon lui, ce projet aborde le problème du Sida en douceur et avec sensibilité. Il a la capacité de contribuer à une bonne gestion intellectuelle et émotionnelle, de mettre en place des normes éthiques et de fournir des modèles susceptibles d'influencer les comportements. Le tournage, sous la direction de Rinnelt, commence peu de temps après cette évaluation. Dans un procès-verbal rendant compte de la réception du montage brut, Voss, du musée d'Hygiène de Dresde, considère le film est une réussite et qu'il représente un tournant dans la production filmique par "son ton positif, décontracté et parfois plein d'humour (séquence de la discothèque) ainsi que par la nouvelle mise en valeur des films d'éducation à la santé du musée d'Hygiène de Dresde."

Éléments structurants du film

  • Images de reportage : Oui.
  • Images en plateau : Non.
  • Images d'archives : Non.
  • Séquences d'animation : Non.
  • Cartons : Non.
  • Animateur : Non.
  • Voix off : Oui.
  • Interview : Non.
  • Musique et bruitages : Oui.
  • Images communes avec d'autres films : Non.

Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?

À l'époque de la conception du film, la jeune femme qui en est le fil rouge et qui est jouée par l'actrice Cathleen Themel, vient de finir des études de cinéma. (En réalité, C. Themel a été recrutée dans son cours de théâtre.) On lui a demandé de concevoir un documentaire sur le Sida. Elle devient le personnage auquel les jeunes spectateurs (public-cible du film) vont s'identifier. À de nombreuses reprises tout au long du film, elle exprime en voix off des questions (auxquelles elle n'apporte pas vraiment de réponse), son point de vue et son ressenti. Ce procédé permet de suivre l'évolution de ses émotions à mesure qu'elle comprend qu'elle pourrait être contaminée elle aussi (ce qui mène à la séquence où elle subit un test de dépistage), lorsqu'elle lutte contre sa gêne pour acheter des préservatifs puis fait l'interview d'un jeune homme séropositif, etc, et finalement quand elle affirme que sa sexualité ne peut pas être détachée de sa personne.
En effet, pour le réalisateur, Frank Rinnelt, c'est l'identification émotionnelle qui doit transmettre le message du film. Il n'est pas question de donner de leçon aux spectateurs. Cathleen est le personnage central par qui il devient possible de transmettre des informations spécialisées, de relier les différentes séquences et de discuter de façon très personnelle de sujets tels que l'amour, les relations de couple, la maladie, la peur et la mort. Des sentiments à la fois de confusion et d'engagement sont transmis directement aux spectateurs par l'intermédiaire de son monologue intérieur.
Le caméra suit la jeune femme d'une façon qui rappelle le cinéma-vérité, en particulier dans la séquence de la discothèque. Ce faisant, elle oriente le film vers une approche positive de l'éducation à la sexualité. Comme le dit très explicitement le titre du film (Liebe ohne Angst signifie "L'Amour sans peur"), il ne doit pas provoquer de peur. Les hésitations ou les inquiétudes qu'expriment Cathleen trouvent des réponses concrètes dans le film. Ainsi, lorsqu'elle mentionne ses difficultés à parler de sa vie intime, le Dr Scholz lui répond qu'elle peut faire confiance aux médecins et lui décrit la procédure qui permet de garantir la confidentialité des résultats des tests de dépistage du virus HIV. De même, la vendeuse à qui elle achète des préservatifs lui répond de façon extrêmement précise et factuelle sur les différences techniques entre les différents types de préservatifs, ce qui contrebalance la gêne éprouvée par Cathleen. Enfin, sa peur de blesser par ses questions le jeune homme séropositif dont elle fait l'interview se dissipe tout naturellement au cours de leur entretien.
Le film est placé dans un cadre scientifique, d'une part à travers la figure du directeur du service de dermatologie, Scholz, et d'autre part à travers l'animateur du groupe de parole sur le SIDA du groupe de travail Courage, Uwe Zobl. Dans les deux cas, le film présente une rencontre entre un expert qui détient le savoir (Scholz/Zobel) et de jeunes interlocuteurs qui détiennent peu d'informations (Cathleen/les participants au groupe de parole). Les deux conversations sont également détendues. Zobl encourage les jeunes à exprimer leurs angoisses, leurs inquiétudes et leurs préjugés sans y apporter ni réponse, ni commentaire, ni jugement. Ce procédé permet, comme dans la séquence d'interviews dans la discothèque, de faire entendre une grande variété de points de vue.
Contrairement à de très nombreux films de prévention des MST des décennies précédentes, Liebe ohne Angst ne montre jamais de lésion provoquée ar le Sida et la seule personne contaminée présente dans le film reste cachée dans l'ombre. En revanche, l'utilisation correcte du préservatif est expliquée de vive voix, par des photos et par un "exercice pratique" : l'un des participants au groupe de parole déroule un préservatif sur ses doigts tandis que les autres commentent et corrigent sa façon de faire.
La reprise de la musique de jazz du générique marque et relie les séquences de transition plus introspectives où Cathleen exprime des interrogations/réflexions générales.

Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?

Rinnelt et Starke ont un point de vue similaire : les jeunes doivent être informés sur la maladie et les voies de contamination afin de pouvoir évaluer le risque que présente leur comportement mais il est hors de question de les soumettre à un climat de peur et d'angoisse.
À plusieurs reprises, l'accent est mis sur la responsabilité individuelle et sur le fait que chaque personne a la possibilité de se protéger et de protéger ses partenaires. De même, les patients peuvent avoir une action sur l’évolution de leur maladie par leur attitude et en suivant scrupuleusement les conseils des médecins.

Diffusion et réception

Où le film est-il projeté ?

Musée d'Hygiène de Dresde, clubs de le Freie Deutsche Jugend (organisation de la jeunesse communiste), en lien avec la conférence d'un médecin ou avant un débat animé par un ou plusieurs experts.

Communications et événements associés au film

Public

Jeunes, personnel soignant, enseignants et éducateurs.

Audience

Descriptif libre

Générique
Dans des teintes sépia et avec du jazz en fond musical, un jeune homme et une jeune femme se tournent l'un vers l'autre, se déshabillent et se caressent.
Un sigle apparaît en orange sur fond noir : L.o.A., puis sa signification apparaît en dessous en blanc : Liebe ohne Angst (L'Amour sans peur). (01:00)
Présentation du thème
Une jeune femme brune aux joues rebondies, Cathleen, travaille assise à un bureau couvert de dossiers, d'articles et de magazines sur le SIDA (et en particulier sur le fait que la maladie est devenue un problème mondial). Elle explique en voix off qu'on lui a demandé de participer à un film sur le SIDA, un sujet dont elle a une certaine connaissance théorique mais par lequel elle ne se sent pas concernée, comme de nombreuses personnes. Elle s'interroge sur les changements de comportement et les limitations imposées par l'arrivée de cette nouvelle pathologie, ainsi que sur la nécessité d'agir avec raison en amour, deux termes manifestement antinomiques. (01:58)
Interviews dans une discothèque
Pénombre, lumières vives colorées et musique rythmée. Cathleen passe au milieu des danseurs. Elle décrit la discothèque comme un endroit où un (grand) amour peut naître mais aussi comme le point de départ d'aventures sans lendemain. Elle affirme ne pas pouvoir coucher sans éprouver de sentiments mais finit par l'envisager pour un soir où elle se sentirait seule. Elle se demande si elle penserait au SIDA dans ce genre de circonstance ? (La question reste sans réponse.)
Cathleen demande à plusieurs jeunes gens et jeunes femmes s'ils ressentent le besoin de se protéger contre le SIDA. Les personnes qui répondent que non expliquent que leur partenaire est "normale" ou "propre", ou bien qu'elles sont fidèles. Un homme à l'air légèrement plus âgé que les autres déclare que son comportement a changé depuis quelques temps. Il paraît un peu horrifié en repensant à ses comportements antérieurs. Une jeune femme fait un lien entre le SIDA et les étrangers qui arrivent dans le pays "en masse" (eine grosse Menge). L'auto-discipline est évoquée comme moyen de protection. Deux jeunes gens probablement passablement éméchés adoptent un ton mi-agressif, mi-narquois pour affirmer que ce sont des "conneries" (Quatsch) et que c'est de toute façon "le problème de la fille" (das ist ihr Problem). On notera que cette réponse est généralement apportée à une question sur le risque de grossesse. Ici, elle fait la démonstration d'une ignorance totale de ce qu'est le SIDA (et/ou le taux d'alcoolémie du jeune homme qui la prononce.) (04:30)
Transition/Interrogations
Reprise de la musique de jazz du générique. Cathleen est assise dans un bus de nuit (pour rentrer chez elle après les interviews dans la discothèque ?) Des personnes de son âge, seules ou en couple, sont dans le même bus qu'elle. En voix off, Cathleen s’interroge sur les raisons qui font qu'on occulte le SIDA, qu'on pense qu'il ne concerne que les autres, et sur un paradoxe : cette terrible maladie se transmet quand des gens s'aiment. Elle répète que le SIDA n'est pas un problème quand les partenaires sont fidèles (c'est l'un des messages du film et il a déjà été énoncé de façon plus ou moins directe dans la discothèque) puis pose de nouvelles questions. Que faire quand on se sépare et qu'on recherche un nouveau partenaire ? Le risque est-il indissociable d'une relation amoureuse ? Comment définir l'insouciance ? (05:16)
Entretien avec le docteur Albrecht Scholz
Cathleen entre dans un hôpital et parcourt des couloirs. Faire ce film l'incite à se poser des questions sur ses relations antérieures et lui fait comprendre qu'elle a eu des comportements à risque (partenaires multiples). Elle commence à être inquiète mais énonce l'un des principes de base du film : il ne faut pas faire peur aux spectateurs car la peur ne protège pas véritablement. Cathleen entre dans le bureau du docteur A. Scholz, directeur d'un service de dermatologie.
Alternance de champs-contrechamps Scholz/Cathleen. Elle lui demande si et comment un patient peut agir sur sa maladie et sur l'évolution de cette dernière. Le Dr Scholz indique deux moyens d'action, l'un psychologique (l'attitude personnelle du patient) et l'autre médical (des contrôles réguliers). Il détaille les mesures sanitaires prises sur l'ensemble du territoire : il y a des "centres de conseil SIDA" (AIDS-Beratungsstellen) dans tous les districts de la RDA. La surveillance médicale permet de traiter de façon intensive les infections opportunistes dès leur apparition "pour ne pas trop surcharger le système immunitaire". Le dermatologue évoque également les problèmes psychosociaux que rencontrent les personnes séropositives mais ne donne pas plus de précisions à ce sujet.
Cathleen pose la question du test de dépistage. Que faire quand on a un doute ? Elle explique qu'elle préfère se faire tester de façon indirecte, lors d'un don du sang, parce qu'elle se sentirait gênée de devoir répondre à des questions sur sa vie privée et devrait avouer qu'elle a couché avec de quasi-inconnus sans leur demander d'utiliser un préservatif. Pour le Dr Scholz, ce qu'elle explique est un exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Il l'encourage à continuer à donner du sang mais l'incite surtout (en hésitant un peu dans son expression) à faire confiance aux médecins qui l'aideront à comprendre si ses craintes sont justifiées ou pas. Pendant qu'il continue ses explications sur le temps d'attente (6 semaines) à respecter entre un rapport à risque et le test et sur le processus garantissant l'anonymat des personnes testées, un autre plan montre une infirmière en train de faire une prise de sang à Cathleen. La jeune femme affiche un visage souriant et serein. Elle fait juste une petite grimace rapide et détourne le regard au moment où l'infirmière la pique. Un gros plan sur la seringue sert à démystifier la prise de sang.
Retour dans le bureau du Dr Scholz. Cathleen demande au médecin s'il a remarqué, comme elle, que les jeunes évitent la question du SIDA. Il commence par détailler les actions d'information qui ont été mises en place au cours des deux dernières années dans son secteur (conférences-débats et information dans les médias) puis explique que le SIDA est désormais classé parmi les MST. Il finit par répondre à la question de Cathleen en disant qu'il constate que les comportements ont changé en deux ans : les chiffres montrent que les gens utilisent davantage de préservatifs. Puis vient l'un des messages principaux du film : on ne peut contrôler les MST qu'en assumant ses responsabilités par rapport à son partenaire.(09:40)
Cathleen achète des préservatifs
Séquence destinée à montrer qu'en pratique, l'acte qui précède l'utilisation de préservatifs, c'est-à-dire leur achat, est simple et ordinaire. Dans une épicerie, Cathleen prend quelques articles dans les rayons. Arrivée à la caisse, elle demande un paquet de café puis des préservatifs. Comme il y en a plusieurs sortes et que Cathleen ne connaît pas les différences, l'employée sort quelques paquets du présentoir, précise qu'ils sont plus ou moins lubrifiés et lui indique leur prix, sans manifester la moindre émotion. Cathleen achète deux petits paquets tandis qu'un autre client attend son tour à proximité. (10:53)
Transition/Interrogations
Au bord d'une rivière, lumière un peu floue en fin de journée, musique de jazz. Plan poitrine sur des adolescents et adolescentes assis seuls ou par deux. Les uns discutent, les autres ont un air pensif. Les regards se croisent ou s'évitent timidement. En voix off, Cathleen explique qu'il y a un moment favorable pour proposer le préservatif à son partenaire et que si ce moment passe, on peut croire que c'est trop tard. Elle propose une solution à ce problème. Il suffit de dire "C'est bien parce que je tiens à toi qu'on va se protéger." Cependant une question subsiste. Le vieil adage, "l'amour rend aveugle", est-il toujours valable ? Serait-ce la raison pour laquelle les gens oublient de se protéger ? (11:40)
Groupe de discussion sur le SIDA
Une douzaine de petites tables rondes sont disposées dans une grande salle. De jeunes adultes sont assis par groupes de deux, trois ou quatre autour des tables. Certains ont un verre devant eux, d'autres sont encore en train de s'installer. Un jeune homme un peu plus âgé prend la parole et se présente. Il s'agit d'Udo Zobl, de la cellule SIDA du groupe de travail Courage. Sa mission consiste à discuter avec les gens, notamment de leurs peurs relatives au SIDA. Des plans sur le visage des participants montrent des personnes attentives, concentrées ou qui détournent le regard d'un air gêné. Cathleen prend des notes.
Udo rappelle les différents modes de transmission du SIDA. La mention des rapports oraux fait réagir un jeune homme qui dit qu'il s'agit de pratiques homosexuelles. Pour lui, les homosexuels sont les "porteurs" (Überträger) du SIDA. Ils s'infectent puis le transmettent à d'autres. Il se reprend et précise que c'est pareil pour les femmes. Une jeune femme l'interrompt avec véhémence pour dire que n'importe qui peut attraper et transmettre cette maladie. Elle réfute l'une des idées reçues de l'époque sur le SIDA selon laquelle les homosexuels auraient "inventé le SIDA". (L'un des mots qu'elle emploie pour désigner une personne homosexuelle, schwul, est très populaire et désormais considéré comme péjoratif et insultant.)
Udo reprend ce qui vient d'être dit et confirme que le virus se moque de savoir si on est un homme, une femme ou un enfant. Le jeune homme qui s'était exprimé baisse les yeux et se gratte la nuque d'un air gêné. Udo détaille le mécanisme de transmission du SIDA ("Un fluide corporel infecté doit entrer en contact avec votre sang.") Ensuite, il mentionne un moyen de protection quasi oublié qui revient au goût du jour : le préservatif (il cite également quelques synonymes plus familiers). Il renvoie à des expériences supposées communes comme le fait d'avoir utilisé des préservatifs pour faire des ballons ou des bombes à eau.
Petite plaisanterie pour détendre l'atmosphère : Udo explique qu'il va être question de l'utilisation du préservatif mais qu'ils ne vont pas s'exercer pour de vrai sur place, ce qui déclenche quelques rires. Udo distribue des préservatifs dans la salle, notamment à Cathleen qui est très gênée. Il interpelle le jeune homme qui avait fait le commentaire sur les homosexuels et lui demande de dérouler le préservatif sur ses doigts pour montrer comment on s'en sert. Mais le jeune homme n'a pas créé de réservoir à l'extrémité du préservatif, ce qu'un autre participant relève et corrige en employant quelques mots incongrus qui font rire le groupe. Udo reprend l'explication, photos à l'appui, en utilisant les mots justes, notamment "membre" (Glied) et "en érection" (erigiert)
Une jeune femme a entendu dire qu'il fallait inclure le préservatif dans les préliminaires mais elle ne voit pas comment faire. Elle se trouve maladroite et a peur que l'érection de son partenaire ne disparaisse le temps qu'elle ouvre un préservatif. On lui répond qu'il fait s'exercer et utiliser son imagination.
Débat rapide sur le fait que les préservatifs devraient peut-être être gratuits.
La jeune femme qui a posé la question des préliminaires reprend la parole mais a du mal à s'exprimer. Elle ne finit pas ses phrases, se reprend plusieurs fois. Ce qu'elle essaie de dire, c'est que chaque fois qu'elle a tenté de parler de préservatif, son partenaire a mal réagi, a été choqué ou l'a traitée de folle. Pour elle, le sujet est tabou. Au contraire, le jeune homme qui avait donné des précision sur l'utilisation du préservatif parle de la gêne que peuvent éprouver les hommes et précise que c'est plus facile quand c'est la partenaire qui demande le préservatif.
Une autre participante explique d'une façon qui manque un peu de clarté qu'elle utilise le préservatif depuis longtemps parce qu'elle refuse de porter seule la responsabilité de la contraception. Pour elle, c'est très simple, s'il veut un rapport sexuel, il faut que son partenaire utilise un préservatif ! Parlant avec beaucoup d'énergie et tapant du poing sur la table, elle explique qu'elle ne comprend pas pourquoi la jeune femme précédente n'ose pas aborder le sujet avec ses partenaires. Un jeune homme lui dit que c'est facile quand on est dans une relation de confiance mais que sinon, c'est très difficile. Un autre explique à la jeune femme qui vient de parler qu'une attitude comme la sienne lui aurait fait "passer l'envie" pendant plusieurs années s'il l'avait rencontrée à l'âge de 16, 17 ans.
Cathleen prend la parole et rappelle avec une certaine véhémence que chacun peut agir pour prévenir cette maladie.
Dans toute cette séquence, une alternance homme-femme est assez bien respectée dans l'expression des points de vue. Elle ne révèle pas de différence majeure entre les deux groupes. À une exception près, lorsqu'il s'agit de demander ou de proposer l'utilisation d'un préservatif, les difficultés sont similaires quel que soit le sexe de la personne. (19:02)
Transition/Réflexions
Reprise de la musique de jazz. Cathleen travaille à son bureau dans la pénombre. En voix off, elle parle des émotions et des éléments psychologiques d'une relation sexuelle : la proximité entre deux personnes, la recherche de compromis et l'apprentissage de ces différents mécanismes.
Succession de plans sur l'enseigne d'un cinéma érotique, deux couples qui discutent dans la nuit, et Cathleen qui observe une affiche de cinéma. (19:57)
Interview d'un jeune homme séropositif
Cathleen a eu du mal à trouver une personne séropositive qui accepterait une interview car ces personnes sont trop souvent rejetées. Encore une fois, elle exprime des doutes et des inquiétudes. Elle a trouvé quelqu'un à interviewer mais elle a peur de le blesser par ses questions. Elle l'interroge d'une voix douce et il lui répond de même, dissimulé dans la pénombre. Il raconte le choc que fut l'annonce de sa séropositivité. À l'époque, il a pensé au suicide. Cependant, il vit désormais dans une plus grande sérénité : il est conscient de la gravité de sa situation mais pour le moment, il va plutôt bien et met tout son espoir dans la médecine.
Cathleen lui demande pourquoi il n'a pas utilisé de préservatif à l'époque. Il explique qu'il savait comment se protéger mais qu'il n'y pensait pas en permanence et qu'il a oublié dans l'excitation du moment. Cette petite séquence apporte une réponse à la question de Cathleen sur l'amour aveugle. Elle parle de responsabilité et d'action tout au long du film mais la réalité, c'est que lors d'une rencontre amoureuse, les partenaires risquent de tout oublier. Le jeune homme admet qu'il agirait différemment si c'était à refaire.
Ensuite, c'est le thème du soutien de l'entourage qui est abordé. Le jeune homme n'a rien dit à ses parents car il veut éviter qu'ils changent d'attitude avec lui. Ses parents ne seront mis au courant que quand il sera trop tard (c'est-à-dire après son décès). Cela choque Cathleen qui explique que sa mère serait son premier soutien si elle se retrouvait dans une situation similaire. Cependant, le jeune homme précise qu'il n'est pas seul et reconnait l'importance d'avoir un entourage qui apporte du soutien aux personnes séropositives. Dans son cas, c'est son compagnon qui joue ce rôle. Ils peuvent aborder tous les sujets ensemble (c'est-à-dire probablement aussi ceux de la souffrance, de la fin de vie et de la mort).
Cathleen l'interroge sur les raisons qui l'ont poussé à accepter une interview. Il explique qu'il veut combattre les idées reçues sur la maladie : l'homosexualité et le SIDA n'ont rien à voir avec une perversion, il faut se protéger contre le SIDA en utilisant des préservatifs et en restant fidèle. Il précise qu'il a toujours recherché une relation stable. Il conseille aux personnes en quête d'une nouvelle relation de commencer par bâtir une relation de confiance puis d'aller faire un test à deux, avant d'avoir des rapports sexuels. (23:50)
Conclusion
Cathleen travaille sur un banc de montage, elle sélectionne certaines images. (Une autre femme travaille à proximité.) En voix off, elle énonce un programme de vie : aimer et être aimée sans faire de reproche à personne, que ce soit à elle-même ou à autrui. Tandis qu'elle regarde les images du générique de début, elle énonce une phrase un peu énigmatique : "Ma sexualité fait partie de moi. Elle ne peut pas être meilleure que moi."

Notes complémentaires

Références et documents externes

Laukötter, Anja, Sex-richtigǃ Körperpolitik und Gefühlserziehung im Kino des 20. Jahrhunderts, Göttingen, Wallstein Verlag, 2021.

Contributeurs

  • Auteurs de la fiche : Élisabeth Fuchs
  • Transcription Allemand : Élisabeth Fuchs
  • Sous-titres Anglais : Élisabeth Fuchs
  • Sous-titres Français : Élisabeth Fuchs
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  1. Pfütsch, Pierre, "Prävention und Gesundheitsförderung in der Bundesrepublik Deutschland aus geschlechterspezifischer Perspektive (1949-2010)", Jahrbuch des Instituts für Geschichte der Medizin der Robert Bosch Stiftung, 2017, Beiheft 63, Stuttgart, Frank Steiner Verlag, pp. 55-60, ici 58-59.