Le médecin face au toxicomane (1980)

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Le médecin face au toxicomane


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Title Le médecin face au toxicomane
Year of production 1980
Country of production France
Director(s) Bernard Schmitt
Scientific advisor(s)
Duration 29 minutes
Format Parlant - Couleur - 16 mm
Original language(s) French
Production companies Les Films du Plateau
Commissioning body Laboratoires Delagrange
Archive holder(s) CERIMESImage'Est

Main credits

(français)
Générique de début : « A l'exception des interviews, toutes les scènes de ce film ont été reconstituées par des comédiens d'après des témoignages authentiques/ Le laboratoire Delagrange présente/ Le médecin face au toxicomane/ un film réservé au corps médical ».
Générique de fin:
« Production : Les Films du Plateau-Lyon, copyright les films-novembre 80/ réalisation Bernard Schmitt/ Avec le concours de M. Charles-Nicolas ; M. Colrat ; Mme Dolard ; M. Dolard ; M. Gillet ; M. Oddou ; Mme Pignet ; M. Prat ; Mme Vincent/ Laboratoire Delagrance (cinémathèque Delagrange) ».

Content

Medical themes

Theme

(français)
Positionnement du médecin généraliste devant le patient toxicomane, attitude psychologique à adopter à son égard.

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Par des entretiens et des reconstitutions fictionnelles, le film présente les nouvelles pratiques de la toxicomanie et fait part de l'état actuel des réflexions de la part des praticiens spécialistes sur la manière dont le médecin généraliste doit prendre en charge le patient toxicomane.

Context

(français)
Santé : Dans les années 70, le développement de la consommation de drogues dans les pays occidentaux en fait un sujet de santé publique.

Société française : Jeunesse française frappée par le chômage, développement des pratiques de contre-culture.

Culture : parution en 1971 de L’herbe bleue de Beatrice Sparks et en 1978 de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… de Christiane Felscherinow. Adaptation cinématographique de Moi, Christiane F… En 1981. Dans la série Affaire vous concernant, l’émission « Dans le métro de Paris » diffusé sur Antenne 2 le 6 mai 1982 comporte une séquence où une jeune fille inhale une substance psychotrope devant la caméra.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : Yes.
  • Interview  : Yes.
  • Music and sound effects : Yes.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
Le film s'adresse aux médecins généralistes. Il le met en présence de pairs qui font part de leur expérience, mais aussi de médecins spécifiquement responsabilisés dans la prise en charge des toxicomanes. Enfin, le film insiste sur le contexte du toxicomane auquel le médecin n'a pas forcément accès : la ville avec ses repères de trafic ou de prises, les lieux de sociabilité ou d'isolement.

How are health and medicine portrayed?

(français)
La médecine est représentée comme une chaîne de responsabilités complémentaires. De nombreux médecins sont interrogé dans leur bureau, parlent avec simplicité de leur savoir et de leur expérience. Ces interventions permettent au médecin généraliste de se situer précisément devant le patient toxicomane puisqu'il dispose auprès de ses pairs spécialisés conseil et relais. Le film n'occulte pas l'enjeu psychologique de l'approche du toxicomane au comportement imprévisible.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
salles d'exploitants pour séances réservées aux professionnels de la santé

Presentations and events associated with the film

(français)
plaquettes de programme

Audience

(français)
professionnels de la santé, en partculier els médecins généralistes, étudiants en médecine.

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
Reconstitution d'une overdose
Carton : « A l’exception des interviews, toutes les scènes de ce film ont été reconstituées par des comédiens d’après des témoignages authentiques. »Le générique s’affiche sur un plan général montrant une rue dans la nuit, avec l’enseigne lumineuse d’une pharmacie sur le bord cadre gauche. Deux phares qui brillent soudain annoncent une voiture qui avance. Quand elle approche, la lumière d’un gyrophare bleu se distingue. Elle tourne vers le bord cadre gauche, les lettres « SOS » se lisent sur son flanc. Crissement de pneus, la voiture négocie des virages serrés aux angles des rues. Dans l’habitacle, le conducteur parle dans un combiné : « J’arrive dans trois minutes, je vous appelle sur place ». La voiture s’immobilise sur une allée de gravier, devant la façade d’une demeure cossue : hautes croisées, glycine qui grimpe aux murs. Sans doute, en installant la scène dans un environnement de haute bourgeoisie, le film cherche-t-il à montrer que la toxicomanie concerne toutes les couches sociales. Une jeune femme accueille le médecin qui descend du véhicule, il la suit. Raccord dans l’axe extérieur-intérieur, ils pénètrent dans un salon où se tiennent des personnes mutiques, puis accèdent à une chambre où gît un jeune homme en bras de chemise. Commentaire : « Pour nous, généralistes, la toxicomanie n’est pas un problème en face duquel nous nous trouvons toute la journée, loin de là. Nous voyons ce problème de manière très directe, essentiellement dans le cadre d’un appel d’urgence, d’une overdose… Mais il ne faut pas croire que c’est très fréquent. » Le médecin fouille dans sa trousse. Plans de coupe sur des hommes et femmes, toujours mutiques, sidérés. Le médecin leur annonce qu’ils devront appeler le SAMU. (02.47)
Positionnement du médecin généraliste devant le patient toxicomane
Cut, plan poitrine sur un homme attablé à un bureau. Des rangées de livres uniformes derrière lui. En infographie, l’indication : « Médecin praticien ». La voix du commentaire est la sienne. Il poursuit : « La deuxième occasion, c’est quand nous voyons arriver à notre cabinet des gens qui présentent des maladies somatiques, une hépatite, ou un abcès. Au cours de la consultation, nous nous apercevons que ce malade s’est piqué. » Changement d’angle et de valeur, légère plongée sur l’homme vu en plan épaule. « Le troisième cas, c’est lorsque les parents téléphonent parce qu’ils viennent de découvrir que leur enfant se drogue. Ils nous téléphonent à nous, leur médecin de famille, parce qu’ils savent que nous les connaissons, les écoutons, et que nous allons garder le secret. » Illustration par la séquence suivante avec une femme sexagénaire, cadrée de près, qui évoque au téléphone les comportements étranges qu’elle a repérés chez son fils : « il rentre tard, il maigrit, on n’arrive pas à se parler. Je suis sure qu’il se drogue. » Alors que le champ reste sur elle, le commentaire couvre sa conversation. C’est une voix de femme : « Notre rôle est de recueillir cette angoisse des parents, de dédramatiser le problème, d’aider les parents à retrouver le contact avec leurs adolescents. » En in, le visage de la femme, qu’une indication infographique désigne comme psychologue. Elle continue : « C’est une sorte de béance dans laquelle s’engouffrent toutes les angoisses, et notamment une image d’eux-mêmes dévalorisée, une remise en question de leur relation avec leur enfant mais aussi de leur propre vie. » Selon elle, les parents ont deux attitudes, ou bien la culpabilité, ou bien le rejet de la faute sur les fréquentations de leur fils ou encore la société. « Il convient de restaurer une image d’eux-mêmes pour qu’ils abordent avec le jeune toxicomane une autre relation. » Plan de salle à manger familiale, la caméra quitte la table pour suivre la mère qui va chercher le fils resté cloîtré dans sa chambre. Ses plaintes doivent surmonter celles de la guitare électrique qui résonnent dans la pièce plongée dans l’obscurité. (04.20)
Le généraliste à son bureau explique que le cas qu’il estime le plus difficile à traiter est celui du toxicomane venu le voir pour obtenir de lui une ordonnance « soit ouvertement, soit sous un prétexte quelconque. » Dans la salle d’attente, conduite nerveuse d’une femme qui fouille dans son sac à mains, allume une cigarette avec des gestes tendus, le regard inquiet. « Cette situation est très difficile à vivre, parce que d’une part c’est une personne qui souffre réellement, et que nous ne pouvons pas mettre à la porte. Il faut l’écouter, mais nous ne pouvons pas entrer dans son jeu, devenir son complice. De toute façon, nous ne pouvons pas lui prescrire ces produits. Ca la soulagerait, ça nous soulagerait aussi, mais si nous cédons la première fois, elle demandera indéfiniment la même chose et chaque fois nous serons obligés de céder et nous finirons par devenir son pourvoyeur. » Nouvel interlocuteur désigné par une indication infographique comme « médecin directeur – centre anti-poisons - Lyon ». Une femme se tient derrière un bureau chargé de papier et encombré de deux combinés téléphoniques. « Je crois qu’il faut que les praticiens comprennent qu’ils ont une place dans la cause de la toxicomanie et dans son traitement. C’est le praticien qui distribue les médicaments, par conséquent il ne peut pas être indifférent à une utilisation aberrante de ces médicaments - médicaments ou drogues, je crois qu’il ne faut pas trop séparer les deux. » Elle poursuit : « C’est le généraliste le premier sollicité. Il doit donc se positionner face au malade. Derrière sa demande de produits, il y a une demande d’aide beaucoup plus humaine que médicamenteuse. »
Le toxicomane dans la ville
Foule dans la rue, des personnes affairées, d’autres dans une position d’attente. Des accords de guitare – on reconnaît No woman no cry de Bob Marley, gros succès de reggae diffusé en 1979 - la caméra resserre sur une main noire faisant tenant un joint entre deux doigts. Travelling arrière qui montre une personne qui fume le joint, assis sur un bac de ciment à côté d’un musicien ambulant. Tout un groupe de passants s’est rassemblé autour d’eux pour écouter la chanson. Reggae et joint, deux indications qui rappellent que le rastafarisme, mouvement politique et culturel qui connaît alors un grand succès auprès de la jeunesse occidentale, est associé à la pratique de la maji-juana, substance considérée en France comme toxique. Le film identifie incidemment un phénomène dont le rayonnement, indiqué ici par son inscription dans l’espace public, favorise la pratique de la drogue. Une mention infographiée au bas du champ indique que le commentaire qui suit est donné par le médecin généraliste d’un centre d’accueil : « Ce n’est pas le produit qui fait la toxicomanie. En tant que médecins, nous ne pouvons pas non plus occulter les dommages que causent l’abus des produits toxiques sur l’organisme et la psychologie du toxicomane. Ces produits, nous devons les ramener à leur incidence strictement médicale, sans rapport avec leur aspect licite ou illicite. » Le travelling arrière se poursuit, mettant à distance le musicien de rue et son public, sa voix devenant réverbérée comme le mouvement de caméra atteint une entrée d’immeuble. Un léger panoramique vers la droite intègre dans le champ un jeune homme prostré contre le mur du vestibule, frottant son nez comme s’il venait de sniffer. Le commentaire reprend : « Il y a ainsi trois groupes de produits, ce qui pose des problèmes spécifiques : les opiacés, naturels ou de synthèse, avec des overdoses, des accidents pulmonaires ou les incidents plus fréquents, liés à la seringue : hépatite, septicémie. »
Un homme à son bureau, au téléphone. De sa main libre, il fouille dans la valise posée sur le plateau en verre de la table, en sort un tube qu’il ouvre et renverse. Plusieurs comprimés sortent du tube. Contreplongée sous le plateau de verre pour montrer l’homme qui les prend et les avale d’un geste vif et calme tout en continuant de parler au téléphone. Le commentaire continue son énumération : « Les barbituriques, ensuite, avec les problèmes liés à leur surdosage : troubles cutanés, ou neurologiques. Les solvants enfin, l’éther, la trichloréthylène, dont la toxicité aigüe et chronique doit être soulignée. En second lieu, les produits qui posent des problèmes psychologiques : l’acide, le LSD 25 avec ses crises de panique auto ou hétéro-agressives, les psycho-stimulants majeurs : coca, cocaïne, amphétamine et tous les anorexigènes surdosés avec des conséquences psychologiques ou psychiatriques de type paranoïde. »
Vues sur une sortie d’autoroute, puis pano sur la façade d’un grand ensemble. Le commentaire poursuit : « Et enfin les tranquillisants détournés, les hypnotiques non barbituriques, les laxatifs et surtout les effets correcteurs des neuroleptiques. Le dernier groupe de produits c’est celui qui pose le moins de problèmes médicaux : tous les dérivés du chanvre indien, le haschich, l’herbe, avec des manifestations anxieuses quelquefois. » Travelling dans un sous-sol de parking, le long des voitures garées, puis léger pano droite qui révèle, entre deux voitures, un jeune homme assis à même le sol, adossé à un pilier de béton, s’appliquant un mouchoir sur le visage. La mise en scène montre ici que la toxicomanie se pratique dans les interstices ou les recoins du paysage urbain. Le spectateur est frappé par l’aspect des lieux : une entrée d’immeuble, un coin de parking, endroits publics à l’abri des regards et de la lumière, sites de fortune pour un voyage intérieur. Il s’agit de montrer la détresse sociale dans laquelle jette une pratique dépendante. « La brièveté de l’exposé est voulue car à la limite n’importe quel produit peut être objet de toxicomanie et à ce sujet, l’imagination des toxicomanes échappe à toute tentative de classification formelle. » (09.03)
Portrait de drogué
Un médecin dans son cabinet, plan poitrine : « Il apparaît intéressant de faire la distinction entre un usage purement social et une fonction en quelque sorte personnelle. » Cette dernière est destinée « à calmer des angoisses », tandis que l’usage social consiste à « faire comme les copains ». Retour à la psychologue qui ajoute : « Il faut aller au-delà de ce qui se passe dans le bureau du médecin. Il faut essayer de comprendre ce qu’est sa vie à tous les moments de la journée. » Ce qui suit est une manière de répondre à son souhait : la reconstitution d’une scène de shoot, plans serrés sur la main qui agit et les éléments nécessaires posés sur un tapis persan : cuillère, canif, poudre, briquet, cendrier, verres, seringue. En off, une voix de jeune homme explique qu’il a commencé à tester « les différents produits » à l’âge de 25 ans. Ce ne sont pas eux qui l’ont amené à la toxicomanie mais « un grand manque » qui l’a poussé à rencontrer des drogués et à en devenir un à son tour. « J’ai eu l’impression d’une insertion dans un milieu tout à fait égalitaire. » Le jeune homme assis sur le sol d’une pièce, continuant sa préparation avec des gestes méthodiques. Chez lui, la recherche d’un ailleurs était associée à une fascination pour la déchéance, à un moment d’arrêt des études et de rupture familiale. « Etant donné que mon adolescence a été extrêmement rigoureuse et équilibrée, je pense que j’ai besoin de faire une crise, et une crise violente. » La priorité de la défonce est moins une évasion « passagère du monde » qu’une approche du malsain et du suicidaire, puis un dépassement de cette fascination qui amène une libération. La voix du jeune homme est posée ses mots sont choisis. De même, à l’image, son comportement est calme, son regard sur la seringue est doux comme s’il l’adressait à un animal de compagnie, il en lèche la pointe avec gourmandise. Gros plan sur l’injection dans le bras. Gros plan sur son visage empreint de sérénité, nimbé d’une lumière bleutée, au moment de jouir de ses effets. « Ma psychothérapie, je l’ai faite avec les produits illicites. Tout ce qui se passait dans mon psychisme, je pouvais l’analyser de manière claire et distincte grâce aux produits. » Une musique intervient, sonorités électroniques inquiétantes qui dissonent avec ce portrait apaisé. (13.46)
La drogue et la loi
Retour au premier généraliste. Il avoue son désarroi devant la toxicomanie, conscient qu’une réponse strictement médiale ne suffit pas. Estafette de police roulant dans la nuit. Des agents en descendent, opèrent un contrôle de papiers. Les personnes appréhendées, groupées dans un recoin, sont indistinctes. L’agent contrôle les bras de l’un d’eux. Commentaire : « La loi du 31 décembre 1970 ne peut pas être ignorée par les médecins. » C’est un avocat qui parle, filmé en contreplongée, sur les marches du Palais de Justice. La loi en question a trait à l’encadrement judiciaire de la vente et de l’usage des drogues. Elle prévoit pour les usagers des injonctions de soin et un contrôle socio-médical. L’action pénale s’aggrave pour les usagers qui sont de nouveau pris en délit. Une femme qu’une incrustation infographique désigne comme une « conseillère juridique – association d’aide aux adolescents » estime que la loi marque une différence entre l’usage de produits illicites avec l’usage de produits licites comme l’alcool. Dans ce dernier cas, c’est quand le comportement sous alcool devient dangereux que la loi intervient. Pour le premier cas, « ce qui est incriminé n’est pas un comportement, c’est une substance. Par conséquent un usager occasionnel, sans aucun problème de toxicomanie, sera passible de la loi ». Séquence dans une prison, jeu sur les grilles et les grillages qui se superposent dans la profondeur de champ. « La prison est tout à fait dommageable pour les toxicomanes, elle les entretient dans ce statut de dépendance sur un mode douloureux. » Travelling en caméra subjective ; prise d’empreinte, préparation de la literie, ouverture de la cellule, panoramique vertical sur les lits superposés. (17.25)
Conditions de désintoxication
Retour sur le médecin du centre anti-poisons : « Le médecin n’est pas le bon Dieu et il ne va pas de venir le père de son malade, il est là pour l’aider à s’orienter, éventuellement vers un spécialiste. » Enchaînement avec un homme assis sur le chauffage d’un couloir. Une incrustation infographique le désigne comme chef de service de consultation psychiatrique – urgences psychiatriques. » il évoque le procédé de prise en charge du patient toxicomane : sevrage – cure de désintoxication « mais surtout la post-cure, la réinsertion sociale et la prise en charge psychothérapique. Illustration avec une séquence montrant une jeune femme seule dans une pièce, fumant nerveusement, s’agitant sans se donner d’activité, regardant par la fenêtre un jardin ensoleillé qu’elle ne va pas rejoindre. Retour sur le chef de service de consultation psychiatrique : « contrairement à ce qu’allèguent tous les toxicomanes le problème du manque physique ou physiologique reste des plus réduits dans la cure de sevrage du toxicomane. Par contre le sevrage psychologique est particulièrement important et c’est pourquoi la psychothérapie sera un des éléments importants de la désintoxication. » Le médecin insiste sur l’importance de la demande par le toxicomane d’être désintoxiqué, demande qu’il faut déceler dans un comportement ambivalent. Un toxicomane peut venir voir le médecin et lui demander une cure dans l’espoir d’avoir accès à des produits toxiques. Il peut aussi être envoyé par un juge d’instruction pour éviter la prison, enfin il peut être convaincu par sa famille de faire sa cure parce qu’ils jugent son comportement jugé insupportable. « Toutes ces demandes qui se retrouvent peu ou prou dans chaque démarche du toxicomane ne sont pas réelles. C’est quand il aura lui-même perçu que l’esclavage qui le liait à la drogue lui était intolérable et qu’il aura le courage de faire une démarche personnelle qu’on pourra réaliser un sevrage et une désintoxication qui pourront même se mener en ambulatoire. » (21.36)
La bonne approche du médecin généraliste
Un orchestre sur scène composé de jeunes musiciens aux allures de hippies joue de la musique planante avec ferveur. Pourquoi montrer cet orchestre ? Sans doute pour inviter à faire la part des choses parmi les cultures qui se développent dans la nouvelle génération, admettre que leurs pratiques qui visent à l’épanouissement n’impliquent pas nécessairement le recours aux substances psychoactives. Commentaire qui développe l’enjeu psychologique de la prise en charge. Une incrustation infographiée indique qu’il s’agit d’un médecin « chef de l’inter-secteur – toxicomanie de Marseille »  : « Il est important que le sujet ne soit pas confirmé dans son statut de toxicomane, ne se voit pas remis dans des circuits de dépendance et ceci dès les premières démarches. » il évoque des « rémissions symptomatiques » qui ne correspondent pas à une évolution positive. » Ceci concerne le médecin qui peut être amené, notamment par la famille du toxicomane, et en particulier la mère, à une « attitude de complicité » : est-ce à dire que « la famille » cherche à précipiter la fin de la désintoxication pour en faire cesser les souffrances ? Un autre médecin généraliste ajoute que le médecin n’a pas à brusquer l’approche psychologique de la prise en charge parce qu’il risque de ne pas être écouté par le patient qui, lui, cherche des produits. Une fois la désintoxication engagée « ce à quoi le médecin devra faire très très attention c’est qu’il ne ressente pas comme une trahison la rechute du toxicomane. Il faut qu’il abandonne l’idée de guérison pour viser celui de l’amélioration. » (26.52)
Séquence en montage parallèle montrant alternativement une plongée sur Lyon avec son parcellaire traversé longitudinalement par ses fleuves et un jeu vidéo sous forme de parcours dans un labyrinthe ou un circuit de formule 1. Les raccords de l’un à l’autre type de plans sont brusques quoiqu’ils soient dans l’axe : cuts secs avec intrusion de bruits électroniques dans la musique planante qui est celle que jouait le groupe vu quelques séquences plus tôt. Est-ce pour suggérer que le parcours du toxicomane – toujours présenté dans un contexte urbain dans ce film – est comparable à celui d’un pion dans un jeu électronique, que stresse son rythme rapide en plus des pièges qui lui sont tendus ? Commentaire du premier médecin généraliste montré dans le film : « Le généraliste qui décide de s’occuper d’un toxicomane doit s’attendre à ce que cela lui prenne une bonne partie de son temps et de son énergie. Et pris comme nous sommes au cours de nos journées, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir répondre comme il le faudrait. » Le médecin est montré conduisant une voiture en même temps qu’il délivre ces propos, une mise en scène qui rappelle celle de Portrait d’un psychiatre tourné en 1970 par Pierre Desgraupes ou encore Médecin de campagne tourné en 1968 par Alain Tanner : figure qui renvoie à l’idée que la personne au volant, dans l’intimité de son habitacle, occupée en même temps à surveiller la route qu’elle a l’habitude de sillonner, est à même de parler avec confiance et profondeur. Dernières paroles en voix off anonyme : « Le problème que pose le toxicomane au généraliste est très complexe. Ce film n’a pas la prétention de l’avoir résolu. Sa seule ambition était de poser des questions, d’ouvrir avec le médecin des voies de réflexion. » Une conclusion qui prépare le débat avec les médecins qui doit suivre la projection qui leur aura été faite. Dernier plan sur le jeune homme toxicomane qui fixe devant lui. Ce regard caméra interpelle le spectateur, l’incite à le considérer comme « sujet » ainsi que le recommandait un des médecins intervenants. Générique fin.

Supplementary notes

(français)

References and external documents

(français)


Contributors

  • Record written by : Joël Danet