La boîte de Decroly

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La boîte de Decroly


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Title La boîte de Decroly
Year of production
Country of production France
Director(s)
Duration 30 minutes
Format Parlant - Noir et blanc - 16 mm
Original language(s) French
Production companies cinématèque centrale de l'enseignement public
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Main credits

(français)
Le SCEREN – ( CNDP – CRDP ) et
l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3  présentent :
Un film de la Cinémathèque centrale de l’enseignement public, principal distributeur de documentaires de 1920 à 1996 dans les établissements scolaires de la maternelle à l‘université.

Content

Theme

(français)
La mesure de l'intelligence pratique grâce à la boîte de Decroly.

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Le film nous expose une méthode alternative permettant de mesurer l'intelligence. La boîte de Decroly est un objet technique construit pour évaluer la réponse des sujets à un problème d'ordre pratique. Le but est d'ouvrir une boîte que des mécanismes interdépendants entre eux maintiennent fermée. Ainsi, la mesure de l'intelligence du sujet ne se fait plus à l'aide du langage mais bien, à l'instar de la psychologie animale, sur sa capacité à élaborer un raisonnement construit sur la base d'un problème pratique.

Context

(français)

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : No.
  • Set footage  : Yes.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : Yes.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : Yes.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
La caméra permet d'insérer le spectateur dans la réflexion des sujets. Les nombreux changements de plans, la caméra filme tantôt le côté gauche de la boîte, tantôt le côté droit reflètent les différentes approches des candidats pour déceler les mécanismes qui permettent l'ouverture de la boîte.

How are health and medicine portrayed?

(français)
La médecine est présentée comme un moyen de pouvoir évaluer les capacités des individus sur une base pratique. Ici, on parlerait plus de psychologie médicale. L'observateur analyse dans une même dynamique la posture et l'attitude de l'individu ainsi que ses réponses, par un raisonnement psychologique, à un problème concret. Ainsi, cette approche permet d'évaluer les capacités de raisonnement pratique d'un individu, au-delà de sa maîtrise du langage.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)

Presentations and events associated with the film

(français)

Audience

(français)

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
La particularité de l’approche de la mesure de l’intelligence par Decroly (00’26 – 01’16)

Le film s’ouvre sur une séquence exposant un plan taille un homme en blouse blanche et une jeune adolescente. Ils sont assis autour d’une table, dans un contexte d’apprentissage. Le narrateur nous explique que « la première échelle de mesure de l’intelligence mise au point par Binet et Simon au début du siècle faisait essentiellement appel au langage ». Le film nous montre ensuite en pratique une des variantes de ce test : le Binet-Thermann. Celui consiste en une interprétation de document. Decroly va inventer une autre méthode pour mesurer l’intelligence qui prend en compte des facteurs autres que le langage. Celle-ci s’inspire des méthodes utilisées en psychologie animal et consiste à analyser la façon dont le sujet aborde et se confronte à un problème pratique simple, la manière dont il met en place un processus d’apprentissage. Plan large sur un chien qui joue et à qui on montre comment ouvrir une boîte sans laquelle est contenue une croquette.

La boîte de Decroly (01’16 – 03’25)

Focalisation de la caméra sur la boîte de Decroly. Celle-ci est présentée en pivotant pendant que le narrateur décrit son fonctionnement. La boîte est composée de mécanismes simples (vis, écrou, mâchoire) mais interdépendants entre eux. Ainsi l’objectif est pour les candidats de cerner les interactions des éléments entre eux pour arriver, grâce à une démarche réflexive, à ouvrir la boîte. Le réalisateur fait ensuite un gros plan sur tous les éléments techniques qui, imbriqués, composent le mécanisme de la boîte de Decroly. Ensuite, le film nous montre le processus nécessaire pour ouvrir la boîte de Decroly. Le narrateur explique les interactions entre tous les éléments, c’est à dire qu’il énonce à voix haute le raisonnement que les candidats devraient avoir pour ouvrir la boîte de Decroly.

Présentation d’une expérience-type (03’25 – 06’00)

Le narrateur rappelle dans un premier temps les basiques d’une expérience de psychologie, accueil du sujet, mise à l’aise de celui-ci. Le plan d’ensemble nous permet de situer les protagonistes. La présence d’un tableau indique qu’ils seraient dans une salle de classe. Description de l’épreuve, elle comporte 3 parties. Dans un premier temps le sujet examine la boîte pendant 2 minutes sans y toucher puis, il va expliciter sa démarche d’ouverture de la boîte. Le psychologue note ses indications. Enfin, il dispose de 5 minutes pour tenter d’ouvrir la boîte. Le psychologue observe et note avec précision les différentes phases de l’épreuve en notant les temps. La caméra se place derrière le sujet, elle le filme de biais en plan poitrine de manière à laisser apparaitre la boîte. Le réalisateur plonge le spectateur dans le point de vue du sujet sur l’objet technique à manipuler.

Le premier sujet est Jean Pierre, un garçon de 14 ans. Celui-ci a valeur d’exemple car il va rapidement trouver la solution du problème (1minute 20 secondes). Il va déployer un raisonnement rationnel et réflexif où les étapes nécessaires à l’ouverture de la boîte vont être effectuées dans l’ordre logique.

Les tentatives des candidats ( 06’00 – 07’58 )

Françoise (10 ans)  : elle parvient à effectuer les deux premières étapes mais n’arrive pas à pousser plus loin son raisonnement. Elle ne peut pas faire jouer d’autres éléments de la boîte, elle n’a eu qu’une vue partielle du problème et illustre un cas de demi-réussite.

Nicole (12 ans) : elle touche à toutes les parties de la boîte mais n’arrive pas à analyser la boîte dans son ensemble. Elle ne comprend pas l’interdépendance des éléments entre eux et d’après le narrateur : « n’aboutit même pas à une analyse sommaire des éléments du problème ». Plus que de se contenter d’information quantitative. L’expérience propose aussi une observation qualitative du comportement.

Étude différentielle des comportements ( 07’58 – 20’00 )

Le film introduit une étude différentielle des comportements. La première catégorie regroupe les échecs : parmi eux, Jean Patrick 6 ans et demi se contente d’un tâtonnement. La captation de la caméra rappelle les mouvements de Jean-Patrick autour de la boîte. La caméra tourne autour de lui sans zoomer ou effectuer de gros plans comme Jean Patrick qui tâtonne « le nez sur la boîte » sans parvenir à structurer une réflexion aboutie. Le narrateur dit qu’il « semble attendre un résultat qui défierait toute logique adulte ».

Évelyne, 7 ans, apparaît comme très timide, les mains cachées sous la table, elle n’ose même pas toucher à la boîte. Le narrateur conclut à un « cas très clair d’inhibition ».

Pierre au contraire est décrit comme « agité », ses mouvements sont brusques et rapides mais dénués d’efficacité. De plus, il a une « mauvaise adaptation posturale » plutôt que de bouger la boîte, il bouge autour d’elle.

Pierrette a 15 ans semble avoir un raisonnement binaire, elle n’établit aucune stratégie d’ensemble, tente de forcer la boîte et renonce rapidement.

Etude de quelques difficultés particulières : Nicole 6 ans et demi : essai d’ouverture direct, répète les mêmes gestes, n’arrive pas à profiter de l’intérêt de l’expérience acquise.

Patrick se focalise sur un seul aspect de la boîte et n’analyse pas l’objet technique dans sa totalité.

Le narrateur pointe les causes différentes des échecs, focalisation sur une partie de la boîte, méconnaissance des comportements mécaniques basiques. L’exemple de Robert nous permet de constater qu’en cas de problème certains candidats cherchent des solutions selon une logique rationnelle en focalisant leur attention sur des causes possibles de blocage tandis que d’autres essayent tout et n’importe quoi mais sans véritable démarche analytique.

Les cas de réussite ( 20’00 – 26’00 )

Cas de Bernard, gestes brefs et saccadés, non coordonnés, pas intégrés dans une série logique, n’apprécie le sens de ses gestes que lorsqu’il en voit les résultats ! S’il ne trouve pas immédiatement la solution à ses difficultés, il abandonne et passe à autre chose. Il Procéde par tâtonnements.

Liliane procède aussi par démarche déductive mais on rencontre au cours de son raisonnement des phénomènes « d’insight » : de révélation suite à ses erreurs et à sa réflexion.

Avec le cas de Joseph, on assiste à la mise en place d’une stratégie. On note un déroulement des différentes étapes dans un ordre logique, le problème est maîtrisé malgré quelques traces de tâtonnements inutiles.

Henriette : 15 ans et demi illustre l’ouverture de la boîte de façon rationnelle et sans tâtonnements inutiles en seulement 55 secondes

Traduction graphique des comportements ( 26’00 -36’00 )

L’expérimentateur fait apparaître les différences qualitatives de comportement sur un graphique, on décompose ainsi les différentes étapes nécessaires à l’ouverture de la boîte sur l‘axe horizontal et une échelle de temps en demi-minutes sur l’axe vertical. Sur l’axe horizontal, on place ainsi un point à chaque tentative de manipulation d’un élément par un candidat. Ainsi on retrace les étapes du raisonnement du candidat sur le graphique. Un comportement rationnel pour ouvrir la boîte se matérialiserait par une droite qui passe par les points nécessaires à l’ouverture. La courbe serait donc à peu près droite. Au contraire, si l’on reprend le cas de Bernard particulièrement agité et qui tentait de nombreuses choses sans raisonnement qui guidait son action, sa courbe fait des zigzags et lie constamment des étapes d’ouverture de la boîte qui ont lieu à des stades très différents.

Ce test permet ainsi de lier indicateurs quantitatifs de réussite à des observations qualitatives sur le comportement des candidats.

Supplementary notes

(français)
Elements biographiques sur Jean-Ovide Decroly

Originaire de Belgique, Jean-Ovide Decroly fit ses années de medecine à l’universite de Gand puis à l'Université de Berlin et à la Salpêtrière, à Paris. Il y rencontra des aliénistes d'avant-garde, et bifurqua vers la neuropsychiatrie, puis vers la psychologie. Il effectua des recherches sur les maladies mentales et sur l'anatomie pathologique du cerveau. Il se vit confier le département des « enfants anormaux et troublés de la parole » à la Policlinique de Bruxelles.

Il fut alors confronté à la misère des villes, Decroly découvrit l'abandon humain, social et pédagogique dans lequel végétaient ses petits patients. L'école populaire les condamnait presque toujours à l'échec et à la marginalisation ; elle était loin d'assurer la prévention par l'éducation qui constituait son idéologie officielle. « J'affirme qu'elle [l'école populaire] a une influence nuisible, une action antisociale incontestable ; non seulement elle ne nous prépare pas à la vie, mais elle fait de beaucoup de nous des épaves de la vie, des déclassés, ou du moins elle ne fait rien pour nous éviter de le devenir — ce qui est tout comme. » (Delcroly, Plaies sociales et remèdes. Revue contemporaine. 1904)

Il s'engage rapidement dans la lutte pour l'obligation scolaire (qui, en Belgique, ne sera acquise qu'en 1914 et effective qu'en 1920) ; mais il l'assortit immédiatement de l'obligation pour l'école de préparer efficacement chaque enfant à sa vie d'homme, de travailleur, de citoyen. Decroly dresse le constat d’un enseignement encore trop axé sur les « humanités classiques centrées sur l'homme, fondées sur les belles-lettres, et imprégnées d'un rationalisme cartésien limité à son contenu philosophique ». Il veut moderniser cet enseignement en donnant plus de poids aux sciences naturelles. Il va ainsi expérimenter des « écoles-laboratoires » (F.Dubreucq, Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée, 1993).

Decroly devint alors le médecin chef d’une petite clinique destinée originellement au traitement d’enfants anormaux. Finalement, il veut affirmer ses principes de pédagogie nouvelle et décide « d'accueillir ces enfants irréguliers en tant qu'internes dans sa propre maison familiale ». Ils seront élevés avec ses propres enfants. L’interêt pour Decroly est de prouver que des « enfants anormaux » peuvent réaliser de grands progrès dans l’éducabilité grâce à un environnement favorable et des méthodes adaptées.

Ses travaux l’amènent à contester « l'impérialisme de la parole dans les programmes scolaires. ». D’après lui, la variété des niveaux de langue selon les milieux constitue un « obstacle majeur à la réussite des enfants du peuple » car la norme scolaire reflète strictement les usages de la petite ou moyenne bourgeoisie, pour qui l'emploi du code élaboré confère quelque prestige socioculturel.

Decroly va ainsi dissocier dans ses travaux, la mesure de l’intelligence avec la maitrîse du langage. Pour permettre la mesure d’une intelligence non-verbale, il va ainsi mettre au point des objets dont la manipulation silencieuse démontre l'existence de raisonnements non verbaux. Destinés à éviter les erreurs d'orientation de jeunes gens bien doués, mais desservis par leurs propres faiblesses d'expression ou celles de leur milieu, ces tests prouvent l'existence de raisonnements déductifs et inductifs complexes basés sur « la perception, l'intuition, l'observation, la mémoire, l'imagination, la représentation, la comparaison, l'analyse, l'abstraction, la généralisation, la synthèse » (F.Dubreucq, Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée, 1993).

Decroly met ainsi en exergue l’importance de l’expression. Cette expression recouvre de son point de vue, la diversité des modes de raisonnement verbaux et non-verbaux par lesquels le sujet arrive à conceptualiser un raisonnement. La conception decrolyenne de l'expression n'est pas sans conséquences sociopédagogiques importantes. « Pyramide sur sa pointe, l'école traditionnelle favorise dès le début une catégorie très particulière d'enfants : le futur petit intellectuel, dont elle développe à outrance les qualités verbales. En revanche, elle dévalorise l'expression concrète en considérant comme subalternes et négligeables les travaux manuels, la gymnastique, le dessin, le jeu ». Elle reproduit ainsi les préjugés sociaux qui méprisent les « bas métiers » ; Decroly met en garde contre le danger d'une obligation scolaire qui disqualifierait les formations technique, professionnelle, voire sociale et artistique. La surestimation des « cols blancs » risque d'engendrer de graves déséquilibres dans l'organisation économique si le choix d'un métier manuel devient la sanction de l'échec scolaire (F.Dubreucq, Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée 1993).

Decroly croit à la particpation active des élèves à leur propre formation. Dans ses instituts, les élèves choisissent eux-même les sujets d’étude, ce faisant, ils reprennent en main l’activité programmatrice. On fait souvent de Decroly l'inventeur de la méthode dite « globale » de lecture / écriture. Il serait plus exact de voir en lui le promoteur de la « méthode fonctionnelle ». L'initiation à la lecture et à l'écriture ne s'opère qu'à partir de textes en rapport direct avec l'expérience concrète immédiate, et toujours légendés par un support figuratif (dessin, maquette, objets divers) ; les premiers « livres » de lecture sont le cahier, le texte qu'on imprime, le panneau qu'on affiche, le message qui circule dans la collectivité.

Decroly a ainsi étudié le paradigme dominant d’apprentissage et a proposé une refonte de celui-ci basé notamment sur ses expérimentations. En accordant une place d’importance à l’autonomie des élèves et aux raisonnements non verbaux, il a contribué à dénoncer la légititimation d’une certaine culture d’élite qui s’effectue lors de l’apprentissage traditionnel et qui a des conséquences importantes sur le parcours de certains en décalage avec cette culture de classe.

References and external documents

(français)
F.Dubreucq, Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d'éducation), vol. XXIII, n° 1-2, mars-juin 1993, p. 251-276.


Contributors