From Creeping to Walking (1935)
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Sommaire
Générique principal
MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE Centre National de Documentation Pédagogique CINÉMATHÈQUE DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC
Ce film a reçu le visa du MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE après examen par la Commission du Cinéma d’Enseignement
YALE FILMS of CHILD DEVELOPMENT FROM CREEPING TO WALKING - WIDE RANGE RECORDING Western Electric SOUND SYSTEM - Copyright MCMXXXIV - by Erpi Picture Consultants, Inc.
From the Photographic Library of the YALE CLINIC of CHILD DEVELOPMENT Narration by ARNOLD GESELL, M.D.
Produced by YALE CLINIC of CHILD DEVELOPMENT ARNOLD GESELL, M.D. - DIRECTOR ALICE KELLHER - ASSOCIATE EDITOR In cooperation with Erpi Picture Consultants, Inc.
ENCYCLOPEDIA BRITANNICA FILMS INC. BRING THE WORLD TO THE CLASSROOM
Contenus
Thèmes médicaux
Sujet
Analyse comparative du développement normal de deux nourrissons, une fille et un garçon à 36, 44, 48, 52 et 68 semaines.
Genre dominant
Résumé
En tant que réalisateur et voix off du film, Arnold Gesell présente en 1935 un documentaire en noir et blanc de dix minutes et 18 secondes comparant l’évolution entre deux nourrissons, une fille et un garçon, à différents stades de leur vie. Ce pédiatre, psychologue et psychiatre retrace ce chemin de 36 semaines à 68 semaines: le nourrisson rampe, se positionne à quatre pattes, se redresse, tient debout, et enfin effectue ses premiers pas vers la marche autonome. Les diverses mises en scène minutieusement choisies mettent en lumière la progression plus ou moins facile de l’apprentissage de la marche.
Contexte
Un contexte politique d’entre-deux guerres
« In the United States at the end of the nineteenth century, there existed a strong social interest in the child’s welfare. In the beginning of the twentieth century, children became agents of change in a newly proclaimed century of the child. The Progressives' views about social reform based on scientific results and methods shifted the focus in the 1920s from the social welfare of the child to a science of the child. The focus changed from the improvement of prevailing living conditions to the potential that normal children and their normal development could offer for a better future, for the nation and for mankind. » commente Carola Ossmer dans « Normal Development: The Photographic Dome and the Children of the Yale Psycho-Clinic » à propos de l’intérêt progressif prêté au développement normal de l’enfant aux États-Unis au début du XXe siècle.
En Europe, l’attention portée à la normalité du développement de l’enfant s’inscrit dans un contexte de montée du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne. Le travail d’Arnold Gesell porte ainsi une dimension fortement démocratique :« For Gesell, film production became a technology of individuality in both research and intervention that contributed to a variety of norms he found essential for democracy. » écrit Carola Ossmer dans le même article cité ci-dessus. De plus, l’aspect démocratique cher à Arnold Gesell est certainement lié à la Première Guerre mondiale de 1914-1918.
Jean-Ovide Decroly, pionnier de l’usage de la caméra comme outil d’observation du développement
« Gesell was not the only psychologist to use motion pictures as a research tool during this period. A number of experts in child development, including Kurt Lewin, Myrtle McGraw, and even John B. Watson used moving images as a matter of course » écrit Scott Curtis dans son article “Tangible as Tissue: Arnold Gesell, Infant Behavior, and Film Analysis » publié dans la revue Science in Context. En effet, Arnold Gesell n’est pas le premier psychologue a filmé ses sujets. Parmi eux, Ovide Decroly, médecin et pédagogue belge (1871-1932) a déjà fait usage de la caméra dans le cadre de ses recherches : “Le cinéma fut [...] dès le début de sa carrière, un outil pour ses expérimentations psychologiques et pédagogiques.” explique Wagnon, S. dans « Ovide Decroly : le cinéma au service de la psychologie de l'enfant ? » (2013) Le Télémaque, 44(2), 99-112. https://doi.org/10.3917/tele.044.0099.
Le film « La boîte de Decroly » présente ainsi une méthode que Jean-Ovide Decroly a développée pour mesurer l’intelligence de plusieurs individus d’âges et sexes différents. Ces derniers tentent ainsi d’ouvrir une boîte scellée sous le regard d’une caméra qui les scrute.
Dans le même article de S. Wagnon, l’auteur construit un parallèle entre l’usage de la caméra par Ovide Decroly et l’usage de la caméra par Arnold Gesell : “Arnold Gesell, […] fut celui qui eut les moyens techniques et financiers d’étudier de façon plus systématique, par le film, le développement de l’enfant, de la naissance à l’adolescence. Comme Decroly, dès 1906, il entreprend d’utiliser la caméra ; mais c’est à partir de 1924 qu’il emploie le film de façon systématique et commence à mettre au point un studio adéquat, où l’opérateur ainsi que les caméras peuvent être soustraits à la vue de l’enfant. À partir de cette date, ses films lui ont permis d’améliorer ses travaux antérieurs sur la mise en relation des comportements qu’il observait avec le degré de maturation du système nerveux central [25]. Comme Decroly, Gesell s’est attaché à suivre l’évolution des réactions du nouveau-né à plat ventre et dans toute une série de situations. Gesell a pu ainsi établir un inventaire du développement, le « baby test », dont les implications éducatives furent constamment améliorées et enrichies.”
Les apports d’Arnold Gesell
Dans le cadre de la « Clinic of Child Development » de l’université de Yale aux États-Unis, Arnold Lucius Gesell (1880-1961), psychologue, psychiatre et enseignant américain, enregistre des vidéos sur le développement de l’enfant.
La création du “Gesell Observation Dome” portant le nom d’Arnold Gesell, a permis d’enregistrer des vidéos de nourrisson dans un rayon de 360° autour du sujet préservant au mieux les mouvements naturels de ce dernier.
Arnold Gesell propose ainsi une nouvelle méthodologie dans le cadre des expériences scientifiques liées au développement de l’enfant : « Gesell criticized this as a misperception, cautioning against the mediocrity of an averaged normal and questioning a methodology based on the numerical scales prevalent in psychological testing. Children could not be captured by averages or pictured in numbers, he insisted, but needed to be inspected on a case-by-case basis. » développe Carola Ossmer.
Arnold Gesell explicite son choix de filmer les sujets de ses expériences dans « The Developmental morphology of infant behavior pattern », publié le 15 février 1932 dans la revue Proceedings of the national academy of sciences : « The camera records completely and impartially; and it remembers infallibly. In any given behavior situation it preserves in totality the correlated plexus of the infant's movements. ». Il étaye ensuite : « It provides an authentic record which may be subject to objective and comparative analysis. ».
Par le biais de ces recherches, Arnold Gesell a transmis sa vision de la normalité au monde entier. « Although the photographic dome and film production brought the individuality of every child and thereby a democratic variety of norms to light, the recorded children of the Yale Psycho-Clinic eventually reinforced the very system of normality they had been created to challenge. The developmental norms that originated in the photographic laboratory evoked both the normative effect of enforcing conformity to a fixed standard and the individuating effect of measuring the distance between an individual and the norm, which has been identified as the double movement of modern normalization. » écrit Carola Ossmer.
Ce documentaire s’inscrit également dans le prolongement du début du cinéma parlant (1928), ce qui souligne d’autant plus l’approche avant-gardiste d’Arnold Gesell.
Éléments structurants du film
- Images de reportage : Non.
- Images en plateau : Non.
- Images d'archives : Non.
- Séquences d'animation : Non.
- Cartons : Non.
- Animateur : Non.
- Voix off : Oui.
- Interview : Non.
- Musique et bruitages : Non.
- Images communes avec d'autres films : Oui.
Comment le film dirige-t-il le regard du spectateur ?
Le film dirige le regard du spectateur en le plaçant dans la posture d’un observateur scientifique, en montrant les enfants comme sujets d’étude. La majorité des plans sont moyens, ce qui permet de voir un décor neutre et de focaliser notre attention sur le corps et les mouvements des enfants plutôt que sur leur environnement familial. En effet, l’espace est souvent vide, blanc, d’intérieur et très cadré, avec une composition géométrique renforçant l’impression de contrôle. De plus, de nombreux plans sont des plongées, plaçant le spectateur dans une position dominante et accentuant la distance entre nous, la médecine et les sujets. Les enfants apparaissent alors comme des objets d’étude anonymisés, et nous, comme des scientifiques détachés. La voix off guide également le regard du spectateur en décrivant précisément les images, imposant ainsi une lecture scientifique et orientée du comportement des enfants.
Le documentaire guide aussi notre regard pour suivre l’évolution des enfants. Les mouvements de caméra, notamment les panoramiques, permettent de suivre les déplacements et donc le développement des sujets. Les différents split screen et l’apparition du calendrier permettent la comparaison directe entre les deux nourrissons, le repérage dans le temps et le suivi de leur progression. Le film a pour intention de montrer que chaque enfant évolue à son rythme et qu’un retard n’est pas forcément définitif. De plus, il nous montre également que le développement moteur suit un ordre biologique avec des étapes communes.
Malgré l’apparente neutralité du film, des émotions se construisent tout au long du visionnage. Le spectateur ressent une certaine curiosité face à la comparaison entre la fille et le garçon, et l’incertitude sur la façon dont la fille va rattraper son retard. On ressent ensuite de la joie et de la fierté, car nous avons pu observer les enfants progresser jusqu’à atteindre l’objectif de la marche, donnant l’impression de les avoir vus grandir. Cependant, le film peut aussi provoquer un sentiment de tristesse ou de malaise, car les enfants sont traités comme des sujets d’expérience. Malgré cela, certains plans rapprochés, filmés en angle plat, renforcent la proximité entre eux et nous, donnant ainsi vie aux sujets et à leur individualité. De plus, de plus en plus de plans sont filmés en extérieur représentant l’évolution et le rapport des enfants au monde. La partie la plus émotionnelle se situe à la fin : la fille marche dans un jardin bucolique, un environnement plus intime et naturel. La caméra en contre-plongée fixe traduit un changement de perspective : alors qu’au début, c’est le docteur qui observe et domine l’enfant, à la fin, c’est lui qui admire sa progression. Le plan large montre qu’elle se déplace librement, sans avoir besoin d’être suivie par la caméra, soulignant son autonomie. Lorsqu’elle se retourne et regarde la caméra, cela marque qu’elle a atteint son objectif.
Enfin, le film reste centré sur l’observation scientifique et dépersonnalise les enfants : il manque des informations sur leur environnement, leur famille ou leur prénom, ainsi que d’autres points de vue professionnels. Plusieurs questions restent sans réponse, comme : les différences entre filles et garçons sont-elles récurrentes ? Tous les retards se rattrapent-ils ? Comment différencier un retard d’une pathologie ?
Comment la santé et la médecine sont-elles présentées ?
Dès les premières images du documentaire, le spectateur est plongé dans un environnement médical, suggérant une approche scientifique du développement de l’enfant. En effet, dès le début, nous pouvons voir deux scientifiques en blouse blanche, bien qu’ils ne parlent pas. L’observation des enfants se déroule d’abord dans la Gesell Observation Dome, au sein du laboratoire d’Arnold Gesell. Par la suite, le documentaire semble se situer dans une clinique ou dans des pièces d’une maison. Le décor du film est neutre et épuré. Ce cadre renforce le sérieux de la médecine et du documentaire tout en permettant d’isoler les sujets observés.
Les deux enfants filmés sont, en effet, isolés de leur environnement : on ne les voit presque pas avec leur famille et leur identité n’est pas précisée. Le garçon est souvent placé sur un tapis en forme de cible, ce qui peut donner l’impression que son corps est étudié comme un objet d’observation et peut donner une impression de dépersonnalisation. De plus, le documentaire met en place une comparaison entre les deux enfants, notamment à travers leur évolution. Cette mise en parallèle peut donner l’impression d’une sorte de concurrence, où les enfants sont évalués selon des étapes de développement précises. La médecine est alors représentée comme normative, définissant des capacités qui doivent être acquises à un certain âge. Cela peut implicitement engendrer une forme de pression sur les enfants, mais aussi sur les familles, qui peuvent être alors amenées à comparer le développement de leur enfant à des standards.
Enfin, l’analyse des images repose sur une voix off, assurée par Arnold Gesell, pédiatre. Celle-ci décrit les comportements des enfants sans proposer d’explications détaillées ou d’interprétation approfondie. Cette approche renforce l’idée d’une médecine fondée sur l’observation et suggère une certaine confiance dans le développement naturel de l’enfant, laissant celui-ci évoluer à son propre rythme. En effet, même si la médecine est représentée comme normative, le documentaire insiste quand même sur le respect de ce rythme naturel. Arnold Gesell, ou un autre professionnel, n’intervient jamais directement sur les enfants, se contentant de les observer. Cela montre que la médecine cherche à comprendre le développement de l’enfant plutôt qu’à le contrôler, tout en le catégorisant en différentes étapes à respecter.
Diffusion et réception
Où le film est-il projeté ?
Le film a possiblement été projeté dans des facultés de médecine, ainsi que dans des écoles du domaine médical et paramédical.
Nous pouvons également émettre l'hypothèse qu’il a été présenté lors de congrès internationaux de psychologie, Arnold Gesell ayant participé à celui de Yale en 1929. Sa participation au congrès international de psychologie atteste par ailleurs la nature mondiale de ces recherches.
De surcroît, le générique final du film indique l’inscription suivante :“ENCYCLOPEDIA BRITANNICA FILMS INC. BRING THE WORLD TO THE CLASSROOM”. Un article publié dans le Times https://time.com/archive/6774551/education-britannica-films/ nous informe à propos de ce label ’“All told, Britannica can distribute about 500 films, graded from primary schools to teachers’ colleges”. Le film a donc été visionné par une large audience.
Communications et événements associés au film
Aucune communication et aucun événement associés au film n’ont été trouvés malgré nos recherches.
Public
Le générique du début et de fin du film révèle la visée pédagogique du film. En effet, ce film a reçu le visa du ministère de l’Éducation nationale après examen par la Commission du Cinéma d’Enseignement.
De plus, ce film s’adressait certainement à des professeurs, à des professionnels du monde médical et paramédical, à des étudiants en médecine et autre discipline paramédicale mais également à des parents. En effet, Scott Curtis écrit, dans son article « “Tangible as Tissue”: Arnold Gesell, Infant Behavior, and Film Analysis » publié dans la revue Science in Context : « Gesell’s social welfare work, his columns, and his films attempted to educate teachers and parents about “normal” development in order to have a basis for comparison. The parents’ goal, under this program, was to watch for potentially dangerous deviations. So Gesell was constantly counseling mothers to be ever watchful of their children’s behaviors in order to catch deviations from the norm and guide the child to its fullest potential. ». L’auteur souligne par la suite : « His films taught parents what to watch for, what could be expected from their child, but they also implicitly taught parents how to watch. The films were not only about babies; they were also about method: study, compare, correlate. ».
Du fait de sa présence au IXe congrès international de psychologie à Yale en septembre 1929, nous pouvons supposer que le film a été visionné par des chercheurs et professionnels de santé experts dans leurs domaines.
Audience
Descriptif libre
Générique du film (0: 21 - 1 :03)
Le titre du film apparaît en blanc en majuscule « FROM CREEPING TO WALKING » sur un fond noir (0 :40). Alors que le générique du film présente le documentaire, les premières images du film apparaissent en fondu (0 :49). Le premier plan panoramique révèle un homme de profil en blouse blanche, Arnold Gesell, observant un nourrisson qui gesticule dans un berceau (0 :51 - 0 :54). Derrière lui se tient le “dôme Gesell”, construit spécialement pour étudier et filmer les sujets de ses expérimentations (cf. Références et documents externes). Le plan en plongée appuie la position de supériorité qu’occupe Arnold Gesell lorsqu’il regarde de haut ce nourrisson. La vidéo semble être accélérée lorsque le nourrisson bouge, possible métaphore de l’évolution physique que cet enfant s’apprête à vivre.
Alors que le générique se poursuit, Arnold Gesell montre à la caméra divers objets (0 :56). Ces outils servent certainement à stimuler la motricité des nourrissons. En revanche, aucun de ces outils n’est utilisé par Arnold Gesell pendant le film.
Dès le début, l’objet du film est annoncé: il s’agit d’une étude médicale faite sur des nourrissons dévoilant leur évolution dans le temps.
Cette première minute du film est en réalité un générique propre à une série de vidéos réalisées par Arnold Gesell. En effet, le début de la vidéo est le même pour les vidéos Growth of infant behavior early stages et Behavior patterns at one year (1935) également réalisées par Arnold Gesell ( 0 :51 - 1 :03).
Présentation des nourrissons (1 :03 – 1 :46 )
La voix off commence après la première apparition des images et pendant le déroulement du générique (1 :03). Arnold Gesell parle « d’exploit » concernant la marche révélant l’admiration qu’il porte pour le développement postural du nourrisson. Il précise qu’il existe des différences interindividuelles dans l’acquisition de la marche.
Un “split screen” présente à gauche un garçon dit dynamique et à droite une fille dite autonome(1 :16). Leur âge est inscrit au-dessous de ces deux plans : “36 weeks”. Les décors sont neutres et très épurés favorisant une observation clinique sans éléments perturbateurs. Nous ne connaissons pas le prénom des enfants et nous ne savons pas s’ils ont un lien de parenté. Cette absence d’information traduit l’idée que les nourrissons ne sont que des objets d’étude et non des sujets à cette étape du film.
Toutefois, ils ne sont pas présentés de la même manière. En effet, le garçon est nu et touche rapidement une balle. La petite fille, quant à elle, est habillée et n’a pas d’accessoire.
Leur couleur de peau blanche est également pertinente à relever car elle révèle ce qu’Arnold Gesell et plus largement la société américaine de cette époque, considère comme “normal”. Arnold Gesell lui-même explicite dans son article « The Developmental morphology of infant behavior pattern » comment ses sujets sont choisis : « Our subjects are normal infants selected as to race, gestation period, health, parentage and socio-economic factors. » . Carola Ossmer démontre dans son article intitulé « Normal Development: The Photographic Dome and the Children of the Yale Psycho-Clinic » l’impact du choix d’un nourrisson blanc dans le cadre des recherches d’Arnold Gesell: “The white middle-class child from New Haven became a universal child to whom children all over the world would be compared. The use of visual tools probably reinforced these politics of selection, while at the same time they responded to social, institutional, and scientific conditions. The photographic dome met the twin expectations of being scientific and distributing knowledge for social application and also reflected Gesell’s ideas of what psychology, the normal child, and development were.” De nos jours, la question du racisme dans le milieu médical est toujours d’actualité.
Une prolepse nous projette à 52 semaines, sur un split screen également : la fille marchera sans aucune difficulté (1 :32). Nous observons dans les deux vidéos la présence de femmes. Chez le garçon elles sont deux, chez la fille une seule femme se manifeste et cette dernière est également présente dans la vidéo du jeune garçon si on se réfère au motif de sa robe qui semble être similaire.
Il y a ici l’idée que ces enfants nous apprendront le développement universel de la marche. Cependant, la comparaison entre ces deux enfants fait émerger une ambiance anxiogène. En effet, un des objectifs d’Arnold Gesell à travers ces films était de donner une idée aux parents de ce qu’est un développement normal chez le nourrisson. L’angoisse peut être d’autant plus forte pour un parent qui regarde ce film et le compare directement au développement de son propre enfant.
36 semaines (1 :46 – 2 :50)
Arnold nous indique que son film se penchera davantage sur le développement de la fille. (1 :46). Aucune explication ne nous est donnée concernant ce choix. Le fondu vers le calendrier nous fait comprendre que nous allons suivre l’évolution des enfants dans le temps. Ce calendrier apparaît plusieurs fois dans le film. Il représente un fil conducteur tout au long de la vidéo nous permettant de repérer dans le temps les diverses évolutions des nourrissons.
- La fille
À 36 semaines, son comportement est en phase de transition, explique Arnold Gesell (1 :49). La fille est présentée sur un fond uni et clair en plan moyen avec une petite plongée dans un environnement sobre. Ce décor simple permet une concentration exclusive sur le sujet.
Puis une première étape est franchie : elle est sur le dos et se retourne sur le ventre (1 :55). Elle utilise ses bras et ses jambes pour se tracter mais elle ne tient pas longtemps dans cette position. La voix off nous indique qu’elle commence tout juste à ramper. Toutefois, Arnold Gesell précise qu’elle a une mauvaise coordination des bras et jambes et qu’elle pivote sans avancer. Les commentaires d’Arnold Gesell signalent que le développement postural du nourrisson peut être laborieux.
- Le garçon
L’image apparaît ensuite par un fond noir qui se déploie comme un livre ouvert marquant la transition vers le garçon nu et de dos (2 :25). Cette transition symbolise, tout au long du film, le changement de sujet : quand le livre s’ouvre nous observons le garçon et quand il se referme, nous retournons sur l’étude de la fille. Le garçon et la fille ne semblent pas être exactement sur le même support : le garçon est sur une sorte de drap alors que la fille est sur un dessous de nappe de table. Néanmoins l’environnement est toujours épuré et neutre mettant en lumière les mouvements du nourrisson. Le livre se ferme (2 :29). L’apparition du nourrisson garçon est très brève en comparaison à celle de la fille.
- La fille
En raison du plan moyen sur le nourrisson, nous ne voyons que les bras de la personne qui aide la fille à marcher. (2 :31) Nous assistons aux premiers pas debout de l’enfant, avec l’aide de quelqu'un. La voix off compare la fille au garçon, en énonçant qu’elle ne rampe pas aussi bien que lui au même âge mais qu’elle marche mieux que le garçon. La comparaison fait naître un climat de compétition entre les deux nourrissons : qui sera celle ou celui qui marchera le mieux et/ou le premier ? Arnold Gesell commente également son regard, « ses yeux sont rivés au sol » et ses pieds « ses pieds sont écartés et elle les lève assez haut ». Tout au long du film, la voix off accompagne le spectateur dans son interprétation des images.
La jeune fille marche à présent sur une table (2 :44). Nous apercevons pour la première fois le visage souriant et le buste d’une femme adulte qui porte un tablier blanc. Arnold Gesell ne semblait pas sourire au début du film lors de son apparition dans le générique, ce qui peut d’autant plus nous amener à penser qu’il s’agit de la mère du nourrisson ou d’un membre de sa famille. Arnold Gesell commente à nouveau le regard et les pieds de la jeune enfant, ce qui signifie que cet élément est essentiel à l’acquisition de la marche.
40 semaines (2 :50 - 4 :12)
- La fille
Le nourrisson a désormais 40 semaines.(2 :50) Arnold Gesell explique que ses coups de pied sont plus forts, que ses mouvements sont plus sûrs et qu’elle semble mieux adaptée à son environnement.
Une nouvelle image d'une baignoire ou bassine d’eau apparaît (2 :54). Il s’agit d’un plan moyen grâce auquel on observe l’entièreté du corps nu allongé dans la baignoire. Le nourrisson bouge ses bras et ses jambes. Une femme, toujours vêtue d’un tablier, certainement la même que précédemment dans la vidéo, est assise à droite. À deux reprises elle intervient afin de maintenir la position sur le dos de l’enfant, elle lui tient d’abord son bras droit (2 :59), puis elle tient ses deux bras, l’empêchant de manière plus ferme de bouger comme elle le souhaite (3 :01). Cette contrainte physique a peut-être été mise en place afin d’observer sur une période de temps plus longue la position sur le dos du nourrisson. La voix off informe qu’elle se retourne sur le ventre plus aisément et garde bien l’équilibre.
La femme maintient le port de la tête du nourrisson avec sa main (3 :03) peut-être pour que le nourrisson ait la bonne habitude de garder la tête levée quand il se retourne sur le ventre afin d’éviter de se noyer (3 :03). La femme cherche également le regard de la fille (3 :07). Le passage du dos au ventre marque une nouvelle étape fondamentale pour le bébé d’après Arnold Gesell (3 :08)
À nouveau, l’usage du plan moyen par Arnold Gesell permet de voir l’entièreté du corps nu de l’enfant allongé sur un petit matelas. (3 :11) Sa nudité nous amène à penser qu’elle vient de sortir du bain. Le nourrisson se retourne du dos au ventre sans aucune aide. Il s’adapte à son environnement que ce soit dans l’eau, ou sur le sol.
La voix off introduit une observation plus détaillée de son comportement au sol. (3 :19) Le nourrisson passe du dos au ventre très aisément(3 :22). Cependant, le médecin nous met en garde : « En effet, elle avance un peu en rampant, mais ses mouvements ne sont pas encore coordonnées. Elle reste dans une phase de transition où la reptation, le quatre pattes et le pivot sont combinés mais pas encore volontairement. ». Arnold Gesell invite également le spectateur à observer la tendance du nourrisson à pivoter au lieu d’avancer, ce qui démontre possiblement l’importance de cet élément pour l’acquisition de la marche. Encore une fois, la lecture de l’image est forcée par la voix off, comme si le spectateur ne pouvait pas interpréter lui-même le film qu’il regarde. Ce mécanisme assoit l’expertise scientifique d’Arnold Gesell.
Le réalisateur met en exergue l’efficacité d’un objet attrayant, ici une balle, pour motiver la marche (3 :42). Le nourrisson est alors sur un tapis symétrique, en forme de cible. La caméra suit le chemin que parcourt le nourrisson du centre du tapis au milieu de la cible vers la balle grâce à une vue d’au dessus en forte plongée et un plan panoramique(3:48).
- Le garçon
Nous observons à présent le garçon à 40 semaines(3 :57). Pour la toute première fois, le nourrisson est dans un plan d’ensemble extérieur. Le garçon rampe dans l’herbe dans ce qui pourrait être un jardin. Alors qu’auparavant les sujets d’observation étaient filmés dans un environnement délibérément contrôlé, le nourrisson est ici dans un milieu naturel qui le place dans un cadre plus personnel. Un très léger mouvement à droite de la caméra qui ne semble pas être intentionnel pourrait nous laisser penser que la personne qui filme est un amateur, ce qui renforce d’autant plus le caractère intime de cette scène (4 :02).
Arnold Gesell renforce la concurrence entre la fille et le garçon en affirmant que quand bien même le garçon a rampé en premier, la fille le dépassera pour la marche(4 :04).
44 semaines (4 :12- 4 :39)
- La fille
Les pages du calendrier défilent, les nourrissons ont maintenant 44 semaines (4 :12). Les jambes du nourrisson apparaissent en plan rapproché, mettant ainsi en évidence la partie du corps qui intéresse Arnold Gesell. Une partie seulement du corps d’une femme est visible en arrière-plan. La voix off nous indique qu’il s’agit de sa mère(4 :20). Quand est-il de la femme qui figure dans les scènes précédentes ? S’agit-il également de la mère de l’enfant ? Si oui, pourquoi ne le préciser que maintenant ? Il s’agit de la première fois que le lien de parenté entre le nourrisson et l’adulte qui l’aide est établie. Ce détail permet d’entreprendre une vision plus personnelle de la vie du nourrisson, de le considérer un peu plus comme sujet et non objet d’une observation scientifique. Sa marche demeure toutefois difficile.
Le nourrisson regarde la caméra, d’un air sérieux, possible preuve que la caméra n’est pas très discrète (4 :29). L’enfant est à nouveau au centre du tapis avec une forme de cible en son centre. L’intégralité du corps du nourrisson est visible pour le spectateur. Elle se tourne ensuite sur le ventre mais elle n’y arrive qu’à la deuxième reprise. La voix off nous indique qu’elle s’amuse. Cette remarque est surprenante car elle apporte une touche de légèreté à un film très clinique.
48 semaines (4:40-7:30)
- La fille
À 48 semaines, nous observons l’enfant dans son berceau, impliquant des nouveautés dans sa posture. Elle est désormais capable de se redresser et de se déplacer en s’agrippant aux barreaux. Le plan panoramique nous permet de suivre ses déplacements dans un environnement neutre, sans jouets, mettant ainsi uniquement en valeur le développement de sa motricité.
La scène du bain illustre également cette évolution(5:04). Elle se retourne facilement, se lève seule et explore son environnement à l’aide de ses mains. Cela se fait sous la protection et le soutien de sa mère, dont seul le corps est visible. La fille tente d’attraper plusieurs objets, comme la serviette ou le pot à coton : sa motricité fine se développe. L'agrippement, observé précédemment, apparaît ici comme une étape essentielle vers la marche autonome et la découverte du monde.
Sur le tapis filmé en forte plongée, l’enfant se déplace avec aisance : elle se retourne, rampe et se déplace à quatre pattes (5:41). Malgré le panoramique qui suit son mouvement, la fille dépasse le cadre, la cible et le tapis (5:47). Ce dépassement du champ de la caméra peut être interprété comme le début de l’autonomie, l’enfant échappant au contrôle et à notre observation.
- Le garçon
Le garçon, quant à lui, est filmé marchant entre 2 femmes qui le soutiennent(5:52). Le plan moyen et de face permet d’observer la posture de l’enfant dans son ensemble. On remarque une grande aisance à tenir debout. Contrairement aux séquences précédentes, les visages des adultes sont davantage visibles, ce qui élargit l’environnement social de l’enfant.
- La fille
Nous retrouvons ce développement chez la fille : assise à côté d’un parc, accompagnée d’un chien et d’une femme en retrait (5:58). Cette femme, les jambes croisées, n’intervient plus, même pour anticiper une chute, contrairement à la scène du bain. Cela traduit une confiance croissante dans les capacités de son enfant et une diminution de son rôle de soutien. Celle-ci se déplace en s’aidant des barreaux, puis parvient à se tenir debout avec une seule main, et finalement à se déplacer le long du mur sans appui direct (6:00 -6:21). Elle jette à plusieurs reprises des regards vers sa mère, qui peuvent être interprétés comme une recherche d’interprétation. Elle se rapproche de la caméra et semble diriger son regard vers celle-ci (6:23). Elle regarde en sa direction à deux reprises dans ce même plan en plongée, ce qui peut être interprété comme une attention et une conscience à sa présence.
Elle élabore également des stratégies pour récupérer ses jouets dans le berceau, alternant entre positions assise et debout grâce aux barreaux (6:30-6:48). Ces actions témoignent non seulement d’un développement moteur, mais aussi cognitif.
Enfin, la séquence extérieure marque une rupture : pour la première fois, la fille est filmée hors d’un espace intérieur (7:11). En plan d’ensemble, nous voyons qu’elle marche en tenant une seule main sur l’allée de leur maison enneigée. Elle se retourne vers la caméra, semblant y prêter attention(7:16). La caméra, désormais fixe, ne suit plus ses déplacements, soulignant une prise de distance de l’observateur et une prise d’autonomie de l’enfant. L’ouverture vers l’extérieur, la présence du corps de la mère en entier et la présence du chien élargissent son environnement et nous plongent dans son quotidien. Cette séquence annonce une autonomie croissante, que le commentaire d’Arnold Gesell confirme en évoquant une marche bientôt plus assurée (7:25). Cette information est peut-être dite pour rassurer les parents stressés vis-à-vis du retard de développement de l’enfant.
52 semaines / 1 an (7:30 - 8:34)
- la fille
À 52 semaines, la fille est à nouveau filmée dans sa baignoire, avec un cadrage similaire à la scène du bain précédente (7:33). Cette répétition permet de comparer directement ses progrès. Cette fois-ci, elle se relève seule et arrive à traverser la baignoire en marchant sans aide. La mère reste présente, mais adopte toujours une position plus en retrait.
- Le garçon
Au même âge, le garçon marche sans difficulté entre deux femmes (7:51-7:56). Elles n’assurent plus un soutien constant : elles interviennent seulement au début et à la fin du trajet pour sécuriser son mouvement. Cela montre qu’il a acquis une marche plus stable.
- La fille
Dans une nouvelle scène de bain, la fille se tient debout et joue avec un objet (7: 58). Son attention est détournée lorsqu’une personne apparaît : elle développe une meilleure coordination entre ses capacités motrices et attentionnelles.
Dans le plan suivant, elle marche de plus en plus aisément en s’appuyant sur les meubles mais aussi sans aucun appui. Elle arrive à marcher sans aide, avec un livre dans les mains, témoignant d’un équilibre plus maîtrisé (8:22). La caméra devient fixe, elle ne suit plus les déplacements de l’enfant, même quand elle sort du cadre. Ce choix de mise en scène souligne son autonomie croissante ainsi que le retrait progressif de l’observateur scientifique. La présence de la lumière naturelle arrivant par les fenêtres peut être interprétée comme une métaphore de l’ouverture progressive de l’enfant au monde.
68 semaines ( 8:34-10:10)
- La fille
Cette ouverture se prolonge dans les plans suivants, situés en extérieur. Elle évolue librement dans ce qui semble être un jardin ou un parc, marchant sans difficulté aux côtés de sa mère. Elle explore son environnement, comme les arbres et les fleurs, qu’elle parvient à attraper sans perdre l’équilibre (8:39). Elle arrive parfaitement à marcher tout en manipulant un objet dans les mains et en portant son attention sur autre chose. Cela montre sa coordination motrice avancée.
Dans la séquence suivante, elle joue avec sa sœur, signe que nous rentrons de plus en plus dans son intimité (8:57). L’absence d’adultes dans le plan renforce l’idée d’une autonomie acquise. Elle arrive à se pencher pour attraper la balle sans difficulté, la majorité du temps. Arnold Gesell tente de rassurer les parents en certifiant qu’il est normal qu’un enfant marche tôt ou tard (9:07).
La montée des marches illustre également ses capacités d’adaptation : elle développe une stratégie en les escaladant à 4 pattes (9:22). La mère est en arrière-plan, dans une position de retrait, dans l’ombre, adoptant une posture d’observatrice. Cela fait écho à la position du spectateur, qui observe désormais sans intervenir. L’enfant arrive également à descendre les marches debout, sans aide ni appui.
Le documentaire se conclut par un plan d’ensemble en contre-plongée, en extérieur (9:52). Ce changement de point de vue marque une évolution : d’un regard scientifique et contrôlant, on passe à une forme d’admiration. L’enfant se déplace librement, sans être suivie par la caméra, affirmant son autonomie. Lorsqu’elle se retourne vers celle-ci, cela peut être interprété comme une forme d’interaction ou d’aboutissement de son développement (9:53). Elle marche désormais avec aisance et coordonne plusieurs actions simultanément. Lorsqu’elle tend une fleur vers la caméra, peut être vu comme une forme de lien affectif avec l’observateur qui a été présent tout le long de sa première année (9:53). Puis en s’éloignant, elle symbolise une prise d’indépendance : elle n’est plus seulement un sujet d’étude, mais un individu autonome évoluant librement dans son environnement.
Références et documents externes
https://www.gesell-yale.org/pages/the-research https://www.gesell-yale.org/ Zazzo René. Hommage à Arnold Gesell. In: Enfance, tome 15, n°2, 1962. pp. 97-107. DOI : https://doi.org/10.3406/enfan.1962.2284 www.persee.fr/doc/enfan_0013-7545_1962_num_15_2_2284
Dôme d'observation de Gesell à la Clinique de Yale

- "Tangible as Tissue"
Curtis, Scott, "Tangible as Tissue", Arnold Gesell, Infant Behavior, and Film Analysis, Science in Context, Vol. 24, Issue 3: Cinematography, Seriality and the Sciences, September 2011, pp. 417-442. - The Photographic Dome
Ossmer, Carola, Normal Development: The Photographic Dome and the Children of the Yale Psycho-Clinic, ISIS, Vol. 111, Number 3. The History of Science Society, 2020, pp. 515-541. - The Developmental Morphology of Infant Behavior Pattern
Gesell, Arnorld, "The Developmental Morphology of Infant Behavior Pattern (with a Demonstration of Methods of Systematic Cinematography)", Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol. 18, Nr. 2, February 15, 1932, pp.139-143. Read before the Academy November 17, 1931.
Contributeurs
- Auteurs de la fiche : Adèle Bousser, Camille Richeux
- Transcription Anglais : Loïse Poinsot
- Sous-titres Français : Loïse Poinsot

