Autoportrait du troisième âge (1972)

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Autoportrait du troisième âge


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Title Autoportrait du troisième âge
Year of production 1972
Country of production France
Director(s) Éric Duvivier
Duration 26 minutes
Format Parlant - Couleur - 16 mm
Original language(s) French
Production companies Sciencefilm
Commissioning body Laboratoires S.P.R.E.T.
Archive holder(s) Image'Est

Main credits

(français)
Gén. début : prix des dix meilleurs films / festival du film médico-chirurgical - Entretiens de Bichat 1973 / Les Laboratoires S.P.R.E.T. - dépt Mauchant. Gén. fin : réalisation Sciencefilm.

Content

Theme

(français)
Etude de la vieillesse et la démence par un montage d'entretiens avec des personnes âgées.

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Ce film propose de répondre à la question : "la désorientation temporelle et spatiale des personnes âgées est-elle systématiquement symptôme de la démence ?”. Il se base sur le témoignage de plusieurs personnes âgées en maison de repos. Malgré le sentiment de désarroi et de souffrance que fait ressentir cet état, ces individus accordent beaucoup d'importance aux manifestations affectives. La désorientation serait plutôt le symptôme du renoncement à vivre dans un monde où on n'a plus sa place. Cette théorie interpréterait la disparition des souvenirs d’une vie en bribes de souvenirs chez les personnes dites démentes, comme un processus dynamique d’un esprit déconnecté du passé. La dépression, le délire et la désorientation seraient les signes d’une combativité chez un malade qui veut communiquer avec le monde extérieur. La désorientation serait une défense psychologique née du sentiment d'être devenu inutile dans un monde qui évolue trop vite.

Context

(français)
La démence

La démence est un syndrome où l’on observe une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser des activités quotidiennes. Elle a des conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques pour les personnes atteintes de la maladie. Même si elle touche principalement les personnes âgées, elle n’est pas une composante normale du vieillissement. La démence fut, dans un premier temps, considérée comme un processus incurable associé au vieillissement. Il faudra attendre le XXe siècle, avec les progrès thérapeutiques, pour que la vision de la démence change auprès des spécialistes. Néanmoins, cette image de maladie incurable restera longtemps dans l’imagerie populaire, entraînant l'abandon de nombreuses personnes en détresse à leur sort.

La diffusion du film

Le film a été montré pendant l'édition de 1973 des Entretiens de Bichat. Les Entretiens de Bichat furent en France la première organisation de formation médicale continue fondée en 1947 par deux professeurs de médecine de la Faculté de Paris, chefs de services à l’Hôpital Bichat-Claude-Bernard, les professeurs Guy Laroche et Louis Justin-Besançon. Commencés d’abord avec de faibles moyens, dans des locaux de Bichat, les premiers entretiens rassemblèrent des médecins généralistes du quartier, puis devant le succès, l’organisation se mit en place de façon plus formelle et prit une dimension nationale, avec l'appui des AP-HP.

Créé dès la fondation, le comité scientifique des E.B, constitué de patrons hospitaliers bénévoles qui se renouvellent par cooptation, fait appel pour cette formation post-universitaire à des enseignants universitaires dits P.U.P.H. (Professeurs universitaires et praticiens hospitaliers) qui exercent souvent une activité de recherche médicale. Les fonctions de recherche médicale des P.U.P.H. font de ces enseignants, eux aussi bénévoles, des spécialistes des questions qu’ils exposent, appréciés pour cela du public médical. L’emploi du temps très chargé de ces enseignants explique le mode particulier de cette formation une fois l’an, avant la rentrée des étudiants, pendant toute une semaine, dans des locaux universitaires parisiens avec de nombreux intervenants, sur un programme à contenu pédagogique librement établi en concertation entre le comité scientifique et un panel de médecins généralistes praticiens. La durée des interventions est le plus souvent très courte (dix minutes) pour laisser la place aussitôt à un débat formateur, d’où le nom d’ «entretien ». Des tables rondes d’une heure sur des sujets plus complexes sont aussi suivies d’un débat entre intervenants et participants. Le programme aborde environ deux cents sujets médicaux et chirurgicaux, traités simultanément dans quatre amphithéâtres, ce qui amène le médecin à choisir « à la carte » ce qu’il veut entendre. Pour chaque sujet, un recueil de QCM permet au participant de procéder soit avant, soit au décours ou à distance de l’enseignement à une évaluation de ses acquisitions.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : Yes.
  • Interview  : Yes.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
Ce film cherche à montrer au spectateur que la désorientation temporelle et spatiale chez les personnes âgées ne doit pas systématiquement se rattacher à la démence. S'appuyant sur des exemples cliniques révélateurs, il affirme que ces symptômes témoignent plutôt d’un mécanisme de défense chez un individu qui se sent déraciné dans un monde qui évoluerait trop rapidement pour lui. Des méthodes plus efficaces pour diagnostiquer et prévenir la démence sont alors présentées au spectateur. A noter la formulation du titre : "Autoportrait du troisième âge". Le film revendique le point de vue de la catégorie en jeu, à savoir les personnes âgées. Il cherche à nous rapprocher de ces personnes en les laissant se raconter, comme si c'était elles qui étaient à l'initiative de sa réalisation. Duvivier appliquera cette démarche aux patientes et patients schizophrènes en 1977, avec Autoportrait d'un schizophrène.

How are health and medicine portrayed?

(français)
La santé est approchée d'un point de vue politique et social. Le film met en jeu les proches des personnes du troisième âge pour expliquer les dégradations de l'état psychologique de ces dernières. La personne âgée vivant dans un établissement spécialisé est susceptible de perdre ses repères. Le film fait donc de la prévention auprès du spectateur afin que ce dernier adapte mieux son attitude auprès des seniors de son entourage.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
Le film a fait l'objet d'une projection dans l'édition de 1973 des Entretiens de Bichat.

Presentations and events associated with the film

(français)
Prix des dix meilleurs films au festival du film médico-chirurgical "Entretien de Bichat" 1973.

Audience

(français)
Public de professionnels en santé

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
Introduction

[00:20]

Séquence de gros plans sur plusieurs peintures représentant des hommes âgés. Le fond sonore est la musique de Jacques Brel « Les Vieux ». Gros plan sur plusieurs femmes et hommes âgés. Ils résument chacun, en une phrase, leur vision du vieillissement. Il en ressort principalement que la prise d’âge rend moins autonome et que ce changement est souvent difficile à accepter.

[01:57]


Le vieillissement, un phénomène évolutif ?

[01:57]

Séquence de différents gros plans sur des personnes âgées. Le narrateur prend la parole et se demande si ces témoignages, qui expriment un sentiment de désarroi et de souffrance, pourraient être révélateurs de symptômes et de signes caractéristiques du vieillissement. En effet, il note que malgré une désorientation temporelle et spatiale, ces personnes du troisième âge accordent beaucoup d’importance aux manifestations affectives. Ainsi, le narrateur propose de réinterpréter cette désorientation, non pas comme une perte des facultés cognitives, mais comme un renoncement de la compréhension du monde à cause des nouvelles difficultés imposées par le vieillissement. Si cette théorie est juste, le vieillissement serait un « processus évolutif », ce qui permettrait « d’en repérer les stades ». Mais avant d’approfondir la question, le narrateur propose au spectateur d’écouter l’autoportrait de plusieurs personnes âgées touchées par des formes graves de démence. Gros plan d’une femme âgée qui dézoome vers un gros plan. Un homme questionne la vielle femme sur son âge. Cette dernière répond qu'elle n'en a aucune idée. Face à cette réponse, l’homme lui demande donc son année de naissance. Elle réponde qu’elle est née en 1896 mais est incapable de lui dire en quelle année ils sont, prétendant qu’elle ne s’est jamais intéressée à ce sujet. A la question : « vous êtes ici depuis combien de temps ? », elle répond qu’elle a toujours été ici. Elle ajoute qu'elle a été élevée, étant enfant, par une nourrice. Elle interrompt l’homme qui s'apprêtait à lui poser une autre question pour parler plus en profondeur de son enfance : depuis sa naissance, ce n’est pas ses parents qui l’ont élevée, par manque de temps, mais ladite nourrice. Le narrateur prend alors la parole et commente que « le passé prend le pas sur le présent ». Il propose au spectateur d’écouter un autre autoportait d’une veille femme malade en maison de retraite qui présente les mêmes caractéristiques. Gros plan de ladite veille femme. Un homme questionne la malade, si elle pratique encore sa profession de concierge. Cette dernière prétend que oui et donne même l’adresse de son ancien lieu de travail, la rue Chabanais. L’homme lui demande alors comment se déroulent ses journées. Elle répond qu’elle travaille sur son lieu de travail, chez elle et possède un chien. L’homme souhaite ensuite savoir si elle est bien installée dans sa résidence. Elle répond que oui, mais elle insinue toujours habiter dans son ancienne maison. L’homme lui demande alors pourquoi elle doit faire des tâches domestiques dans cette maison alors qu’elle habite dans une maison de repos. Le discours de la femme devient alors très incohérent : elle prétend travailler dans cette maison et formule le souhait de résider dans une maison de repos, une situation préférable pour son âge. L’homme demande donc à la femme si elle considère cette maison où elle vit comme une maison de repos. Elle répond qu’elle n’est pas à plaindre, en effet, elle fait ce qu’elle veut ici et les autres résidents et les gérants de l’établissement sont gentils avec elle. Pour essayer de clarifier cette situation confuse, l’homme demande à la femme si, hier, elle habitait dans cette maison de repos. Elle répond que non, en maintenant qu’elle vit toujours dans sa propre maison au 4, rue Chabanais.

[06:02]


La désorientation temporel et spatial, démence ou processus dynamique ?

[06:02]

Plan sur le tableau de Salvador Dali, Vieil âge, Adolescence, Enfance (Les trois âges) (1940) avec un zoom sur la tête du vieil âge. Le narrateur prend la parole. Il propose une explication pour comprendre le comportement de ces deux cas extrêmes de démence. Selon lui « le passé entier de toute une vie se réduit au souvenir d’un lieu ». Gros plan d’un homme âgé. Ce dernier explique qu’il était « tout le temps fourré dans les bois ». Une femme demande à l’homme si il a toujours travaillé à la campagne. Après avoir demandé de répéter la question, il répond que oui avec un regard pensif. Il ajoute qu’il allait dans les bois. La femme rebondit à sa réponse et lui demandant ce qu’il faisait dans les bois. La séquence se termine avant que l’homme ait le temps de finir sa réponse. Plan sur les yeux de l’Adolescence du tableau de Salvador Dali. Le narrateur prend la parole. Il affirme que les personnes âgées, que le spectateur vient d’entendre, ne souffrent pas d’une dégénération cognitive mais d’un « processus dynamique ». Gros plan d’une femme âgée. La nouvelle séquence commence par un souvenir raconté par cette femme. Elle explique qu’elle se souvient de son petit-frère mort très jeune à travers des souvenirs de son cercueil qui a été emmené dans sa maison.

[07:10]


Le possible rôle du « manque d’affectivité » dans la prévention de la démence.

[07:10]

Plusieurs plans de gravures. Le narrateur prend la parole. Il explique au spectateur pourquoi certaines personnes âgées ont conservé une bonne santé mentale. Selon lui, le « manque d’affectivité » jouerait un « rôle protecteur ». Il propose alors à ce dernier l’exemple de témoignage de personnes âgées qui se rappellent mieux « des faits marquants de l’actualité passée » que de leur propre vie familiale. Gros plan d’un homme âgé. Il se présente comme ayant dépassé les 80 ans et se souvenant parfaitement de ses jeunes années en dépit de sa mémoire immédiate. Il explique ainsiqu’il a presque connu la naissance de la bicyclette, de la voiture, de l’électricité, du train et de l’électronique.

[07:51]


Les différentes étapes de la démence, preuve de défaillance ou de combativité du patient ?

[07:51]

Gros plan sur une photographie ancienne d’un homme. Le narrateur prend la parole. Il présente alors au spectateur, la possibilité de retrouver en « une sémiologie » les étapes de la « débâcle » dont la dernière étape serait « l’oubli simple ». Gros plan d’une femme âgée. Un homme demande à cette dernière si elle se souvient de certaines choses en particulier. Après avoir demandé de reposer la question, elle répond qu’elle a toujours travaillée et qu’elle a passée la Première Guerre Mondiale « chez les autres ». Le narrateur prend la parole. Deux gros plans qui se succèdent de femmes âgées communiquant une adresse. Il explique qu’une personne du troisième âge, pour se repérer, s’attachera à des « repères spatiaux ». Il cite alors l’exemple du domicile, comme cela a été vu avec le témoignage de l’ancienne concierge. Les événements importants remplacent des repères temporels moins précis. Gros plan d’un homme âgé en pleine discussion. De plus, le narrateur précise qu’il faut souligner la « résonance anxieuse » des « raisonnements paralogiques ». Gros plan d’une femme âgée. Elle explique à un interlocuteur quand son mari a quitté la ville de Paris. Elle hésite un moment avant de finalement dire qu’il est parti environ à l'âge de 75 ans. Gros de plusieurs photographies de personnes du troisième âge. Le narrateur prend la parole. Il conclut son raisonnement sur une possible distinction des étapes de la démence, en disant qu’il n’est finalement pas conseillé d’essayer d’individualiser « la dépression, le délire, la confusion chez le sujet âgé déficitaires ». Au contraire, il faut y voir, d’après lui, des individus qui se battent contre une démence qui gagne progressivement du terrain par le biais d’une volonté de « communiquer avec le monde extérieur ». Le narrateur prend alors l'exemple de témoignages de personnes âgées dépressives afin de soutenir ce propos.

[09:32]


La dépression chez les personnes âgées, signe de lucidité face à une situation difficile à traverser.

[09:32]

Gros plan d’une femme âgée au bord des larmes. Un homme lui dit « ce ne sont pas de bons souvenirs » Elle confirme. Elle dit qu’elle était mariée dans le passé et qu’elle était très heureuse. L’homme lui demande depuis quand elle n’est plus heureuse. Elle répond que c’est depuis qu’elle est ici car elle n’arrive pas à s’en accommoder. L’homme lui demande alors pourquoi. Elle répond « parce que je ne vois plus mes enfants » et commence à sangloter. Gros plan d’une femme âgée également au bord des larmes. Cette dernière dit qu’elle est triste, en particulier depuis la disparition de ses parents. Cette tristesse ne lui donne plus envie de vivre. Très gros plan sur ses yeux en pleurs. Un homme lui demande depuis combien de temps elle est dans cet état. Elle répond que cela fait deux ans. Il lui demande ensuite depuis quand cela à commencé. D’après elle, cela est dû à une chute chez elle pendant sa toilette. Elle est restée par terre pendant trois heures, couchée sur son bras. Elle explique que son frère est finalement venu l’aider à la dégager. Elle exprime ensuite son envie de mourir. L’homme lui demande pourquoi. Elle répond qu’elle en a « assez de la vie ». L’homme lui demande de nouveau pourquoi. Elle répond que cela est dû à l’ennui.

[11:04]


La désorientation temporelle et spatial , symptôme d’un déracinement entraînant une perte de repère.

[11:04]

Plan sur des tableaux. Le narrateur prend la parole. Il explique que dans un « état délirant », un « vécu catastrophique » est « projeté sur l’environnement ». Ce dernier est alors, selon lui, « détruit ou persécutif ». Gros plan d’une femme âgée. Elle raconte que son père travaillait à la Filature Boulet. Une femme la questionne pour savoir si son père va bien. La femme âgée ignore sa question, et continue de parler longuement de la Filature Boulet. Elle s’inquiète et se questionne sur la santé économique de cette entreprise et de ses filiales. Gros plan d’une autre femme âgée. Cette dernière se plaint à une femme de l’infirmier qu’elle qualifie de « dangereux » et dont elle éprouve de la peur. Elle l’accuse de venir à sa rencontre avec des armes et de la détester au point de vouloir lui faire du mal, voire de la tuer. Toujours d’après elle, la maison de repos aurait pris des dispositions pour que cet infirmier ne s'approche plus d’elle. Cette décision serait justifiée car elle prétend que l'infirmier souhaiterait « l’encorder toute sa vie […] à plat sur le dos » l'empêchant de bouger. Plan large d’une rue où un adulte aide une personne âgée à marcher. Le narrateur prend la parole. Il souhaite rappeler au spectateur que la « fréquence et la réversibilité des états confusionnels » touchant ces personnes âgées exprime en fait « leur angoisse d’être détachés de leur milieu, à leurs affections, à leurs repères spatiotemporels ». Plan d’une fenêtre qui laisse entrevoir une femme âgée de profil puis plan de plusieurs photographies. Toujours selon le narrateur, la personne âgée a donc tout essayé avant « l’effondrement final » c'est-à-dire la démence. De plus, Il explique qu’à ce stade, l’esprit exécute un retour « pitoyable » vers ses souvenirs d’enfance, perceptible comme une ultime défense de l'esprit qui, pour continuer d’exister, se retranche dans un environnement protecteur. Un fond sonore de Georges Brassens, Le temps passé est joué.

[14:08]


Le retour à l’enfance, dernière preuve de combativité dans la démence.

[14:08]

Gros plan d’une femme âgée. Cette dernière déclare qu’elle a deux fils. Puis elle se corrige et affirme qu’elle a un fils et une fille. Une femme demande leurs âges. La vieille dame répond que sa fille à 23 ans, mais elle se rend compte que cette information est erronée. Elle se désole de ne pas avoir pris son carnet qui lui permettrait de répondre plus facilement à cette question. Elle affirme ensuite que l’une à 13 ans et l’autre 19 ans. Son discours devient donc incohérent car elle affirme désormais avoir deux filles. La femme demande ensuite à la personne du troisième âge, l’âge de ses parents. Cette dernière répond qu’« ils ne sont pas vieux » et « qu’il y a du 29 ans là-dedans ». Sa mère, d’après elle, est plus jeune que son père et aurait 23 ans. Face à cette réponse incohérente, la femme demande qu’elle âge a la dame âgée. Elle répond qu’elle a entre 22 et 23 ans.

[15:24]


La désorientation temporel et spatial, une défense psychologique contre un monde en rapide transformation.

[15:24]

Gros plan sur une autre femme âgée. Cette dernière est lucide. Elle répond avec certitude avoir 100 ans. Un homme lui demande alors depuis quand. Elle commence par répondre « le 25 avril 1873 » avant de corriger par 1973, se rendant compte d’elle-même qu’elle donnait par erreur sa date de naissance. L’homme lui demande alors sa date de naissance pour vérifier si c’était bien une erreur de sa part et non pas un signe de démence. La dame âgée répond alors qu’elle est née le 25 avril 1873. L’homme lui demande ensuite où elle est née. Elle répond à Commentry, dans l’Allier. La femme âgée parle ensuite de son passé : elle présente celui-ci comme différent d’aujourd’hui, notamment à cause d’une jeunesse qui « se fiche de tout ». Elle avait un mari « plein de qualités », « bon travailleur » et « honnête », ce qui fait qu’elle a eu une vie heureuse avec lui. Après ce témoignage, l’homme lui demande si elle a des souvenirs de la Grande Guerre. Elle répond que oui, mais pas pour de bonnes raisons. En effet, elle se rappelle que son gendre, son frère et de nombreux neveux (au moins trois) ont été tués durant les hostilités. Elle se rappelle même du télégramme qu’elle a envoyé pour récupérer le corps d’un proche décédé. L’homme demande ensuite à la centenaire de confirmer ses paroles, affirmant qu’elle avait plus de souvenirs de la Grand Guerre que de la Seconde Guerre mondiale. La femme confirme ses propres propos en justifiant qu’elle ne se rappelle pas de la guerre de 1939-1945 car tous ses proches ont déjà été tuées pendant la guerre de 1914-1918. Plan d’ensemble de mains feuilletant les pages d’un album photo. Le fond sonore est la musique de Jacques Brel « Les Vieux ». Le narrateur résume tous ces témoignages en concluant qu’on ne se rappelle, avec l’âge, que de ses « attachements » et « de ce qu’on a vécu intensément ». D’après lui, la désorientation se traduit plus par une « défense psychologique » que par un symptôme de la démence car le monde actuel évolue beaucoup trop vite pour qu’une personne âgée s’y sente à l'aise. Plan d’une maison parmi des immeubles. Gros plan sur l’une des femmes âgées qui a déjà été interviewée. Cette dernière affirme que les personnes âgées sont « gênantes » pour la société. Un homme questionne alors la dame âgée pour savoir si elle préférerait être dans une maison de retraite. Elle répond que oui, car elle serait avec des personnes âgées comme elle. Plan sur une nouvelle femme âgée. Cette dernière affirme qu’il est mieux de vivre accompagné que seul. En effet, malgré sa télé et son oiseau à qui elle part, elle ne ressent pas le même degré de compagnie qu’elle aurait avec une autre personne. Elle a néanmoins un fils qui habite à Colombes, mais ce dernier ne se déplace pas, forçant cette dame à le voir d’elle-même, ce qui est contraignant mais cela ne la contrarie pas pour autant. Elle est néanmoins contrariée que son fils ait vendu sa maison où elle a vécu 30 ans pour être placée en maison de repos, perdant ainsi une grande part d’autonomie.

[18:41]


Une désorientation interprétée par les anciens comme une fatalité face au vieillissement.

[18:41]

Gros plan d’un homme âgé qui a été précédemment interviewé. Le narrateur explique que la vieillesse fait disparaître « les valeurs à laquelle on était attaché ». Le vieil homme confirme ces propos. Selon lui, il peut de moins en moins parler de ses vieux souvenirs de guerre car les personnes de sa génération disparaissent petit à petit. De plus, il critique que la société actuelle l' empêche également d’en parler car le sujet est devenu sensible. Gros plan sur la vieille dame centenaire qui a été précédemment interviewée. Le narrateur explique que la vieillesse rend « le lendemain vécu comme un jour de trop ». La centenaire se déclare comme étant devenue « inutile » de par son âge. Cette fatalité la fait alors se questionner sur son avenir et elle se demande pourquoi elle ne meurt pas. Gros plan d’un homme âgé. Le narrateur explique que l’invalidité qui empire de jour en jour apporte le sentiment de « déchéance ». L’homme âgé confirme ce propos en faisant le constat de la dégénérescence motrice de son corps au fil du temps. En effet, il explique que quand il était dans son appartement, il allait au métro en une demi heure sans être essoufflé. Désormais il n’en est plus capable, remarquant que depuis décembre le souffle lui manque.

[20:00]


Interpréter ces signes pour prévenir et diagnostiquer la démence.

[20:00]

Face à ce témoignage, le narrateur explique qu’il faut traiter l’apparition de symptômes d’invalidité le plus rapidement possible. Plan rapproché d’une femme âgé assise qui résoud un casse-tête. De plus, il ne faut pas hésiter à poser le diagnostic de démence dès les premiers symptômes et ensuite de ne pas abandonner ces malades qui méritent de vivre une vie décente, même si cette vie nous semble « inadéquate ». Plan rapproché d’une nouvelle femme âgé assise qui résout le même casse-tête, cette dernière rencontre beaucoup plus de difficulté. Le narrateur rappelle que les symptômes de la démence peuvent être masqués par d'autres symptômes d'apparence mineure. Gros plan de personnes âgées reproduisant, avec plus ou moins de difficulté, une forme géométrique d’après un modèle. Le narrateur donne alors des exemples de ces symptômes qui peuvent être mal interprétés : « Asthénie, manifestation somatique anorganique, trouble mnésique discret, vertige… etc. ». Il avoue néanmoins que la démence est difficile à diagnostiquer mais que des tests simples peuvent aider le diagnostic. Ces tests ont donné des résultats étonnants car certaines personnes qualifiées de « cliniquement peu touchées » ont souvent échoué. Le narrateur commence ensuite à lister ces différents tests : « Reproduction de mémoire d’une figure géométrique simple ou complexe, rappel de la chronologie des événements biographiques, dénomination d’objets, répétition de chiffres ou de mots.

[21:07]


Des testes pour faciliter un diagnostic

[21:07]

Plan d’ensemble d’une femme âgée, ayant été interviewée, qui passe le test de répétition de chiffres ou de mots. Une doctoresse commence par lui dire une liste d’objets : « Malle, bateau, mouton, fusil , crayon, église et poisson ». La doctoresse demande ensuite à la femme âge de répéter les mots dont elle se souvient. Cette dernière s’inquiète de ne pas pouvoir les donner dans l’ordre. La doctoresse rétorque que l’ordre n’a aucune importance. La femme répète les mots « église, poisson, bateau » mais elle est incapable d’en donner plus. Plan d’ensemble d’une autre femme qui passe le même test. La doctoresse lui donne la liste d'objets qu’elle devra retenir : « fusil, crayon, église et poisson ». Pendant son énumération, la femme âgée commente que ce test ressemble à « l’abcédé ». Elle commence alors à réciter les mots « poisson, pupitre, église », puis hésite avant de dire « maître d’école ». La doctoresse l’informe que ce mot n’est pas présent dans la liste, la vieille dame rétorque alors qu’elle ne se rappelle plus du reste. Le son de la séquence est arrêté pour laisser place à celui d’une voix masculine. Ce dernier rappelle que « les états de désorientation temporo-spatial » doivent être reconnus, analysés et traités le plus rapidement possible et cela même si les symptômes sont discrets ou masqués par des « aspects confusionnels, dépressifs ou délirants ». En effet, la voix masculine constate que la désorientation est un symptôme trop présent chez les personnes âgées en raison beaucoup de situations « génératrices de désorientation ».

[22:45]


L'importance de la famille dans la prévention contre la démence.

[22:45]

Plan rapproché du docteur à qui appartient cette voix. Selon ce dernier, une prévention et une amélioration rapide de ces situations permettrait d'atténuer, voire de soigner, cet état. Le docteur cite alors une situation qui doit être évitée, l’isolement. En effet, l’isolement est une « terrible et contraignante condition » pour la personne âgée dû à un rejet « de leurs enfants, de leurs famille [et] leur entourage » ce qui oblige cette dernière à être transférée dans des organisations collectives où elle se sent « perdu [et] déraciné ». Cette « confusion mentale », selon les dires du médecin, peut être due à des affections, en particulier celles favorisant une « hypoxie cérébrale ». C’est pour cela que chaque personne atteinte de désorientation temporo-spatial doit être examinée, faire l’objet d’un bilan organique, testé sur sa validité motrice et sociale et surtout doit être traitée sans faire attention à son âge. Le docteur souligne également l’importance des facteurs métaboliques et vasculaires car, d’un point de vue clinique, l’amélioration de la « vascularisation encéphalique » peut avoir une action thérapeutique chez les malades. Le docteur rappelle que le rejet que la personne âgé atteinte « d’états d'invalidité motrice et sociale » subit par son entourage est facteur « d’altération de la personnalité » car l’absence de compagnie fait que la personne âge « se désintéresse de la vie » et « se laisse aller ». Il s’offusque que la société n'accepterait pas cet état s' ils apparaissent à l'âge de quarante ans. Il conclut que l'attitude « du vieillard » est la conséquence de l'entourage qui l'abandonne à son isolement. Il faut donc prendre en charge « sur le plan psychologique et physique » les personnes âgées afin de les réinsérer dans notre société.

[24:47]


Le médecin traitant, médiateur principal entre la personne âgée et sa famille.

[24:47]

Plan d’un homme âgé qui marche dans une forêt puis gros plan d’un panneau publicitaire. Le docteur constate que parmi les facteurs organiques qui ont été cités pour expliquer la désorientation temporo-spatiale, les facteurs psychologiques sont les plus importants. Plans sur des bâtiments et sur des personnes âgées. Selon le docteur, le médecin traitant est le mieux placé pour aider la personne âgée désorientée car il peut apprécier les facteurs organiques et psychologiques et sensibiliser ses proches sur le comportement à adopter pour l’aider du mieux possible face à un monde « de plus en plus inquiétant ».

Supplementary notes

(français)

References and external documents

(français)
BERRIOS GE, Dementia during the seventeenth and eighteenth centuries: a conceptual history, vol. 17, 1987.


Contributors