Paul Sivadon

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Début de carrière en psychiatrie

Médecin des hôpitaux psychiatriques en 1933, Paul Sivadon devient, en 1943, de chef de service à l'hôpital de Ville-Évrard. Il y découvre un service de 600 internés, affamés, entassés, dépourvus de tout. Il rejoint Henri Ey (1900-1977), figure dominante de la psychiatrie française de ce siècle, et des collègues engagés dans la « Révolution » de la psychiatrie. Il en devientun des pionniers en parvenant à transformer en 1948, un ancien service asilaire en un remarquable centre de traitement et de réadaptation sociale (C.T.R.S).

En lien avec ces avancées, il conçoit l'organisation des soins comme un ensemble d'unités diversifiées et coordonnées hospitalières et extra-hospitalières. Dans une époque d'après-guerre où presque tout est à créer, il est à l'origine d'associations loi 1901 qui complètent le service public. C'est le cas, en 1948, de l'association « l'Élan retrouvé » avec la mise en place successive de consultations de psychopathologie du travail, de médecine psychosomatique, de services d'hospitalisation de jour, de foyer post-cure, de centre d'aide par le travail protégé... Également d'un centre de réadaptation agricole à Billiers dans le Morbihan. Parmi d'autres mesures novatrices instaurées sous sa direction, qui s'inscrivent dans le courant de ce que l'on dénommera bientôt la psychothérapie institutionnelle, Paul Sivadon transforme l'un des six pavillons de son service en club pour les malades, qui sera le premier en France : le « Club des crisants » fonctionne de 1945 à 1947.

Développer la psychothérapie collective

Il conçoit et organise ensuite la transformation de son service en Centre de traitement et de Réadaptation Sociale (CTRS) : par convention en date du 7 juillet 1947 entre la Préfecture de la Seine et la Caisse régionale de la Sécurité sociale, Sivadon obtient de réduire de plus de la moitié la capacité hospitalière de son service, qui passe de 600 à 250 lits, et des moyens supplémentaires en personnel qui permettront la mise en œuvre des méthodes de psychothérapie collective (thérapeutique occupationnelle). Le C.T.R.S. de Ville-Évrard entre en service le 1er janvier 1948 avec plusieurs médecins, six internes (un par pavillon), une « hôtesse psychologue », deux assistantes sociales présentes deux jours par semaine, une conseillère du travail, un masseur-kinésithérapeute, un moniteur d’éducation physique, des infirmiers moniteurs pour les ateliers d’ergothérapie [le standard à l'époque dans les hôpitaux psychiatriques du département de la Seine est, pour 400 à 600 lits, un médecin chef et un assistant, un ou deux internes et, au mieux, une assistante sociale à temps partiel].

Organisation du CTRS, fondantion de l'ELAN retrouvé

Un C.T.R.S. semblable ouvre à Villejuif pour les femmes, sous la responsabilité du docteur Louis Le Guillant, un autre pour les femmes à Bonneval dirigé par le docteur Henri Ey, un à Saint-Alban (Lozère) pour les hommes avec François Tosquelles. Les trois pavillons d'hospitalisation sont transformés : dortoirs boxés, douches et sanitaires corrects, démolition des murs et comblement des sauts-de-loup. Divers ateliers d’ergothérapie sont ouverts, un terrain de sport aménagé. Dans l'esprit de la psychothérapie institutionnelle, un « Conseil de malades » voit le jour, avec élection de délégués, qui publient un journal, “Le Tremplin”, et animent une émission hebdomadaire de “Radio CTRS”. Le C.T.R.S. de Ville-Evrard est complété à partir de 1948 par des structures extrahospitalières sous l’égide d’une association loi de 1901 : l’Association L’Elan retrouvé, co-fondée par Sivadon et Suzanne Baumé, sa première directrice. Parmi les autres membres fondateurs, citons Sven Follin, Hélène Chaigneau, Claude Veil. Sous l'égide de L'Elan retrouvé, ouvre en 1956 rue du Château-des-Rentiers à Paris 13e arr. le premier foyer de post-cure créé en France, et en 1962 rue de La Rochefoucauld à Paris 9e arondissement, le premier hôpital de jour psychiatrique.

A l'Institut Marcel Rivière

Le 15 juin 1958, Sivadon est affecté à l’Institut Marcel Rivière à La Verrière, Le-Mesnil-Saint-Denis, Yvelines, dont il a conçu les services psychiatriques dépendant de la MGEN. A La Verrière est mis en place la 'Classthérapie', une méthode de psychothérapie collective dont Sivadon est l'un des concepteurs et son promoteur en France. Parmi de multiples autres fonctions, Paul Sivadon est du 12 février 1958 au 22 juin 1965 Président l’Association de Santé Mentale et de Lutte contre l’alcoolisme du 13e arrondissement, à l'origine de la création du premier secteur psychiatrique en France, Président de la Fédération Mondiale pour la Santé Mentale pour 1959 et trésorier de l’Association Mondiale de Psychiatrie en 1961, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles de 1959 à 1979 où il succède à Nyssen.

Psychiatrie et socialités

Au soir de sa vie, Sivadon rédige son dernier ouvrage, Psychiatrie et Socialités. « Véritable livre de raison » autobiographique, il rassemble quelques textes théoriques publiés entre les années 50 et la fin des années 1970. Dans ces mêmes années, Paul Sivadon réanime la ligue d'Hygiène mentale, l'action familles de malades, et est appelé en 1956 à concevoir et mettre en place l'ensemble des services psychiatriques de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (M.G.E.N). Responsabilités importantes assurées de 1958 à 1972, auxquelles va s'adjoindre en 1959 la charge universitaire d'un enseignement de psychiatrie et de psychologie médicale à l'Université libre de Bruxelles, chaire qu'il occupera vingt années.

Homme d'étude et de réflexion, refusant d'appartenir à des chapelles, se méfiant des grands systèmes théoriques, tolérant mais sans complaisance, Paul Sivadon se réclamait volontiers pragmatique et empirique précisant qu'il entendait par là les approches philosophiques correspondantes. C'était avant tout un homme d'action, réfléchi, ouvert à une vision anthropologique, à l'évolution de l'homme au travers des âges, aux diverses civilisations, aux interrelations de celui-ci et du milieu.

Il aura la satisfaction de pouvoir concrétiser ses réflexions sur les interrelations de l'homme avec le milieu, avec l'espace, à la fois dans sa pratique clinique institutionnelle et dans l'architecture de l'hôpital psychiatrique ouvert par la M.G.E.N à La Verrière.

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