Laboratoire Sandoz

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Laboratoire Sandoz (français)
Cet article doit l'essentiel de ses contenus à l'entretien que Gérard Leblanc a accordé à Thierry Lefebvre en 2009. Cf. Thierry Lefebvre, « L'âge d'or du cinéma médical et l'aventure de Médecine/Cinéma. Entretien avec Gérard Leblanc », Sociétés & Représentations, vol. 28, no. 2, 2009, pp. 107-118. https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2009-2-page-107.htm


Après la Seconde Guerre Mondiale, les laboratoires pharmaceutiques lancent une production cinématographique considérable. Dans les années cinquante et soixante, Sandoz présente la cinémathèque la plus remarquable par son choix de collaborateurs et l'ambition cinématographique de ses titres. Le critique et historien du cinéma Gérard Leblanc affirme à ce sujet : " À l’époque, la cinémathèque Sandoz était dirigée par Michel Breitman, un écrivain publié chez Gallimard, un homme très cultivé, grand amateur de cinéma et même cinéphile. Breitman et son assistant, Jean-Charles Gaspard, étaient en forte admiration devant un film comme Méditerranée que Pollet avait réalisé en 1963. Et c’est la raison pour laquelle ils l’avaient sollicité (notamment pour Le Horla et L'ordre, en collaboration avec Maurice Born ". (Thierry Lefebvre, « L'âge d'or du cinéma médical et l'aventure de Médecine/Cinéma. Entretien avec Gérard Leblanc », Sociétés & Représentations, vol. 28, no. 2, 2009, pp. 107-118.) Michel Breitman considérait que les médecins, souvent des personnes cultivées, attendaient des films exigeants de la part d'une telle cinémathèque.

Les films étaient souvent faits à l'initiative d'auteurs scientifiques qui considéraient le cinéma comme une valorisation prestigieuse de leurs travaux. Il est vrai que souvent, comme le réalisateur était mis au service de l'auteur scientifique, le film qui résultait de leur collaboration présentait souvent un intérêt cinématographique limité. Néanmoins, ceux qui étaient produits par Sandoz se sont distingués en mobilisant des réalisateurs de renom et en privilégiant les sujets psychiatriques ou axés sur l'état psychologique des patients, plus à mêmes d'inspirer un traitement artistiquement consistant. Leblanc : " L’apport de la Cinémathèque Sandoz est d’avoir accepté que le discours du film ne soit pas encadré par le discours psychiatrique de tel ou tel spécialiste, même s’il y avait des conseillers médicaux [ill. 2]. Ce n’était pas le discours du conseiller médical qui structurait l’organisation du film. " (ibid).

La diffusion des films se faisait auprès du public des médecins par l'organisation de soirées de prestige, les séances donnaient lieu à des débats. Certains films, choisis pour leurs qualités didactiques, étaient montrés auprès des étudiants dans des amphithéâtres universitaires.

En 1966, la cinémathèque Sandoz a également soutenu financièrement la revue critique Médecine/cinéma dirigée par Gérard Leblanc et Philippe Chantelou, uniquement destinée aux médecins et professions paramédicales. Gérard Leblanc : " L’expérience de Médecine/Cinéma m’a appris à m’intéresser à des images – médicales, techniques, scientifiques – qui semblaient étrangères au « vrai » cinéma, celui des cinéphiles. J’ai découvert que l’œuvre cinématographique de Georges Franju, sur laquelle j’ai beaucoup publié par la suite, tirait une large partie de sa force, de son pouvoir, de sa beauté, de réalités jugées a priori comme non cinématographiques et d’images traditionnellement exclues du champ de l’art. " (ibid.)

Cette accointance des laboratoires Sandoz avec la création cinématographique et la critique a cessé au milieu des années 70. L'incident de la diffusion en 1973 de L'Ordre, réalisation de Jean-Daniel Pollet en collaboration avec Maurice Born, y est pour beaucoup. Ce film radical, mettant en cause l'institution médicale comme producteur d'aliénation, a choqué le public professionnel. Pour Gérard Leblanc, cette expérience a été un point de non retour : " Il y a eu un tournant important chez Sandoz, c’est L’Ordre de Jean-Daniel Pollet. J’ai assisté à la première projection du film en 1973. Il n’y a pas eu de débat, l’accueil a été glacial. Les médecins n’étaient pas contents de la remise en cause de l’ordre médical. Le film n’est d’ailleurs ressorti dans les milieux médicaux que bien plus tard, après le déclenchement de l’épidémie de sida. En 1973, l’équipe de la Cinémathèque Sandoz a courageusement défendu le film, mais elle a été très attaquée. À partir de là, elle n’a pas pu continuer sa politique et a réduit ses ambitions. Et Médecine/Cinéma en a bien sûr pâti. "

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