La médecine pénitentiaire (1965)

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La médecine pénitentiaire


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Title La médecine pénitentiaire
Series Emission médicale
Year of production 1965
Country of production France
Director(s)
Duration 68 minutes
Format Parlant - Noir et blanc -
Original language(s) French
Archive holder(s) INA
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Main credits

(français)
La médecine pénitentiaire Une émission de Igor Barrere et Pierre Desgraupes

Content

Theme

(français)
La médecine pénitentiaire, le rôle des médecins en prison

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
La prison de Fresnes est dotée d’un hôpital qui accueille des détenus de toute la France, ainsi que des services pour les détenus mineurs et les détenues mères de jeunes enfants. Des interviewent de prisonniers et de médecins éclairent le rôle des médecins dans le système pénitentiaire, entre soin et réhabilitation.

Context

(français)
A partir de la fin du XIXe siècle, les médecins et psychiatres deviennent des membres à part entière du personnel des prisons. Ils prennent des mesures sur le physique des prisonniers et les interrogent. La criminologie se développe lentement à partir de ces données médicales. Cesare Lombroso, titulaire d’une chaire de médecine légale à Turin, publie en 1876 un ouvrage, L’homme criminel, qui établit une typologie du criminel. Il décrit son physique et son psychisme. Il croit au caractère inné de la criminalité. D’autres pensent que le crime est une maladie sociale. Le Code pénal français déclarant qu’un dément n’est pas responsable de ses crimes, le milieu médical est mobilisé pour définir la démence et les états mentaux rendant des hommes irresponsables.

Le système pénal français connaît de grandes évolutions après la Seconde Guerre mondiale. Un document nommé “Principes formulés en mai 1945 par la commission de réforme des institutions pénitentiaires françaises” annonce que le but premier de la peine de prison est la réinsertion. Cela conduit à la “réforme Amor”, prenant le nom du directeur de l’administration pénitentiaire française de l’époque. Le traitement du prisonnier doit être humain, adapté à son crime et à sa personnalité. On supprime les pratiques jugées dégradantes comme le port obligatoire de sabots, le port des fers pour les condamnés à mort… On autorise les détenus à acheter des revues et à fumer. Cependant des mutineries de détenus ont lieu jusqu’en 1948. Le sanatorium de Liancourt est créé en 1947, le centre d’observation psychiatrique à Château-Thierry en 1950. Il s’agit avant tout de sortir les détenus les plus problématiques des autres prisons. Des annexes psychiatriques sont ajoutées à de nombreuses prisons, surtout dans un but d’observation des criminels les plus perturbés par les criminologues. La fonction de juge d’application des peines apparaît en 1958 ; ces juges sont chargés d’individualiser les peines par un suivi des condamnés.

Au début des années 1960, les bâtiments pénitentiaires sont jugés vétustes et ne peuvent accueillir les jeunes détenus dont les nombre est en augmentation. Le gouvernement, après avoir eu besoin de la Croix Rouge dans les prisons, augmente les personnels sociaux et médicaux dans l’administration pénitentiaire.

La prison de Fresnes, construite à la fin du XIXe siècle, voit construire à la fin des années 1950 un établissement expérimental pour les jeunes condamnés, dont les autorités prévoient une augmentation importante. En 1956 est créée une infirmerie psychiatrique annexe à la prison. Cette prison devient également un endroit important de la répression politique, notamment avec l’emprisonnement à Fresnes de membres du Front de Libération Nationale lors de la guerre d’Algérie. La fin de la guerre d’Algérie et l’augmentation des personnels de prison permettent de baisser la population carcérale de la prison de Fresnes.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : Yes.
  • Voice-over  : Yes.
  • Interview  : Yes.
  • Music and sound effects : Yes.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
Le film se concentre beaucoup sur les interviews des médecins de prison, et utilise les interviews de détenus pour étayer leurs propos. Bien que les visages des détenus soient cachés, ces derniers sont écoutés et montrés comme des hommes ayant des problèmes médicaux, sociaux et émotionnels. Le film dirige le regard des spectateurs vers les médecins et les patients, et pousse à écouter les discours des prisonniers et l’intonation de leurs voix. L’animateur est peu mis en avant.

How are health and medicine portrayed?

(français)
La santé et la médecine sont présentées comme un droit des détenus, mais aussi et avant tout comme un outil de réhabilitation. La délinquance est traitée comme une maladie sociale, et parfois psychiatrisée. Ce phénomène d’arrivée de la médecine dans les prisons est étudié par Michel Foucault dans l’ouvrage Surveiller et Punir paru en 1975. Les médecins ne sont pas uniquement des soignants. Ils doivent trouver et traiter un problème dans la personnalité même du détenu. Il s’agit ouvertement de les trier selon la possibilité ou non de leur réhabilitation, et de les traiter par des examens, un suivi individualisé et des thérapies.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
Télévision nationale

Presentations and events associated with the film

(français)

Audience

(français)
Familial, adultes

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
Introduction : début à 4’39

-00’00 à 2’09 : une succession de plans larges montre un gardien entrer dans une prison puis dans un bloc opératoire. Une voix off annonce qu’il se trouve à l’hôpital de la prison de Fresnes.

-2’10 à 4’39 : avec un raccord par la voix de l’animateur, on arrive à une interview de l’inspecteur général des services de santé de l’administration pénitentiaire. Il dit qu’en France, 30 000 détenus sont répartis dans 180 prisons, et l’hôpital de la prison de Fresnes a 350 lits pour les soigner. D’autres établissements accueillent vieillards, tuberculeux et malades mentaux. On y donne des soins habituels et des soins spécifiques.


Le service de chirurgie : 4’40 à 17’05

-4’40 à 5’15 : plan large sur une opération en cours, avec le chirurgien et le personnel qui l’assiste

-5’16 à 17’05 : interview du chirurgien et médecin chef de Fresnes à la sortie de la salle d’opération. Il liste les maux habituels qu’il soigne, et dit que les prisonniers vieillissent comme les autres et ont droit aux mêmes soins. Il évoque aussi les maux plus spécifiques à la détention, comme les ulcères ou les détenus qui avalent des corps étrangers. Il parle à un détenu qui a avalé des cuillières et montre des radiographies, puis parle plus longuement des tentatives de suicide.


La psychiatrie en prison : 17’06 à 27’12

-17’06 à 19’21 : l’animateur interview un psychiatre, filmé en plan poitrine et assis derrière son bureau. Il parle des mutilations et des risques de suicide à l’arrivée des détenus qui réagissent mal à leur peine.

-19’22 à 21’27 : l’animateur interviewe un homme détenu depuis 18 mois, en présence du secrétaire général. Le prisonnier est de face mais son visage est dans l’ombre. C’est un cambrioleur qui a été emprisonné trois fois et a essayé de se suicider la première fois. Il dit se sentir seul, sans nouvelles de sa famille ni conversation avec les gardiens.

-21’28 à 23’09 : le psychiatre interviewé parle de l’acclimatation des détenus à la vie en prison : ils travaillent, s’occupent d’eux-mêmes et certains se croient malades et vont souvent voir le médecin avec des symptômes psychosomatiques.

-23’10 à 24’19 : dans un dortoir en plan large, un médecin en blouse parle à un patient allongé, qui dit qu’il ne peut plus manger depuis 45 jours car il rend tout. Le docteur explique que le patient n’a aucune maladie organique.

-24’20 à 27’12 : l’animateur demande au psychiatre s’il s’agit de malades imaginaires. Selon le psychiatre, il s’agit surtout d’une volonté d’aller à l’hôpital. Il parle ensuite des détenus qui sortent de prison : ils ont hâte de sortir mais ils ont également peur de quitter une vie à laquelle ils sont habitués, de chercher un hébergement et un travail. Des détenus réagissent non pas à leur peine mais à leur délit : ils se sentent coupables. La médecine pénitentiaire observe des réactions pour adapter la peine.


La personnalité du délinquant : 27’13 à 44’39

-27’13 à 29’40 : plan poitrine sur l’animateur qui explique que le médecin de prison a aussi des spécificités. Avec le psychiatre, il doit étudier et parfois traiter le détenu dans sa qualité de délinquant. Il faut s’intéresser à sa personnalité et à ses conditions de vie. Puis dans un plan large, l’animateur est à une table avec un médecin qui affirme que le médecin de prison est aussi un criminologue qui traite une maladie sociale. Il s’occupe non seulement du détenu mais aussi de son devenir.

-29’41 à 38’03 : dans un plan large, l’animateur est de dos et un détenu de face, le visage dans l’ombre. Il a 41 ans et a tué sa fiancée à la carabine, avant de circuler en voiture avec son corps puis de se rendre. Il dit que selon lui, leur relation allait vers l’échec. L’animateur l’interroge sur son enfance : il a toujours été timide et pessimiste, et a tué sa fiancée alors qu’on venait de lui refuser un rendez-vous en psychiatrie.

-38’04 à 38’57 : le journaliste interviewe le docteur vu avant l’entretien avec le prisonnier. Il compare un prisonnier sortant de prison à un malade sortant d’hôpital psychiatrique. Selon le docteur, les détenus trouvent la paix en prison.

-38’58 à 43’11 : l’animateur et le médecin sont face à un détenu caché dans l’ombre. Il est en prison depuis cinq ans et doit sortir prochainement. Il s’agit de sa quatorzième condamnation. Il a quitté ses parents à neuf ans pour être placé dans des fermes. Il a été condamné pour la première fois à seize ans et a été interné puis s’est évadé. Il a à nouveau été emprisonné et est tombé malade en prison. Il a apprécié les soins prodigués et s’est donc dénoncé pour une ancienne affaire afin de rester en prison. Il bénéficie d’un suivie psychiatrique et est prêt à vivre dehors ou sa femme l’attend s’il est aidé.


Le cycle de la vie en prison : 44’40 à 49’30

-44’40 à 44’57 : un gardien marche dans le couloir lors de plusieurs plans différents.

-44’58 à 47’01 : l’animateur interview à nouveau le premier chirurgien vu dans le reportage. Il lui parle de l’accompagnement des condamnés à mort. Le chirurgien a accompagné deux condamnés à mort et préfère ne pas en parler. Il veut sauver des vies et trouve douloureux d’accompagner des gens vers la mort. Il évoque aussi la question des naissances en pirson. Les enfants restent dix-huit mois avec leur mère puis sont emmenés par les services sociaux. Il y a eu trente-deux accouchements en 1965, au pavillon René Le Riche de la prison de Fresnes.

-47’02 à 47’55 : gros plan sur une porte. Une voix off explique qu’il s’agit du pavillon René le Riche. On voit une femme avec un nourrisson dans la fenêtre de la porte. Un homme interviewé en voix off explique que les femmes qui accouchent restent au pavillon avec leur enfant, aidées par des nonnes.

-47’56 à 49’30 : dans un plan large sur la fenêtre d’une porte de cellule, on voit une femme et son enfant. L’animateur entre dans la pièce et s’assoit avec la femme. Cette dernière explique que sa fille aura bientôt dix-huit mois et lui sera enlevée car sa famille ne veut pas s’en occuper. Elle sera donc placée dans une institution pour enfants. Elle ne sait pas quand elle reverra son enfant et cela l’émeut.


Les jeunes détenus : 49’31 à 1’04’28

-49’31 à 56’15 : l’animateur filmé en plan poitrine explique que le médecin de prison doit être présent en permanence pour les jeunes détenus. Dans la délinquance juvénile, la prison est vue comme un traitement. Dans le plan large qui suit, l’animateur est assis à une table avec un nouveau médecin qui explique que le rôle du médecin en délinquance juvénile est un rôle de triage. Certains sont malades, certains sont à punir. Il faut les observer et déceler des problèmes sociaux, éducatifs ou psychiatriques chez eux. Il faut différencier la crise d’adolescence et une psychose naissante. Lorsque l’animateur lui demande si la délinquance juvénile est en augmentation, le médecin répond qu’elle est surtout plus violente. Les psychiatres et les sociologues doivent trouver les causes de cette violence. Il pense également que les vols et d’autres délits sont banalisés.

-56’16 à 59’39 : le médecin et l’animateur sont assis à une table avec un jeune délinquant donc le visage n’est pas visible, caché dans l’ombre. Il a 17 ans et a été condamné pour vol de voiture ainsi que coups et blessures sur le propriétaire de la voiture. Il a volé une centaine de voitures avec une bande, pour se promener avant d’abandonner la voiture. Il travaillait dans une fabrique de lits avec un petit salaire et n’a pas fait d’études. Il dit qu’il volait avant tout parce qu’il était en bande et qu’il ne l’aurait pas fait seul. Le psychiatre note que beaucoup de bandes de délinquants sont composées d’individus qui ne commettraient aucun délit seuls.

-59’40 à 1’00’30 : l’animateur, seul avec le psychiatre, lui demande si le jeune était sincère lorsqu’il disait regretter son acte. Selon le psychiatre, il regrette surtout la liberté perdue. Lui et son équipe doivent savoir s’il risque de récidiver. C’est un risque fort chez un jeune qui n’a ni argent, ni métier plaisant.

-1’00’31 à 1’04’28 : l’animateur et le psychiatre sont face à un autre délinquant caché dans l’ombre. Il dit avoir 16 ans et être condamné pour la quatrième fois. Il a volé de l’argent et une mobilette. Son beau-père était violent puis il est allé dans un orphelinat avant que sa mère ne quitte son mari violent et reprenne son fils. Il a été condamné une première fois pour vol et a récidivé malgré cela car sans argent, il ne peut pas acheter ce qui lui plaît. Il travaillait dans une boucherie et une menuiserie et devait donner son salaire à sa mère, et dormir dans la cuisine. Le psychiatre explique que ce jeune a à la fois des problèmes sociaux et personnels. Il est très seul et n’a jamais de visites en prison. Il voudrait le placer dans un foyer avec une formation. Pour les mineurs, le psychiatre peut continuer le suivi après la sortie de prison.


Conclusion : 1’04’44 à la fin

-1’04’44 à 1’07’24 : le secrétaire général des services médicaux de l’administration pénitentiaire est interviewé en plan poitrine dans un couloir de la prison. Il affirme que la médecine est de plus en plus associée à l’exécution de la peine, mais que les médecins sont encore trop spectateurs. Le médecin est important avant et après le jugement mais il déplore qu’il ne soit pas appelé jusqu’au bout de la réinsertion du prisonnier. Il imagine qu’à l’avenir, les peines seront un traitement des détenus.

-1’07’25 à 1’08’30 : l’animateur interview un professeur d’université qui annonce qu’un nouvel enseignement spécifique à la médecine pénitentiaire apparaît dans les universités.

-1’08’31 à fin : la gardien marche vers la sortie, filmé en plan large. La voix off de l’animateur dit que la prison est un croisement de deux misères : celle de la prison et celle des hôpitaux. Elle est humaine mais pathologique. générique de fin


Ce documentaire montre, pour chaque séquence, une utilisation de la médecine adaptée à différents types de détenus.

Supplementary notes

(français)

References and external documents

(français)
-CARLIER Christian, Histoire de Fresnes, prison “moderne” : de la genèse aux premières années, Paris, Syros, 1998

-FIZE Michel, Une prison dans la ville : histoire de la “prison modèle” de la Santé, 1867-2014, Paris, Buchet-Chastel, 2015

-MASMOUDI Wafa Harrar, “Le statut du détenu malade”, Droit, Santé et société, n°5-6, 2018, p.59 à 77

-MILLY Bruno, Soigner en prison, Paris, PUF, 2001

-MUCCHIELLI Laurent (dir.), Histoire de la criminologie française, Paris, L’Harmattan, 1995

-PETIT Jacques-Guy (dir.), Histoire des galères, bagnes et prisons, XIIIe-XXe siècles : introduction à l’histoire pénale de la France, Toulouse, Privat, 1991

-VIMONT Jean-Claude, La prison : à l’ombre des hauts murs, Paris, Gallimard, 2004


Contributors

  • Record written by : Juliette Reichenbach