Friern Barnet Hospital treats schizophrenic patients

From Medfilm
Jump to: navigation, search

 

Friern Barnet Hospital treats schizophrenic patients


Pour voir ce film dans son intégralité veuillez vous connecter.

Title Friern Barnet Hospital treats schizophrenic patients
Year of production
Country of production Grande-Bretagne
Director(s)
Duration 12 minutes
Format Muet - Noir et blanc - 35 mm
Original language(s) English
Archive holder(s) Huntley Film Archives
Warning: this record has not been reviewed yet and may be incomplete or inaccurate.

Main credits

(français)

Content

Medical themes

Theme

(français)
Présentation de la procédure de l’insulinothérapie, autrement connue sous le nom de la « cure de Sakel » (du psychiatre Manfred Sakel), pour les patient·e·s atteint·e·s de schizophrénie, ainsi que du suivi nécessaire par le corps médical et infirmier.

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Le film présente le traitement des patient·e·s atteint·e·s de troubles schizophréniques par la cure de Sakel en ces différentes phases (injection d’insuline, pré-coma, coma, réveil). Pour chaque phase, on montre les réactions des malades dont les réflexes et les signes vitaux sont régulièrement testés. Cette thérapie de choc se voit complétée, si besoin, par des sessions d’électroconvulsivothérapie (ECT) dont un exemple nous est montré. L’ergothérapie est l’avant-dernière étape du traitement – (ré)éducation, (ré)habilitation et (ré)adaptation. On observe que les femmes sont cantonnées à des tâches domestiques comme la couture, alors que les hommes sont mobilisés pour des activités sportives en extérieur. Enfin, le suivi se termine par une psychothérapie afin de comprendre l’origine de la schizophrénie.

Context

(français)
La thérapie par coma insulinique est présentée aux États-Unis en 1935 par le praticien autrichien Manfred Sakel (1900-1957). Cette nouvelle approche pour soigner la schizophrénie met peu de temps à se répandre dans les autres pays et notamment en Angleterre.

Toutefois, dès ses débuts, elle ne fait pas consensus dans le champ de la psychiatrie. De nombreux échanges entre spécialistes dans The British Medical Journal témoignent d’une méfiance certaine à l’égard de ce traitement par insuline et, plus particulièrement, à propos de ses qualités curatives. Cette méfiance est également liée au contexte de la Seconde Guerre mondiale, puisque à l’époque les ressources glycémiques sont très précieuses, nécessitant une carte de rationnement. De fait, pour mettre fin au coma insulinique, les infirmier·e·s font ingérer aux patient·e·s une solution glycémique qui dépasse le rationnement autorisé par individu. Ce traitement est également critiqué à maintes reprises pour sa dimension expérimentale, le coma insulinique n’ayant pas encore fourni de preuves tangibles quant à son efficacité. Les cas de rémissions partielles ou totales sont non seulement qualifiés d’aléatoires, mais sont potentiellement imputables à des facteurs externes. Par extension, le travail des psychiatres est perçu comme une expérience de laboratoire sur la durée, comme une forme de test empirique qui conduit à entretenir avec les patient·e·s. une relation de proximité ambigüe. Le praticien n’agissant pas seul, il est assisté par divers membres du corps infirmier, lequel procure l’accompagnement nécessaire aux malades. Cependant, le psychiatre reste l’unique détenteur du pouvoir décisionnel sur le déroulement du traitement.

D’un autre côté, la cure insulinique est aussi une « lueur d’espoir » face à la schizophrénie. S’il s’agit d’une époque où cette maladie est bien connue du domaine psychiatrique, les médecins possèdent peu, voire aucun moyen efficace de la guérir/soulager. Dans un tel contexte, la cure insulinique se distingue des thérapies telles que la lobotomie, en ce qu’elle est perçue comme rassurante, offrant un suivi rapproché des malades sur plusieurs semaines – à raison de 40 à 80 sessions de coma par insuline. D’ailleurs, elle ne peut pas être administrée de manière ambulatoire, exigeant des locaux, des instruments et du personnel appropriés. C’est pourquoi elle va participer en partie à la restructuration des hôpitaux psychiatriques qui auront désormais une unité spécifiquement dédiée – l’unité insulinique. – dès 1936, Isabel Grace Hood Wilson déclare par écrit la nécessité de séparer les patient·e·s traité·e·s par insuline dans une aile ou un bâtiment distinct. Ainsi, les patient·e·s peuvent être suivi·e·s par des infirmier·e·s formé·e·s qui bénéficient des bons outils et, en cas de mauvais déroulement ou réaction au traitement, peuvent intervenir à tout moment.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : Yes.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : No.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
Dans ce court-métrage, le regard est d’abord structuré par les intertitres qui fournissent les explications à chaque étape de la procédure thérapeutique. Ils accompagnent à la fois les séquences de traitements des patients et patientes, et donnent les informations clés à la compréhension du bon déroulement de la cure. Propre au champ médical et pharmacologique, le vocabulaire mobilisé indique le type de public visé : des expert·e·s de la santé. L’usage de gros plans et des plans détails sont également révélateurs des destinataires supposés par le film : ils dirigent le regard sur le comportement et les gestes à adopter à l’égard des patient·e·s. Par ailleurs, les réactions physiques et neurologiques des corps lors du traitement livrent des informations sur la posture médicale et les tests à adopter dans une telle situation. La caméra met en évidence les exercices et les tests a effectuer avant et après la thérapie, avec de légers mouvements de caméra qui suivent les médecins, ainsi que quelques raccords dans l’axe.

How are health and medicine portrayed?

(français)
On note une dichotomie entre le corps médical et les malades dont témoignent par exemple les vêtements. Alors que les médecins sont vêtus de blouses blanches et les infirmières en robe noire avec tablier blanc, les patient·e·s sont en pyjamas rayés et/ou dénudé·e·s. Mais plus important, les médecins sont montrés comme actifs, manipulant le corps des malades réduits à un état d’impuissance.

Si la mise en valeur des gestes des soignants et soignantes par la composition visuelle permet de souligner leur professionnalisme ainsi que leur rigueur, ils sont aussi révélateurs de leur pouvoir physique sur les malades (corps secoués, manipulés, giflés). Les symptômes (sudations, salivations, etc.) et les tests physiques (réflexe de préhension, succion, signe de Babinski) sont provoqués sur les patient·e·s alors inconscient·e·s. Ces corps apparaissent comme des marionnettes dont le but est d’illustrer les effets de la thérapie insulinique. Néanmoins, si le « corps malade semble assujetti au regard et au pouvoir médical » (Lisa Cartwright), il est aussi le centre de l’attention des spécialistes et bénéficie de soins particuliers par le « maternage psychothérapeutique ».

La distinction entre médecins et patient·e·s nous est aussi montrée à travers le cadrage. Les patient·e·s sont généralement filmés en gros plans ou plans moyens pour mettre l’emphase sur leurs réactions corporelles. La caméra surplombe et domine leur corps, tous présentés de trois quarts face, couchés sur les lits. L’éclairage artificiel, parfois esthétisant, couplé à la faible profondeur de champ dirigent l’attention du public sur les visages et les corps des malades les isolant et détachant du reste par un fond neutre. Quant aux spécialistes, ce sont leurs gestes qui sont privilégiés par le filmage, leurs visages sont fréquemment laissés hors champ, bien qu’occasionnellement leurs actions soient filmées de face ; par exemple lors des procédures de tests scientifiques en prévision du traitement.

Enfin, les séquences où se succèdent les plans des malades illustrent un traitement répétitif, administré à la « chaîne » sur divers individus qui se confondent par leur cadrage analogue. Les réactions corporelles similaires et le traitement identique de toutes et tous effacent leur individualité : privés de leur identité et réduit à leur corps, les patient·e·s sont montré·e·s comme interchangeables. Cet effet participe à renforcer l’idée que ce traitement est fructueux à l’égard des troubles psychologiques.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)

Presentations and events associated with the film

(français)

Audience

(français)
Corps médical et infirmier

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
Ce court film sur l’insuline d’un récit en trois parties : introduction du traitement, présentation du coma insulinique par phase (symptômes et réflexes corporels) et compléments aux traitements (ECT, thérapie d’occupation, psychothérapie). Ensemble, elles offrent à la fois une vue générale de la cure de Sakel et une preuve indéniable de la rémission des patient·e·s sur le long terme par leur transformation radicale.

En guise d’introduction, un générique composé d’un carton explicatif défile de haut en bas. Il fait office de mise en contexte de la maladie en commentant les doses d’insulines à administrer aux malades. Pour parachever cette mise en contexte, des plans moyens fixes (de face et en plongée) et des panoramiques latéraux exposent les instruments et les outils nécessaires à la cure de Sakel, ainsi que ceux à manipuler en cas d’urgence. Mettant en image un outillage précis à manipuler, le film participe à construire la crédibilité scientifique de la cure et du savoir-faire médical.

Le coma insulinique constitue le corps central de ce court-métrage. Composé de différents temps, il exige un suivi précautionneux par de multiples spécialistes. À la suite de l’administration de l’insuline par voie intramusculaire, le patient sombre progressivement dans un sommeil initialement paisible, mais qui rapidement laisse place à la sudation, la salivation et à maints réflexes neurologiques. Cette transition est traduite par une légère accélération du montage dans lequel se succèdent alternativement des gros plans des visages des infirmes et des cartons explicatifs. Cette étape plus mouvementée exige une surveillance renforcée et régulière pour qu’aucun ne soit en danger ou ne se blesse – prise et annotation de leurs constantes dans un registre. Le filmage insiste sur l’accompagnement étroit des malades par les infirmières et les réflexes neurologiques similaires à ceux d’un nourrisson (ex. : réflexe de Babinski), exacerbant ainsi l’impression de maternage des malades dans état de régression psychologique et physique. Finalement, la mise à terme du coma est provoquée par l’ingestion nasale d’une solution glycémique ou, dans des situations de complications, par voie intraveineuse. Chacune de ces étapes est mise en image de façon détaillée, à travers un discours où se combinent professionnalisme et pédagogie.

Dans le cas d’une stagnation de l’état du malade après les sessions multiples de coma insulinique, les ECT peuvent occasionnellement être ajoutés à la cure. Les séances d’ECT débutent par une monstration du dispositif d’électrochocs avec un balayage latéral par la caméra, qui suggère la rhétorique publicitaire employée pour promouvoir une nouvelle technologie. Les intertitres explicitent l’usage de l’appareil de convulsivothérapie (modèle Ediswan Electric Convulsion Apparatus) et comment la patiente doit être préparée et assistée. Dans un premier temps, le corps de trois quarts face, allongé sur le lit, est morcelé en focalisant l’attention sur la tête et plus particulièrement les tempes où les chocs vont être administrés. Puis, dans un deuxième temps, il est cadré dans sa quasi-entièreté avec un léger pivotement de la caméra de droite à gauche, puis de gauche à droite pour enregistrer son état convulsif. La session est écourtée au montage par une brève ellipse filmant le corps désormais figé.

La fin du film montre les patient·e·s traités dans des activités ergothérapeutiques, donnant ainsi l’impression d’un retour à la vie normale. Attestant de l’efficacité du traitement, mais aussi d’un partage genré des tâches, les images révèlent non pas des malades, mais des femmes occupées à des travaux de couture et des hommes faisant de l’exercice en plein air. Cette transformation spectaculaire des patient.e.s indique l’univocité du message : il s’agit de mettre en évidence les vertus d’une technique thérapeutique infaillible. Le film s’achève avec une brève séquence de psychothérapie présentée comme un complément à l’insulinothérapie. Cette séquence semble toutefois incomplète par sa rupture abrupte.

Supplementary notes

(français)
Film 1001481

Un extrait du film – la séquence d’électroconvulsivothérapie – est intégré au début d’un documentaire de la BBC, Mental: A History of the Madhouse (Chris Boulding, 2010). À noter que l’usage de cette courte séquence a pour but de décrédibiliser le milieu psychiatrique des années 1940-1950 et de mettre l’accent sur la cruauté des traitements employés les patient·e·s, transformant le sens originel du film. Ce choix témoigne de la vision stéréotypée des thérapies de choc réduites aux temps forts de la convulsion et de la crispation du corps d’une patiente. Il permet aussi connoter le caractère répressif et punitif de la psychiatrie, en mettant en évidence l’existence d’une médecine disciplinaire, et non pas thérapeutique. Les électrochocs sont encore, de nos jours, considérées comme faisant partie d’un ensemble plu large de techniques de « torture », alors qu’elles sont à l’origine pensées pour guérir l’humain (Dupont 2016).

Ce court métrage peut également être rapproché de Metrazol, Electric, and Insulin Treatment of the Functional Psychoses de David Corcoran et Alexander Gralnick (New York State Department of Mental Hygiene, Central Islip State Hospital, 1934), Treatment in Mental Disorders de James D. Page (New York, University of Rochester, 1939), ainsi que celui supervisé par Abram Elting Bennett A Nurse's Day with the Mentally Ill (Psychological Cinema Register of the Pennsylvania State College, 1943). Tous présentent la procédure de la cure insulinique, les gestes à adopter tout du long du traitement et l’efficacité de celui-ci.

Sources

ACKNER, Brian, « Insulin Treatment of schizophrenia, A controlled Study », The British Medical Journal, 23 mars 1957, pp. 607-611.

ANONYME, « Prognosis of Schizophrenia », The British Medical Journal, 19 octobre 1940, pp. 526-527.

BOURNE, Harlod, « The Insulin Myth », The British Medical Journal, 7 novembre 1953, pp. 964-968.

MCCGREGOR, James S. et SANDISON, R.A., « Insulin Treatment of Schizophrenia in wartime », The British Medical Journal, 9 septembre 1940, pp. 310-312.

SANDS, Salton E., « Treatment of psychiatric patients in general hospitals », The British Medical Journal, 22 mai 1943, pp. 628-630.

References and external documents

(français)
CARTWRIGHT, Lisa, « An Etiology of the Neurological Gaze », dans Screening the Body. Tracing Medicine’s Visual Culture, Minneapolis & Londres, University of Minnesota Press, 1995, pp. 47-80.

DUPONT, Jocelyn, « Esthétique de l’électrochoc », CinémAction, n°159, 2016, pp. 109-118.

DOROSHOW, Deborah Blyth, « Performing a Cure for Schizophrenia : Insulin Coma Therapy on the Wards », Journal of the History of Medicine and Allied Sciences, Avril 2007, Vol. 62. no 2, pp. 213-243.

KINGSLEY, Jones, « Insulin coma therapy in schizophrenia », Journal of the Royal Society of Medicine, vol. 93, mars 2000, pp. 147-149.


Contributors

  • Record written by : Alana Guarino Giner, Raphaël Tinguely