Rennes. Rééducation des mutilés à la terre (1918)

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Rennes. Rééducation des mutilés à la terre


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Title Rennes. Rééducation des mutilés à la terre
Year of production 1918
Country of production
Director(s)
Scientific advisor(s)
Duration 09 minutes
Format Muet - Couleur -
Original language(s) French
Archive holder(s) ECPAD
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Main credits

(français)
« Rennes – Rééducation des mutilés à la terre ; Rennes the re-education of the mutilated for agricultural work »

Content

Theme

(français)
Rennes. Rééducation des mutilés à la terre


Rééducation professionnelle, dans le domaine agricole, des mutilés de guerre. Prothèses médicales conçues spécialement pour ces travaux agricoles (mécanothérapie : les soldats mutilés se rééduquent grâce à des appareils qui leur permettent d'effectuer des gestes qu'ils ne pouvaient plus faire après leur blessure – ici ce sont les gestes de métiers manuels).

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Ce film créé par l’armée française nous présente les différentes actions que peuvent faire les mutilés de guerre ayant en particulier perdu un bras dans les champs. Il est promu donc dans ce film, l’avancée médicale pour le remplacement d’un membre perdu à la guerre par une prothèse mécanique.


Le film montre comment se fait la rééducation des soldats au sein de l'école professionnelle de Rennes dans le domaine agricole. Des mutilés de guerre amputés portant des prothèses médicales réalisent un grand nombre d'activités diverses et variées : cela peut s'apparenter à un panorama de ce qu'il est possible de faire dans cette école. Un accent est mis sur les prothèses et sur les gestes des soldats – sur l'aspect pratique de la rééducation : les soldats apparaissent efficaces et autonomes à la caméra.

Context

(français)
En 1918, l’intervention des Etats-Unis rend la victoire certaine, l’économie, encore tournée vers la guerre va devoir retourner à une économie civile, les soldats seront démobilisés et les hommes retourneront à leurs métiers respectifs. La France reste, en 1918 une puissance agricole, de nombreux hommes appelés sous les drapeaux en 1914 étaient en effet agriculteurs ou éleveurs. Toutefois, le travail agricole est physique et à priori impossible pour quiconque sortirai du conflit amputé. Conscient de ce danger de retrouver de nombreux agriculteurs incapables de s’occuper de leurs exploitations, la médecine va mettre au point des systèmes pour permettre à ces mutilés de retourner aux champs effectuer les mêmes taches qu’ils effectuaient avant le conflit.


La Première Guerre mondiale a causé beaucoup de pertes humaines mais elle a aussi laissé un nombre important de blessés. Pour la plupart, il s’agit surtout de lésions dû aux obus. Parmi les plus de trois millions de blessés, il y a 300.000 mutilés et amputés. Un nombre important d’hommes qui ne peuvent pas retrouver une vie et un statut normal. Malheureusement, ces blessés sont incompris de la population et souvent rejeté pour leur invalidité. Quelques écoles spécialisées dans la rééducation de ces mutilés de guerre ont été créé, la première à Lyon en 1914. Puis en 1916, l’école de rééducation de Rennes aussi appelé école de Jean-Janvier est créé. Elles permettent une réintégration professionnelle dans le but de réapprendre un métier, et qui débouche par la suite tout simplement par une réintégration sociale. Ces écoles font parties d’une politique publique mis en place par le service de santé puis l’Office national des mutilés. L’Etat veut agir pour aider ces hommes qui se sont battus pour la France et combattre le courant de l’après-guerre qui rejettent ces mutilés afin d’oublier le passé.


1918 sonne la fin de la Grande Guerre, l’heure est alors au bilan de ce premier conflit mondialisé. En France, pour ce qui est des mutilés, on en dénombre jusqu’à un million. Cependant, malgré les pertes immenses, il s’agit de reconstruire et c’est dans cette optique qu’un intérêt tout particulier, dès le début de la guerre, est porté aux blessés de guerre - aux mutilés : ces anciens soldats représentent des enjeux politiques mais surtout économiques dans un contexte de reconstruction : ils doivent être réinsérés dans une société qui tend au développement pour mieux se relever. La pratique médicale de la rééducation va donc être massifiée pour répondre aux besoins français. En effet, c’est dans l’ensemble du pays que vont se développer des centres de rééducation (plus particulièrement nommés « écoles professionnelles », leur visée est ainsi soulignée) et c’est en leur sein que vont être expérimentées de nouvelles techniques visant à faciliter la réinsertion du blessé de guerre.

La Bretagne est une région dont l'économie est structurée par l'agriculture, la Grande Guerre a donc des conséquences sur ce domaine puisque des hommes sont mobilisés et des animaux – des chevaux principalement – sont aussi utilisés dans ce contexte conflictuel. Ainsi, les mutilés – les soldats démobilisés constituent un apport de main d’œuvre non négligeable et dont la région a besoin pour stabiliser - entretenir son économie agricole. Rennes se dote alors d'une école de rééducation professionnelle des mutilés de guerre (sous l'impulsion de la création de celle de Lyon, ouverte dès décembre 1914, qui fait figure d'exemple). Elle ouvre ses portes en août 1916 et fonctionne en adéquation avec l’hôpital militaire.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : No.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : No.
  • Interview  : No.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)
Les hommes montrés à l’écran sont des mutilés de guerre, ils peuvent toutefois moissonner ou effectuer des tâches de ferme grâce à un bras métallique sanglé à leur poitrine, ou à d’autres dispositifs comblant la perte d’un membre. La présentation de ces innovations cherche à frapper le spectateur.


Le film montre avant tout aux spectateurs le progrès des prothèses pour les mutilés de guerre et l’action des prothèses en mouvement. La caméra se concentre sur ces hommes et y reste de manière appuyée.


Le regard du spectateur est clairement orienté par les cartons vers les prothèses médicales, le terme « d'appareil » apparaît de nombreuses fois, qui permettent aux mutilés d'effectuer les gestes du nouveau métier qu'ils sont en train d'apprendre – dans le domaine agricole. Cette orientation est d'autant plus flagrante que des gros plans sont réalisés sur ces prothèses : le spectateur focalise alors son attention à la manière dont sont conçus ces appareils de rééducation qui visent à réintégrer le soldat blessé dans une vie professionnelle et plus particulièrement agricole.

How are health and medicine portrayed?

(français)
La médecine présentée ici se veut réparatrice. Pourtant, les dispositifs présentés ressemblent plus à une industrialisation du corps humain, le film est plus proche de l’eugénisme que de la médecine réparatrice telle qu’on la connaît aujourd’hui.


La médecine est représentée à travers la présentation et le bon déroulement de l’utilisation de ces prothèses. Cela permet de montrer que la médecine et ses recherches sont au service de la population et en particulier des soldats mutilés de la guerre.


La santé et la médecine sont représentées dans un aspect technique – pratique : les prothèses médicales se sont adaptées à la guerre et plus précisément à l'enjeu qui est la « remobilisation » des mutilés de guerre qui sont une main d’œuvre précieuse pour la France. Les avancées et les évolutions de la médecine sont alors soulignées : elle développe des appareils visant à la réintégration des soldats dans la vie civile et se doit donc de fournir des prothèses qui permettent de réaliser à nouveau les gestes de la vie quotidienne – professionnelle (chose qui passe souvent par l'apprentissage d'un nouveau métier). Dans ce film, on montre ce qu'il est possible de faire avec ces appareils médicaux – on montre que l'autonomie peut être regagnée par l'évolution de la médecine : les prothèses deviennent une continuité des objets dans le sens où elles peuvent s'y adapter : il s'agit de prothèses pratiques et non à visée reconstructrice de l'image humaine – les membres amputés, par le biais des prothèses, prennent l'aspect d'objets.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)
Les cartons étant traduits en anglais, il semble probable que le film fût projeté dans des congrès de médecins invitant des spécialistes internationaux.

Presentations and events associated with the film

(français)

Audience

(français)
Le public visé est très probablement composé de médecins venus se renseigner des manières proposées en France pour compenser la perte de membres pendant la guerre.


Ce film semble s'adresser tout particulièrement aux soldats mutilés : on y montre les prothèses de près afin que ces derniers comprennent comment cela fonctionne (gros plan sur un appareil permettant à un mutilé de labourer) – quels gestes il est possible de faire. Il s'agit de démontrer comment s'effectue la rééducation professionnelle par l'intermédiaire de ces dispositifs médicaux.

Local, national, or international audience

National

Description

(français)
L’ensemble des techniques et mouvements de caméra montrent que la réalisation de ce film est entreprise par un spécialiste, ayant de l’expérience. Les plans sont larges en majorité, quelques fois en plan taille. La caméra se concentre à plusieurs occasions sur les prothèses, l’objectif du film est donc de montrer des mutilés de guerre de retour au travail mais surtout comment les prothèses leur permettent de retourner au champ. De plus, nous pouvons constater que les blessés sont encore en uniforme puisqu’ils portent le calot et certains portent quant à eux le képi, ils sont donc encore mobilisés par l’armée française. Les personnages étant en train de moissonner, ou labourer, nous pouvons en conclure que ce film est réalisé dans la première moitié de l’année 1918, la guerre n’est donc pas encore finie et le retour dans la vie civile pas encore à l’ordre du jour. L’armée anticipe cependant ce retour en permettant à ces mutilés de pouvoir continuer leur activité professionnelle civile.


[Carton 00 :00] : Rennes – Rééducation des mutilés à la terre (en anglais : Rennes The re-education of the mutilated for agricultural work). Nous pouvons comprendre qu’il s’agit ici de documenter sur la prise en charge des mutilés de guerre et leur réinsertion dans un travail ici le travail aux champs.

[Carton 00 :10] : Les faucheurs (Mowing) : une première séquence qui se concentre sur deux hommes, des mutilés de guerre amputés tous les deux du bras droit reconnaissables aussi par leur couvre-chef, qui fauchent du blé à l’aide d’une faux. Puis un plus gros plan sur l’homme au premier plan. Cela nous permet de voir de près la prothèse mécanique de l’homme et nous pouvons comprendre comment elle marche de manière plus détaillée. Une autre séquence où nous pouvons voir trois hommes aussi équipés d’une prothèse au bras. Ils se chargent de charger le foin dans la charrette.

[Carton 01 :07] : Mutilés à la charrue (Ploughing done by the mutilated): Un plan de devant où nous pouvons voir deux hommes, un qui tire les deux chevaux et un autre qui accompagne la charrue dans son chemin. Un autre plan prit de derrière où nous voyons les deux hommes tourner avec la charrue. L’homme s’occupant de la charrue montre que malgré son handicap, il arrive à manœuvrer la charrue et la remet dans le chemin à retourner. Tout cela sous l’œil attentif de plusieurs personnes que nous voyons en arrière-plan.

[Carton 02 :03] : L’appareil du mutilé (The appliance for the mutilated) : Nous pouvons voir un plan centré sur la prothèse mécanique du mutilé. Il nous montre qu’au bout de la prothèse, il s’y trouve un bout de métal cylindrique où l’on peut incorporer un outil de travail en le resserrant. Cela permet une manipulation plus aisée de l’outil. Puis l’homme fait l’action de pousser la charrue pour nous montrer l’action accomplie. Un autre plan où à nouveau la caméra se concentre sur la prothèse et nous voyons l’homme dévisser et revisser sa prothèse avec la charrue.

[Carton 03 :04] : Mutilés liant des gerbes avec un appareil à plusieurs usages (Mutilated men binding with an appliance adapted for several uses) : Un homme s’aide d’une faucille incorporée à son bras amputé et dans l’autre main aussi. Il lie des paquets de gerbes de manière simple et il montre plusieurs fois l’action. Puis nous pouvons le voir en train d’entasser les gerbes liées toujours avec l’aide de sa prothèse.

[Carton 03 :58] Mutilés fauchant de l’herbe (Mutilated men moving grass) : Un plan centré sur un mutilé qui fauche des herbes avec deux faucilles. Puis un plan plus rapproché sur son action où il lie l’herbe coupée.

[Carton 04 :29] Le béchage de la terre. Tous les mutilés sont munis d’appareils spéciaux pour le travail de la terre. (Digging the ground. All the mutilated are supplied with special appliances for agricultural labour) : Le film nous montre un plan où plusieurs hommes retournent la terre avec une pelle intégrée à leur prothèse avec le même système que la faux que nous avons pu voir avant. Puis il y un plan centré sur un homme en particulier pour qu’on puisse voir en détail son action et le mouvement de la prothèse.

[Carton 4 :49] Le ratissage et le sarclage des betteraves (Raking and weeding beetroots) : Il y a un plan d’ensemble sur des hommes qui ratissent la terre à l’aide de la prothèse et d’un ratissoir et un des hommes tient une fourche à la place d’un ratissoir. Puis nous avons un plan centré sur un homme pour voir son mouvement et la prothèse. Puis un second plan centré sur un autre homme qui fait le même geste et cela permet de voir l’action sur quelqu’un d’autre.

[Carton 05 :31] Le sarclage et le repiquage des betteraves (Weeding and pricking out beetroot) : Tout d’abord nous avons un plan sur des hommes qui à l’aide d’un sarcle sortent les betteraves de la terre. Puis ils les repiquent le long d’un fil avec aide d’un pieu en bois intégré à leur prothèse. En arrière-plan nous pouvons voir deux hommes qui regardent la scène et en discutent.

[Carton 06 :41] Mutilés étendant le fumier (The mutilated spread manure) : Il s’agit d’un plan sur trois hommes qui tiennent des fourches grâce à la prothèse et qui étendent du fumier sur la terre. Nous pouvons constater que l’action se fait toujours sous l’œil d’une personne qui se trouve en arrière-plan.

[Carton 07 :03] : Tracteur pour le labourage (The Tractor for plouging) : un homme mutilé conduit un tracteur où il y est accroché une machine pour retourner la terre. Il est accompagné d’un autre homme. Le tracteur est suivi par plusieurs hommes qui ont l’air d’être des personnes hauts gradés. Il descend du tracteur pour montrer aux spectateurs qu’il a un problème à la jambe, il a surement été amputé de la jambe et porte une prothèse.

[Carton 07 :58] : Mutilé coupant de l’herbe avec un appareil spécial (A mutilated man cutting grass with a special apparatus) : La caméra filme deux hommes qui ont chacun une faux à leur prothèse. Nous les voyons couper l’herbe. Puis la caméra se recentre sur un des deux hommes pour qu’on voit clairement la prothèse.

[Carton 8 :29] : Section cinématographique de l’armée française : Cela montre bien qu’il s’agit d’un documentaire explicatif officiel créé par le gouvernement. Nous voyons clairement une statue de la Marianne pour symbole.


Le film se compose de plans fixes – gros plans mais aussi de plans suivant l'activité des mutilés de guerre de sorte à ce que les gestes et les prothèses médicales de rééducation professionnelle (mécanothérapie) soient toujours mises en avant – soient visibles par le spectateur. Ces caractéristiques sont notamment observables dans une première scène liée au fauchage (divisée en deux : présence de deux cartons, fauchage en tant que tel puis exploitation de ces bottes d'herbe fauchée), on y voit tout d'abord deux mutilés fauchant de l'herbe – ces amputés des membres supérieurs portent des prothèses, celles-ci sont face caméra. Puis un gros plan est ensuite effectué afin de mettre en valeur la prothèse mais aussi les gestes des mutilés au travail. Ensuite, un autre plan met en scène des mutilés chargeant les bottes d'herbe séchée : la caméra suit leurs mouvements. La manière dont se fait la rééducation est au cœur du film.

L'activité du labour est aussi filmée : il s'agit de rushs mis bout à bout. Le spectateur peut à nouveau observer de façon détaillée, ceci grâce à un gros plan, l'appareillage mis à disposition du mutilé afin qu'il puisse réintégrer une vie professionnelle. Le mutilé adapte sa prothèse à la charrue : elle est pensée par la médecine à partir de l'objet.

Un carton de ce film peut attirer l'attention : « un mutilé liant des gerbes avec un appareil à plusieurs usages », ceci vise à montrer toute la praticité que présentent les prothèses médicales. Elles sont étudiées afin de varier au maximum les activités du blessé : il peut ainsi se rendre utile à la société – il est doté d'une capacité d'adaptation à des situations diverses.

Les mutilés sont mis en scène en train de travailler la terre afin de cultiver des betteraves. L'accent mis sur les prothèses et les gestes est davantage visible dans cette séquence : la caméra effectue des gros plans – filme le groupe de travailleurs dans son ensemble (mouvement droite – gauche) mais surtout change d'angles afin que le spectateur ait une idée bien précise de l'appareillage, pour qu'il se rende compte de la facilité qu'ont les mutilés à le manier : ils réalisent leurs tâches avec aisance. Ce film est donc un moyen de démontrer aux soldats les bienfaits de la rééducation : les soldats démobilisés doivent reprendre confiance en eux car ils sont de véritables enjeux politiques et économiques pour le pays. Et, dans cette veine, il est aussi important de souligner que ces travailleurs sont supervisés : on voit un grand nombre de personnes (officiers ?) qui assistent (surveillent) les mutilés dans leur rééducation : ceci témoigne de l'intérêt porté à la rééducation professionnelle de ces hommes blessés qui constituent une main d’œuvre potentielle importante.

Sur les dernières images du film, plusieurs activités sont portées à l'écran : on voit les mutilés répandre du fumier – un autre (mutilé d'un membre inférieur visiblement) laboure à l'aide d'un tracteur (avancée technique). Puis le film se clôt sur des soldats qui fauchent, début et fin ont un sujet commun.

Supplementary notes

(français)

References and external documents

(français)


Contributors

  • Record written by : Thomas Givaudan, Lara Leckler, Florine Marmigère