Difference between revisions of "Sandwich géant"

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|Texte=La mini-cuisine est une émission culinaire pour enfants diffusée par l’Office de Radio-Télévision Française (ORTF) entre 1967 et 1968. Elle met en scène le chef Michel Oliver, fils de Raymond Oliver, qui apprend à deux enfants à réaliser une recette de cuisine. L’émission est diffusée le jeudi, jour de la pause scolaire jusqu’en 1972, dans le cadre de la programmation enfantine Jeudimage, à une heure variable entre 16h et 17h. D’une durée de 10 à 15 minutes, chaque épisode est consacré à l’élaboration d’une recette de cuisine adaptée aux enfants, salée ou sucrée.
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La mini-cuisine (1967-1968) constitue, à notre connaissance, la deuxième émission culinaire spécifiquement destinée aux enfants.  La première émission intitulée Le goûter était animée par le père de Michel Oliver, Raymond Oliver, et la speakerine Catherine Langeais. Prenant l’apparence d’un concours culinaire, elle faisait intervenir un duo d’enfants âgés de moins de 12 ans qui réalisaient en plateau une recette de goûter apprise à la maison. Diffusée entre 1957 et 1958 sur la Radio-Télévision-Française (RTF), elle constituait en fait une variante de l’émission pour adultes à succès Art et Magie de la Cuisine.
 
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|Texte=Dans cette émission culinaire pour enfants, dont le but est de faire la démonstration d’une recette de cuisine adapté au public enfantin, les considérations nutritionnelles sont quasiment absentes, malgré la montée en puissance depuis les années 1950 d’un discours diététique qui associe alimentation et santé. Les recettes proposées sont variées, ne se cantonnant pas uniquement aux gâteaux et autres gourmandises traditionnellement associés à l’enfance. Michel Oliver ouvre en effet la palette des possibilités, alternant des recettes sucrées (Le gâteau marbré aux chocolat, les paniers d’or, les cigares en chocolat,…) et des plats salés (crêpes géantes, tomates en accordéon, salade niçoise,…). Contrairement aux recettes proposées dans [[''Le goûter'', l’alcool est ici quasiment absent des recettes. Et s’il est utilisé, le chef essaye de le cacher et s’en excuse immédiatement (comme dans la recette du « Cake aux fruits confits »). Les campagnes anti-alcooliques des années 1950 semblent avoir porté leurs fruits car, avec une décennie de tard, les mentalités ont changé. La consommation d’alcool par les enfants est désormais fortement condamnée socialement.
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La mini-cuisine se caractérise également par l’utilisation de produits industriels dans les recettes : mayonnaise en tube, crabe en boite, pâte feuilletée sous vide. L’émission s’inscrit dans la modernité de la société de consommation qui bat son plein dans les années 1960. La consommation de produits transformés – conserves, bocaux, …, explose en effet à ce moment, notamment grâce à la multiplication des supermarchés sur tout le territoire. Ces aliments tout prêts sont présentés dans l’émission comme un moyen de rendre la cuisine plus accessible, et surtout plus simple, afin de toucher le public des enfants.
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Par ailleurs, la cuisine est représentée comme un espace à risques pour l’intégrité physique des enfants. Comme dans la première émission pour enfants ''[[Le goûter]]'', les dangers potentiels liés à l’activité culinaire sont exposés : principalement les coupures et les brûlures. Michel Oliver délivre régulièrement des messages de prévention des dangers domestiques, en répétant les consignes de sécurité (utiliser un torchon pour sortir un gâteau four) mais surtout en faisant certains gestes à la place des enfants. Il se fait ainsi garant de la sécurité des enfants.
 
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|Texte=''La mini-cuisine'' est diffusée entre 1967 et 1968 sur la première chaîne de l’Office de Radio-Télévision Française (ORTF) qui compte depuis 1964 une deuxième chaîne. La télévision devient dans les années 1960 un loisir privilégié des Français, comme le révèle l’augmentation massive du nombre de téléviseurs en une décennie. On passe d’un million de téléviseurs à près de 10 millions en 1968<ref>Gaillard, Isabelle, ''La télévision : histoire d’un objet de consommation, 1945-1985'', Paris, 2012, p.117-119.</ref>, pour un taux d’équipement des ménages de l’ordre de 50% selon l’Annuaire rétrospectif de la France (1948-1998), Paris, 1990<ref>Cité dans Cohen, Évelyne, et Lévy, Marie-Françoise (éd.), ''La télévision des Trente Glorieuses : Culture et politique''. Paris, 2007.</ref>.
 
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|Texte='''*00:00 – 01:02 La recette de rentrée !'''
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L’émission s’ouvre sur plan américain montrant Michel Oliver, face caméra, qui s’adresse directement aux jeunes téléspectateurs du programme pour enfants ''Jeudimage''. Il commence par les saluer de façon très appuyée puis fait allusion aux grandes vacances qui viennent de se terminer. L’émission ''La mini-cuisine'' fait en effet son retour à la télévision le 12 octobre, après la pause estivale qui dure dans les années 1960 jusqu’au début du mois d’octobre. Bien que la rentrée ait été avancée au 16 septembre en 1961, de nombreux enfants bénéficiaient d’une autorisation d’absence jusqu’au 30 septembre pour aider leurs parents dans les travaux agricoles. Le chef précise ensuite les modalités de participation à l’émission en demandant aux enfants d’indiquer dans leurs lettres la recette qu’ils aimeraient réaliser. Il en profite pour redonner l’adresse du studio TV. ''La mini-cuisine'' se veut donc être une émission interactionnelle, tout comme l’émission antérieure Le Goûter (1957-1958) animée par le père de Michel Oliver, Raymond Oliver, et la speakerine Catherine Langeais.
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Michel Oliver annonce ensuite la recette du jour qu’il nomme « la recette de rentrée ». Le sandwich géant est présenté comme une recette de goûter que le chef qualifie sur un ton enthousiaste de « goûter extraordinaire ». La caméra filme pendant ce temps en plan serré les ingrédients disposés sur le plan de travail. Un plan particulier est réservé au pain de mie que le chef tient dans ses mains. La cuisine apparaît enfin dans son ensemble. Les deux enfants, Claire et Gilles, se trouvent de part et d’autre du chef, silencieux et sages. Michel Oliver présente ensuite les ingrédients qui entrent dans la composition de la recette : « On va faire un énorme sandwich qui va être coupé en tranche, comme ça, et recouverte d’une crème extraordinaire […] et quand on va le couper ensuite en tranches, il va y avoir du crabe, il va y avoir du jambon avec du poulet, il va y avoir des cacahuètes avec du fromage,….ça va être très très bon ! ». L’usage d’adjectifs mélioratifs ainsi que l’anaphore syntaxique « il va y avoir » révèlent l'emballement du chef. L’addition progressive d’une musique joyeuse en arrière-fond vient renforcer l’effet que le chef tente de produire en présentant la cuisine comme une activité ludique.
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'''*01:02 - 04:06 Découper, trancher : des gestes à risques'''
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La deuxième séquence commence par l’annonce de Michel Oliver : « Alors on va le [le sandwich] faire ! ». Il commence par expliquer la technique de découpe du pain de mie qui doit respecter certaines règles. Le geste ainsi présenté s’apparente à un art. Cependant, le chef ne confie pas cette tâche aux enfants par mesure de sécurité : « je n’vous le fais pas faire c’est parce que quand même….j’ai un tout petit peu peur. Mais le boulanger vous le fera lui-même très bien, si vous lui demandez. ». Il agit ainsi en garant de la sécurité des enfants, et diffuse par la même occasion un message de prévention des dangers domestiques. En proposant une solution alternative à la découpe du pain par les enfants, qui soit accessible à tous sans l’aide des parents, le chef souhaite faire des enfants des individus indépendants dans la cuisine. Ce discours dénote d’une volonté d’autonomisation des enfants comme acteurs de leur alimentation. Le chef donne ensuite des instructions : Gilles est chargé de beurrer les tranches de pain, tandis que Claire doit découper le poulet en morceaux. S’enchaînent alors plusieurs gros plans montrant les enfants à l’œuvre. La musique, qui était jusque-là seulement en arrière-fond, couvre désormais tout le champ sonore. Elle permet en fait de compenser le temps sans parole, qui est normalement comblé par une présentatrice. Choisissant le ton de la confidence entre amis, Michel Oliver conseille aux enfants de mettre de côté deux morceaux de poulet cuit la veille par la maman afin de réaliser cette recette. Comme précédemment, ce conseil vise à rendre les enfants autonomes dans la cuisine. Claire est ensuite chargée de couper le jambon et l’œuf dur en morceaux, tandis que Gilles doit émietter le crabe, bien qu’il n’apprécie pas cet aliment. Si le chef est surtout là pour donner des instructions aux enfants, il prend également le temps de connaître leurs goûts. Mais Michel Oliver ne peut pas s’empêcher de souligner l’ironie de la situation en tournant Gilles gentiment en dérision : « T’aimes pas le crabe, c’est merveilleux ! Le seul petit enfant qui n’aime pas le crabe, on l’a aujourd’hui avec nous. Regardez, le voilà, Gilles ! ». Mais cet intérêt pour le goût des enfants révèle certainement une volonté de faire découvrir les goûts et les saveurs. La musique prend à nouveau le dessus lorsque différents gros plans montrant les tâches réalisées par les enfants s’enchaînent - les mains de Gilles qui émiettent le crabe puis les mains de Claire qui coupent du jambon et un œuf. La séquence s’achève sur un gros plan sur le visage de Gilles, attentif et concentré. Si le pain est présenté comme provenant de la boulangerie, il est intéressant de noter que le crabe est, lui, présenté en boîte de conserve.
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'''*04:07 – 06:39 Les produits transformés, c’est plus pratique !'''
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Pour l’étape suivante, Michel Oliver choisit de hacher lui-même la salade afin d’éviter tout accident domestique : « La salade hachée, de toute façon, c’est pas très difficile à faire mais je ne voudrais pas que vous ayez comme excuse d’arriver la première semaine à l’école avec un doigt bandé. Çà n’existe pas ça. Après, vers la fin de l’année, je vous ferai tout couper. ». S’il invoque le danger potentiel, en contexte de rentrée des classes, il semblerait cependant qu’il inscrive son émission dans une dynamique pédagogique. Les enfants seront amenés à réaliser de plus en plus de tâches. Le chef ajoute ensuite de la mayonnaise industrielle à la préparation à base de crabe et justifie l’usage d’un produit transformé par l’argument pratique : « la mayonnaise, c’est pas la peine de la faire vous-même. Il y a de la mayonnaise …de la mayonnaise en tube, de la mayonnaise en bocaux, en boîte, c’est aussi bon et ça va aussi bien pour ça. Un jour, on fera de la mayonnaise. ». La mini-cuisine s’inscrit ainsi dans la modernité de la société de consommation qui bat son plein dans les années 1960. La consommation de produits transformés – conserves, bocaux, …- explose en effet à ce moment, notamment grâce à la multiplication des supermarchés sur tout le territoire. Ces aliments tout prêts sont présentés ici comme un moyen de rendre la cuisine plus accessible, et surtout plus simple, afin de toucher le public enfantin. Après avoir demandé l’avis gustatif de Gilles, Michel Oliver rajoute un peu de ketchup à la préparation. Alors qu’il a pris précédemment le soin de préciser la qualité industrielle de la mayonnaise, le chef cache ici clairement le caractère transformé du produit par un détour sémantique qui assimile la tomate au ketchup. Encore une fois, c’est l’argument de la facilité qui justifie le recours à ce produit. L’aliment qui entre dans la composition de la troisième tartinade appartient lui-aussi aux produits transformés industriellement. Il s’agit, selon le chef, de « fromage fondu, double crème […] fromage à tartiner ». Il y ajoute des cacahuètes qui sont, quant à elles, présentées encore dans leur coque. Afin de rendre l’émission un peu plus interactionnelle, le chef suspecte gentiment Gilles d’en avoir mangé en cachette avant l’émission, ce que le garçon nie. En guise d’excuse, Michel Oliver lui en offre une. Le chef se met ainsi en scène comme l’adulte aimant et généreux qui fait plaisir aux enfants.
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'''*06:40 – 09:54 Montage du sandwich géant'''
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Cette séquence s’ouvre par l’annonce du chef : « le sandwich est prêt ». Il veut en fait dire que les différentes préparations sont prêtes à être étalées sur les tranches de pain de mie, tâche qu’il confie à Claire et Gilles. Si Michel Oliver se présente comme l’acteur principal de l’émission en donnant des instructions aux enfants, car c’est lui qui détient le savoir culinaire, il donne tout de même l’opportunité aux enfants de participer activement à l’élaboration de la recette. Il laisse par exemple les enfants choisir l’ordre des couches dans le sandwich. Le chef essaye aussi d’être pédagogue en montrant d’abord les gestes à faire avant de les laisser faire aux enfants. Cependant, il intervient très rapidement lorsqu’ils font une erreur, contraint en fait par les conditions de tournage en plateau qui ne permettent pas de prendre le temps nécessaire à l’apprentissage d’une tâche. Lors de l’enrobage du sandwich, qui est montré en très gros plan, il prend finalement le relais des enfants qui ne vont pas assez vite. Il excuse leur lenteur par la paresse qui caractérise la fin des vacances selon lui. Michel Oliver en profite alors pour demander à Claire la destination de ses vacances, montrant par-là qu’il s’intéresse au quotidien des enfants. Après avoir donné un petit conseil d’ordres pratique et décoratif – à savoir utiliser un plat de présentation après le montage -, le chef demande aux enfants de mettre rapidement le sandwich au réfrigérateur afin qu’il refroidisse. Un bref gros plan montre Claire en train de lécher son doigt, qui semble se délecter de la crème au fromage. Michel Oliver annonce alors, sur le ton de la blague, qu’il est temps de faire la vaisselle. Mais les enfants n’y croient pas vraiment comme le révèlent les sourires esquissés en coin. Coupure franche.
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'''* 09:55 –  11:20 La dégustation'''
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La dernière séquence s’ouvre sur un plan montrant Claire et Gilles prêts du réfrigérateur, impatients de goûter le sandwich géant. Ils apportent le plat sur le plan de travail puis Michel Oliver se charge de le couper en tranches. Plusieurs gros plans s’enchaînent sur les visages des enfants en train de déguster le fruit de leur travail, avec les doigts ou avec une fourchette, qu’importe. Ils mangent avec gourmandise.
 
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|Notes complémentaires={{HT_Notes
 
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Revision as of 13:02, 26 March 2020

{{Fiche_film |Titre=Sandwich géant |Série=La mini-cuisine; |Année de production=1967 |Format film=8 mm; |Format couleur=Noir et blanc |Format son=Parlant |Pays de production=France; |Langues origine=fr; |Sous-titrage et transcription=Non |Société de production=ORTF; |Archives détentrices=INA; |Genre dominant=Émission de plateau |Administration de la notice=Amélie Kratz; |Durée=11 |Audience=Nationale |État de la fiche=Ébauche |Diffusion=Télévision |Avertissements=Standard |Images de reportage=Non |Images en plateau=Oui |Images d'archives=Non |Séquences d'animation=Non |Cartons=Non |Animateur=Non |Voix off=Non |Interview=Non |Musique et bruitages=Non |Images communes avec d'autres films=Non

|Sujet=
(français)
Dans cet épisode de l’émission culinaire pour enfants La mini-cuisine, Michel Oliver propose à Claire et Gilles de préparer un sandwich géant.

|Générique principal=
(français)
« La Mini-Cuisine avec Michel Oliver »

|Résumé=
(français)
Après avoir clarifié les modalités de participation à l’émission aux jeunes téléspectateurs, Michel Oliver commence par trancher le pain de mie. Il confie ensuite aux enfants les tâches de découpe des différents ingrédients qui garniront le sandwich : jambon, poulet, crabe. Après avoir ajouté de la mayonnaise et du fromage fondu aux trois préparations, les enfants procèdent au montage puis à l’enrobage du sandwich qui est ensuite mis au réfrigérateur. L’émission s’achève sur une scène de dégustation joyeuse.

|Contexte=
(français)
La mini-cuisine est une émission culinaire pour enfants diffusée par l’Office de Radio-Télévision Française (ORTF) entre 1967 et 1968. Elle met en scène le chef Michel Oliver, fils de Raymond Oliver, qui apprend à deux enfants à réaliser une recette de cuisine. L’émission est diffusée le jeudi, jour de la pause scolaire jusqu’en 1972, dans le cadre de la programmation enfantine Jeudimage, à une heure variable entre 16h et 17h. D’une durée de 10 à 15 minutes, chaque épisode est consacré à l’élaboration d’une recette de cuisine adaptée aux enfants, salée ou sucrée. La mini-cuisine (1967-1968) constitue, à notre connaissance, la deuxième émission culinaire spécifiquement destinée aux enfants. La première émission intitulée Le goûter était animée par le père de Michel Oliver, Raymond Oliver, et la speakerine Catherine Langeais. Prenant l’apparence d’un concours culinaire, elle faisait intervenir un duo d’enfants âgés de moins de 12 ans qui réalisaient en plateau une recette de goûter apprise à la maison. Diffusée entre 1957 et 1958 sur la Radio-Télévision-Française (RTF), elle constituait en fait une variante de l’émission pour adultes à succès Art et Magie de la Cuisine.

|Direction regard spectateur={{HT_Dirige |Langue=fr |Texte=Dans cette émission culinaire pour enfants, dont le but est de faire la démonstration d’une recette de cuisine adapté au public enfantin, les considérations nutritionnelles sont quasiment absentes, malgré la montée en puissance depuis les années 1950 d’un discours diététique qui associe alimentation et santé. Les recettes proposées sont variées, ne se cantonnant pas uniquement aux gâteaux et autres gourmandises traditionnellement associés à l’enfance. Michel Oliver ouvre en effet la palette des possibilités, alternant des recettes sucrées (Le gâteau marbré aux chocolat, les paniers d’or, les cigares en chocolat,…) et des plats salés (crêpes géantes, tomates en accordéon, salade niçoise,…). Contrairement aux recettes proposées dans [[Le goûter, l’alcool est ici quasiment absent des recettes. Et s’il est utilisé, le chef essaye de le cacher et s’en excuse immédiatement (comme dans la recette du « Cake aux fruits confits »). Les campagnes anti-alcooliques des années 1950 semblent avoir porté leurs fruits car, avec une décennie de tard, les mentalités ont changé. La consommation d’alcool par les enfants est désormais fortement condamnée socialement.

La mini-cuisine se caractérise également par l’utilisation de produits industriels dans les recettes : mayonnaise en tube, crabe en boite, pâte feuilletée sous vide. L’émission s’inscrit dans la modernité de la société de consommation qui bat son plein dans les années 1960. La consommation de produits transformés – conserves, bocaux, …, explose en effet à ce moment, notamment grâce à la multiplication des supermarchés sur tout le territoire. Ces aliments tout prêts sont présentés dans l’émission comme un moyen de rendre la cuisine plus accessible, et surtout plus simple, afin de toucher le public des enfants.

Par ailleurs, la cuisine est représentée comme un espace à risques pour l’intégrité physique des enfants. Comme dans la première émission pour enfants Le goûter, les dangers potentiels liés à l’activité culinaire sont exposés : principalement les coupures et les brûlures. Michel Oliver délivre régulièrement des messages de prévention des dangers domestiques, en répétant les consignes de sécurité (utiliser un torchon pour sortir un gâteau four) mais surtout en faisant certains gestes à la place des enfants. Il se fait ainsi garant de la sécurité des enfants. }}

|Présentation médecine=
(français)

|Lieu projection=
(français)
La mini-cuisine est diffusée entre 1967 et 1968 sur la première chaîne de l’Office de Radio-Télévision Française (ORTF) qui compte depuis 1964 une deuxième chaîne. La télévision devient dans les années 1960 un loisir privilégié des Français, comme le révèle l’augmentation massive du nombre de téléviseurs en une décennie. On passe d’un million de téléviseurs à près de 10 millions en 1968[1], pour un taux d’équipement des ménages de l’ordre de 50% selon l’Annuaire rétrospectif de la France (1948-1998), Paris, 1990[2].

|Communications et événements associés au film=
(français)

|Public=
(français)
La mini-cuisine s’adresse spécifiquement aux enfants. L’émission est en effet diffusée le jeudi, jour de la pause scolaire jusqu’en 1972, dans le cadre de la programmation enfantine Jeudimage. Son heure de diffusion varie entre 16h et 17h. En émettant à une heure de grande écoute des enfants, et surtout à l’heure du goûter, le programme propose ainsi aux jeunes téléspectateurs de cuisiner eux-mêmes à la maison. Ce programme jeunesse se caractérise par une proximité avec le public beaucoup moins forte que dans Le goûter. Si Michel Oliver invite les enfants à lui envoyer des lettres pour proposer des recettes à réaliser avec lui en plateau, jamais il n’indique l’origine de recettes proposées.

|Descriptif libre=
(français)
*00:00 – 01:02 La recette de rentrée !

L’émission s’ouvre sur plan américain montrant Michel Oliver, face caméra, qui s’adresse directement aux jeunes téléspectateurs du programme pour enfants Jeudimage. Il commence par les saluer de façon très appuyée puis fait allusion aux grandes vacances qui viennent de se terminer. L’émission La mini-cuisine fait en effet son retour à la télévision le 12 octobre, après la pause estivale qui dure dans les années 1960 jusqu’au début du mois d’octobre. Bien que la rentrée ait été avancée au 16 septembre en 1961, de nombreux enfants bénéficiaient d’une autorisation d’absence jusqu’au 30 septembre pour aider leurs parents dans les travaux agricoles. Le chef précise ensuite les modalités de participation à l’émission en demandant aux enfants d’indiquer dans leurs lettres la recette qu’ils aimeraient réaliser. Il en profite pour redonner l’adresse du studio TV. La mini-cuisine se veut donc être une émission interactionnelle, tout comme l’émission antérieure Le Goûter (1957-1958) animée par le père de Michel Oliver, Raymond Oliver, et la speakerine Catherine Langeais.

Michel Oliver annonce ensuite la recette du jour qu’il nomme « la recette de rentrée ». Le sandwich géant est présenté comme une recette de goûter que le chef qualifie sur un ton enthousiaste de « goûter extraordinaire ». La caméra filme pendant ce temps en plan serré les ingrédients disposés sur le plan de travail. Un plan particulier est réservé au pain de mie que le chef tient dans ses mains. La cuisine apparaît enfin dans son ensemble. Les deux enfants, Claire et Gilles, se trouvent de part et d’autre du chef, silencieux et sages. Michel Oliver présente ensuite les ingrédients qui entrent dans la composition de la recette : « On va faire un énorme sandwich qui va être coupé en tranche, comme ça, et recouverte d’une crème extraordinaire […] et quand on va le couper ensuite en tranches, il va y avoir du crabe, il va y avoir du jambon avec du poulet, il va y avoir des cacahuètes avec du fromage,….ça va être très très bon ! ». L’usage d’adjectifs mélioratifs ainsi que l’anaphore syntaxique « il va y avoir » révèlent l'emballement du chef. L’addition progressive d’une musique joyeuse en arrière-fond vient renforcer l’effet que le chef tente de produire en présentant la cuisine comme une activité ludique.


*01:02 - 04:06 Découper, trancher : des gestes à risques

La deuxième séquence commence par l’annonce de Michel Oliver : « Alors on va le [le sandwich] faire ! ». Il commence par expliquer la technique de découpe du pain de mie qui doit respecter certaines règles. Le geste ainsi présenté s’apparente à un art. Cependant, le chef ne confie pas cette tâche aux enfants par mesure de sécurité : « je n’vous le fais pas faire c’est parce que quand même….j’ai un tout petit peu peur. Mais le boulanger vous le fera lui-même très bien, si vous lui demandez. ». Il agit ainsi en garant de la sécurité des enfants, et diffuse par la même occasion un message de prévention des dangers domestiques. En proposant une solution alternative à la découpe du pain par les enfants, qui soit accessible à tous sans l’aide des parents, le chef souhaite faire des enfants des individus indépendants dans la cuisine. Ce discours dénote d’une volonté d’autonomisation des enfants comme acteurs de leur alimentation. Le chef donne ensuite des instructions : Gilles est chargé de beurrer les tranches de pain, tandis que Claire doit découper le poulet en morceaux. S’enchaînent alors plusieurs gros plans montrant les enfants à l’œuvre. La musique, qui était jusque-là seulement en arrière-fond, couvre désormais tout le champ sonore. Elle permet en fait de compenser le temps sans parole, qui est normalement comblé par une présentatrice. Choisissant le ton de la confidence entre amis, Michel Oliver conseille aux enfants de mettre de côté deux morceaux de poulet cuit la veille par la maman afin de réaliser cette recette. Comme précédemment, ce conseil vise à rendre les enfants autonomes dans la cuisine. Claire est ensuite chargée de couper le jambon et l’œuf dur en morceaux, tandis que Gilles doit émietter le crabe, bien qu’il n’apprécie pas cet aliment. Si le chef est surtout là pour donner des instructions aux enfants, il prend également le temps de connaître leurs goûts. Mais Michel Oliver ne peut pas s’empêcher de souligner l’ironie de la situation en tournant Gilles gentiment en dérision : « T’aimes pas le crabe, c’est merveilleux ! Le seul petit enfant qui n’aime pas le crabe, on l’a aujourd’hui avec nous. Regardez, le voilà, Gilles ! ». Mais cet intérêt pour le goût des enfants révèle certainement une volonté de faire découvrir les goûts et les saveurs. La musique prend à nouveau le dessus lorsque différents gros plans montrant les tâches réalisées par les enfants s’enchaînent - les mains de Gilles qui émiettent le crabe puis les mains de Claire qui coupent du jambon et un œuf. La séquence s’achève sur un gros plan sur le visage de Gilles, attentif et concentré. Si le pain est présenté comme provenant de la boulangerie, il est intéressant de noter que le crabe est, lui, présenté en boîte de conserve.


*04:07 – 06:39 Les produits transformés, c’est plus pratique !

Pour l’étape suivante, Michel Oliver choisit de hacher lui-même la salade afin d’éviter tout accident domestique : « La salade hachée, de toute façon, c’est pas très difficile à faire mais je ne voudrais pas que vous ayez comme excuse d’arriver la première semaine à l’école avec un doigt bandé. Çà n’existe pas ça. Après, vers la fin de l’année, je vous ferai tout couper. ». S’il invoque le danger potentiel, en contexte de rentrée des classes, il semblerait cependant qu’il inscrive son émission dans une dynamique pédagogique. Les enfants seront amenés à réaliser de plus en plus de tâches. Le chef ajoute ensuite de la mayonnaise industrielle à la préparation à base de crabe et justifie l’usage d’un produit transformé par l’argument pratique : « la mayonnaise, c’est pas la peine de la faire vous-même. Il y a de la mayonnaise …de la mayonnaise en tube, de la mayonnaise en bocaux, en boîte, c’est aussi bon et ça va aussi bien pour ça. Un jour, on fera de la mayonnaise. ». La mini-cuisine s’inscrit ainsi dans la modernité de la société de consommation qui bat son plein dans les années 1960. La consommation de produits transformés – conserves, bocaux, …- explose en effet à ce moment, notamment grâce à la multiplication des supermarchés sur tout le territoire. Ces aliments tout prêts sont présentés ici comme un moyen de rendre la cuisine plus accessible, et surtout plus simple, afin de toucher le public enfantin. Après avoir demandé l’avis gustatif de Gilles, Michel Oliver rajoute un peu de ketchup à la préparation. Alors qu’il a pris précédemment le soin de préciser la qualité industrielle de la mayonnaise, le chef cache ici clairement le caractère transformé du produit par un détour sémantique qui assimile la tomate au ketchup. Encore une fois, c’est l’argument de la facilité qui justifie le recours à ce produit. L’aliment qui entre dans la composition de la troisième tartinade appartient lui-aussi aux produits transformés industriellement. Il s’agit, selon le chef, de « fromage fondu, double crème […] fromage à tartiner ». Il y ajoute des cacahuètes qui sont, quant à elles, présentées encore dans leur coque. Afin de rendre l’émission un peu plus interactionnelle, le chef suspecte gentiment Gilles d’en avoir mangé en cachette avant l’émission, ce que le garçon nie. En guise d’excuse, Michel Oliver lui en offre une. Le chef se met ainsi en scène comme l’adulte aimant et généreux qui fait plaisir aux enfants.


*06:40 – 09:54 Montage du sandwich géant

Cette séquence s’ouvre par l’annonce du chef : « le sandwich est prêt ». Il veut en fait dire que les différentes préparations sont prêtes à être étalées sur les tranches de pain de mie, tâche qu’il confie à Claire et Gilles. Si Michel Oliver se présente comme l’acteur principal de l’émission en donnant des instructions aux enfants, car c’est lui qui détient le savoir culinaire, il donne tout de même l’opportunité aux enfants de participer activement à l’élaboration de la recette. Il laisse par exemple les enfants choisir l’ordre des couches dans le sandwich. Le chef essaye aussi d’être pédagogue en montrant d’abord les gestes à faire avant de les laisser faire aux enfants. Cependant, il intervient très rapidement lorsqu’ils font une erreur, contraint en fait par les conditions de tournage en plateau qui ne permettent pas de prendre le temps nécessaire à l’apprentissage d’une tâche. Lors de l’enrobage du sandwich, qui est montré en très gros plan, il prend finalement le relais des enfants qui ne vont pas assez vite. Il excuse leur lenteur par la paresse qui caractérise la fin des vacances selon lui. Michel Oliver en profite alors pour demander à Claire la destination de ses vacances, montrant par-là qu’il s’intéresse au quotidien des enfants. Après avoir donné un petit conseil d’ordres pratique et décoratif – à savoir utiliser un plat de présentation après le montage -, le chef demande aux enfants de mettre rapidement le sandwich au réfrigérateur afin qu’il refroidisse. Un bref gros plan montre Claire en train de lécher son doigt, qui semble se délecter de la crème au fromage. Michel Oliver annonce alors, sur le ton de la blague, qu’il est temps de faire la vaisselle. Mais les enfants n’y croient pas vraiment comme le révèlent les sourires esquissés en coin. Coupure franche.

* 09:55 – 11:20 La dégustation


La dernière séquence s’ouvre sur un plan montrant Claire et Gilles prêts du réfrigérateur, impatients de goûter le sandwich géant. Ils apportent le plat sur le plan de travail puis Michel Oliver se charge de le couper en tranches. Plusieurs gros plans s’enchaînent sur les visages des enfants en train de déguster le fruit de leur travail, avec les doigts ou avec une fourchette, qu’importe. Ils mangent avec gourmandise.

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(français)

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(français)
Cohen, Évelyne, et Lévy, Marie-Françoise (éd.), La télévision des Trente Glorieuses : Culture et politique. Paris, 2007.

Gaillard, Isabelle, La télévision : histoire d’un objet de consommation, 1945-1985, Paris, 2012.

Roger, Olivier, Les mises en scène de la cuisine dans les émissions de recettes à la télévision française, Mémoire de Master 2 Histoire sous la direction de Pascal Ory, 2014.

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}}
  1. Gaillard, Isabelle, La télévision : histoire d’un objet de consommation, 1945-1985, Paris, 2012, p.117-119.
  2. Cité dans Cohen, Évelyne, et Lévy, Marie-Françoise (éd.), La télévision des Trente Glorieuses : Culture et politique. Paris, 2007.