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SCA (français)
Section Cinématographique de l'Armée française.

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Films produced by SCA

Films commissioned by SCA



Développés sous la Première Guerre Mondiale, les films à thématique sanitaire produits par l’institution militaire s’adressent en premier lieu aux professionnels de la Santé et aux soldats en situation d’instruction. Ils se caractérisent par la frontalité de mise en scène de leurs sujets, y compris les plus délicats comme la prévention contre le péril vénérien. Pour Lucien Jame, officier et médecin qui, dans les années trente, a théorisé cette production et a contribué à la développer, il s’agit de rompre ave le romantisme des films courants et d’adopter « un style documentaire ». Les films dans lesquels il s’est personnellement impliqué appliquent ses prescriptions, faisant un usage édifiant des vues destinées à l’observation clinique, adoptant un ton direct pour parler « d’homme à homme » à son public exclusivement jeune et masculin, faisant en sorte que le film reflète le rapport hiérarchique que celui-ci entretient avec l’instance qui l’a commandé.


Publics et thématiques de la production Avec la Première Guerre Mondiale, la production cinématographique militaire en France prend son essor. D’abord prise en charge par des compagnies cinématographiques privées comme Pathé ou Gaumont, elle est étroitement liée à l’évolution des opérations menées par les armées. Il s’agit d’affronter la propagande allemande qui, dès le début du conflit, emploie efficacement le cinéma pour augmenter son impact. Coordonnée par le Service cinématographique des armées récemment mis en place, les films rapportant l’actualité du front doivent contribuer à « donner une impression forte de la puissance matérielle ou morale de l’armée française et sa discipline (Laurent Véray, Les films d’actualité de la Grande Guerre, 1995, p. 42) ». Ils visent des publics distincts :

- Les citoyens de l’arrière qui les découvre dans les salles de cinéma - Les Etats avec lesquels la France entretient des relations diplomatiques intenses - Les cadres et les soldats en situation de formation

C’est essentiellement pour ce dernier type de public que sont conçus les films ayant trait aux questions sanitaires, dont certains ont été sous traités par le Secrétariat d’Etat à la Santé. Par cette spécialisation pour le public militaire, le thème de la Santé continue d’être régulièrement traité après guerre dans une production cinématographique des armées qui a vu ses moyens se réduire considérablement. Après une période transitoire où s’est effectuée une liquidation du matériel filmique, une « Section d’enseignement par l’image » s’est mise en place sous la responsabilité du capitaine Calvet. Puisque la propagande ne s’impose plus comme une urgence, les trois cents films qu’elle produit jusqu’au milieu des années trente sont « exclusivement des documents d’instruction (…) auxquels s’ajoutent des analyses de grandes batailles réalisées en technique d’animation » (François Lemaire, Les films militaires français – de la Première Guerre Mondiale, éd. Serpa, 1997, p. 11). Les premiers films à thème sanitaire sont marqués par les événements de la Grande Guerre :

- Equipements de secours : véhicules (ambulance chirurgicale, avion et train sanitaire), hôpitaux de front, magasins de santé - Soins des blessés de guerre (rééducation, traitement des troubles nerveux, progrès de la science associés) - Protection contre les gaz de combat - Vaccinations - Fonctionnement des services de santé, y compris dans les colonies - Chirurgie : amputations, extractions de shrapnell, greffes osseuses

Dans les années trente, certains sujets restent liés à la guerre, d’autres non :

 les notions de premiers secours en situation d'opérations  l'insertion sociale des grands blessés et mutilés  présentation du métier d'infirmière  la prévention des maladies infectieuses dont les maladies vénériennes


Une approche, un style : la franchise du ton, la brutalité des images La plupart de ces films frappent par leur franchise. Leurs plans aux axes frontaux sont associés les uns aux autres par un montage fruste, privilégiant les raccords cut, sans chercher à harmoniser leurs différentes durée. Quoique leurs contenus révèlent des blessures graves, des atteintes aux corps aussi profondes qu’insolites, le récit qui les agence ne s’embarrasse pas de précaution pour les confronter au spectateur. Parmi les films les plus marquants, nous pouvons évoquer ceux qui évoquent les combattants blessés de la face ou en proie à un traumatisme due à l’expérience du front. Pour les mettre en scène, la caméra a été employée comme un strict outil d’enregistrement, captant les sujets sur un fond neutre, constitué par un pan de mur ou une toile (Lemaire, p. 9). L’intention est de donner un aperçu clinique de la réalité des conséquences de la guerre, laquelle suppose d’assumer le spectacle difficilement soutenable que cette réalité procure. En cela, la production sanitaire fait écho aux films qui témoignent des atteintes du territoire. Dès la période des combats, les villes conquises par l’ennemi, comme Arras, Soissons, Reims, ont été l’objet de prises de vues minutieuses au moment de leur reconquête. Il s’agissait de constituer des archives en vue d’exigences futures de réparations. Par des plans généraux paysagers, parfois animés d’un lent panoramique, elles découvrent des paysages urbains bouleversés, façades d’immeubles et d’églises en ruines, charpentes métalliques figées dans leur torsion parmi les gravats. Comme pour les films à thématique sanitaire, nous observons qu’elles expriment en premier lieu la froideur d’un constat. L’intention de demander des comptes requerrait des images aux compositions nettes, à mêmes de permettre un relevé exact de leurs contenus. De même, la nécessité de pourvoir les blessés en soins et équipements appropriés imposait de pouvoir observer leur état par un rendu le plus distinct possible. Ici, l’usage du cinéma est dynamique : l’exhibition des réalités les plus difficiles, loin de sidérer le spectateur, doit l’inciter à les dévisager pour agir dessus sans tarder.


Les films de prévention anti-vénérienne : parler d'homme à homme C’est aussi ce que nous observons avec certains films de prévention qui concernent les maladies sexuellement transmissibles. Considérées comme des fléaux sociaux, elles ont été objet de campagnes cinématographiques répétées depuis le début du XXe siècle. Avec la Première Guerre Mondiale, la recrudescence de ces pathologies dans le milieu militaire comme la blennorragie et la syphilis a imposé d’ajouter, au moyen de la propagande sanitaire, une nouvelle guerre à celle qui se traduit par le conflit armé. La peur de la sanction ou de la stigmatisation poussait les soldats infectés à ne pas déclarer leur situation, différant de cette façon le traitement nécessaire et favorisant le cycle de contamination. Afin de les inviter à se manifester, les autorités ont senti la nécessité d’adopter un discours compréhensif à leur égard, compte tenu de leur éloignement de leurs familles. Ce parti pris, né d’un constat réaliste, n’a cependant pas engagé la propagande des armées sur un registre radicalement différent de celui qu’elle emprunte habituellement. Il s’agit toujours de respecter le contexte militaire qui détermine un certain type de dialogue au sein de sa hiérarchie : sans périphrase, désigner l’ennemi, décrire le mode d’action, mobiliser. Comme le rappelle Christian Bonah, la théorie du message préventif qui s’élabore dans l’entre-deux guerres diffère selon qu’elle émane du milieu militaire ou du milieu civil. Le second cherche à tenir compte de la sensibilité et des appréhensions du public, à ne pas heurter le sens de la décence, alors que le premier défend une approche pragmatique. Considérant qu’il faut prendre acte de la persistance de la menace des maladies vénériennes, il juge que le mieux est de montrer les risques et les blessures qu’elles sont susceptibles de causer. Un des auteurs du film Une maladie sociale, la syphilis, produit par Gaumont en 1926, le Dr. Louis Devraigne affirme :

L’éducation du public devrait lui éviter des nouvelles horribles, décourageantes et déprimantes. Il faut adoucir l’image… Pour être constructif, le film devait insister sur la beauté et les issues possibles d’une vie de famille heureuse. (Louis Devraigne, Vingt cinq ans de puériculture et d’hygiène sociale, 1928, p. 337- 338).

De son côté, l’instructeur militaire Lucien Jame, professeur au Val-de-Grâce, déclare que :

Les films pour les publics militaires devraient être modernes, puissants et efficaces. Contrairement aux films romantiques pour le public général qui sont devenus démodés, puritains et hypocrites, les films sur les maladies vénériennes devraient adopter le style documentaire : court, évocateur et précis (Lucien Jame, Cours d’hygiène et de prophylaxie, Paris, 1937).

(C. Bonah, ‘a word from man to man’, a comparative study of interwar venereal disease education films for military audiences, p. 6) Les films auxquels Lucien Jame a contribué, qu'il s'agisse de Blennorragie, un danger social, ou Syphilis, ennemi public n°1, réalisés respectivement en 1933 et en 1939 pour le Service cinématographique des armées, sont des exemples d'application de ses théories. Dans l'un et l'autre, il apparaît en personne dès le premier plan, instaurant un rapport incarné avec le public auquel il se destine. Nous le découvrons en posture de conférencier, soit debout à côté d'un tableau noir, soit assis derrière un pupitre. Ses regards ne s'adressent pas uniquement à la caméra, pour s'adresser aux soldats-spectateurs par son truchement, mais balaie régulièrement le champ de droite à gauche comme si son public se trouvait physiquement dans la pièce où le film est tourné. Il a revêtu chaque fois son uniforme, le film plus tardif montrant qu'il a entre-temps reçu plusieurs distinctions. Même si le soldat-spectateur ne sait pas que Lucien Jame a mené une thèse sur les études de prophylaxie contre les maladies vénériennes, que sa bravoure au front pendant la Première Guerre Mondiale a été récompensée à plusieurs reprises, ce même soldat-spectateur perçoit à l'image que l'homme qui s'adresse à lui est légitimé en tant que supérieur hiérarchique, par les galons de son uniforme, et qualifié en tant que scientifique, par le générique qui lui a indiqué que Lucien Jame est professeur agrégé au Val-de-Grâce, hôpital dédié au service de santé militaire. Quand il n'est plus à l'image, Lucien Jame continue néanmoins d'être présent par sa voix. Elle couvre la bande son tout le long, que ce soit pour les images cliniques qui montrent les effets de la maladie sur le corps (« clinique : méthode qui consiste à faire un diagnostic par l’observation directe des malades », P. R.), ou les saynètes de fiction qui mettent en scène les situations sociales à risque. De cette façon, ces mêmes saynètes ne peuvent déployer leur potentiel dramatique au sein du récit filmique, comme elles le feront abondamment en 1945 dans L'ennemi secret, film de prévention contre la syphilis réalisé dans le cadre d’une production civile. Bridée par sa voix, la séquence fictionnelle des différents films où Jame intervient reste strictement illustrative. Son impact en tant que spectacle ne risque pas de divertir du message que délivre l'officier (d’autant que la vraissemblance leur font défaut : dans l’une d’elle, un homme en pleine conversation téléphonique s’écroule sans raison, bâclant sa rupture d’anévrisme, dans une autre, le personnage de la femme porteuse d’infection est apparemment jouée par un homme à peine travesti). De même, la musique, pratiquement absente, ne peut nuire à la clarté du message, contrairement à ce que nous observons pour un film comme Signal d'alarme, produit par la SNCF en 1950. Une de ses séquences présente des cheminots examinant les panneaux d'une exposition sur les maladies vénériennes, avec des vues cliniques de visages atteints dont l'aspect terrifiant détonne avec les sonorités pastorales d'un orchestre classique qui baigne tout le film. Dans Syphilis, ennemi public n°1 comme dans Blennoragie…, c’est la seule voix de Jame qui accompagne les images cliniques les plus éprouvantes. Celles-ci consistent en des gros plans ou des plans moyens qui isolent une partie du corps, dont des schémas animés redoublent la représentation en en montrant les linéaments. Pour la plupart, ce sont des plans anonymes, dont le visage est absent. Le sexe masculin est bien sûr la partie privilégiée, parfois palpé ou manipulé par une main gantée pour en exposer les zones infectées. Les personnes en jeu, dont le sort est clairement établi au moment où celui-ci les découvre, sont réduites à l’état de corps exemplaires, aux marques édifiantes. De cette façon, le film ne les érige pas en personnages dont l’histoire reste à raconter : elle est connue au premier coup d’œil. Un plan montre même Lucien Jame face à un torse couvert de roséole, continuant son commentaire comme s’il s’adressait à un public dont est exclu l’individu qui se tient devant lui. Pour autant, il est frappant de voir dans les deux films que celui-ci se montre moins homme d'autorité qu'homme de confiance. L'amorce de son discours dans Blennorragie... est : « Chers amis ». Plus loin, il emploie des expressions familières, qu'on imagine courantes dans les chambrées ou dans les foyers lorsque le sujet est abordé : « pisser des lames de rasoir », « évacuer la fameuse goutte militaire », ou encore « chaude pisse ». De cette façon, le message préventif met à profit son environnement militaire pour radicaliser son ton. Le premier souci de l’instance dont il émane n’est pas de juger, mais d’user d’un rapport d’autorité aux contours redoublés, celui du patient-soignant se confondant avec celui du subordonné au supérieur, pour se faire comprendre. Le film prolonge la salle de caserne où l’instruction se délivre, adoptant le registre de sincérité virile qu’elle emploie quand elle aborde le domaine de l’intime. (Sans doute Blennoragie s’adresse à un public de soldats, et Syphilis… à un public d’officiers : plus policé, ce dernier met en scène des couples bourgeois dans ses saynètes fictions, à l’image de celui qu’ils sont supposés former).