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{{Fiche réalisateur
 
{{Fiche réalisateur
|Biographie=Né Walter Emil Hermann Schulz, Peter Pewas (Berlin, 22 avril 1904 – Hambourg, 13 septembre 1984) est le fils d’un cordonnier. Il débute sa vie professionnelle par une formation de serrurier puis travaille comme rétameur avant de rejoindre le Bauhaus à Weimar. Il y commence à photographier et à réaliser des couvertures de livres et des affiches. Les premières commandes proviennent de l’empire de la presse et du cinéma fondé par Willi Münzenberg, un cadre de l’Internationale communiste : des affiches en couleurs pour des films « prolétariens » allemands et soviétiques comme ''Der blaue Expreß'' (« L’express bleu ») ou ''Jenseits der Straße'' (« de l’autre côté de la rue »). Parallèlement, il entame une expérience de figurant sous la direction du metteur en scène de théâtre Erwin Piscator et fait la connaissance du réalisateur Slatan Dudow. En 1932, il commence le tournage de ''Alexanderplatz überrumpelt'' (« l’Alexanderplatz par surprise »), mais il est arrêté par la Gestapo deux ans plus tard et brièvement emprisonné en 1935 sous le soupçon de haute-trahison. Les bobines, saisies, sont depuis considérées comme perdues.
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|Biographie='''Biographie'''
  
Sous le IIIe Reich, Pewas dessine occasionnellement, selon ses propres dires, pour des publications antifascistes « qui sont produites à l’étranger et à nouveau introduites clandestinement », mais il gagne officiellement et principalement son argent par des affiches de films qui lui apportent une bonne réputation dans la branche. Cette activité lui permet de financer les études qu’il commence en 1938 à la ''Deutsche Filmakademie'' de Potsdam-Babelsberg. Son maître est Wolfgang Liebeneiner, dont il devient l’assistant-réalisateur sur les films ''Bismarck'' et ''Ich klage an''. Il s’essaye lui-même à la mise en scène avec les courts-métrages ''Zwischen Abend und Morgen'' (« Entre soir et matin »), ''Eine Stunde'' (« Une heure ») et ''Zweiklang'' (« Deux tons »). De petites études du quotidien plutôt situés dans la pénombre sans « façades lisses et peintes. Pour cela je me cherche des gens de la rue, des figurants, tous anonymes »(Pewas). Déjà ''Eine Stunde'' (1941), le seul de ces films d’essai conservé jusqu’à aujourd’hui, n’est pas montré au ministre de la Propagande : les « images noires » tournées in situ dans des décors extrêmement étroits s’opposent diamétralement au cinéma de bonne humeur officiellement souhaité. De même son premier long-métrage, ''Der verzauberte Tag'' (« le jour enchanté »), réalisé en 1943, est interdit en octobre 1944 car « propageant une ambiance fataliste et un bolchevisme culturel en secret ». Pewas est mobilisé dans le ''Volkssturm'', milice civile chargée de suppléer à la faiblesse de la Wehrmacht durant les derniers mois de la guerre.
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Né Walter Emil Hermann Schulz, Peter Pewas (Berlin, 22 avril 1904 – Hambourg, 13 septembre 1984) est le fils d’un cordonnier. Il débute sa vie professionnelle par une formation de serrurier puis travaille comme rétameur avant de rejoindre le ''Bauhaus'' à Weimar. Il y commence à photographier et à réaliser des couvertures de livres et des affiches. Les premières commandes proviennent de l’empire de la presse et du cinéma fondé par Willi Münzenberg, un cadre de l’Internationale communiste : des affiches en couleurs pour des films « prolétariens » allemands et soviétiques comme ''Der blaue Expreß'' (« L’express bleu ») ou ''Jenseits der Straße'' (« de l’autre côté de la rue »). Parallèlement, il entame une expérience de figurant sous la direction du metteur en scène de théâtre Erwin Piscator et fait la connaissance du réalisateur Slatan Dudow. En 1932, il commence le tournage de ''Alexanderplatz überrumpelt'' (« l’Alexanderplatz par surprise »), mais il est arrêté par la Gestapo deux ans plus tard et brièvement emprisonné en 1935 sous le soupçon de haute-trahison. Les bobines, saisies, sont depuis considérées comme perdues.
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Sous le IIIe Reich, Peter Pewas dessine occasionnellement, selon ses propres dires, pour des publications antifascistes « qui sont produites à l’étranger et à nouveau introduites clandestinement », mais il gagne officiellement et principalement son argent par des affiches de films, entre autres pour ''Gleisdreick'' de Robert A. Stemmle (1937), qui lui apportent une bonne réputation dans la branche. Cette activité lui permet de financer les études qu’il commence en 1938 à la ''Deutsche Filmakademie'' de Potsdam-Babelsberg. Son maître est Wolfgang Liebeneiner, dont il devient l’assistant-réalisateur sur les films ''Bismarck'' et ''Ich klage an''. Il s’essaye lui-même à la mise en scène avec les courts-métrages ''Zwischen Abend und Morgen'' (« Entre soir et matin »), ''Eine Stunde'' (« Une heure ») et ''Zweiklang'' (« Deux tons »). De petites études du quotidien plutôt situés dans la pénombre sans « façades lisses et peintes. Pour cela je me cherche des gens de la rue, des figurants, tous anonymes »(Pewas). Déjà ''Eine Stunde'' (1941), le seul de ces films d’essai conservé jusqu’à aujourd’hui, n’est pas montré au ministre de la Propagande : les « images noires » tournées in situ dans des décors extrêmement étroits s’opposent diamétralement au cinéma de bonne humeur officiellement souhaité.  
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En 1943, Peter Pewas réalise son premier long-métrage, ''Der verzauberte Tag'' (« le jour enchanté »), un film sentimental « d'une grande force poétique, réalisé avec des images magnifiques et d'excellent acteurs, Winnie Markus en tête ». Le tournage se déroule en studio mais aussi dans les gares à l'extérieur. Voulant éviter tout ce qui pourrait rappeler la guerre en cours, Pewas fait dépouiller des slogans ''Räder müssen rollen für den Sieg'' (« les roues doivent rouler pour la victoire ») et de tout accessoire de propagande. Les locomotives se voient retirer leur dispositif d'occultation et seuls les quais conservent la bande réfléchissante de leur bordure. L'histoire de deux jeunes femmes travaillant dans un kiosque de gare, rêvant de l'homme de leur vie et arrivant, après des allers-retours dramatiques, les habituels malentendus et une fusillade par jalousie, « dans les ports respectifs du mariage » est interdit en octobre 1944 car « propageant une ambiance fataliste et un bolchevisme culturel en secret ». Présenté pour la première fois en Suisse, le film n'est montré qu'en 1951 en Allemagne et raccourci à la demande de l'Eglise. dans les derniers mois de la guerre, Pewas est mobilisé dans le ''Volkssturm'', milice civile chargée de suppléer à la faiblesse de la Wehrmacht.
  
 
Dans les premières semaines de mai 1945, il accepte dans un premier temps la fonction de sous-maire (''Unterbürgermeister'') de Berlin-Wilmersdorf. Mais dès la fin de 1945 il fait une conférence à l’université populaire de ce quartier « sur le visage du film à venir » dans laquelle il expose sa vision : « une nouvelle ère du film commence. Le jeune art libre du cinéma voit ici sa grande mission : retourner par des idées neuves et fortes le fondement idéologique sur lequel la folie des années passées avait pu grandir, être actif dans le cadre d’une vraie démocratie pour éliminer le snobisme allemand, l’esprit de soumission, le militarisme ! (…) Le jeune film allemand doit se montrer au monde avec un visage clair, manifester un esprit liant les peuples ! (…) Il prendra en compte dans son domaine de matière le convoi et le camp de concentration, l’activité du combattant illégal, (…) le bouleversement et la reconstruction des tout un peuple avec ses millions d’interdépendances et de destins. (…) La jeune démocratie a besoin de l’adhésion des citoyens, le nouveau film de l’artiste politique. (…) La réalité, nouvellement regardée et présentée, va dévoiler les drames les plus sensationnels ! (…) Le jeune film allemand (…) donnera au peuple la preuve d’une autre Allemagne. »
 
Dans les premières semaines de mai 1945, il accepte dans un premier temps la fonction de sous-maire (''Unterbürgermeister'') de Berlin-Wilmersdorf. Mais dès la fin de 1945 il fait une conférence à l’université populaire de ce quartier « sur le visage du film à venir » dans laquelle il expose sa vision : « une nouvelle ère du film commence. Le jeune art libre du cinéma voit ici sa grande mission : retourner par des idées neuves et fortes le fondement idéologique sur lequel la folie des années passées avait pu grandir, être actif dans le cadre d’une vraie démocratie pour éliminer le snobisme allemand, l’esprit de soumission, le militarisme ! (…) Le jeune film allemand doit se montrer au monde avec un visage clair, manifester un esprit liant les peuples ! (…) Il prendra en compte dans son domaine de matière le convoi et le camp de concentration, l’activité du combattant illégal, (…) le bouleversement et la reconstruction des tout un peuple avec ses millions d’interdépendances et de destins. (…) La jeune démocratie a besoin de l’adhésion des citoyens, le nouveau film de l’artiste politique. (…) La réalité, nouvellement regardée et présentée, va dévoiler les drames les plus sensationnels ! (…) Le jeune film allemand (…) donnera au peuple la preuve d’une autre Allemagne. »
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La première réalisation d’après-guerre de Peter Pewas est ''Befreite Musik'' (« Musique libérée »), un documentaire de 17 minutes (première en janvier 1946) produit par la Demo-Film sous la direction d’un autre solitaire sanctionné par Goebbels : Werner Hochbaum. Il trouve ensuite le chemin de la DEFA par l’entremise de sa vieille connaissance Slatan Dudow, revenue d’exil. Le premier projet, un thème sur la résistance allemande proposé par le directeur de la DEFA Alfred Lindemann, échoue. « Alors que la DEFA voulait uniquement s’occuper du rôle de la classe ouvrière dans la résistance, il était dans mon intention de prendre aussi en compte des milieux bourgeois et religieux. Nous ne pouvions nous mettre d’accord sur ce point » (Pewas). Au lieu de cela, le scénario de ''Strassenbekanntschaft'' lui est proposé, une thématique contemporaine avec une dimension instructive qui ne nie pas son principe didactique, justement dans les dialogues. Dans l’histoire d’une jeune blanchisseuse qui en a assez d’une vie misérable et se retrouve en compagnie de trafiquant et de proxénètes, le cahier de charges du conseil de l’ordre des médecins de Berlin doit être pris en compte. C’est ainsi qu’au milieu de l’action se produit la rencontre d’un jeune reporter avec une femme médecin, par laquelle il est fait de l’agitation avec des indications de protection appropriées. Mais bien que tourné pour le jour, ''Strassenbekanntschaft'' n’est pas un film ordinaire de la DEFA. Pewas ne présente pas dans des images naturalistes lisses les peurs, les errements et les abîmes d’une génération trompée sur sa jeunesse, ses pertes de confiance et de moral. Il expérimente au contraire avec des contrastes clair-obscur, des profondeurs de champs et des métaphores optiques. Des rues sombres et apparemment interminables, des voies de la S-Bahn, des ponts sont visibles. En même temps retentit une musique à la fois fascinante et menaçante, une musique qui est jouée au départ sur un orgue de Barbarie et qui accompagne le film jusqu’à la fin.
 
La première réalisation d’après-guerre de Peter Pewas est ''Befreite Musik'' (« Musique libérée »), un documentaire de 17 minutes (première en janvier 1946) produit par la Demo-Film sous la direction d’un autre solitaire sanctionné par Goebbels : Werner Hochbaum. Il trouve ensuite le chemin de la DEFA par l’entremise de sa vieille connaissance Slatan Dudow, revenue d’exil. Le premier projet, un thème sur la résistance allemande proposé par le directeur de la DEFA Alfred Lindemann, échoue. « Alors que la DEFA voulait uniquement s’occuper du rôle de la classe ouvrière dans la résistance, il était dans mon intention de prendre aussi en compte des milieux bourgeois et religieux. Nous ne pouvions nous mettre d’accord sur ce point » (Pewas). Au lieu de cela, le scénario de ''Strassenbekanntschaft'' lui est proposé, une thématique contemporaine avec une dimension instructive qui ne nie pas son principe didactique, justement dans les dialogues. Dans l’histoire d’une jeune blanchisseuse qui en a assez d’une vie misérable et se retrouve en compagnie de trafiquant et de proxénètes, le cahier de charges du conseil de l’ordre des médecins de Berlin doit être pris en compte. C’est ainsi qu’au milieu de l’action se produit la rencontre d’un jeune reporter avec une femme médecin, par laquelle il est fait de l’agitation avec des indications de protection appropriées. Mais bien que tourné pour le jour, ''Strassenbekanntschaft'' n’est pas un film ordinaire de la DEFA. Pewas ne présente pas dans des images naturalistes lisses les peurs, les errements et les abîmes d’une génération trompée sur sa jeunesse, ses pertes de confiance et de moral. Il expérimente au contraire avec des contrastes clair-obscur, des profondeurs de champs et des métaphores optiques. Des rues sombres et apparemment interminables, des voies de la S-Bahn, des ponts sont visibles. En même temps retentit une musique à la fois fascinante et menaçante, une musique qui est jouée au départ sur un orgue de Barbarie et qui accompagne le film jusqu’à la fin.
  
''Strassenbekanntschaften'' est, en plus de ''Wohin Johanna'', petit film électoral du SED de 1946, le seul travail de Peter Pewas à l’Est. Il part ensuite à Munich où il crée sa propre société de production sous licence américaine, Report-Film, avec une licence américaine, mais il ne se trouve aucun bailleur de fonds pour un sujet avec un meurtrier d’enfant, écrit pour le jeune Klaus Kinski et le réalisateur Erich Pommer, revenu des Etats-Unis, ne fait pas mystère pourquoi : « vous devez aujourd’hui tourner des films petit-bourgeois, pour donner vraiment à nouveau envie aux gens de participer à la vie. En un temps où tout est détruit, on veut de belles pièces à l’écran ». Au lieu d’un film de fiction, Pewas tourne des films publicitaires comme ''Menschen – Städte – Schienen'' (« Hommes – villes – rails », 1949) pour la ''Deutsche Bundesbahn'' (chemins de fer fédéraux ouest-allemands) ou ''Der Modespiegel'' (« Le miroir de la mode », 1954) pour le producteur hambourgeois Walter Knoop. Il réalise aussi de courts-métrages comme ''Herbstgedanken'' (« Pensées d’automne », 1950), ''Der nackte Morgen'' (« Le matin nu », 1956) et ''Der Vormittag eines alten Herren'' (« la matinée d’un vieux monsieur », 1961) où il pressent le propre soir de sa vie : la flânerie automnale mélancolique d’un retraité dont plus personne n’a besoin. Son seul long-métrage tourné en Allemagne de l’Ouest est ''Viele kamen vorbei'' (« Beaucoup passèrent », 1955), l’histoire d’un meurtrier d’autoroute, d’une petite fille et d’un commissaire de police.
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''Strassenbekanntschaften'' et ''Wohin Johanna'', un petit film électoral réalisé en 1946 pour le SED, sont les seuls travaux de Peter Pewas à la DEFA. Il part ensuite à Munich où il crée sa propre société de production sous licence américaine, Report-Film, mais il ne se trouve aucun bailleur de fonds pour un sujet avec un meurtrier d’enfant, écrit pour le jeune Klaus Kinski, et le réalisateur Erich Pommer, revenu des Etats-Unis, ne fait pas mystère pourquoi : « vous devez aujourd’hui tourner des films petit-bourgeois, pour donner vraiment à nouveau envie aux gens de participer à la vie. En un temps où tout est détruit, on veut de belles pièces à l’écran ». Au lieu d’un film de fiction, Il tourne le film documentaire ''Menschen – Städte – Schienen'' (« Hommes – villes – rails », 1949) pour la ''Deutsche Bundesbahn'' (chemins de fer fédéraux ouest-allemands). Ce court-métrage de 18 minutes retrace le voyage du D375 ''Alpen-Nordsee-Express'', premier train longue distance de l'après-guerre en Allemagne de l'Ouest, entre Munich et Bremerhaven-Lehe. Avant le départ puis tout au long du trajet, la caméra capture des paysages et des scènes de la vie quotidienne : des hommes au travail, une cérémonie de mariage à Munich, la cathédrale d’Ulm, les ateliers Daimler à Untertürkheim, le trafic croissant sur la place de la gare de Stuttgart, un dancing à Mannheim, un bistrot à Francfort, les ruines de la gare de Hanovre, une ferme en Basse-Saxe, un marché à Brême. Pewas « y montre tout son savoir-faire : des images cohérentes du quotidien, des séquences de train techniquement excellente et réalisées avec assurance ». ''Menschen – Städte – Schienen'' est donc « un document d’histoire contemporaine et ferroviaire. Il fait le portrait du quotidien ouest-allemand dans le nouveau départ d’alors et du chemin de fer juste avant le passage de la ''Reichsbahn'' à la ''Bundesbahn'' ».
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Il réalise ensuite ''Der Modespiegel'' (« Le miroir de la mode », 1954) pour le producteur hambourgeois Walter Knoop et des courts-métrages comme ''Herbstgedanken'' (« Pensées d’automne », 1950), ''Der nackte Morgen'' (« Le matin nu », 1956) ou ''Der Vormittag eines alten Herren'' (« la matinée d’un vieux monsieur », 1961) où il pressent le propre soir de sa vie : la flânerie automnale mélancolique d’un retraité dont plus personne n’a besoin. Son seul long-métrage tourné en Allemagne de l’Ouest est ''Viele kamen vorbei'' (« Beaucoup passèrent », 1955), l’histoire d’un meurtrier d’autoroute, d’une petite fille et d’un commissaire de police.
  
 
Dans les années 1960, Peter Pewas abandonne le cinéma (à l’exception de trois petits documentaires en 1964, 1967 et 1971) et se tourne à nouveau vers la peinture. Le film ''Der Verzauberter Tag'' est redécouvert en 1978 lors de la Berlinale dans le cadre d’une rétrospective sur les films allemands interdits. En 1981, ce festival lui rend hommage. Peu de temps avant son décès, il reçoit encore un ''Filmband im Gold'' « pour sa longue œuvre couronnée de succès dans le film allemand ».
 
Dans les années 1960, Peter Pewas abandonne le cinéma (à l’exception de trois petits documentaires en 1964, 1967 et 1971) et se tourne à nouveau vers la peinture. Le film ''Der Verzauberter Tag'' est redécouvert en 1978 lors de la Berlinale dans le cadre d’une rétrospective sur les films allemands interdits. En 1981, ce festival lui rend hommage. Peu de temps avant son décès, il reçoit encore un ''Filmband im Gold'' « pour sa longue œuvre couronnée de succès dans le film allemand ».
|Liens externes=Sources:
 
  
Wikipedia:
 
  
- Article « Peter Pewas » (en allemand) :
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'''Sources:'''
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« Peter Pewas », ''Wikipedia.de'', URL : https://de.wikipedia.org/wiki/Peter_Pewas
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SCHENK Ralf, « Der verzauberte Film. Errinnerungen an den Regisseur Peter Pewas », filmdienst 9/2004,  ''DEFA'', URL : https://www.defa-stiftung.de/defa/publikationen/artikel/92004-der-verzauberte-film/
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JORDAN Lutz. Gleisdreieck. ''Bahn Epoche'', 2015, n°13, pp. 30-31
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JORDAN Lutz. Der verzauberte Tag. ''Bahn Epoche'', 2016, n°17, pp. 22-23
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VOCKRODT Stefan. „Menschen, Städte, Schienen“ Eine optimistische Reise. ''Bahn-Extra/Bahn Epoche'', 3.2022 Mai/Juni, p. 83
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En 1995, l’émission ''Eisenbahn-Romantik'', produite par la SDR puis par la SWR, a rediffusé sous le titre ''Die DB damals'' (« La DB à l'époque ») quatre films ou extraits de films réalisés entre 1949 et 1951 pour les chemins de fer ouest-allemands:
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- ''Frühling am Bodensee'' (« Printemps au bord du lac de Constance », 1950, Karl Schröder, Norddeutscher Filmproduktion Gmbh, Bundesbahn-Filmstelle, 14min, n/b, parlant, 35mm)- extrait (01'14);
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-  ''Der neue Zug'' (« Le nouveau train », 1951, Karl Schröder, Filmaufbau Gmbh, 12 min, n/b, parlant, 35mmn);
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- ''Menschen - Städte - Schiene'' (« Hommes - villes - rails », 1949, Peter Pewas, Report-Film, Bundesbahn-Filmstelle, 18min, n/b, parlant, 35mm);
  
https://de.wikipedia.org/wiki/Peter_Pewas
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- ''Weiße Welt'' (« Monde blanc », 1949, Friedrich Wollangk, Filmaufbau Gmbh, Reichsbahn-Filmstelle, 17min, n/b, parlant, 35mm) - extrait (01'12);
  
Article:
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Cette émission est disponible sur [https://www.youtube.com/watch?v=m30FRrDfSvU Youtube (''Eisenbahn-Romantik'' n°159 du 14 septembre 1995, mis en ligne sur Youtube le 11 juillet 2016)]. Le film ''Menschen - Städte - Schiene'' s'y trouve entre 11'24 et 26'00.
  
SCHENK Ralf, « Der verzauberte Film. Errinnerungen an den Regisseur Peter Pewas »
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NB: Les chemins de fer allemands de la bizone américano-britannique (''Deutsche Reichsbahn im Vereinigten Wirtschaftsgebiet'', « chemins de fer du Reich dans la zone économique unifiée ») avaient commandé le film ''Menschen - Städte - Schiene'' à Peter Pewas. Mais ils le reçurent alors qu'entre-temps ils étaient devenus la ''Deutsche Bundesbahn'' (DB), le 6 septembre 1949 (Voir [https://de.wikipedia.org/wiki/Deutsche_Bundesbahn#/media/Datei:Bahndienstfernschreiben.jpg Frohne, Edmund, Bahndienstfernschreiben zur Gründung der Deutschen Bundesbahn, 07 September 1949])
  
Film Menschen - Städte- Schienen
 
  
https://www.youtube.com/watch?v=m30FRrDfSvU
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Auteur: NUSS Emmanuel
 
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Latest revision as of 16:16, 17 June 2022

Biographie

Né Walter Emil Hermann Schulz, Peter Pewas (Berlin, 22 avril 1904 – Hambourg, 13 septembre 1984) est le fils d’un cordonnier. Il débute sa vie professionnelle par une formation de serrurier puis travaille comme rétameur avant de rejoindre le Bauhaus à Weimar. Il y commence à photographier et à réaliser des couvertures de livres et des affiches. Les premières commandes proviennent de l’empire de la presse et du cinéma fondé par Willi Münzenberg, un cadre de l’Internationale communiste : des affiches en couleurs pour des films « prolétariens » allemands et soviétiques comme Der blaue Expreß (« L’express bleu ») ou Jenseits der Straße (« de l’autre côté de la rue »). Parallèlement, il entame une expérience de figurant sous la direction du metteur en scène de théâtre Erwin Piscator et fait la connaissance du réalisateur Slatan Dudow. En 1932, il commence le tournage de Alexanderplatz überrumpelt (« l’Alexanderplatz par surprise »), mais il est arrêté par la Gestapo deux ans plus tard et brièvement emprisonné en 1935 sous le soupçon de haute-trahison. Les bobines, saisies, sont depuis considérées comme perdues.

Sous le IIIe Reich, Peter Pewas dessine occasionnellement, selon ses propres dires, pour des publications antifascistes « qui sont produites à l’étranger et à nouveau introduites clandestinement », mais il gagne officiellement et principalement son argent par des affiches de films, entre autres pour Gleisdreick de Robert A. Stemmle (1937), qui lui apportent une bonne réputation dans la branche. Cette activité lui permet de financer les études qu’il commence en 1938 à la Deutsche Filmakademie de Potsdam-Babelsberg. Son maître est Wolfgang Liebeneiner, dont il devient l’assistant-réalisateur sur les films Bismarck et Ich klage an. Il s’essaye lui-même à la mise en scène avec les courts-métrages Zwischen Abend und Morgen (« Entre soir et matin »), Eine Stunde (« Une heure ») et Zweiklang (« Deux tons »). De petites études du quotidien plutôt situés dans la pénombre sans « façades lisses et peintes. Pour cela je me cherche des gens de la rue, des figurants, tous anonymes »(Pewas). Déjà Eine Stunde (1941), le seul de ces films d’essai conservé jusqu’à aujourd’hui, n’est pas montré au ministre de la Propagande : les « images noires » tournées in situ dans des décors extrêmement étroits s’opposent diamétralement au cinéma de bonne humeur officiellement souhaité.

En 1943, Peter Pewas réalise son premier long-métrage, Der verzauberte Tag (« le jour enchanté »), un film sentimental « d'une grande force poétique, réalisé avec des images magnifiques et d'excellent acteurs, Winnie Markus en tête ». Le tournage se déroule en studio mais aussi dans les gares à l'extérieur. Voulant éviter tout ce qui pourrait rappeler la guerre en cours, Pewas fait dépouiller des slogans Räder müssen rollen für den Sieg (« les roues doivent rouler pour la victoire ») et de tout accessoire de propagande. Les locomotives se voient retirer leur dispositif d'occultation et seuls les quais conservent la bande réfléchissante de leur bordure. L'histoire de deux jeunes femmes travaillant dans un kiosque de gare, rêvant de l'homme de leur vie et arrivant, après des allers-retours dramatiques, les habituels malentendus et une fusillade par jalousie, « dans les ports respectifs du mariage » est interdit en octobre 1944 car « propageant une ambiance fataliste et un bolchevisme culturel en secret ». Présenté pour la première fois en Suisse, le film n'est montré qu'en 1951 en Allemagne et raccourci à la demande de l'Eglise. dans les derniers mois de la guerre, Pewas est mobilisé dans le Volkssturm, milice civile chargée de suppléer à la faiblesse de la Wehrmacht.

Dans les premières semaines de mai 1945, il accepte dans un premier temps la fonction de sous-maire (Unterbürgermeister) de Berlin-Wilmersdorf. Mais dès la fin de 1945 il fait une conférence à l’université populaire de ce quartier « sur le visage du film à venir » dans laquelle il expose sa vision : « une nouvelle ère du film commence. Le jeune art libre du cinéma voit ici sa grande mission : retourner par des idées neuves et fortes le fondement idéologique sur lequel la folie des années passées avait pu grandir, être actif dans le cadre d’une vraie démocratie pour éliminer le snobisme allemand, l’esprit de soumission, le militarisme ! (…) Le jeune film allemand doit se montrer au monde avec un visage clair, manifester un esprit liant les peuples ! (…) Il prendra en compte dans son domaine de matière le convoi et le camp de concentration, l’activité du combattant illégal, (…) le bouleversement et la reconstruction des tout un peuple avec ses millions d’interdépendances et de destins. (…) La jeune démocratie a besoin de l’adhésion des citoyens, le nouveau film de l’artiste politique. (…) La réalité, nouvellement regardée et présentée, va dévoiler les drames les plus sensationnels ! (…) Le jeune film allemand (…) donnera au peuple la preuve d’une autre Allemagne. »

La première réalisation d’après-guerre de Peter Pewas est Befreite Musik (« Musique libérée »), un documentaire de 17 minutes (première en janvier 1946) produit par la Demo-Film sous la direction d’un autre solitaire sanctionné par Goebbels : Werner Hochbaum. Il trouve ensuite le chemin de la DEFA par l’entremise de sa vieille connaissance Slatan Dudow, revenue d’exil. Le premier projet, un thème sur la résistance allemande proposé par le directeur de la DEFA Alfred Lindemann, échoue. « Alors que la DEFA voulait uniquement s’occuper du rôle de la classe ouvrière dans la résistance, il était dans mon intention de prendre aussi en compte des milieux bourgeois et religieux. Nous ne pouvions nous mettre d’accord sur ce point » (Pewas). Au lieu de cela, le scénario de Strassenbekanntschaft lui est proposé, une thématique contemporaine avec une dimension instructive qui ne nie pas son principe didactique, justement dans les dialogues. Dans l’histoire d’une jeune blanchisseuse qui en a assez d’une vie misérable et se retrouve en compagnie de trafiquant et de proxénètes, le cahier de charges du conseil de l’ordre des médecins de Berlin doit être pris en compte. C’est ainsi qu’au milieu de l’action se produit la rencontre d’un jeune reporter avec une femme médecin, par laquelle il est fait de l’agitation avec des indications de protection appropriées. Mais bien que tourné pour le jour, Strassenbekanntschaft n’est pas un film ordinaire de la DEFA. Pewas ne présente pas dans des images naturalistes lisses les peurs, les errements et les abîmes d’une génération trompée sur sa jeunesse, ses pertes de confiance et de moral. Il expérimente au contraire avec des contrastes clair-obscur, des profondeurs de champs et des métaphores optiques. Des rues sombres et apparemment interminables, des voies de la S-Bahn, des ponts sont visibles. En même temps retentit une musique à la fois fascinante et menaçante, une musique qui est jouée au départ sur un orgue de Barbarie et qui accompagne le film jusqu’à la fin.

Strassenbekanntschaften et Wohin Johanna, un petit film électoral réalisé en 1946 pour le SED, sont les seuls travaux de Peter Pewas à la DEFA. Il part ensuite à Munich où il crée sa propre société de production sous licence américaine, Report-Film, mais il ne se trouve aucun bailleur de fonds pour un sujet avec un meurtrier d’enfant, écrit pour le jeune Klaus Kinski, et le réalisateur Erich Pommer, revenu des Etats-Unis, ne fait pas mystère pourquoi : « vous devez aujourd’hui tourner des films petit-bourgeois, pour donner vraiment à nouveau envie aux gens de participer à la vie. En un temps où tout est détruit, on veut de belles pièces à l’écran ». Au lieu d’un film de fiction, Il tourne le film documentaire Menschen – Städte – Schienen (« Hommes – villes – rails », 1949) pour la Deutsche Bundesbahn (chemins de fer fédéraux ouest-allemands). Ce court-métrage de 18 minutes retrace le voyage du D375 Alpen-Nordsee-Express, premier train longue distance de l'après-guerre en Allemagne de l'Ouest, entre Munich et Bremerhaven-Lehe. Avant le départ puis tout au long du trajet, la caméra capture des paysages et des scènes de la vie quotidienne : des hommes au travail, une cérémonie de mariage à Munich, la cathédrale d’Ulm, les ateliers Daimler à Untertürkheim, le trafic croissant sur la place de la gare de Stuttgart, un dancing à Mannheim, un bistrot à Francfort, les ruines de la gare de Hanovre, une ferme en Basse-Saxe, un marché à Brême. Pewas « y montre tout son savoir-faire : des images cohérentes du quotidien, des séquences de train techniquement excellente et réalisées avec assurance ». Menschen – Städte – Schienen est donc « un document d’histoire contemporaine et ferroviaire. Il fait le portrait du quotidien ouest-allemand dans le nouveau départ d’alors et du chemin de fer juste avant le passage de la Reichsbahn à la Bundesbahn ».

Il réalise ensuite Der Modespiegel (« Le miroir de la mode », 1954) pour le producteur hambourgeois Walter Knoop et des courts-métrages comme Herbstgedanken (« Pensées d’automne », 1950), Der nackte Morgen (« Le matin nu », 1956) ou Der Vormittag eines alten Herren (« la matinée d’un vieux monsieur », 1961) où il pressent le propre soir de sa vie : la flânerie automnale mélancolique d’un retraité dont plus personne n’a besoin. Son seul long-métrage tourné en Allemagne de l’Ouest est Viele kamen vorbei (« Beaucoup passèrent », 1955), l’histoire d’un meurtrier d’autoroute, d’une petite fille et d’un commissaire de police.

Dans les années 1960, Peter Pewas abandonne le cinéma (à l’exception de trois petits documentaires en 1964, 1967 et 1971) et se tourne à nouveau vers la peinture. Le film Der Verzauberter Tag est redécouvert en 1978 lors de la Berlinale dans le cadre d’une rétrospective sur les films allemands interdits. En 1981, ce festival lui rend hommage. Peu de temps avant son décès, il reçoit encore un Filmband im Gold « pour sa longue œuvre couronnée de succès dans le film allemand ».


Sources:

« Peter Pewas », Wikipedia.de, URL : https://de.wikipedia.org/wiki/Peter_Pewas

SCHENK Ralf, « Der verzauberte Film. Errinnerungen an den Regisseur Peter Pewas », filmdienst 9/2004, DEFA, URL : https://www.defa-stiftung.de/defa/publikationen/artikel/92004-der-verzauberte-film/

JORDAN Lutz. Gleisdreieck. Bahn Epoche, 2015, n°13, pp. 30-31

JORDAN Lutz. Der verzauberte Tag. Bahn Epoche, 2016, n°17, pp. 22-23

VOCKRODT Stefan. „Menschen, Städte, Schienen“ Eine optimistische Reise. Bahn-Extra/Bahn Epoche, 3.2022 Mai/Juni, p. 83


En 1995, l’émission Eisenbahn-Romantik, produite par la SDR puis par la SWR, a rediffusé sous le titre Die DB damals (« La DB à l'époque ») quatre films ou extraits de films réalisés entre 1949 et 1951 pour les chemins de fer ouest-allemands:

- Frühling am Bodensee (« Printemps au bord du lac de Constance », 1950, Karl Schröder, Norddeutscher Filmproduktion Gmbh, Bundesbahn-Filmstelle, 14min, n/b, parlant, 35mm)- extrait (01'14);

- Der neue Zug (« Le nouveau train », 1951, Karl Schröder, Filmaufbau Gmbh, 12 min, n/b, parlant, 35mmn);

- Menschen - Städte - Schiene (« Hommes - villes - rails », 1949, Peter Pewas, Report-Film, Bundesbahn-Filmstelle, 18min, n/b, parlant, 35mm);

- Weiße Welt (« Monde blanc », 1949, Friedrich Wollangk, Filmaufbau Gmbh, Reichsbahn-Filmstelle, 17min, n/b, parlant, 35mm) - extrait (01'12);

Cette émission est disponible sur Youtube (Eisenbahn-Romantik n°159 du 14 septembre 1995, mis en ligne sur Youtube le 11 juillet 2016). Le film Menschen - Städte - Schiene s'y trouve entre 11'24 et 26'00.

NB: Les chemins de fer allemands de la bizone américano-britannique (Deutsche Reichsbahn im Vereinigten Wirtschaftsgebiet, « chemins de fer du Reich dans la zone économique unifiée ») avaient commandé le film Menschen - Städte - Schiene à Peter Pewas. Mais ils le reçurent alors qu'entre-temps ils étaient devenus la Deutsche Bundesbahn (DB), le 6 septembre 1949 (Voir Frohne, Edmund, Bahndienstfernschreiben zur Gründung der Deutschen Bundesbahn, 07 September 1949)


Auteur: NUSS Emmanuel

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