Docteur B., médecin de campagne; (1968)

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Docteur B., médecin de campagne;


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Title Docteur B., médecin de campagne;
Series Aujourd'hui
Year of production 1968
Country of production Suisse
Director(s) Alain Tanner
Duration 61 minutes
Format Parlant - Noir et blanc - 16 mm
Original language(s) French
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Main credits

Content

Theme

Le quotidien du Docteur Bugnon qui exerce dans une zone rurale en Suisse.

Main genre

Documentaire

Synopsis

Après avoir suivi le docteur Bugnon dans ses visites, le film le montre pendant ses interventions à l'hôpital puis ses consultations.

Context

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : No.
  • Interview  : Yes.
  • Music and sound effects : No.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

Le film parait justement ne pas diriger le regard du spectateur. Son absence de commentaire, il l'oblige à interpréter les gestes et les propos du médecin, un home à la personnalité complexe. Avec ses travellings très libres, y compris dans les intérieurs comme la salle d'attente du cabinet, certains plans qui paraissent fortuits, le film paraît se construire au fil du tournage. Certaines séquences sont pourtant soigneusement construites, notamment celle qui présente les enfants du médecin, ou bien celle qui montre la multiplicité des tâches dans une même journée au cabinet.

How are health and medicine portrayed?

Il s'agit apparemment d'un portrait classique de médecin de campagne qui montre un homme dévoué pour sa patientèle, disponible et compréhensif. Pourtant, certains contenus le nuancent : le Docteur B a certes une vocation, c'est aussi un homme qui s'est rebellé contre l'ordre établi, un père original, un homme de convictions qui voudrait influencer les autres. Le portrait est chargé idéologiquement, marqué de cette façon par la période où il a été réalisé.

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

Diffusion télévisuelle

Presentations and events associated with the film

Audience

tout public

Local, national, or international audience

Description

Visites dans la campagne enneigée

Int. Jour, image sous-exposée qui indique que le film se fait sans lumière additionnelle. Plongée sur une page de journal déployé puis sur une machine à coudre, raccord par la vibration de son moteur. En off : « Monsieur Pach ! » Un homme lève les yeux. Un autre homme bord cadre gauche : nous reconnaissons celui qui conduisait la voiture. « Monsieur Pach, pas trop mal ? », reprend-il. Il s’asseoit à côté de lui, l’interroge sur son souffle et son sommeil. Derrière la machine à coudre, une veille femme qui continue de la faire fonctionner.

Visages d’enfants en gros plan, ils regardent hors champ. Le médecin leur demande s’ils mangent leur soupe. La conversation continue sur leurs préférences culinaires (des patates) pendant que le patient réapparait dans le champ, se débarrassant de sa veste comme on le fait d’un pull-over, réajustant son chapeau. On voit que c’est un vieil homme. Il ouvre sa chemise pour que le médecin puisse passer son stéthoscope. De nouveau des enfants dans le champ : on en dénombre sept. La femme indique que l’un des petits a eu des douleurs à l’oreille. Le médecin se détourne du vieil homme pour examiner l’enfant. De cette façon, nous voyons qu’il procède à une visite qui s’applique à l’ensemble de la famille. (02.43)

Retour sur un parcours

Ext. Jour, campagne enneigée, le médecin remonte dans sa voiture. Dans la bande-son, une fugue de Bach. Autre intérieur, celui d’une chambre, il examine un enfant resté dans son lit. Sa voix en off : « Je suis médecin et je pratique la médecine générale à la campagne. J’ai 44 ans, j’ai fait toute ma jeunesse à La Chaux-de-Fonds, j’ai préparé mon baccalauréat que j’ai raté. » Il mène ensuite études à Neufchâtel et Lausanne. Face caméra, il explique que des différends avec ses professeurs lui ont fait rater son « bachot ». Il présente ses enfants, chacun apparait à l’écran pour un mini-portrait (les trois plus jeunes, entre dix et douze ans, sont filmés face caméra, fumant une cigarette). Le médecin décrit sa journée ordinaire : arrivée à l’hôpital à 8h pour voir ses malades, à 9h début de ses consultations jusqu’à midi. (07.02)

Début de journée à l’hôpital

Plongée sur un vieil homme alité. En off, une voix de femme : « Il y a quand même une amélioration… » Léger pano qui rejoint l’infirmière qui se tient au chevet de l’homme, avec le docteur B. en amorce. Il va examiner un autre homme alité sur un lit voisin. « Est-ce que vous vous levez ? » demande-t-il. Plongée sur l’homme qui dit « Tous les jours ». Une expression d’inquiétude et d’attente se lit dans son regard. Il ajoute qu’il n’a plus besoin que l’infirmière lui tienne le bras. Son élocution est difficile. « Vous avez plus de courage ! » lui dit le médecin. « Ma foi, peut-être… ». Au bloc chirurgical, le médecin avec bonnet, masque, se fait mettre un gant en plastique. Gros plan sur son visage, celui du chirurgien qu’il assiste, celui d’une infirmière. Regards dirigés vers le champ opératoire resté hors champ. Dézoom à partir de la lampe qui l’éclaire, le Docteur B. quitte la salle en ôtant son masque. En off, sa voix : « D’emblée j’ai pensé à faire de la médecine générale parce que ça me donnait une plus grande gamme de possibilités de contacts, et aussi pour un certain goût d’aller voir les gens chez eux. » Travelling embarqué dans la voiture du médecin qui conduit sur une route enneigée. Il explique son choix de pratiquer en campagne : « En ville, le médecin est plus anonyme qu’à la campagne où on a une présence plus réelle – avec tous ses inconvénients : on devient le point de mire de toute une population. » Désirant porter une responsabilité en société, il a le sentiment de mieux pouvoir le faire à la campagne. « J’ai toujours envie de tirer mes voisins, mes semblables vers le haut, de corriger leurs erreurs d’alimentation, de vie, qui amènent des désordres. » (10.27)

Séance de consultations

It. Jour, dans une pièce, un homme enlève sa chemise. Le médecin l’ausculte en lui donnant des instructions. Gros plan sur ses mains qui percutent le dos de l’homme. « J’ai l’impression que dans ma façon de me vêtir, de manger, de faire des achats, je peux avoir une influence. » Plan général sur la salle d’attente, filmé sous plusieurs angles. Une femme coud, une autre tourne les pages d’un magazine. Gros plan sur les mains d’une personne, l’une caresse l’autre, peut-être par impatience, ou appréhension. Dans la pièce de soins, le médecin avec une femme allongée sur une civière. Gros plan sur le visage de la patiente pendant qu’il lui explique ce qu’il fait : elle parait très sereine. La civière se redresse pour des prises de vue radiographiques. A la verticale, la femme garde son expression calme, un sourire de confiance sur son visage. Cut. Filmée plan épaule, une jeune fille donne sa date de naissance et indique le prénom de son père. Pano sur l’assistante du médecin qui apparait dans l’encadrement de la porte : il doit venir. Le médecin quitte la pièce. Contre-pano pour revenir sur la jeune fille qui restée seule, attendant son retour, jette quelques regards vagues autour d’elle. Pano en sens inverse pour montrer l’intérieur de la pièce d’en face par les deux portes ouvertes dans l’axe : on retrouve la femme qui se fait radiographier. Retour à la jeune fille assise, qui continue d’attendre. Son regard vers le haut indique que le médecin est de retour. La sonnerie du téléphone qui retentit couvre leur conversation. Autre patient dans la pièce de son bureau, un jeune homme. Le Docteur B. l’interroge à propos d’un médecin consulté pour un « recrutement » qui, l’ayant radiographié, a trouvé une tache sur son poumon. « Quand tu travailles, tu fais attention ? » Le jeune homme affirme que oui. « Certains jours, je suis vite fatigué. » Le docteur B. lui assure qu’il écrira une lettre adressée au médecin qui le prend en charge dans son lieu de travail. (15.55)

Un besoin de retour sur soi

Gros plan sur une scie circulaire qui fend un plâtre. Gros plan sur le visage d’un garçon qui fronce les sourcils en regardant sa lame entamer le plâtre. Le plan desserre pour montrer une femme présente, sans doute la mère. Elle sourit. Le médecin en off : « Certainement que la vie que je suis tenu de vivre est trop chargée. C’est pas moi qui le cherche, ce sont les malades qui m’appellent. J’ai essayé d’échapper à cette contrainte pour pouvoir lire. J’ai une certaine chance par rapport à mes confrères de la ville. Quand je roule pour aller d’un village à l’autre, j’ai l’occasion de réfléchir à toutes sortes de problèmes. » De nouveau un travelling embarqué dans la voiture du docteur B. qui traverse un paysage enneigé. Gros plan sur son profil concentré. « Depuis fort longtemps, je me pose des questions sur la Défense nationale… » Face caméra : « Si on veut trouver de nouvelles idées, il ne faut pas rester au schéma qu’on nous a inculqué. Actuellement, la solidarité entre les hommes est extraordinaire... » Un repas en famille. En off, le Docteur B insiste sur l’importance des vacances qui, par les voyages qu’elles occasionnent, permet aux membres de la famille de mieux se connaître, de ne plus se côtoyer passivement, et de découvrir les modes de vies d’habitants d’autres pays.Gros plan sur un livre ouvert. En off, voix de jeune fille qui lit un passage des Evangiles. La caméra desserre sur l’ensemble de la famille qui écoute. « Nous faisons un culte familial, très court. » Nous devinons que c’est au moment de l’après repas. Le médecin précise qu’il doit ensuite repartir pour continuer sa journée. Celle-ci se termine vers 22h. (20.10)

Nouvelles consultations, nouvelles visites

Le médecin n’a pas fini sa phrase en off que le film change de lieu. Il emploie couramment ce procédé qui dynamise le récit, faisant faire à la bande son des enjambements entre les séquences. Retour au cabinet. Un homme d’âge mûr s’étend sur une civière. Le médecin se tient à côté de lui, il a revêtu la blouse blanche. Il lui demande s’il a surveillé son alimentation. Contrechamp sur une femme au visage attentif. Le film montre régulièrement le tiers de la relation patient-soignant : le conjoint, le parent, silencieux et observateur. « Vous avez bonne mine ! » La même femme aide l’homme à enfiler sa veste. Elle tend ensuite au médecin « la feuille d’assurance-maladie ». Le médecin en vient à l’activité de la main du patient. « Vous aviez l’habitude de dessiner avec cette main, je me souviens. » L’homme hausse des épaules, lève le bras, agite les doigts de la main, passe l’autre main sur son avant-bras. « Je me repose, je recommence… » Boutade pour évacuer le sujet sensible. Une mère avec son enfant, une petite fille. Celle-ci se met à pleurer quand le médecin lui demande de se positionner à plat ventre. Un garçon de dix ans auquel il administre une piqûre. » J’ai oublié la feuille d’assurance ! » dit-il avec le sourire, heureux de ne pas avoir manifesté sa douleur.

Dehors, le médecin accroupi devant la roue avant de sa voiture pour lui poser des chaînes. « Dans le travail, il y a un autre problème qui est celui d’éduquer les patients à appeler le médecin tant qu’il est temps. Si je fais une tournée de 40 kms, que les patients téléphonent aux quatre azimuts quand je reviens et que je dois refaire une tournée, la vie n’est pas viable. IL faut économiser les forces des médecins qui ne sont pas inépuisables ». Retour du violoncelle de Bach sur un plan qui montre la silhouette du Docteur B. marchant avec peine sur une route couverte d’une neige épaisse. Nouvelle visite dans une vieille maison isolée. Intérieur vétuste, lambeaux de tapisserie sur les murs, un torchon pend, un calendrier 1967 est accroché. Dans la pièce voisine, une chambre, un couple âgé. La femme, assise sur le lit répète la syllabe « pa », la voix de plus en plus haute. « Ne t’énerve pas ! » dit l’homme en peignant ses cheveux plantés dru sur son crâne. Prise de tension, regard inquiet de la femme. « Elle dort bien ? », « Elle dort extra ! » répond le mari. Le visage de la femme se détend, elle sourit, répète à nouveau la syllabe « pa » mais d’une voix gaie, en réponse au médecin qui lui a dit : « Votre mari vous soigne bien, hein ? Depuis un an, il vous fait faire votre gymnastique, vous aide à vous habiller, tout… » « Sans aller à l’hôpital, et sans aide sociale » précise le mari. « Cinq mois, couché sur le matelas, au pied de son lit… »

Entre médecins

Attablé avec des collègues autour d’une fondue. L’un d’eux souhaite un regroupement des médecins pour faire face à l’évolution des pratiques. Le docteur B. pose la question économique de l’installation dans les zones rurales : « Si les communes campagnardes ont envie d’avoir des médecins, il faut qu’elles connaissent ce problème de mises de fonds au moment où ils sortent de leurs études. La caution des communes me parait être une chose souhaitable. » Le troisième médecin affirme que les paysans sont également familiers de ces problèmes. « Ils doivent travailleurs tout seuls avec des appareils de plus en plus chers, et ils se mettent à former des communautés d’exploitants. » (31.16)



Contributors

  • Record written by : Joël Danet