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Considérant l’influence grandissante du LSD et des drogues plus largement, plusieurs Etats décident de se pencher plus sérieusement sur la substance et ses effets sur le cerveau humain. En 1966, ce sont les états de Californie et du Nevada qui en interdisent la consommation ainsi que la vente. En 1968, l’interdiction est étendue à l’ensemble des Etats-Unis. Le Royaume-Uni et la France décident également de réglementer ses usages la même année.
  
 
En 1970, la presse publie de nombreux témoignages de toxicomanes à l’héroïne, Robert Boulin, ministre de la Santé, ouvre avec son fils une association pour la prévention et le soin des toxicomanes, et Claude Olievenstein crée le centre Marmottan consacré aux soins aux toxicomanes, jusqu’alors pris en charge dans les services de psychiatrie. Devant les doutes, les hésitations des professionnels quant aux mesures à prendre, le gouvernement et les parlementaires élus au lendemain de 1968, ont ont voulu conforter l’opinion majoritaire par le message qu’on pouvait arrêter l’épidémie par une loi combinant la répression et l’incitation au traitement. Le drogué étant considéré comme "avant tout" ou "plutôt" un malade, ce qui sous-entend que c’est aussi un criminel qui menace l’ordre social. Loi de santé publique à connotation répressive, elle est adoptée en première lecture quasiment sans discussion, voit ses dispositions répressives majorées par le Sénat, puis est votée en seconde lecture le 10 décembre 1970.
 
En 1970, la presse publie de nombreux témoignages de toxicomanes à l’héroïne, Robert Boulin, ministre de la Santé, ouvre avec son fils une association pour la prévention et le soin des toxicomanes, et Claude Olievenstein crée le centre Marmottan consacré aux soins aux toxicomanes, jusqu’alors pris en charge dans les services de psychiatrie. Devant les doutes, les hésitations des professionnels quant aux mesures à prendre, le gouvernement et les parlementaires élus au lendemain de 1968, ont ont voulu conforter l’opinion majoritaire par le message qu’on pouvait arrêter l’épidémie par une loi combinant la répression et l’incitation au traitement. Le drogué étant considéré comme "avant tout" ou "plutôt" un malade, ce qui sous-entend que c’est aussi un criminel qui menace l’ordre social. Loi de santé publique à connotation répressive, elle est adoptée en première lecture quasiment sans discussion, voit ses dispositions répressives majorées par le Sénat, puis est votée en seconde lecture le 10 décembre 1970.

Revision as of 20:57, 16 June 2021

 

Des jeunes américains disent pourquoi ils prennent du LSD


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Title Des jeunes américains disent pourquoi ils prennent du LSD
Series Cinq colonnes à la une
Year of production 1966
Country of production France
Director(s) Olivier Todd
Duration 3 minutes
Format Parlant - Noir et blanc - 16 mm
Original language(s) French
Production companies ORTF
Commissioning body ORTF
Archive holder(s) INA

Main credits

(français)
journalistes : Olivier Todd, Jacques Trébouta

Content

Theme

(français)
Témoignage de deux jeunes personnes des Etats-Unis qui font usage du LSD.

Main genre

Documentaire

Synopsis

(français)
Interview d'un couple d'Américains prenant du LSD sur les effets de cette drogue. parlant en anglais, avec une traduction off, ils décrivent les sensations et l'effet hallucinogène du LSD, ils expliquent pourquoi ils ont besoin de se détacher de la réalité. Les deux jeunes gens décrivent en anglais les effets et sensations qu’ils ressentent après une prise. Extrait d’un reportage nommé « La Mort de Venice USA » diffusé dans l’émission des « Cinq Colonnes à la Une ».

Context

(français)
A propos des expérimentations des substances psychoactives

Dans les cercles artistiques et intellectuels d'après la Seconde Guerre Mondiale, un intérêt de plus en plus large se manifeste à propos des potentialités de ces substances pour élargir les voies de la perception, se rapprocher des souffrances psychiatriques, stimuler la création.

Deux repères : En 1954, Aldous Huxley a cherché, en s'essayant à la mescaline, à accéder à « une beauté plus intense, une signification plus profonde » que celles qui se rencontre dans la vie ordinaire. Il insiste tout autant sur son sentiment d’avoir perdu pied au moment de subir ses effets : « Je me retrouvais tout à coup au bord de la panique. J’eus soudain l’impression que l’affaire allait trop loin ». Egalement en 1954, Henri Michaux s’adonne systématiquement aux drogues - mescaline surtout, mais aussi haschich, L.S.D., psylocibine. Ses expérimentations sont faites avec méthode, il est « accompagné par des psychiatres, selon des protocoles précis ».

Le LSD : histoire

De 1938 aux années 1940 : la découverte Le « LSD », abréviation de l’allemand Lysergsäurediethylamid, a été découvert en 1938 par le chimiste suisse Albert Hoffmann. A la recherche d’une substance pouvant tonifier le cœur, il s’intéresse alors à la diéthylamide de l’acide lysergique et l’expérimente sur des animaux : ce n’est pas concluant. C’est néanmoins en 1943 que Hoffmann décide de relancer ses recherches, et de tester la substance sur lui-même. Précautionneux, le chimiste n’ingère qu’un quart de milligramme. Cette première prise s’avère pourtant désastreuse comme en témoigne son créateur : « J’avais complètement sous-estimé le pouvoir de cette nouvelle substance et ce fut une expérience dramatique, un indicible “horror trip”. » Après sa popularisation, le LSD est célébré par tous les initiés lors du « Bicycle Day » tout les 19 avril, jour de la première prise par Hoffmann. On nomme ce jour ainsi en référence au vélo de Hoffmann, sur lequel il était lorsqu’il a ressenti les premiers effets. Au lendemain de cette expérience, le chimiste témoigne: « Ma première pensée a été que ce serait très important pour la psychiatrie ». Lorsque la guerre froide éclate avec l’Union Soviétique, les Etats-Unis commencent à s’intéresser à l’éventuel potentiel de la substance psychédélique. La CIA lance ainsi en 1953 le projet « MK Ultra » afin de tester et d’analyser les effets de ce redoutable hallucinogène. L’objectif serait de s’en servir à des fins politiques comme « d’une arme inhibante non mortelle contre des ennemis et des adversaires ». Plusieurs expérimentations sont données sur des soldats, des scientifiques volontaires ou des ennemis de guerre, comme des vietnamiens (cf. RIBOULET Mathieu, « Un paysage éthique. Manquements, dérives, dévoiements, crimes et autres dérapages médicaux », Les tribunes de la santé, n°41, 2013, pp. 89-98.) Les deux jeunes américains dont il est question dans le film sont présentés comme des « Vénitiens », habitant à Los Angeles dans l’état de Californie. Durant les années 1960, cet environnement est propice au développement d’importantes contre-cultures. En effet, la société américaine est en proie à plusieurs tensions liées notamment à la guerre du Vietnam ainsi qu’à la menace nucléaire dans le cadre de l’affrontement constant entre l’URSS et les USA. C’est dans ce contexte particulier que naît de véritables mouvements culturels antimilitaristes à l’influence grandissante, comme le mouvement « hippie » par exemple. La Californie apparaît alors comme un véritable berceau où se réfugie d’abord de nombreux artistes et intellectuels pour partager leurs aspirations. Au sein du mouvement hippie, la drogue, et notamment les drogues hallucinogènes, ont comme une place centrale. Présentées par les initiés comme de véritables moyens de fuir la réalité et de percevoir des choses encore imperceptibles à l’œil nu, les drogues psychoactives, et notamment le LSD, connaissent alors une très grande popularité en Amérique, puis dans le monde entier. Cette popularisation est aussi grandement favorisée par plusieurs personnes influentes : il peut s’agir d’artistes, comme Jim Morrison ou David Bowie, qui en ont fait la mention dans plusieurs de leurs chansons, ou bien encore du groupe britannique phare The Beatles, qui s’inspirent des visuels psychédéliques inspirés du LSD pour créer l’univers visuel et artistique de leur album Yellow Submarine (1967). Ces derniers ont d’ailleurs avoué par la suite avoir réalisé l’album « Revolver » en étant sous l’emprise du LSD. Cet album, sorti en 1966, est souvent surnommé « The Acid Album » (« l’acid » étant l’un des nombreux surnoms donné au LSD). Connaissant l’influence planétaire qu’avait les quatre garçons des Beatles dans les années 1960, on peut imaginer qu’ils n’étaient pas innocents concernant l’impact du LSD dans le monde (cf. PICKARD Sarah, « Les Beatles et la naissance de la culture jeune en Grande-Bretagne », Volume!, n°12, 2016, pp. 55-73). L’influence du LSD dans la culture populaire est devenue telle que lors du festival Woodstock en 1969, les membres du groupe Santana ont volontairement ingéré du LSD directement sur scène. Les années 1960 demeurent la période la plus propice au développement de ces drogues, aussi parce que les préventions et réglementations sont quasi-inexistantes. Le monde scientifique et médical n’a pas assez de recul concernant les études en cours pour alerter la population sur sa dangerosité.

Médias et drogues

La consommation de drogues illicites est un phénomène nouveau pour la France qui, depuis les années 1940, mis à part quelques opiomanes, ne connaît pas les drogues. L’alcool et le tabac règnent en maîtres absolus sur le champ des addictions. Si l’héroïne apparaît parfois dans l’actualité, c’est en raison de son trafic vers les Etats-Unis. La "French Connection" centrée à Marseille, importe l’opium d’Asie pour le transformer dans des laboratoires autour de Marseille et l’expédier outre-Atlantique. Elle s’est considérablement développée dans les années 1960. En 1970, elle fournit aux Etats-Unis près de 90% de son héroïne. L’affaire du "gang des décapotables", qui transportait l’héroïne de Paris à New York, fait l’objet en 1968 d’une saisie record de 112 kg d’héroïne par le célèbre commissaire Carrère. .

En avril 1966, Le Monde publie un dossier en trois épisodes portant sur les hallucinogènes, intitulé "les poisons de l’esprit". Cette enquête annoncée à la Une informe les Français sur "le drame qui se déroule depuis trois ans aux Etats-Unis et que nous commençons à connaître en France"1. En septembre de la même année, Le Crapouillot publie un numéro spécial LSD, "Une bombe atomique dans la tête", dans lequel sont croisés les points de vue les plus variés, de Timothy Leary à Maurice Papon en passant par François Mauriac. Y est aussi publié "Une visite en enfer", long texte de Jean Cau, prix Goncourt 1961. En octobre, des extraits de ce texte seront repris dans Paris Match sous le titre "J’accuse". L’introduction de cet article informe le lecteur qu’après "avoir fait des ravages aux Etats-Unis et en Angleterre, le LSD nous menace". Quelques mois plus tard, en février 1967, un petit revendeur de LSD est arrêté. La quantité est minime mais la saisie est historique puisque c’est la toute première sur le territoire français. Tous les journaux en parlent, y compris Le Monde, pourtant d’ordinaire peu enclin à traiter ce type de faits divers. Le 10 octobre, trois jeunes sont arrêtés, en possession cette fois de 4000 doses du même produit, ce qui fera aussi les gros titres. Parallèlement, les affaires de consommation de cannabis se multiplient : des lycéens, des étudiants, des jeunes travailleurs sont interpellés... En juillet, les sources reprises par l’ensemble des journaux font état de quelques milliers ou dizaines de milliers de "drogués". En août de cette même année, dans Le Parisien Libéré, toute affaire se rapportant à la drogue se voit affublée d’un bandeau "La drogue : menace n° 1 qui pèse sur le monde" et l’on ne se gêne plus pour interpeller les politiques afin que les peines liées au trafic soient à la hauteur du danger que représentent les drogues pour la société. Jusqu'en 1969, la recrudescence de la consommation de drogues concernait uniquement le cannabis et le LSD. Deux produits dont on connaissait mal les dangers et qu’un principe de précaution poussait certes à stigmatiser, mais deux produits qui n’entraînent finalement que des dépendances minimes et pas d’overdoses. Avec la diffusion de l’héroïne dont le fait divers d'une overdose survenue à Bandol est un évènement révélateur, la société est saisie d'une "panique morale".

Prévenir, accompagner, interdire

Considérant l’influence grandissante du LSD et des drogues plus largement, plusieurs Etats décident de se pencher plus sérieusement sur la substance et ses effets sur le cerveau humain. En 1966, ce sont les états de Californie et du Nevada qui en interdisent la consommation ainsi que la vente. En 1968, l’interdiction est étendue à l’ensemble des Etats-Unis. Le Royaume-Uni et la France décident également de réglementer ses usages la même année.

En 1970, la presse publie de nombreux témoignages de toxicomanes à l’héroïne, Robert Boulin, ministre de la Santé, ouvre avec son fils une association pour la prévention et le soin des toxicomanes, et Claude Olievenstein crée le centre Marmottan consacré aux soins aux toxicomanes, jusqu’alors pris en charge dans les services de psychiatrie. Devant les doutes, les hésitations des professionnels quant aux mesures à prendre, le gouvernement et les parlementaires élus au lendemain de 1968, ont ont voulu conforter l’opinion majoritaire par le message qu’on pouvait arrêter l’épidémie par une loi combinant la répression et l’incitation au traitement. Le drogué étant considéré comme "avant tout" ou "plutôt" un malade, ce qui sous-entend que c’est aussi un criminel qui menace l’ordre social. Loi de santé publique à connotation répressive, elle est adoptée en première lecture quasiment sans discussion, voit ses dispositions répressives majorées par le Sénat, puis est votée en seconde lecture le 10 décembre 1970.

La nouvelle loi place la toxicomanie dans "la lutte contre les fléaux sociaux" à côté de la tuberculose, les maladies vénériennes, le cancer, les maladies mentales et l’alcoolisme. Pas étonnant que sa dimension de salut public lui donne le privilège assez rare d’être votée à l’unanimité.

Cf. "Le paysage médiatique de la drogue" par Vincent Benso sur le site Santé-réduction des risques-usages de drogues.

Structuring elements of the film

  • Reporting footage  : Yes.
  • Set footage  : No.
  • Archival footage  : No.
  • Animated sequences  : No.
  • Intertitles  : No.
  • Host  : No.
  • Voice-over  : No.
  • Interview  : Yes.
  • Music and sound effects : Yes.
  • Images featured in other films : No.

How does the film direct the viewer’s attention?

(français)

How are health and medicine portrayed?

(français)

Broadcasting and reception

Where is the film screened?

(français)

Presentations and events associated with the film

(français)

Audience

(français)
Télévisuel

Local, national, or international audience

National

Description

(français)

Supplementary notes

(français)
- Seconde partie de l'émission titrée La mort de Venice USA

References and external documents

(français)


Contributors

  • Record written by : Loris Djebel


Erc-logo.png Cette fiche a été rédigée et/ou traduite dans le cadre du projet BodyCapital, financé par l'European Research Council (ERC) et le programme de l'Union européenne pour la recherche et l'innovation Horizon 2020 (grant agreement No 694817).